La proposition d’écriture N° 66 vous proposait de trouver 10 mots au choix, de la façon que vous souhaitiez.

Ainsi, cela laisse une grande place à l’imagination et les textes partent donc vers des directions complètement différentes: entre la jubilation d’un jardin, une dame solitaire, des souvenirs de vacances et la collection Harlequin, vous allez vous régaler.

Je vous souhaite une belle lecture.

Voici vos textes:


De Françoise V de France

Jadis … C’était par un beau mois de mai, le papa se sentait gaillard… (nous l’appelions ainsi – Anna, Adèle, et moi : Annabelle – parce qu’auprès de lui, nous formions une entité à trois pieds, comme un tabouret. Je ne sais si tous les triplés ont cette image en tête).
Donc le papa, tout au plaisir de retrouver les premières fleurs de son jardin, jubilait.
Ce carré entretenu, il le considérait comme son joyau. L’atmosphère y était douce, colorée.
Ça lui poignardait le cœur si un plant particulier, objet de soins tendres, se trouvait sali ou amoindri par des prédateurs gluants. Il avait bien tenté la bière pour en noyer le plus possible, quoiqu’il n’ait jamais eu de goût à piéger qui que ce soit. Qui plus est, les trucs et astuces que se transmettent les jardiniers en herbe ne sont jamais assez efficaces. Ou alors les gastéropodes, dans ce carré précis, se reproduisaient à un rythme effréné.
Comme il faisait le tour du propriétaire, mâchouillant une feuille acidulée d’oseille – ainsi chaque matin –, une tache rouge, au loin, attira son attention.
C’était une chose à hauteur de râteau qui semblait suivre les flux de l’air. La myopie du papa l’empêchait d’identifier l’objet… ou la fleur – en était-ce une ?
Il pensa, allez savoir pourquoi, à un spécimen admirable qu’un voisin aurait ramené d’un pays exotique, d’où l’envergure supposée de la corolle souple qui pirouettait sur elle-même.
Timide de tempérament, le papa opta pour une technique discrète tout à fait à sa portée : déployer la grande échelle contre le mur de la maison et, par-dessus le toit, regarder dans l’axe repéré.
Sitôt pensé, sitôt exécuté.
… … …
Nous apprîmes les dessous de l’affaire dans un contexte blanc.
De fleur rouge, il n’y avait point. Plutôt une dame au teint de lait, virevoltant dans une robe vermeille. Le papa avait été frappé par sa beauté. Non que notre mère ne fût pas jolie. Mais chaque beauté a ses charmes, n’est-il pas vrai.
La belle seulement entrevue au bout de la lorgnette (qui était-ce ?), devint son tourment, un mal spontané. En gros, les symptômes d’un état amoureux en marche, façon adolescent.
Comment peut-on devenir amoureux à distance, grimpé sur une échelle ? Était-ce une fantaisie de la quarantaine masculine ? Ce type d’émoi remplit la littérature : des ”victimes” prises à leur propre piège duquel elles ne comprennent rien.
Bref, prétextant un déplacement de tuiles, le papa s’était mis à grimper les barreaux à tout moment. Nous trois, groupées en bas, le regardions décroître à mesure qu’il montait.
Il le fit deux jours durant, déplaçant l’échelle de peu, c’est-à-dire sans quitter l’axe déterminé, ses mains faussement affairées et le regard porté sur un lointain qui dépassait l’arête du toit.
Forcément, il était notre héros. Allait-il nous ramener un petit œuf d’oiseau, une plume au lustre noir ? Ou tenter d’attraper un bout de nuage…
Pauvre héros, en vérité. Rempli de sentiments ambivalents, soit par un violent émoi du cœur, soit par un mouvement involontaire d’un pied, il dérapa, fit basculer l’échelle qui forma un grand arc par-dessus le carré de son jardin. Badaboum !
Le petit tas vers lequel nous courûmes était bleu, couleur de la combinaison de travail qu’il enfilait pour confirmer le sérieux de son entreprise.
… … …
« Ça lui apprendra ! », maugréa notre mère quand elle sut que le pire avait été évité. Après tout, deux fractures aux jambes se réparent en quelques semaines.
Évidemment, elle avait tout compris.
Nous trois, du haut de nos quatre ans, penchées sur son lit blanc d’hôpital, répétions en chœur :
« Tu remarcheras, le papa, tu remonteras. L’échelle n’est même pas cassée ! »

