Cette proposition d’écriture N° 57 vous a inspiré des histoires loufoques; c’était le but recherché. Je me suis beaucoup amusée à les lire. Je suis ravie que certains nouveaux auteurs se prennent au jeu et écrivent régulièrement. Je souhaite qu’ils puissent continuer l’aventure avec le blog le plus longtemps possible. Les couteaux étaient confinés dans leur tiroir, et comme nous, ils ont un peu envie de se faire la malle! 

Voici vos textes.
Je vous souhaite une belle lecture.   


De Angelina de France

J’étais, le souffle court, dans cette maison, la mienne. J’y étais née, j’en connaissais les moindres recoins, j’y gambadais joyeusement petite, je restais un peu plus dans ma chambre à présent, mais de toutes les façons, 16 ans de mon existence m’avaient suffi pour explorer cet endroit, à coup de parties de cache-cache principalement.
Mais pas cette pièce. Pas celle-là, non.
Et pourtant, j’étais, en plein milieu de cette nuit calme et silencieuse, si décalée de mon euphorie et de mon agitation, sur le comptoir. Domaine réservé à ma mère et ma sœur, qui elle, avait appris, je ne m’y aventurais que rarement, pour rapporter quelque ustensile ou produit, et chaque fois c’était une aventure que de trouver.
Mais alors, que faisais-je là, accoudée nonchalamment au comptoir, quelle était-ce que cette envie qui m’avait tirée de mon lit, quelle était …cette attraction que je ressentais?
Oui, attraction était le mot…Je ressentais…On…m’appelait?
Un psychopathe? Un insecte? Une souris?
Je m’approchais, le cœur battant, pour distinguer quelques paroles…du tiroir.
J’ouvrai, subrepticement, doucement, doucement…
Ouf, ce n’était que des couteaux qui parlaient entre eux, quel soulagement!
Attends, quoi?
-Elle est peut-être notre seul espoir, te dis-je!
-Ça ne vaut pas le coup! Si elle ne t’a pas encore essayé, ce n’est pas forcément par bonté et empathie, rentre toi bien ça dans la lame!
-Elle est là.
Je clignai des yeux, une fois, deux fois, trois fois.
-Elle n’a pas l’air très intelligente en tout cas.
Je….Viens de me faire traiter d’idiote par un couteau, et un petit couteau de cuisine en plus?
D’accord, on se reprend, tout va bien…
Ou pas.
Mais au point où l’on en est…
Je m’approchais encore. Mais les bras ballants, je n’avais pas vraiment une idée fixe de “quoi faire”.
Fort heureusement (puis-je vraiment dire cela?) , ils ont pris l’initiative.
-On a des revendications.
Prenant vraisemblablement mon silence abasourdi comme un signe d’assentiment ou d’ouverture à la négociation, ils continuèrent.
Pour la première fois, j’entendis cette fois la voix plus féminine …du couteau le plus grand et aiguisé.
-Vois-tu, s’il ne te le dira pas par fierté -elle désignait par là le petit couteau de cuisine- on en a assez de n’être qualifiés que par notre apparence, comme si l’on se résumait à cela! Et ça crée des complexes pour les moins aiguisés, et pourtant tout aussi voire plus utiles!
Le plus petit-euhhh le deuxième couteau- reprit la parole.
Et parlons-en de cette utilité!
On est utilisé, chaque fois, sans plus de reconnaissance! On met notre corps à travers différentes choses à la texture parfois très dérangeante, sans même nous laver entre deux quelquefois!
Il faudra que je pense à parler hygiène avec ma mère demain…
Je parlai, pour la première fois: “Mais…n’est-ce pas votre fonction? On ne fait pas tous ce qui nous plait…
Je. Viens. De. Parler. A. Deux. COUTEAUX.
Alors même que je suis incapable de faire des pâtes!
Car la vérité est là, si je ne les ai jamais utilisés, ce n’est pas par acquis de conscience, quelle idée…
Soudain, les lumières s’ouvrent. Ma mère apparait.
-Mais enfin Lina, à qui parles-tu et que fais-tu ici à une heure pare..
Elle me regarde, regarde ce que je regarde, je la regarde qui regarde ce que je regarde.
Mortifiée.
Puis je me redresse, et cherche à reprendre mon souffle. Redresse, car j’étais allongée, dans mon lit.
Venais-je vraiment de faire un rêve où je parlais à des couteaux sensibles à leurs conditions sociales et jugements superficiels, pour justifier le fait que je sois incapable de me faire seule autre chose à manger qu’une tartine de fromage à deux ans de la majorité?
J’en riais, à la fois rassurée, honteuse ..et troublée.
Par précaution, juste au cas où, sans y croire, je descends à la cuisine, sors un bol, des céréales, du lait, et tout en préparant mon petit déjeuner, mon regard se tourne vers ce tiroir, que je n’ai jamais ouvert de ma vie, mais que j’ai vu avec tant de précision dans mon rêve.
Alors, comme ça, je l’ouvris.
Les deux couteaux, ce que je n’avais jamais vu sinon en rêve…étaient là, en tout point semblables.


De Lucette de France

Histoire d’un couteau.

