La proposition d’écriture N° 58 consistait à imaginer ce que fait le journaliste Matthieu Béliard après sa matinale sur Europe 1.Entre le temps passé en famille, ses passions diverses et cachées, le journaliste a de quoi occuper son temps!Bravo l’imagination!Voici vos textes.Je vous en souhaite une belle lecture.


De Lucette de France

Imaginez un journaliste…


Cet homme jeune franco-américain, je l’imagine très énergique dans sa session du matin. Car être à l’antenne dès 6 heures du matin, il faut être lucide, sain dans sa tête et son corps…Alors, après 9 heures 30, en temps ordinaire, il reprend sa voiture dans les bouchons pour rejoindre sa famille. Là, il sort de son garage (confinement oblige), se passe la main dans les cheveux, geste de soulagement pour le travail accompli. Il se frotte les yeux, déjà sa chère épouse lui a préparé un petit déjeuner copieux qu’ils prendront en tête à tête, puisque en temps normal lui est à Paris à cette heure- là, et elle en Normandie…
L’odeur du café lui titille les narines, ses tartines toastées sont beurrées, le pot de confiture l’attend, la radio est allumée, mais dès qu’il entre dans la cuisine, il veut du silence. Saturé le grand Matthieu, l’overdose de répétition pendant 3 heures et demie. Là, c’est relax Max…
Il arrive telle une tornade qui ouvre la porte en lançant un « Bonjour chérie ». Un sourire l’accueille, des bras qui l’enserrent, une bouche qui se fait douce, des petits mots au creux de l’oreille. Ça, c’est la brise légère du matin qui annonce une matinée prometteuse dans la sérénité. D’autres matins, c’est un cyclone qui arrive, l’air maussade, rien ne s’est passé comme prévu. Des coupures de faisceau par 3 fois à cause du brouillard, des éditos pas calés au bon moment, des interviewers un peu trop cyniques. Mathieu les pousse dans leurs retranchements pour les faire accoucher de ce qu’ils ont au fond d’eux. Ayant l’esprit vif, il n’est jamais à court d’arguments pour rebondir, mais en face certains sont coriaces. Matthieu essaiera encore une fois de lancer un pétard pour avoir une réaction, mais rien à faire, le pétard est mouillé, rien ne pètera. Il y a des matins où il ne faut pas le presser, il doit décompresser tranquillement.
D’autres matins, son « protagoniste » s’est vu assailli par l’adversaire derrière son micro. Il a trouvé la faille, en le déroutant. Ces jours-là, le petit-déjeuner a une saveur particulière. Le « sprinter de la matinale » a l’humeur joyeuse en dégustant chaque bouchée. Repensant à la conversation, et à la joute de paroles qui a suivi. Il est assez fier de lui…
Maintenant, un peu de musique relaxante, bien calé dans son fauteuil. C’est sans compter sur ses enfants qui l’assaillent en peu de temps. Là, rien ne peut lui faire plus plaisir que de les voir ce mercredi matin. Ils lui racontent leurs petites anecdotes pendant son absence d’hier soir, parce bien sûr, notre Matthieu se couche très tôt.
Vers 10 heures, petite sieste pour être en forme avec ses enfants pour le déjeuner. L’ambiance est joyeuse, les enfants l’accaparent, c’est à celui qui aura son père rien que pour lui.
Bon ! Maintenant, on déjeune dans le calme les enfants, pas de tablette à table. Juste partager ces instants privilégiés entre parents et enfants. Matthieu a préparé un barbecue puisque le soleil l’a permis, à chaque fois, c’est un régal. C’est un bon cuisinier le Matthieu. Tantôt il prépare à l’américaine, tantôt à la française, tantôt à la japonaise avec toutes ces bonnes épices. Les enfants adorent ces moments entre manger avec leurs doigts ou avec une fourchette, avouez que ça n’a quand même pas la même saveur…
Après le repas, il s’adonne à un de ses passe-temps favoris : la musique. Ah ! oui, vous ne savez pas, mais « Monsieur » a un orchestre depuis son adolescence. Il chante, joue de la guitare et du piano. C’est l’école américaine, il touche à tout. Un weekend par mois, avec ses potes, ils font quelques petits galas, histoire de faire une pause récréative, avant de reprendre le collier le lundi…
Ces enfants s’essaient à un instrument, ce n’est pas demain qu’ils feront un show avec leur père. Ils ont encore les épreuves du solfège et de la manipulation du violon à maîtriser. La fin d’après-midi est déjà là, Matthieu n’a pas vu la journée passer. Il prend un livre, aussitôt son gros matou vient lui ronronner dans l’oreille en lui faisant des ronds de tête autour de son cou. Et que voit-il arriver ? « OBAMA » et oui en chair et en os. Il est envahissant mais comment le repousser. Il fait office de président à la maison. Pas besoin de sonnette ou de caméra, rien ne passe inaperçu avec lui. Tout le monde est prévenu au moindre mouvement suspect dans la rue. Pour l’instant, Obama, lui fait comprendre que c’est l’heure de la promenade… Matthieu lui explique qu’il est fatigué. Rien n’y fait, Obama lui lance un regard à apitoyer un « Sphinx ». Il ne peut que se soumettre aux injonctions du président.
« Allez les enfants ». Obama comprend que sa promenade arrive, il jappe de contentement. Les hurlements de joie s’unissent à ceux d’Obama, et les voilà tous partis dans la forêt toute proche. Bâtons à la main, ça court dans tous les sens, Obama ramène tout fier le bâton lancé à tour de rôle sous les « vivats » des parents marchant main dans la main.
L’heure du coucher pour Matthieu approche. Il doit se repasser le collier pour être en forme face à ses invités toujours plus avisés par son caractère déterminé. Matthieu aborde son travail comme un match de boxe sur un ring… ». Un bon direct, c’est O.K ».Pour lui, à d’autres moments c’est « K.O ». Il ne gagne pas à tous les coups. Comme le dirait la pub, “C’est le jeu ma pauvre Lucette ” …