De Lucette de France

Avec les mots trouvés dans le dictionnaire…


Je vous présente ma demeure qui n’est pas de la dernière génération. Mais elle est à moi, tous les coins et les recoins n’ont plus de secrets pour moi. La première fois que je l’ai vue, elle m’attendait, elle m’a parlé. Elle date du 18ème siècle avec tous ses atouts et ses imperfections. La première chose que l’on voit, c’est un magnifique « auvent » en fer forgé. Elle est envahie de « lierre », une « vigne » vierge parcourt les murs de cette belle bâtisse, toutes les roses multicolores « parent » les murs vieillissants de ses plus beaux « atours ».
Quand je suis chez elle, je vis dans une autre « galaxie ». Aucun confort ne m’attend, un évier creusé dans une énorme pierre, une vieille pompe au-dessus. Aucun chauffage, hormis la cheminée sans âge, et bien crasseuse. C’est super, mais il me faut aller chercher du bois, et quand j’aurai le bois, je dois trouver des allumettes, car c’est la dernière chose à laquelle j’ai pensé… Le bois est rentré sous le porche, mais un orage démentiel s’est abattu sur le village il y a peine 3 heures, il va devoir sécher, et maintenant la course aux allumettes…
Le village est à 3 kms à vol d’oiseaux. Avec ce temps incertain, je me décide d’aller chez une vieille dame, Joséfa, à quelques pas d’ici. Je toque aux vitres douteuses, j’entends une chaise qui se traîne, et Joséfa qui ouvre la porte avec un « tricot » à la main. D’emblée, elle me raconte sa vie d’ermite, d’où son « abonnement » à Bergère de France. Elle tricote pour une association d’enfants défavorisés, et me dit-elle. Tous « ensemble » tous les 3 mois, on se rassemble pour déposer nos chefs-d’œuvre. On note les nouvelles directives, et je reviens m’enfermer dans mon humble demeure. L’automne est très pluvieux, avec un feu de femme veuve, c’est « réfrigérant », pas besoin de clim, d’ailleurs, Joséfa n’a jamais entendu prononcer ce mot-là de quiconque. Le modernisme, c’est fait pour les gens de la ville, avec une petite pique en passant. Avec un malin plaisir, elle « tance » à qui veut l’entendre, que beaucoup de parisiens sont tous enthousiastes quand ils arrivent au printemps. C’est vrai que la forêt attire le regard avec tous ces arbres centenaires qui nous accueillent, mais dit-elle, dès l’hiver arrivé, je les vois débarquer pour passer les fêtes de Noël, j’en souris de malice. Les corvées les attendent, pas de soleil, l’humidité dans la maison qui glace jusqu’aux os. Le séjour tourne au fiasco, au bout de deux jours, ils repartent emmitouflés, la goutte au nez, les rigueurs de l’hiver ne sont pas les mêmes qu’à Paris. Ils sont arrivés avec un bonus : le prix des maisons abordables, ils repartent avec un « malus », tous enrhumés…
Joséfa a encore quelques parents lointains qui se font de plus en plus rares au fil du temps. Son unique amoureux est mort pendant la deuxième guerre mondiale, elle n’a jamais voulu le remplacer et n’a donc pas eu d’enfants.
Cette vie, le destin lui a d’abord imposée, ensuite sa solitude, c’est son choix de vie, malgré les nombreux soupirants. C’était une vraie beauté cette Joséfa, mais la magie du premier amour, c’est ignorer qu’il puisse finir un jour. A son départ, ils se sont jurés fidélité jusqu’ à la mort. Lui, la mort l’a pris, l’amour de Joséfa l’a toujours porté, tous les soirs elle lui parle, il est toujours son mentor. On dit qu’une vie sans amour, c’est une vie sans soleil, pas pour elle. Quand elle parle de son héros, ses yeux brillent toujours autant de l’amour qu’elle lui porte.
Je suis ravie d’avoir passé quelques instants avec vous, lui dis-je, je reviendrai si vous le voulez, et je vous annonce que je vais m’incruster et écouter pendant nos veillées à toutes les deux, se raconter nos vies tellement dissemblables…
Ah ! j’oubliais, je suis venue vous demander des allumettes…