Certes, on ne mélange pas les couteaux avec les fourchettes. Moi, « couteau », seigneur de tous les temps, non je n’ai pas écrit « saigneur » quoique, avec moi il faut s’attendre à tout…
J’existe depuis 2,5 millions d’années. Mes ancêtres ont eu beaucoup d’imagination, en bois, en os, en silex bien aiguisés etc. Entre les animaux et nous, c’était la chasse à la ruse. Nous on les chassait pour se nourrir, eux faisaient de même. A qui serait le plus fort…
Avec l’invention du couteau, la suprématie de l’homme sur l’animal ne fait aucun doute. Grâce à moi « couteau », je suis fier de pouvoir subvenir à ma tribu sans me faire dévorer par des congénères qui ne caressent qu’un but, « me becqueter » pour faire de moi leur quatre heures de l’époque…
Les siècles passent, je suis façonnée en toutes matières. De nos jours, je suis en acier, en inox, en céramique. Je suis pliant, avec un tire-bouchon, un décapsuleur, un tournevis, les imaginations n’ont pas de limites. Je me vexe facilement, car si on m’offre en cadeau, il faut que la personne qui me reçoit donne « une pièce », sinon à en écouter les croyances, je coupe l’amitié…
Bon, assez palabré, depuis 2 mois, je suis en confinement au fond d’un tiroir. Moi, je suis de toutes les invitations en famille, au resto, en camping, en pique-nique. Sans moi, impossible d’apprécier un bon repas. Sans moi, pas de belles assiettes bien préparées, pas de pain bien taillé, alors c’est injuste de me larguer parce qu’un « virus » oblige tout le monde à s’isoler. Combien de mariages ai-je raté ? Combien de communions et de fêtes à venir à me morfondre sans sortir de mon cachot ?
Et pourtant, ma maîtresse me choit quand elle ouvre mon écrin. Avec mille précautions, elle me fait briller pour préparer les soirées, les réveillons. Oh ! Que j’aime quand elle me caresse, qu’elle me pose délicatement à droite de l’assiette. Ces jours-là, elle sort ses plus beaux bijoux de table. Je suis sculpté sur la lame, mon logo gravé dans le manche en olivier. Je vous dis que j’ai de l’allure, posé bien droit au millimètre près.
Quand elle finit la décoration, elle se recule, supervise à droite, à gauche, en haut, en bas. Là, les verres sont alignés par ordre croissant, là, le set de table n’est pas droit, ici je suis un peu en biais. Avec son œil de lynx, tout y passe, elle ne laisse rien au hasard. Au fond, elle est fière de ses beaux couteaux, comme je suis fier d’elle. Avec elle, je suis mis en valeur, ce n’est pas le cas de mes petits-cousins, les couteaux à éplucher les légumes. Eux, ont la sale besogne, leurs lames sont souvent souillées. Bon, je les remercie, à chacun son rôle. Il faut bien des subalternes, des sous-fifres, pour que l’éclat rejaillisse sur « ma lignée haut de gamme ». Moi, je suis là pour la parade, pour épater, pour être admiré, pour être étreint dans une main douce. Certes, il y a des brutes qui me serrent en appuyant pour couper leur pavé de bœuf, ils n’ont pas compris qu’ils doivent le couper délicatement et non pas comme au temps des hommes de Cro-Magnon.
A chacun sa manière, je peux en dire long sur la personne qui se sert de moi. Bestial, s’il me lèche devant l’assemblée, délicat s’il me pose soigneusement, négligé s’il me met en travers de son assiette. Montre -moi comment tu te sers de moi, je te dirai qui tu es !
Le déconfinement arrive bientôt, paraît-il ? Enfin, je vais reparaître devant les êtres aimés, dans les restaurants pour trinquer à la liberté surveillée. Et oui, pas d’imprudence, sinon on recommence à zéro, et là ce sera tout l’été enfermé pour tout le monde, loin des siens…
Alors s’il vous plaît, j’accepte de retourner dans mon tiroir en attendant des jours meilleurs, mais je vous en conjure, prenez bien soin de vous. Mon supplice a assez duré, j’ai hâte d’être à nouveau contemplé à en faire saliver les convives.
Mon nom n’est pas « Narcisse », mais « Laguiole », excusez du peu. Je suis internationalement connu, je suis un français né à Thiers dans le Puy de Dôme. Puisque vous ne partirez pas à l’étranger cet été, je vous convie à venir visiter mon palace. Je suis sûr que vous serez flattés en m’emportant avec vous. On ne passe pas à côté d’un Laguiole sans émotion, c’est la Ferrari du couteau. Alors, vous aussi, faites partie du cercle de « mes initiés».