De Catherine de France

Champion du monde


« Voilà, chers auditeurs, nous arrivons au terme de cette matinale qui nous a fait passer 3 heures et demie ensemble ! Comme d’habitude, j’ai eu beaucoup de plaisir à débattre, avec vous et nos invités, de tous nos sujets d’actualité ! Prenez soin de vous, mais surtout, restez chez vous ! Il n’y en a plus pour longtemps maintenant, puisque, comme vous le savez, nous pourrons entamer le déconfinement dans onze jours. Alors, soyez patients et prenez le temps de faire ce que vous ne pouviez pas faire avant ! Je vous donne rendez-vous lundi, bon pied bon œil, à 6h00, pour un tour d’horizon et un vaste débriefing sur l’actualité du week-end ! C’était Mathias Béliard, en direct sur Europe 1, depuis mon garage en Normandie ! Bon week-end à tous et à lundi ! ».
Le temps de lancer le jingle de son émission avant de passer la main et un petit coucou affectueux, en voix off, à son amie et collègue qui assure la suite du programme, et Mathieu éteint ses micros et tous les appareils qui lui permettent de garder l’antenne du fin fond de son lieu de confinement. 3 heures et demie quotidiennes d’antenne, puis toute la journée devant lui pour faire ce qu’il a préconisé à ses auditeurs : s’adonner à ce qu’il ne pouvait pas faire en temps ordinaires, trop empêtré dans sa vie mondaine et parisienne !
On peut dire que, pour lui, le confinement est un luxe dont il savoure chaque minute. Il se félicite tous les jours d’avoir entendu l’annonce du lock down français alors qu’il était en week-end prolongé dans sa Suisse Normande natale. Il avait aussi vraiment eu du nez de garder la maison familiale après la disparition de ses parents, mais en plus, il avait inconsciemment joué la prévoyance en priorisant, il y a 2 ans déjà, l’installation d’un studio d’enregistrement dans le garage. Là, il était en train de prouver à son directeur des programmes que le télétravail était à la portée d’un animateur radio consciencieux, et il entendait bien faire perdurer ce plaisir de temps en temps, dans l’après confinement.
Mathias s’étire longuement et se prépare un café long agrémenté d’un croissant un peu rassis, dans la petite kitchenette de son studio. Il n’a pas le temps de rejoindre la maison d’habitation, car son projet ne souffre pas la procrastination. Quinze minutes plus tard, il enfile une veste imperméable à capuche et des bottes, et s’équipe aussi d’un panier en fil de fer savamment tressé et spécialement dédié à sa tâche sacrée. Le voilà parti pour sa récolte du jour, sous un merveilleux crachin, comme seule la Normandie sait en faire cadeau. Il adore ce temps pluvieux, calme, sans vent, idéal pour sa quête. Il n’a pas eu longtemps à attendre, car un gros pépère s’est mis en travers de son chemin, ravi lui aussi de cette douche matinale. Le gros gris rejoint le panier après une inspection dubitative de Mathieu. C’est que, en fin connaisseur, il se montre difficile sur ses choix : celui-ci pourrait éventuellement faire l’affaire, ainsi que les six suivants, sélectionnés sur son chemin. Matthieu décide d’interrompre son périple : il préfère revenir tous les jours et être méthodique dans sa recherche suprême. Il emporte ses nouveaux acolytes dans la petite serre qui lui sert de salle d’expérimentation, et uniquement dédiée à cet effet.
Dans cet atelier insolite, il a fait installer un brumisateur qui se déclenche à intervalles réguliers pour maintenir le taux d’humidité idéal. Il y a fait pousser des herbes de toutes sortes et des navelles, ainsi que des salades. Cachés sous une planche au milieu de toute cette verdure gustative et énergétique, ses champions prennent un repos bien mérité après une nuit passée à grignoter les tendres feuilles.
Mathieu tient sa passion pour les escargots de sa plus tendre enfance, où la chasse à l’escargot avec son cousin était leur activité la plus prisée. Oh, ce n’était pas à visée gastronomique ! Non ! Lionel et lui étaient devenus les grands spécialistes … de la course d’escargots, un sport qui ne s’improvise pas et qui demandait aux coaches qu’ils étaient, beaucoup d’organisation, de réflexion, de comparaisons, de recherches plus ou moins scientifiques, pour dégager le meilleur des champions.