De Catherine de France

Souvenirs, souvenirs


Voici venu le temps des vacances, dans une actualité sanitaire très anxiogène, sous emprise covidienne, et aussi dans une actualité sociale et économique éruptive autant qu’incertaine. Voici venu le temps des vacances, qui me replonge dans les vacances d’avant, dans un temps où ce mot n’était pas à la portée de tous.
Issus d’une famille très modeste, d’un père ouvrier tourneur et d’une mère au foyer, nous avons eu, grâce à nos parents, la chance et le bonheur d’aller en vacances. La cheville ouvrière de ces aventures était notre mère, véritable capitaine du vaisseau familial comptant trois moussaillons dont j’étais l’aînée. Notre père, unique pourvoyeur financier de la famille, mais beaucoup moins aventureux, suivait le mouvement. En véritable chef d’orchestre, notre mère planifiait et organisait tout, des économies au budget prévisionnel, de l’organisation matérielle à la planification temporelle.
Le premier achat fut une tente 5 places, bleue, marque Cabanon, avec 2 chambres, un espace commun, une unique fenêtre en tamis, occultée par un volet en toile, et un auvent. La famille au grand complet est allée assister au montage de la tente par le vendeur : une cérémonie où les enfants se devaient d’être sages pour ne pas faire honte, telle était la consigne de départ. C’était un véritable évènement, pour une famille où chaque sou comptait, et où, ce jour-là, on sentait pourtant qu’on avait assez d’argent pour aller en vacances. D’abord sortir l’armature du sac et la déplier. Suivre le plan de montage. Mettre l’armature complète à genoux, c’est-à-dire jambes pliées pour pouvoir aisément poser la toile dessus. Déplier la toile. L’orienter pour mettre l’auvent du bon côté. Poser la toile sur l’armature. « Allez, les gamins, venez donner un coup de main : un à chaque pied. A 3, on déplie le pied. 1,2 3 ! » Et voilà la guitoune montée. On prend conscience de l’espace intérieur, de la grande porte aveugle dotée d’une immense fermeture éclair. On se sent fier, heureux, fébrile, et un peu inquiet de cette première future aventure qui nous attend. Derniers apprentissages : le montage des chambres, les sardines à enfoncer, les haubans à fixer. Puis démontage, pliage méticuleux pour que tout tienne dans le sac. Quand j’y repense, je me dis qu’à cette époque, les vendeurs avaient du temps à consacrer à des démonstrations, dans cet endroit qui tenait plus de l’entrepôt en plein air que d’un magasin.
Pour compléter la panoplie du parfait campeur, il fallait aussi des matelas pneumatiques, des sacs de couchage, un réchaud avec bouteille de gaz, un lumogaz et une glacière : la cagnotte diminuait, mais notre mère savait compter. Notre père était ému de cet achat, symbole d’une petite, mais bien réelle ascension sociale : il était, certes, un ouvrier, mais un ouvrier qui arriverait à partir en vacances, à 5 dans l’AMI 6, avec bagages et matériel de camping.
Nous étions parés, mais il fallait une répétition générale avant le grand départ. A la Pentecôte, grande expédition au Lac d’Eguzon, à 30 kms de la maison, pour apprendre à monter la tente, y dormir, y manger, se baigner dans le lac avec nos maillots de bains tricotés avec amour par notre organisatrice préférée, en laine Phildar bleu marine et blanche, inviter les cousins, oncle et tante et amis à pique-niquer avec nous, replier la tente, démonter l’armature, et revenir à la maison, en attendant le mois d’Août.