De Catherine de France

Concurrence

Je n’y crois pas ! Ça s’ouvre ! Moi ! Moi ! Moi ! … Et bien voilà, comme d’habitude, ce n’est pas moi qu’on choisit ! On m’a relégué dans la plus petite case du range-couverts, tout au fond du tiroir, alors, c’est sûr que je suis moins visible que les autres !
Il y a beaucoup de concurrence dans ce tiroir à couteaux. On nous a séparé des couteaux qui servent à dresser la table : on ne mélange pas les torchons avec les serviettes ! Eux sortent plusieurs fois par jour et nous méprisent complètement : quels prétentieux ! Remarquez, dans notre tiroir des couteaux occasionnels, il y a aussi une hiérarchie. Ceux qui sortent le plus souvent se prennent pour des héros et nous snobent sans arrêt. Puisque moi je ne sors jamais, comme si on m’avait oublié définitivement, ou comme si j’étais transparent, inutile de vous dire que je suis la tête de turc de ces messieurs.
Tout-à-l ’heure, c’est le couteau à pain qui est sorti. Ah, il l’a faite briller, sa lame en inox savamment crénelée, pour qu’on voit bien que c’était lui l’élu. Et comme il sort tous les jours, je ne vous dis pas comme il se croit : il s’est auto programmé chef du tiroir ! Quand il est dehors, c’est le couteau d’office, pourtant pas bien gros, mais tout en nervosité, qui prend la relève. Lui, il est choisi à peu près un jour sur deux, à égalité avec l’épluche-légumes. Mais ce dernier ne se bat pas du tout pour avoir une place de chef. Je l’aime bien. C’est le seul qui fait un peu attention à moi et qui limite les moqueries à mon égard. Il n’est pas fier du tout et se contente de faire son boulot d’épluchage. Quand il rentre, il est exténué et pas fâché de ne pas être à la tâche tous les jours. Le couteau à viande est un gros costaud à la lame très affutée, alors, on ne s’y frotte pas. Lui ne sort qu’une fois par semaine, le dimanche, quand on ne lui préfère pas le sécateur à volailles, ce qui le met de très mauvaise humeur. Le gros pépère, à l’autre bout du tiroir, celui qu’on appelle couperet, ne sort pas plus que moi. Il a de l’âge, ça se voit à sa lame épaisse, plus du tout brillante, mais il a dû être très utile en son temps. Sans doute est-il un vestige de l’époque des grands-parents de la famille, quand on tuait encore le cochon une fois par an. Maintenant, il passe son temps à dormir dans son coin, et n’a cure de toutes les querelles de pouvoir qui sévissent dans notre tiroir. Je voudrais bien être plus près de lui, pour qu’il me raconte sa vie d’avant. En plus tous les deux, on aurait fière allure : David et Goliath, les deux meilleurs amis du monde ! Les sextuplés ont leur propre case. Pas question de les mélanger à d’autres: on a sa dignité de couteau à steak ou on ne l’a pas ! Eux sont exclusivement intéressés par eux-mêmes, il est donc impossible de s’insérer dans leur cercle fermé.
Attention ! Ça s’ouvre encore ! Moi ! Moi ! Moi ! Je ne sais pas pourquoi je me bats encore pour être l’élu, puisque je sais que ça ne sera jamais moi ! Cette fois, c’est le tour du couteau à fromages, avec sa lame ajourée d’une élégance folle. Il s’entend bien avec le couteau à beurre qui, lui, sort de moins en moins. A croire qu’on ne mange plus de beurre dans cette maison ! Le pauvre est couramment remplacé par les couteaux de table. Dans la case à côté de moi, le couteau à huîtres attend son heure : il ne se fatigue pas comme moi à interpeler à chaque ouverture du tiroir. Il sait qu’il est irremplaçable et qu’on ne manquera pas de le quérir en temps et en heure. Par contre, quand il est sollicité, cela peut se reproduire plusieurs fois de suite, en hiver, à un moment où tous les couteaux, ou presque, sont libérés de leur attente cruelle, à un moment où il y a une vraie frénésie en cuisine.
Mais devinez qui reste abandonné, seul au fond de son tiroir ? Moi, bien sûr ! Pourtant, même petit, je suis capable d’abattre un boulot de dingue. C’est bien simple : je sais tout faire ! D’ailleurs, j’ai été conçu pour ça ! On ne peut pas trouver plus pratique que moi, et pourtant, je ne sers plus à rien maintenant. Avant, j’étais toujours dans une poche, prêt pour le service à n’importe quel moment pour couper, percer, racler, déboucher, enfoncer, dévisser, décapsuler et bien d’autres choses encore. J’étais heureux, au fond de cette poche, caressé en permanence par une vieille main calleuse. Puis, un jour, on m’a privé de ces caresses et cloîtré dans cette case au fond du tiroir, et depuis, je vis l’ennui sans fin.
Tiens, ça s’ouvre encore ! Pffft ! Pas la peine de s’énerver … de toutes façons, c’est toujours la même rengaine ! Ah mais ! Que se passe-t-il ? Je rêve ! Une petite main me saisit et me cache au fond d’une poche ! C’est un petit garçon qui a dû me voler en cachette de ses parents ! Je suis bien secoué dans la poche, car il court vite. Il s’arrête, me sort de sa poche et, ô bonheur ! me déplie et me présente un magnifique bâton, bien brut comme je les aime ! Ô joie ! Je sens que je vais reprendre ma belle vie de couteau suisse !

De Michèle de France (proposition N° 56)

Ce grand mâle

Il était sûr de lui, ce grand mec qui croyait tout savoir. Les émotions des autres lui importaient peu.
Autour de lui quand quelqu’un disait « le mâle a dit » il fallait filer doux, ne pas le contrecarrer, ne pas le provoquer…sinon ce sont les coups qui pleuvaient.
Toute sa famille se sentait comme prisonnière de ses idées malfaisantes.
Sa fille surtout avait l’impression d’être enfermée, enchaînée, confinée. Elle ne pouvait pas trouver le temps d’aimer son amoureux. Son père lui interdisait de voir ce gringalet qu’il nommait en tonitruant « ce minus, ce virus ». Il pensait que l’amour que portait sa fille pour ce jeune était une maladie…
Elsa pensait tout bas en souriant « la maladie d’amour. ».
Je vais lui faire comprendre à cet énergumène qu’il n’a pas le droit d’approcher mon Elsa chérie. Elle m’appartient. Et je choisirai celui qu’elle épousera.
Quand il s’énervait, elle se réfugiait dans sa chambre pour texter des doux mots à Brice, le roi de son coeur.
Elle écoutait son père crier, vociférer à s’étouffer…Elle prenait peur car c’était ainsi tous les débuts de week-end quand il se mettait à boire. Sa mère cherchait à le calmer en vain.
Elsa appelait ça « leur fièvre du samedi », qu’elle refusait de subir physiquement.
Et Ariane, sa petite sœur, qui venait de lui avouer qu’elle était amoureuse !!! Ah là là… Elle était sûre que son père allait prendre ça pour une épidémie contre lui qui ne va pas arranger son regard, sa possession envers ses filles.