En revenant vivre sur les lieux de son enfance, Mathieu a immédiatement été saisi par l’envie irrépressible de revivre ses émotions d’enfant, à travers ses compagnons gastéropodes. Il n’en avait parlé à personne autour de lui, surtout pas à toutes ces belles filles qui gravitent autour de lui à Paris et lui font les yeux doux. Il avait bien conscience que sa virilité perdrait beaucoup à leurs yeux s’il avouait son talon d’Achille. Il n’y avait que Lionel, son cousin, devenu maire de Loix en Ré, pour le comprendre et partager sa passion. D’ailleurs, trouvant que la place de sa petite commune rétaise était bien désertée au printemps, Lionel avait organisé un championnat de courses d’escargots, tous les troisièmes samedis de mai, auxquels Mathieu avait participé 3 fois, en concurrence avec des enfants, qui, le plus souvent, remportaient la mise. Alors, cette année, Mathieu, confiné volontaire à cause d’un virus involontaire mais envahissant, y a vu là l’opportunité de gagner, en trouvant le meilleur champion capable d’emporter la victoire. Ce ne sera pas à Loix, puisque les consignes de sécurité sanitaire interdisent les rassemblements, mais ça pouvait être jouable fin juillet en Angleterre, pour le championnat du monde : « The World Championship Snail Racing » où cent cinquante candidats de toutes nationalités s’opposent.
Les règles ne sont pas les mêmes en Ré et à Norfolk. A Loix, chaque escargot dispose de sa propre piste de 1m de long, parallèlement aux autres pistes, sur des tasseaux bien lisses. Un vétérinaire teste les réactivités des coureurs avant de les autoriser à concourir. Chaque participant a un numéro et une « casaque » peinte directement sur la coquille ou sur une cocarde collée. La difficulté de l’épreuve à la française est d’apprendre à son poulain à rester sur sa baguette jusqu’au bout, sans lézarder, ni tomber. Alors, dans la serre, il a fait un « escargot-drôme » à la française où il entraîne ses champions. Les vainqueurs du jour sont confrontés aux nouveaux arrivants via le panier. Celui qui gagne 3 jours de suite a de grandes chances d’être sélectionné. Les trainards ou les loufoques sont remis en liberté en gardant trace de leur casaque pour que Mathieu ne les ramasse pas une deuxième fois. De l’organisation, vous dis-je, beaucoup d’organisation ! Cela va jusqu’à prendre des notes à chaque expérimentation : nom de l’escargot, casaque, nourriture de la nuit (changement de nourriture tous les jours pour trouver le meilleur « carburant »), performance chronométrée et place dans la course … Jusqu’ici, Bébert, son meilleur champion, a parcouru le mètre réglementaire en 3 mn et 45 secondes, mais il ne l’a fait qu’une fois, alors, il faut persévérer ou changer de champion. Dans la serre, il y a aussi la piste à l’anglaise, circulaire comme une cible. Le départ se fait dans le rond central et les escargots doivent rejoindre le cercle extérieur situé à environ 85 centimètres. Les escargots sont donc sensés partir en étoile, ce qui ne se passe pas toujours comme prévu, entre ceux qui font demi-tour, ceux qui s’endorment en route, ceux qui montent sur le voisin (motif de disqualification), et ceux qui ne démarrent pas … C’est donc tout un travail de préparation pour motiver l’escargot en l’appâtant, et en lui apprenant qu’il y a un chemin plus court qui consiste à aller droit au but. Bref, il faut réfléchir en escargot pour dégager le champion de demain !
A Norfolk, le gagnant gagne une chope pleine de salade, le rêve suprême de tout escargot normalement constitué. A Loix, c’est le propriétaire qui gagne un escargot en porcelaine de … Loix ! De toute façon, quoi qu’il arrive, en fin de saison, tous les champions sont déconfinés et relâchés dans la nature, et tous les ans, il faut renouveler le « cheptel ». Mathieu s’est inscrit pour le championnat à Norfolk, et il partira là-bas avec Lionel, aussi excité que lui par le challenge. Alors, il n’y a pas de temps à perdre : il faut entraîner et sélectionner le meilleur, celui qui sauvera l’honneur des deux cousins, et les fera rêver comme les petits enfants qu’ils sont restés. Mathieu a toute la journée pour préparer ses petits, avant de rapporter le lendemain de nouveaux challengers, et ça jusqu’au jour du championnat.
C’est pour cela que la levée du confinement des humains ne l’intéresse pas beaucoup. Mathieu craint d’être obligé de retourner à Paris, à moins qu’il réussisse à convaincre son patron qu’il travaille aussi bien à distance, ou alors il pourrait négocier à mi-temps… Mais une chose est sûre : il le veut, ce titre de champion du monde ! 