Août arrive enfin : départ pour 3 semaines sur l’île de Ré. Ça en jetait auprès de la famille et des voisins ! L’AMI6 chargée à bloc, lestée de colis dedans et dessus. Direction la mer. Excitation maximum. Pour notre père, le summum était la perspective de prendre le bac qui reliait La Rochelle à notre destination finale. « T’as fermé le gaz ? T’as pris le carnet de chèques ? Tu n’as pas oublié l’argent liquide ? Et le livret de Caisse d’Epargne, on ne sait jamais ? Je ne souviens plus si j’ai fermé la porte de derrière ! Les enfants, arrêtez de vous battre ! Regardez plutôt le paysage ! » Sur le siège arrière, les 3 moussaillons trouvaient le temps long, serrés comme des sardines, le frère au milieu, coincé entre les 2 filles : « Pousse-toi ! … Maman, il me souffle exprès dans la figure ! Maman, il m’a pincé !… »
Il fallait être stoïque pour conduire dans ces conditions. Mais la récompense suprême était d’apercevoir la mer, vécue comme le Saint-Graal. Emotion : finies les disputes à l’arrière. Trouver l’embarcadère, faire la queue avant que la voiture soit enfin autorisée à fouler le pont du bateau, bien rangée à côté des autres, selon les indications gestuelles de l’employé de bord. A l’époque, l’entrée et la sortie sur le bac se faisaient du même côté, d’où de savantes manœuvres, à faire en temps et en heures, au signal du chef d’orchestre qu’aucun sourire de notre part ne déridait. Sur le bateau, nous pouvions nous asseoir sur des sièges en hauteur. Pendant la traversée, nous étions sages comme des images, trêve de bavardages, sensibles aux odeurs, au paysage marin, au roulis du bateau et à ses manœuvres. Ce passage du bac était un véritable rite initiatique : nous entrions dans une nouvelle dimension qui allait nous procurer tant d’émotions, comme par exemple lors de la quête d’un camping : un tel est complet, déception, un tel a de la place mais est trop loin de la plage, celui-là ne nous inspire pas, celui-là peut-être, non : trop cher ! C’est ainsi que nous arrivâmes au Camping de la Plage, à Saint-Clément des Baleines, un nom à déchainer l’imaginaire, et un tarif à la portée de notre cagnotte. La fatigue du voyage pesait sur le montage de la tente, pour les adultes, pressés d’en finir avec les contingences matérielles, et pour les enfants qui sentaient la mer si proche, mais qu’ils n’avaient pas encore le droit … d’approcher.
Visite rapide des sommaires installations sanitaires : un seul robinet d’eau douce, eau de mer pour la vaisselle, la lessive et les toilettes, WC à la turque, le marchand de pain de glace qui passait tous les 2 jours… Vite ! les maillots de bain, les serviettes, … et enfin les dunes, la plage de sable, les coquillages et la mer. Quel délice et quel délire ! Le bonheur parfait, à partager en famille ! Une mission : profiter un maximum, pour ramener dans sa tête tant de beaux souvenirs, et sur son corps, une peau bien bronzée qui prouverait qu’on en vient bien.
Rien ne viendra entacher ces premières vacances en Atlantique, pas même la pluie qui suintait par les fermetures Eclair et à travers la toile quand nos matelas la touchaient, pas même la perspective de devoir déplier la tente pour la faire sécher à la maison au retour, si on avait eu la malchance de « plier mouillé ». C’était ça, les vacances à l’époque : notre maigre pécule y contribua et eut un an pour se reconstituer et acheter une remorque, avant de revenir pour un nouveau séjour, dans notre délicieux petit coin de paradis.