Depuis quelques mois, Elsa avait appris que les pensées créent le quotidien et elle n’aimait pas que son père peuple la vie de la famille avec tous ses mots si insidieux…
qu’il les gardent pour lui, en lui, et en fasse ce qu’il veut !! pensa t’elle « je te les renvoie, ils n’appartiennent qu’à toi »
Elle s’endormit le téléphone contre sa poitrine pour rêver d’amour et d’espoir.

Le lendemain matin, elle fut réveillée par les rayons du soleil et des bruits diffus dans le salon.
Elle ouvrit la porte avec précaution pour entendre le médecin dire à sa mère « son coeur n’a pas tenu, c’est un infarctus ».


De Christelle de France

La vie insolite des objets
Martine sort de la cuisine.
La table dit à ses congénères :
« Profitons de notre réunion pour faire le bilan de notre vie. La mienne n’a jamais été amusante : toujours obligée de porter des objets. Certaines de mes consœurs, plus riches, de style Louis XV par exemple, exercent une fonction plus honorable : embellir les intérieurs, moi je ne suis qu’une simple table à manger. On m’a abîmée dans les déménagements, cognée, cassée, on a renversé des liquides sur moi. Bref, j’en ai vu de toutes les couleurs ! Heureusement, je passe maintenant d’agréables moments lorsque Martine pose un vase fleuri sur moi. »
Les couverts de la ménagère ouvrent leur couvercle et se mettent à parler :
« Nous avons une grande valeur puisque nous sommes fabriqués en argent. D’ailleurs, au cours de notre existence, nous avons été revendus plusieurs fois, et avons eu l’immense honneur de faire partie des enchères de la salle des ventes de Drouot à Paris. C’est vrai, on nous délaisse souvent. Mais tu sais, si on oublie de nous nettoyer : nous noircissons. Il ne faudrait pas croire que nous passons notre vie, allongés dans cette boîte. Lorsqu’il n’y a personne, nous en profitons pour danser. »
Les couteaux se dressent alors brusquement et sautent de leur écrin. Les fourchettes les imitent et notre petit monde se met à valser. Au bout de quelques minutes, ils s’écroulent de fatigue.
Une lampe songeuse intervient :
« Je crois que l’on s’égare ! Je vais éclairer vos lanternes : l’important pour un objet n’est pas sa valeur marchande mais son utilité. »
Bien répondu, disent les chaises jumelles à l’unisson.
Une boîte prend la parole :
« Je me souviens, c’était du temps où Ernestine âgée de 20 ans, me confiait précieusement ses lettres d’amour. Chaque fois qu’elle en recevait une, elle prenait un ruban de satin qu’elle entourait avec délicatesse autour du billet doux. J’aimais recevoir les confidences de son fiancé et mon humeur changeait au gré de la sienne. J’étais triste ou bien passionné comme elle. Cela me faisait vibrer enfin ! Puis Amandine m’a récupérée. Entre temps, j’avais été abîmée mais elle ne m’a pas réparée. J’ai alors servi de boîte « à photos d’acteurs de cinéma » : quelle déchéance, des personnages souriant mais sans vie. En outre, Amandine très gourmande savourait des sucreries en triant les photos. Résultat : j’étais recouverte des restes de goûter, c’était dégoûtant ! Elle avait bien peu de respect pour moi. Me voici aujourd’hui, relookée grâce à Martine qui m’aime bien. Elle m’a recouverte d’un beau papier bleu foncé avec des étoiles dorées. Et devinez le trésor que je cache ? Vous ne trouvez pas ? Des poèmes : je suis maintenant la gardienne d’un florilège d’émotions et de pensées, un peu comme dans mon premier travail. Vous me dites que la poésie est passée de mode et que personne n’en lit plus ? Vous n’y connaissez rien, moi, je suis très réceptive et je ressens bien les muses. »
Chut, dit la table : voilà Martine !
Les couverts sautent dans la ménagère qui se referme.
La jeune fille rentre, s’empare de la boîte et sort de la cuisine.