De Nicole de Belgique

LES VIES DE MATTHIEU

La Matinale se termine. Matthieu, voix souriante lance un “au-revoir, à demain même heure”.
Il enlève son casque d’écoute, éteint le son, quelques clics de fin et souffle, ça s’est bien passé.
Il rentre dans la chaleur bienvenue de la maison.
Un solide petit-déjeuner en famille l’attend: céréales, baies de goji et de chia, muesli, œuf, pain, beurre, café et même un morceau de chocolat noir.
Maintenant, bain chaud, une heure à bulles.
Le stress parti, lecture des journaux du jour, une mise en mémoire pour cette nuit.
Il passe à sa deuxième activité, sa passion.
Depuis tout petit, il se rêve cosmonaute.
Avec son frère, docteur en physique, ils ont dessiné les plans d’une fusée XXXL, qu’ils mettent au point, construisent, fabriquent.
Des pièces d’acier achetées, venues de l’Est, les Russes revendent de tout.
Vestiges d’une recherche datant de la guerre froide :la conquête de l’espace…
Il revêt un tablier de sécurité, s’équipe de lunettes de soudeur, d’un casque et de gants de protection.
Il trempe, chauffe les plaques de rouge à 800° à 1300° en fusion.
Il les met en forme, les arrondit. Il pratique l’usinage, soude, rivète.
Quinze mois qu’ils sont dessus dans le plus grand secret.
Leur long voyage dans espace est prévu pour 2030, avec la famille, ils partiront à la recherche de l’exoplanète
Proxima Centauri b découverte par TESS (Transiting Exoplanet Survey Satellite).
Une proximité de vie possible, comme sur la terre.
Une préparation de la survie s’imposera dans les mois précédant le départ.
Une redite en plus scientifique du confinement engendré par le coronavirus actuel.
Un espoir de futur heureux…