De Patrick de France

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Cela était prévisible qu’elle me quitte qu’elle finisse par se lasser de moi et ma triste habitude de recourir trop souvent à ma divine et indispensable bouteille de rhum pour oublier mon destin de vie très terre à terre fade et sans intérêt.
« Tu manques d’imagination positive, de lumière inondant nos vies comme un soleil bénéfique », me disait-elle souvent.
Mais moi je ne voulais pas voir le sens grave de cette situation et je retournais m’abreuver de lâcheté et d’insouciance avec ma divine bouteille.
Bien sû,r un jour j’ai découvert le pot aux roses, la preuve de sa trahison de son amour pour un autre mais je l’avais bien cherché, je dois l’avouer .
Je ne suis pas complètement naïf et je me doutais bien qu’elle avait changé et retrouvé un sourire perdu depuis longtemps à mon contact. Alors, je fouillais dans ses affaires, oui je sais c’est minable mais j’étais comme poussé par un mauvais génie et je ne fus pas surpris en trouvant dans le tiroir à bijoux de sa coiffeuse la fameuse et irréfutable preuve.
Une photo, oui, pas une photo mais la photo, la preuve de sa tromperie, le pot aux roses de son complot, oui je sais, j’exagère mais j’ai un peu ou trop bu de cette boisson couleur miel…
Cette photo, image si troublante pour moi, me laisse à terre, mon cœur n’est plus que pierre ah, mais les mots me manquent pour vous la décrire .
Photo prise près d’une rivière au loin, on aperçoit des orangers en fleur et puis au premier plan, un couple s’enlace tendrement, elle et lui, ce voleur de mon bonheur.
Au dos de cette photo, il était écrit « Pour toi soleil de ma vie, souvenir d’un stage de lambada, celui qui sera toujours ton prince pour couvrir ta vie de miel ».
Quoi ! C’est cet Arlequin de pacotille, ce poète à la crétinerie littéraire, triste à jeter des pierres qu’elle a pris pour amant, mais je vais lui faire passer le goût de la lambada moi, une danse, oui je vais le faire danser et le renvoyer dans ses orangers ou pis encore, lui briser les doigts afin qu’il ne lui écrive plus des mots doux, mais bon pour l’instant, je retourne à mes libations avec ma chère bouteille. On verra demain le soleil brillera de nouveau.
Madame la directrice des éditions Arlequin s’assoit dans son grand fauteuil en croisant ses jambes couleur de miel puis, tranquillement presque lentement, elle allume une cigarette, me regarde fixement, rejette quelques volutes de fumée et avec un petit sourire narquois dit : Vous n’êtes pas un génie de l’écriture, manque d’imagination mais, ce n’est pas grave avec tous ces mots nous allons réécrire une histoire mais surement pas un livre. »
J’étais à terre mais bon elle m’offrit un verre d’une de ses bouteilles de whisky, oui merci je veux bien mais juste un doigt , allez un sourire photo.

Voici aussi 2 textes sur la proposition d’écriture N° 65 concernant le poisson rouge dans son bocal:


De Patrick de France

Le poisson rouge et la pianiste

Bonjour Vous, pourquoi vous me regardez comme cela ? Vous n’avez jamais vu un poisson rouge dans un bocal ?
Bon, je vais faire un tour et je reviens vous voir.
Bonjour vous , pourquoi vous me regardez comme cela vous n’avez jamais vu un poisson rouge dans un bocal ?
Mais non je blague ( oui un poisson peut avoir de l’humour ), je vous ai reconnu, vous ne croyez pas à cette sordide idée, à ces sornettes qu’un poisson rouge ne puisse avoir que 9 secondes d’attention et de mémoire ?
Balivernes que tout cela , rien n’est prouvé scientifiquement et par ailleurs, des études de deux universités anglo-saxonnes démontrent qu’un poisson rouge peut ressentir la douleur pendant 24H et s’il est entraîné, il peut garder en mémoire un événement pendant 3 mois. AH ah, vous restez bouche bée, cela vous laisse pensif et dubitatif.
Bon, je me présente, je ne suis pas un vulgaire poisson rouge d’abord, je suis plutôt orange vif. Je suis un Carassin doré ou Carassius Auratus et voilà, dit comme cela, ça vous change un poisson .
Je peux vivre jusqu’à 30 ans , nous autres poissons rouge sommes plutôt une espèce grégaire, mais moi je préfère vivre seul en célibataire endurci, enfin pas complètement seul :j’ai pour compagnie mon adorable maîtresse, une pianiste de grand renom .
Ma copine de bureau ( oui, je préfère l’appeler ainsi, c’est mon droit non ! Et puis c’est moi qui raconte l’histoire), donc ma copine de bureau et très souvent de piano reçoit énormément de monde : des personnes anonymes et d’autres très célèbres et moi dans mon bocal, je vois tout j’entends tout et je pense ( si je pense non mais alors) que je vais dévoiler quelques histoires croustillantes vues et entendues dans ce bureau. Oui je sais, je suis un poisson mécréant et pas le féal ami qu’elle croit avoir parce que je suis un poisson bavard et je ne suis pas ce genre de carpe atteinte de mutisme.
Mon chez moi, mon bocal pour les intimes est placé sur son bureau à côté de son grand piano blanc ; sur le côté gauche une grande fenêtre sublime la lumière du jour en me laissant entrevoir la cime des grands arbres du parc.
Sur le côté droit un grand mur décoré avec un goût exquis ( flagorneur que je suis) et surtout accroché à ce mur l’objet dédié à mon immense soif de savoir et de colportage de ragots dont je me délecte, cette friandise, joie de mes journées, cette fenêtre indiscrète est un téléviseur .
Ma copine de bureau, grande pianiste de renom, joue tous les jours assidûment à son beau piano blanc entre 6 et 8 heures de jolies mélodies classiques et modernes qui enchantent mes ouïes. Mais je n’aime pas trop quand elle fait ses gammes mais, surtout ce que je ne supporte pas du tout c’est quand elle ose jouer la musique d’un certain Schubert, la dite « truite » quel prétentieux ce poisson ; cela hérisse mes nageoires.
Il faut que je vous parle de son soit disant « mari ». Ah ! Je ne l’aime pas celui-là et lui non plus ne m’aime pas toujours à cogner contre la paroi de mon bocal et de m’appeler « Bubulle », goujat va.
Ce monsieur, son , se prétend homme de confiance, impresario et producteur, mais c’est un escroc , un menteur un vil usurpateur et en plus il trompe ma douce maîtresse avec une Soprano qui chante faux. Heu là j’exagère peut-être ? J’ai surpris leurs fourbes confidences amoureuses alors qu’ils croyaient que je dormais. Mais non, je faisais semblant et je dirai tout à ma copine de bureau qui elle seule sait me comprendre ( comment je vais faire pour lui expliquer la situation je sais pas mais je trouverais bien à déjouer cet infâme complot ;à un poisson rouge rien d’impossible).
Elle reçoit des personnes de la politique mais sur ce sujet délicat et sensible je ne dirai rien et puis cela m’ennuie de nager en eaux troubles.
Moi j’apprécie énormément quand elle reçoit d’autres grands musiciens et surtout deux grands concertistes virtuoses du violon, vous avez deviné, ces deux frères, l’un au violoncelle et l’autre au violon. Ah moment exquis à rêver entre deux eaux dans mon bocal.
Hier, j’étais terriblement fâché contre ma soi-disant maîtresse, oui mes bons amis, à vous je peux le dire, j’ai été victime d’une discrimination en tant que poisson : la frustration est très grande encore aujourd’hui comme une grande plaie ouverte.
Hier donc, Madame la « grande » pianiste a été invitée chez monsieur M Drucker et n’a pas jugé à propos d’emmener son poisson rouge sur le canapé de la même couleur , alors que le chien de ce monsieur siège en bonne place, c’est pas discriminatoire ça !!!!!
Bon, je vous quitte car cet après-midi je suis fort occupé. Pour se faire pardonner, ma copine de bureau m’offre un grand aquarium car mon bocal est insuffisant pour mes ébats natatoires mais je ne suis pas dupe, je reste sur mes gardes « forgive yes, forget no. ». Hé oui je parle aussi en anglais et avec l’accent. A bientôt peut être, j’ai encore plein de croustillantes confessions à vous raconter en toute discrétion bien sûr.
Bonjour vous ,pourquoi vous me regardez comme cela, vous n’avez jamais vu un poisson rouge dans un bocal ?