De Françoise V de France

Entre couteaux
Monsieur-Madame ne font guère bon ménage. Enfin… en cuisine.
Ils en seraient presque à couteaux tirés. Car lui classe avec soin : couteaux, fourchettes et cuillères dans le tiroir organiseur, tandis qu’elle, après un rapide coup de torchon, c’est au petit bonheur. Tiroir refermé, où est la différence ?
Le jour, pas un bruit dans le vaisselier. Mais de nuit, quand tout dort dans les chambres…
– Dis-donc, j’ai beau refaire le compte, un copain manque à l’appel, dit le petit couteau de cuisine au manche noir.
– Non, deux ! Y a un intrus. Vise cet échalas au manche d’ivoire. Pour moi, c’est un émigré, tranche le couteau à pain cranté.
– Mais non, il vient de la Marie d’à-côté qui l’a apporté avec un gâteau.
– J’espère qu’elle ne l’a pas donné, son couteau ; ça porte malheur d’offrir un objet coupant.
– Je sais, les humains sont vite ramenés à leur instinct bestial, l’un reçoit un couteau et, vlan!, le plante dans le lard de l’autre. C’est pour ça qu’ils ont ce rituel : le franc symbolique qu’est devenu l’euro, donc plus cher, dixit Monsieur qui râle après les dépenses de Madame. Bon, t’inquiète, il va pas rester là longtemps, le manche en ivoire. La Marie qui s’ennuie à mourir va bien vite se ramener pour le reprendre, toutes les occasions lui sont bonnes pour faire la causette.
– Si quelqu’un trépasse par nous, qu’est-ce qu’on y peut !, philosophe le grand couteau.
– Rien. On devient juste une pièce à conviction, mise sous scellé.
– On change de tiroir, en somme…
– Oui, mais sous camisole transparente et matricule.
– Je vois, aux oubliettes. T’as vu, le minus est là aussi cette nuit !
– Tu veux dire le replié ?, demande le petit couteau au manche noir.
– Oui. Le replet replié en habit rouge, fermé à toute discussion. Encore un tempérament épais, une demi-portion qui va bientôt jouer du couteau pour nous évincer, déjà qu’il se la joue ”universel et indispensable”.
– Je crois plutôt qu’il a peur, il n’aime que les poches de Monsieur. Dans un tiroir froid, il emprunte la technique du hérisson, immobile, inattaquable. Madame l’aura fourgué là sans penser à rien, et surtout que Monsieur allait le chercher partout…
– En attendant, il nous espionne, et son petit hameçon ne me dit rien de bon.
– C’est un pas de vis pour retirer les bouchons, explique petit couteau. On voit que tu sors rarement de ton antre, grand couteau à pain. Je dirais même que tu ne devrais pas exister : le pain se rompt, il ne se coupe pas.
– Hein !? Tu charries, là. Ce n’est pas du pain vulgaire que je coupe, mais des miches compactes de blé noir riche en vitamines. Va rompre ça avec les mains ! T’imagine la tête des convives !
– Si tu le dis… En tout cas, depuis que la maison est passée au mode végétarien, plus de couteau de boucher. Quel envahisseur c’était, et toujours à tenir des propos sanglants ! Bon débarras.
– Je l’ai vu dans un pot de fleur. À mon avis, du fait de sa robustesse, il sert à nettoyer les parois incrustées de vieille terre cuite et recuite. Quelle chute !
– Lequel de nous va-t-il choisir, Monsieur ? T’as pas entendu, hier soir ? Il veut mettre un couteau dans l’aquarium.
– Si, mais Madame a parlé d’un poisson plat et très long… un poisson couteau, qu’elle disait. Rien à voir avec nous et il ne dormira pas dans notre domaine réservé, il aura besoin d’une baignoire.
– Ah bon. Et les deux copains qui manquent, alors…
– À tous les coups, ils traînent dans le frigo. C’est la spécialité de Madame de laisser des couverts en argent avec le reste des plats. Monsieur va encore râler. Chut ! … je crois qu’il descend. Encore une petite faim nocturne qu’il va chercher à combler en allant piocher dans le repas de demain. Voilà ce que c’est, l’arrêt du tabac… Il mange maintenant comme trois et ne supporte plus rien.

De Nicole de Belgique

Tranches de vie d’un baroudeur
“Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?” Alphonse de Lamartine.
Originaire de Savoie dans un paysage de vallée enneigée l’hiver, je suis un baroudeur teinté kaki, lame en inox.
Elle m’a trouvé dans un magasin de bricolage. Elle m’a aimé de suite.
Avec un de mes ancêtres, elle a voyagé au Brésil, au retour elle a été arrêtée au contrôle de l’aéroport de Recife, mon grand-père a voyagé dans la cabine avec le commandant de bord, le veinard !
Moi, je végète dans un tiroir de cuisine, en position ouverte, virobloc coincé fermeture.
Elle m’utilise tous les jours, j’épluche, je tranche menu, je coupe pains de viande et rôtis. Utilitaire.
Jamais elle ne me replie, ne m’emmène dans la nature, en pique-nique.
Drôle de vie pour un baroudeur.
C’est une sédentaire de la pire espèce.
Nettoyé journellement, je perds de mon vert, ma lame couronnée brille toujours autant.
A côté de moi traînent deux Laguiole, ils sont présents aux repas, du côté droit de l’assiette, ils coupent steaks, côtes de porc et autres viandes.
Je me console, moi, je suis breveté, j’ai même un musée à mon nom à St-Jean de Maurienne.
Eux, sans certificat ni diplôme, tous les couteliers peuvent en fabriquer et y coller l’abeille.
Ils sont chers, je suis à prix démocratique.
Mon nom de famille: Opinel…
De Michèle de France