De Michèle de France

Ce journaliste franco-américain métissé, est ambitieux, aime le changement, l’évolution. Après avoir travaillé à la OUI FM, il rejoint RMC pendant 10 ans avant d’être ensuite recruté par Europe1 pour trois heures d’infos.
C’est un lève tôt, très tôt. Dès potron minet il est toujours debout. Comme un premier de cordée, il anime sa matinale de 6h à 9h30, alors que sur RMC, il présentait la pré-matinale à 4h30. Son rythme biologique est très étendu pour pouvoir aimer son travail d’informateur jusqu’au moindre détail, donner suffisamment de temps, de tendresse et d’amour à sa famille et se nourrir de ses nombreux loisirs.
Durant cette période de confinement, il prépare ses émissions et déploie ses talents d’orateur du fond de son garage où il a installé son attirail de journaliste, avec casque, micro, ordinateur, écrans divers etc… Et l’adrénaline. Un vrai studio. Malgré ses doutes et ses craintes, il a trouvé un terrain de jeu agréable avec des prouesses techniques pour communiquer, sans se départir de son débit rapide d’où dégoulinent ses mots chargés d’humour et d’émotions.
Ce télétravail le rend heureux, entouré de tout ce qu’il aime et de ceux qu’il aime, dans sa campagne normande où il élève cinq poules.
9h30, fin de ses chroniques. Pas de trajet, Il est déjà chez lui, ce qui facilite le contact familial. Il remonte quatre à quatre à l’étage, pour accompagner ses enfants lors d’un p’tit déj copieux. Il aime cuisiner et leur sert des pancakes maison accompagnés de sirop d’érable, le tout noyé dans des conversations à bâton rompu. C’est un moment qu’il apprécie beaucoup le week-end, et qu’il renouvelle chaque jour en ce moment, avec délice.
Vers 10h, il prend une douche apaisante, puis, d’un pas alerte et décontracté se dirige vers l’endroit préféré de son jardin. Il y déroule un tapis sur lequel il s’assied en lotus et médite pour nourrir son cerveau, ses neurones, sa conscience. Lorsqu’il sent que ses chakras sont en bonne harmonie, il se lève pour remercier la vie par un salut au soleil.
Puis, comme chaque jour, il répond à l’appel de son poulailler. Il n’oublie jamais de parler à ses poules avec douceur, accroupi près d’elles, il attend leur accord pour cueillir délicatement les œufs avant de rejoindre la cuisine.
Le poulet basquaise qu’ils ont tous ensemble décidé de manger ce midi va avoir besoin de ses talents.
La fin de repas associée aux nuits très courtes l’obligent à faire une sieste. Non pas celle des moines, trop légère, mais 20mn d’un profond sommeil. Aux alentours de 15h, il déguste un café revigorant. Et c’est frais comme un gardon qu’il part vers sa serre, là où il élève une multitude de plantes médicinales pour soigner sa famille, ses amis, par cataplasmes et tisanes. Toutes ses plantes ont une étiquette avec leur nom latin. Il les bichonne, compte leurs pétales, vérifie leurs fruits. Il ne s’arrête pas, et dans ce silence nourrissant, sa recherche de botanique le rend euphorique. Il hume ses plantes pendant des heures, arrose certaines et en met d’autres au séchage. Il transpire, souffle et s’assoie lourdement sur le banc à l’entrée de la serre. Il ferme les yeux. Tout est fait, il regarde sa montre, il a encore 1h devant lui, il peut y aller.
Au sous-sol, dans une pièce aux murs isolés phonétiquement, il met un CD sur la platine et écoute « la chanson de Prévert » de Gainsbourg pour la travailler à la guitare, façon rock. Son passé lui revient en images-plaisir. Il revoit le groupe qu’il avait formé avec ses deux acolytes. Repense à son désir d’être une star du rock. Le destin en a décidé autrement, son père surtout !! Mais sa guitare électrique l’attend pour tenter quelques accords avant de vibrer avec intensité.
Au bout d’une heure, trempé jusqu’aux os, il se dirige vers la salle d’eau pour faire ruisseler une eau tiède à chaude sur sa peau mate. En enfilant son jean, il pense à un repas rapide avec les enfants. Le soir, sa femme prend le relai. Il est déjà 19h15, mais il mettra les pieds sous la table, puis au lit, là où il s’octroie 15mn de lecture… le réveil sonnera à 02h…