De Laurence de France

Je suis un pauvre poisson d’ornement, rouge en fait, dans mon bocal en verre transparent. J’ai peu de place car j’orne le coin d’un bureau ovale. D’un grand bureau…très célèbre ! J’étais déjà là avant l’arrivant d’il y a quatre ans. Je ne suis pas la propriété du mec à la chevelure orange qui occupe en ce moment la Maison Blanche.
Que puis-je faire d’autre à part observer ? Alors, j’observe beaucoup. Et ce que je vois me remplit d’air…et me file des frayeurs ! Je tourne alors comme un malade dans mon bocal, à en fendre l’âme des visiteurs.
L’occupant actuel du 1600 Pennsylvania Avenue est un peu bizarre, contrairement aux autres qui l’ont précédé. Il ne travaille pas beaucoup celui-là. Il passe son temps avec son téléphone portable, en s’installant dans le grand fauteuil en cuir, les pieds sur le bureau et il n’enlève même pas ses chaussures. Il s’en fout, ce n’est pas lui qui nettoie !
Cet hurluberlu parle mal aux intervenants qui essaient de raisonner cet ours mal léché. En effet, il grogne plus qu’il ne parle. Je ne sais pas pourquoi, mais il parait toujours énervé ou en colère. Comment a-t-il pu arriver là ? Grand mystère…
Il ne se calme jamais, bouge tout le temps. Quand il veut se calmer, il prend sa canne de golf et joue dans le bureau. Eh oui, il a installé un mini-golf dans ce bureau pourtant décoré à l’ancienne. Il a des goûts de m… !
Je n’ai plus de repos dans la journée, sauf quand il va manger ou quand il va aux toilettes. Il fait aussi semblant de m’apprécier, me balance des miettes de nourriture avec impatience comme s’il lançait ça à un SDF, du genre « prends ta pitance, mon vieux et estime toi heureux ! ».
J’ai bien le temps de l’observer discrètement, car il ne prête jamais attention à moi. Je ne lui rapporte rien, alors il ne comprend pas ce que je fais là. Il ne comprend pas que je sois devenu une mascotte du temps de mon cher Barack, qui venait me parler lui. L’autre doit être jaloux. Ce dont je suis sûr, c’est que ce mec est fou ! Quand je pense qu’il peut appuyer sur ce bouton rouge à tout moment. Il y a des jours où il regarde ce point rouge avec une obsession qui fait peur. Il n’aime pas les règles ce type. Il ne supporte pas qu’on le critique. Pourtant, il y aurait de quoi !
Et j’ai la nette impression qu’il a une attention de quelques secondes, comme moi ! Peut-être, le seul point commun que nous partageons, c’est que nous vivons l’instant présent. Moi, je tourne dans mon bocal et l’autre tourne dans son bocal mental. Il a un ego surdimensionné ; ça fait peur ! Il se prend pour le nombril du monde.
Mais comme je suis un poisson intelligent et que je ne veux pas tourner en rond pour rien, je crois qu’il ne me reste plus qu’à attendre le 4 novembre prochain. Le choix est dingue : les gens vont devoir choisir entre un vieux ou un vieux ! Incroyable mais vrai ! J’attends, tranquille au fond de mon bocal qu’il fasse ses cartons, le faux rouquin avec sa mèche folle. S’il reste encore quatre ans, je vais mourir d’ennui …et de folie !


La proposition d’écriture N° 67 vous enferme dans un musée toute une nuit! Une nuit au musée pour vivre de multiples aventures, un rêve ou un cauchemar?

A vous de voir…

Alors, à vos plumes!

Créativement vôtre,

Laurence Smits, La Plume de Laurence


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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