Les Couteaux
Dans la cuisine de Jimmy, il y a de nombreux couteaux. Certains accolés à une plaque aimantée. Ils servent à tailler les herbes ou la viande, le pain ou les condiments.
Jimmy est un cuisinier hors pair. Il a déjà 2 étoiles gagnées pour ses plats très raffinés.
Il prépare un concours pour obtenir une nouvelle étoile. En attendant, il s’essaie à de nouveaux plats pour les palais les plus délicats. Ce soir, il reçoit ses goûteurs.
Sa main active très rapidement les manches de couteaux pour ciseler plusieurs herbes fraîches qui vont saupoudrer son entrée à base de légumes savamment découpés et précuits dans un bouillon maison.
Le couteau est un outil de première nécessité pour obtenir un travail de choix. Jimmy est très exigeant, il a besoin que le fil des siens soit impeccable.
Aussi, pendant ce temps, son aide, Marc, les prend un à un pour limer la tranche de tous ceux qui sont encore en place sur la plaque aimantée, afin d’en effiler la lame parfaitement. Il le fait régulièrement comme un rémouleur de précision.
Ce sont des couteaux japonais superbement taillés dans leur forme ergonomique qu’ils semblent être le prolongement du bras avec des refforts de grande qualité pour que le couteau ne s’ouvre pas pendant la vitesse d’exécution. Ils semblent être un personnage à part entière qui décide de ce qui est à faire, tellement les gestes de Jimmy sont précis et majestueux.
Après avoir terminé l’effilage, Marc ouvre le dernier tiroir de la paillasse pour contempler des couteaux magnifiques qui ne servent pas à la cuisine de Jimmy. Ils font partie de sa collection.
Des Laguioles en nombre, tous artistiquement sculptés, sagement alignés dans le noir de ce tiroir. Ce sont des ouvrages pliants dont la partie centrale du manche est en métal parfois précieux tel l’or, l’argent ou le bronze sur lequel sont sculptés des abeilles ou insectes d’exception, ou encore d’autres motifs demandés par les collectionneurs.
Les laguioles bombent leur torse à chaque ouverture du tiroir, ils savent combien ils sont précieux et chacun veut se mettre en valeur face à la main qui se tend vers eux.
Marc passe son index délicatement sur ces merveilleuses ciselures créées manuellement. Il empoigne un de ces couteaux. Il a hésité avant de choisir entre la corne et l’ivoire qui entoure ce métal travaillé. Il ouvre la lame et devant tant d’art ses yeux se mouillent.
« Marc, j’ai besoin de céleri, de betterave blanche et prends aussi les oignons rouges qui fondent dans le four… »
« Tout de suite, Jimmy….. Répondit-il « en refermant, avec délicatesse, le précieux tiroir… »


De Laurence de France

A couteaux tirés 

« Je suis pourtant le plus bel étalon de ce tiroir, bande de nazes. En toc, voilà ce que vous êtes ! », dit le couteau au manche noble d’ébène.
« Je ne comprends même pas que tu sois rangé avec nous d’abord, tronche d’ébène frimeur ! On ne devrait pas mélanger les nobles avec la basse classe d’abord ! », réagit le couteau au manche en plastique.
« Vous n’avez pas un peu fini de jouer à couteaux tirés, les mecs, je voudrais dormir tranquille avant le service de ce coir, c’est possible, non ? », dit la fourchette d’un ton las. « Toujours à se mettre sur le manche ces deux-là ; c’est bien les mecs ça avec leur ego surdimensionné. Qu’est-ce que vous croyez ? Que vous êtes plus utiles que les autres ? Que nenni, je ne voudrais pas retourner le couteau dans la plaie, mais vous n’êtes que des seconds couteaux, rien de plus ! »
« Oh, eh dis donc la vieille, tu ne vas pas nous l’entonner encore ta comédie à te jouer du couteau, en prenant tes grands airs de Brigitte Bardot ! T’es pas un peu folle dingue de la dent, toi ! » répliqua l’ébène noir de rage.
« Tu commences à me courir sur les dents, toi, l’ébène qui se croit plus beau que les autres. Je vais finir par te mettre le couteau sous ta gorge, tu verras l’effet que ça fait ! D’abord, tu coûtes tellement cher que nos maîtres ne veulent pas t’utiliser tous les jours, de peur d’abimer ton bois, soi-disant précieux ! Tu restes dans ton coin, comme un vieux grincheux que tu es. C’est bien fait pour toi, vieux machin prétentieux ! Nous, en attendant, on se promène, on se balade, d’assiette en lave-vaisselle. Eh oui ! On voit du pays NOUS dans la cuisine, Monsieur ! «, s’énerva l’amie fourchette.
« Oh, et puis, moi, j’en ai marre d’être toujours renfermé dans ce putain de tiroir. C’est un brouillard à couper au couteau là-dedans ! J’ai besoin de prendre l’air, je deviens claustro ! », renchérit le couteau au manche en plastique.
« Oh, la ferme, le minus, sinon je vais te travailler au petit couteau comme avec les petits oignons quand tu les épluches ! Tu n’es vraiment pas d’une intelligence à couper au couteau, toi, ça se voit au premier regard, mais en plus, tu deviens complètement idiot ! », ronchonna d’un ton sec l’ébène.
« Allez, encore une dispute en vue. Tu me défies, mais tu ne me fais pas peur. Vivre dans ce tiroir m’a rendu méfiant : tu pourrais peut-être cacher un couteau derrière tes faux-semblants ! », dit le couteau au manche en plastique, de plus en plus sur le qui-vive.
« Vous ne valez pas mieux que nos maîtres, vous les deux sournois. Vous avez la langue aussi bien pendue que nos maîtres, pour ne pas dire tranchante ! Je vais aller voir du côté de l’éplucheur pour passer un moment agréable. Avec vous, je ne vois que du sang à venir, bande de croquants malfaisants », riposta la fourchette.
« Moi, je voudrais que ce confinement en finisse. J’étouffe là-dedans ! Je ne vais pas me laisser dévorer par des foutaises sans nom. Je ne me chauffe pas de ce manche-là, moi ! La bataille aux couteaux, ou des couteaux, je sens que ça va venir sous peu. Je vais aller installer le ring, c’est mon devoir civique. Je vais montrer les crocs à ce noiraud d’ébène ! ». Ainsi, le couteau au manche en plastique donna sa répartie aussi clairement que possible, tout en restant poli, ce qui lui demandait un sacré effort.
« Je connais ce nœud de vipères que vous formez, les dents acérées et affutées. Vous êtes rempli d’un mauvais venin. Vous êtes tragiques, pathétiques ! On a l’impression que vous rêvez de planter un couteau dans le dos de tout le monde ici. On est déjà assez serrés pour ne pas en rajouter ! Je me sens décomposée, déconfite, et vous, grotesques à souhait ! », geignit la fourchette au cœur tendre.
« Tu vas te taire, espèce de mégère, tu nous gonfles. Je vais te planter mon couteau dans tes dents, s’il n’y a que ça pour te faire taire ! » conclut l’ébène aussi durement que possible, irascible à souhait.
Ce récit est bien triste, j’en conviens. Je le sais bien. J’en ai parfaitement conscience. Mais, il est sûrement moins triste que toutes ces pensées philosophiques qui ne manqueront pas de vous assaillir en constatant que les objets, aussi insignifiants soient-ils, subissent les mêmes affres que les humains, ni plus ni moins…