De Caroline de France

L’émission est terminée, elle s’est bien déroulée. Je vais pouvoir m’occuper de mes petits protégés, mes pigeons voyageurs. Je suis colombophile et cela fait 5 ans que je vis ma passion. Mon grand-père maternel m’a transmis le virus quand j’avais 8 ans. J’ai la chance de posséder, aujourd’hui, 128 pigeons. Chaque jour, je m’en occupe pendant trois heures. Cela correspond aux soins, à l’entraînement et au nettoyage des cages de mes oiseaux. Pour le dressage, il faut beaucoup de patience. Le but étant que ces derniers se rendent à l’endroit demandé. Au départ, je les envoyais chez mes amis à 200 kilomètres de la maison. Ensuite, j’ai augmenté la difficulté, je suis passé à 800 kilomètres.
Malheureusement, j’ai perdu quelques compagnons qui devaient sûrement manquer d’entraînement. Aujourd’hui, le challenge est tout à fait différent. Dans une heure, je dois envoyer Junior, et 2 autres pigeons, Mino et Pool en Angleterre. Pour une mission secrète.
En effet, ses pigeons sont en quelque sorte devenus mes collègues de travail. Junior est le plus expérimenté cela fait cinq ans que je lui apprends à tenir la distance. De son côté, il m’aide à dresser les nouveaux arrivants. Nous formons une belle équipe. Enfin, revenons au plus important, la mission.
Elle est bien évidement en lien avec la situation inédite que nous vivons actuellement. La reine Élisabeth II m’a demandé, à moi, de faire passer un message important au peuple Français. J’ai à peine la pression, je vous le dis.
Je dois réussir à envoyer mes pigeons et à donner les bonnes instructions à la personne qui va les réceptionner afin qu’ils reviennent avec cette fameuse “annonce”. Ensuite, ça sera à moi de la diffuser à l’antenne, quelle fierté. Le gros souci, c’est que le texte ne devra pas être bien long, car Junior ne peut pas porter plus de 300 grammes sur une si grande distance.
J’habite en Normandie dans le village de Sées ; Londres se trouve à environ 500 kilomètres à vol d’oiseau, donc je dois le ménager. Sinon, il ne pourra pas faire le retour.
Le départ est donné, Junior s’en va avec ses deux acolytes, j’ai les pétoches. Leur retour est prévu dans dix heures. Un exploit pour tout vous dire car en temps normal, ils devraient mettre 2 jours. Je regarde l’heure au cadran, c’est long. Bon, d’après mes calculs, il devrait bientôt arriver sur place. Le plus difficile, c’est que je n’ai pas le droit de contacter la reine car cela pourrait mettre la mission à mal.
Il est 20h, j’attends leur arrivée imminente. Mon dieu les voilà, c’est un miracle. Il me tarde de lire le message. Qui sait, c’est peut-être l’antidote, la fin de tous ces tracas autour de ce virus. Junior est là tout près sur mon épaule où il vient de se poser. Je prends le bout de papier, il est écrit:
« Love is the only remedy. » Tout ça pour ça, mais c’est une mauvaise blague. On va me rire au nez….

De Laurence de France

« Ouf, ça y est, encore une ! » se dit chaque matin Matthieu Béliard à 9H30, après trois heures et demie de direct. « C’est une lourde tâche, tout de même ! ».
« Trois heures et demie passées dans un noir presque total dans mon garage, avec mon anorak, mon écharpe et mes thermos de café et de thé, bon, je vais reparaître au grand jour, voir le monde et du monde. C’est dur chaque matin, mais, je ne me plains pas, je gagne une heure et demie en me levant plus tard depuis le début du confinement ! ».

Après avoir officié à l’antenne d’Europe 1, Matthieu va d’abord voir ses poules et ramasser les œufs. Et, en fin gourmet, il pense déjà à ce qu’il va cuisiner pour le déjeuner. Depuis sept semaines, ses enfants sont toujours aussi étonnés de le voir rentrer plus tôt qu’avant, qu’avant le confinement. Mais, ils savent qu’ils ne doivent pas trop embêter leur père, fatigué, vidé par son travail matinal. Ils savent qu’il se lève de bonne heure, en pleine nuit, pour préparer son émission à la radio.
Car, après un petit-déjeuner consistant pour recharger les batteries, Matthieu Béliard s’isole dans un endroit où les enfants n’ont pas le droit de venir depuis le début du confinement : sa cabane dans le chêne au fond du jardin. D’habitude, c’est le refuge de la famille, le père aimant passer du temps avec ses enfants à cet endroit quand ils rentrent de l’école. Mais, là, tout est changé : le papa poule se retrouve seul dans sa cabane pour renouer avec une passion de jeunesse. Il a besoin de se défouler après son direct quotidien…
D’aucuns iraient courir, oui, mais voilà, on a droit qu’à un kilomètre de chez soi depuis mi-mars. Matthieu s’est creusé la tête pendant quelques jours pour se défouler. Le sport, ce n’est pas trop son truc, et son vélo d’appartement remisé dans le garage familial reste en bonne place où il a toujours été confiné.
Il a décidé de renouer avec sa passion de jeunesse. A vrai dire, plus qu’une passion car il voulait en faire son métier. Peu de gens connaissent cette partie de sa vie. En effet, Matthieu Béliard aurait voulu être un rockeur. Il rêvait de devenir rockeur. Il avait même monté un groupe, le « Dynamo code ». Les trois compères du groupe ont même sorti plusieurs disques, rien que ça et se sont aussi produits à La Cigale à Paris, pour la finale d’un tremplin musical en 2011 et 2013. Vous vous trompez si vous pensez que ce n’était qu’un rêve de gosse !
Alors, pour se défouler, Matthieu quitte la peau du Béliard radiophonique et se déguise en rockeur. Un vrai : avec le costume qui convient pour la circonstance et une perruque avec des cheveux longs, genre « peace and love ». Et là, il se prend pour une star : il joue de sa guitare électrique à fond et chante les chansons qui l’ont toujours fait rêver. A fond la caisse ! Un truc de dingue !
Voilà le secret de Matthieu pour être serein en famille et pour durer pendant ce confinement. Mais, chut, il ne faut pas ébruiter le secret. Personne ne le sait ! Mais, ses doigts frétillants sur les cordes de sa guitare offerte par ses parents pour ses treize ans, le démangent de plus en plus. Avec sa voix de crooner, il se pourrait bien qu’il taquine de nouveau les chansons, le Matthieu…Il n’aime pas décevoir et il doit retravailler son anglais et articuler plus posément, lui qui a un débit à la Speedy Gonzales à l’antenne.
En attendant, dans ce coin de campagne normande, le barbecue attend, comme tous les midis, et le gastronome averti se prépare à entrer en scène dans sa cuisine, confiné, oui, mais pour le palais cette fois !   


Je tiens à rendre aussi cette rubrique participative: si vous avez des idées de propositions d’écriture, pensez à me les envoyer via le blog et je les proposerai de temps à autre.
Chaque semaine, vous recevrez une proposition d’écriture, pourquoi ne pas vous lancer? Il n’y a que le premier pas qui coûte…
Chaque proposition est un jeu de créativité.
Laissez-vous guider par votre intuition, votre imagination, votre envie d’écrire!

Laissez filer vos idées, laissez les mots sortir tels qu’ils sont tout simplement ; c’est tellement mieux et spontané !
Ecrire, c’est se sentir libre.
Ecrire, c’est la liberté d’imaginer.
Créer demande du courage !
J’ai hâte de lire vos créations!

Pensez à m’envoyer vos créations dans la rubrique “me contacter” de mon blog, La Plume de Laurence.https://www.laurencesmits.com/contact/

Créativement vôtre,

LAURENCE SMITS, La Plume de Laurence


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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