De Caroline de France

Ma vie de couteau

Tu me prends et tu me jettes.
Tu me prends et tu me jettes dans ce tiroir face à mes peurs, mes angoisses.
Je ne comprends pas ton manège.
Ne suis-je qu’un objet pour toi?
Tu me rends triste, désespéré.
Dans le noir, je suis la victime.
La victime de mes pensées, de mes croyances.
Ça n’est pas un tiroir, c’est une prison dans laquelle tu m’as enfermé,
Je me suis enfermé.
Comment vais-je sortir de là, seul?
Tu m’as enfermé dans ce tiroir, je me suis enfermé.
Je suis colère, mélancolique.

Oui, je vais prendre mon manche à mon cou et partir.
Seulement, je finirai encore et encore dans un tiroir.
Ou bien, ici et maintenant je décide de voir la réalité.



De Patrick de France

Alors voilà pour écrire l’exercice si gentiment demandé il faut heu non il faudrait pas mieux…
Voilà , j’aurais besoin de quatre beaux couteaux, une cuisine bien aérée, un tiroir à glissière, une pincée d’inspiration et bien sûr un conteur un peu doué et là c’est pas gagné.
Une goutte de sueur perle sur mon front, témoin de la hantise du débutant tandis que mes mains moites restent coites sur le clavier de mon angoisse , bon allez c’est parti.

Il était une fois quatre jeunes et beaux couteaux enfermés dans un tiroir ?? Nul, on va se moquer de moi , ou alors en Anglais, cela est plus clinquant que de la frime « the knives history », ça en jette !
« Once upon a time there were four knives in a kitchen drawer ? ». Stop, un texte tout en anglais, dur dur.
Déjà en français ce n’est pas facile , je hais l’angoisse de la page blanche.
C’était par une grande nuit d’orage et de vent épouvantable éclairée par une nuit sans lune. De peur, saisi par l’angoisse du moment, je me réfugiais dans le tiroir de ma cuisine. Si c’est possible.
J’ai demandé un morceau de gâteau magique à ma copine Alice pour rétrécir. Alors convaincu ?
Le lapin n’était pas là , toujours en retard heureusement, car une histoire avec des couteaux cela ne lui aurait pas plu.
Donc, dans le noir du tiroir de ma cuisine , j’allumais ma lampe frontale que j’avais sortie de ma poche et je découvris, avec la stupeur de l’émerveillement, le petit monde endormi qui s’offrait à mes yeux ébaubis mais ravis. J’avançais prudemment à pas lourds quand je fus soudainement interpellé par un petit couteau, genre mineur, couteau à beurre tout en sueur.
Chut !!! « Ne fait pas de bruit », me dit-il d’un air tout déconfit , « tu vas les réveiller ».
« Mais qui donc vais-je réveiller ? »
« Ben, les harpies, les fourchettes, elles piquent sans prévenir, ce sont des ustensiles vraiment désagréables, allez viens je vais te présenter mes trois copains couteaux »
Il me présenta donc ses compagnons de tiroir, ils étaient dissimulés dans un endroit secret de mon tiroir. (C’est pour cela que quelquefois nous cherchons un ustensile dans le tiroir et impossible de le trouver. Ah les coquins !)
« Bonjour Patrick », s’écrièrent-ils, « ce n’est pas souvent que nous te voyons
dans la cuisine. D’habitude, c’est ta compagne (par respect de l’anonymat, le nom est censuré) ».
Prenant acte de ces propos désagréables à mon égard, mais malheureusement justifiés, (Ah les fourbes ), je décidais d’ignorer ces vils propos par politesse et surtout par une lâcheté évidente car un gros couteau à viande avec sa lame coupante, tranchante, opinait de son manche confirmant les dires des trois autres couteaux.
Le couteau à beurre me présenta ses copains couteaux confinés dans le tiroir, il y avait couteau à viande, gros couteau de cuisine, qui n’avait rien d’une fine lame.
Et puis deux couteaux de service, du service à couteaux, aux courbes harmonieuses mais toutefois ordinaires et évidemment couteau à beurre complétant le trio des quatre donc un quatuor de couteaux.
Ils me firent part de leur intention de s’évader, de partir à l’aventure, marre d’être confinés (moi aussi) . Je leur fis remarquer qu’ils avaient besoin de mon autorisation et, que moi aussi, j’avais à justifier d’une autorisation de sortie du territoire du tiroir, enfin bref, c’était compliqué.
Pour sortir de ce bourbier de cette histoire et surtout du tiroir, je fis appel à un magicien caché sous une grosse louche. Eh bien oui, dans toutes les histoires, il y a un magicien ou une fée ou un mage, bref, quelqu’un qui vous sort de situations inextricables et cela est bien pratique, ouf !
Nous voilà donc partis tous les cinq à l’heure uù l’aube blanchit la campagne (belle phrase non?).
Nous marchions de villes en villages, de vallées en collines, de forêts en guérets et bien sûr, coupant à travers champs. Je n’étais pas tranquille, quelque peu inquiet car, un homme avec quatre couteaux dans les poches, c’est inquiétant mais, si celui-ci possède aussi un couteau à beurre dans ses poches, là c’est du domaine de l’étrange. Bizarre cette histoire ?
Nous arrivâmes dans un val perdu, petit trou de verdure où coulait une rivière ( re belle phrase) pour nous reposer.
Les couteaux m’exposèrent leurs envies et desiderata, mais la conversation était confuse car les couteaux se coupaient souvent la parole.
Couteau à beurre désirait rejoindre son cousin couteau suisse, couteau de poche héros bien connu internationalement, se démêlant de toutes situations improbables et notamment lors des pique-niques.
Couteau à viande lui n’aspirait à rien, juste protéger ses copains couteaux, sorte de garde du corps .
Et le bougre avait des arguments tranchants , coupants.
Les deux couteaux du service à couteaux, eux, voulaient entamer une carrière dans le théâtre ou le cinéma et me déclamèrent de grandes tirades aux grandes envolées délirantes.
« Couteau si j’avais une lame comme la vôtre, il fallut sur le champ que je me l’affûtasse.
C’est une lime, une truelle que dis-je, c’est une pelle à tarte. » Ou alors celle-ci.
Oh drame, oh désespoir oh rouille ennemie , n’ai-je tant vécu que pour cette oxydation.
Ma lame qui tant de fois coupit le rôti. » « Ah non », dis-je « on dit coupa le rôti. »
« Ah bon! » dirent-ils aiguisés par l’appétit du savoir naissant mais, néanmoins offusqués par mes propos tranchants.
« Alors, tu penses que nous sommes bons pour dire que « coupé » au cinéma », me rétorquèrent les quatre couteaux, pas contents, et se sentant coupables.
« Non », grondèrent-ils, « un couteau ne peut être coupable puisque c’est lui qui coupe, et puis tu aurais préféré la présence d’un Laguiole aux courbes chatoyantes un frimeur celui-là , ou un gentil petit Opinel peu coûteux. »
« Au-revoir humain pas cool , nous te quittons le cœur serré mais la lame pure. »
Je ne pus rien répondre à cela, j’avais la voix serrée et coupée.
Ils partirent chacun de leur côté , couteau à viande retourna à la coutellerie, berceau de ses joies d’enfance.
Les deux couteaux de service du service à couteaux partirent pour la grande ville avec une bande de rasoirs zonards.

Couteau à beurre était tout triste , je vis une petite larme couler sur sa lame chromée d’un acier mal bleui et sentis son petit manche de plastique de prisunic se rabougrir puis, il s’éloigna dans le matin froid de l’oubli rejoindre son cousin de Suisse .
Je retournais chez moi vers ma cuisine et le tiroir où sont confinés couteaux et autres ustensiles. En chemin, je passais remercier Alice, mais je refusais de rentrer chez elle de peur de rencontrer la reine de cœur : celle-ci ne veut que couper les têtes.
En ce beau matin de confinement, nous déjeunions ma compagne et moi-même. Soudain, elle se leva et se dirigea avec grâce et délicatesse vers le tiroir témoin de mon étrange et folle aventure.
En ouvrant le fameux tiroir, elle poussa un petit cri d’effroi : » Mais il manque des couteaux. »
« C’est normal », répondis-je ; « ils sont partis dans la nuit vivre leur vie. »
« Mais tu racontes n’importe quoi, tu devrais plus dormir la nuit au lieu d’essayer d’écrire des histoires à dormir debout. »
Honteux , confus et consterné par ces paroles tranchantes , celles-ci me coupèrent la fin ;
Faim.
Le rédacteur de cette histoire simplette et sans gloire tient à remercier pour leurs apports
dans le texte ci-dessus :
Mr Victor Hugo
Mr Arthur Rimbaud
Mr Racine
Mr Edmond Rostand
Mr Lewis Carroll

  Je tiens à rendre aussi cette rubrique participative: si vous avez des idées de propositions d’écriture, pensez à me les envoyer via le blog et je les proposerai de temps à autre. 

Je compte sur vous!   

Créativement vôtre,

Laurence Smits, La Plume de Laurence   





Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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