Enfermé dans un musée toute une nuit? Est-ce votre rêve? En tout cas, pour les personnages en question de cette proposition d’écriture N° 67, ce fut un cauchemar… 

Je vous laisse découvrir tout cela en toute quiétude. 

Voici vos textes:  

De Patrick de France – proposition N° 66 (mots trouvés au hasard)

Les mots : « Cigarettes, miel, pierre, photo, lambada, génie, soleil, mots, rivière, imagination, bouteille, sourire, livre, arlequin, terre, doigt, grave, prince, orangers, et pot aux roses.


« Cela était prévisible qu’elle me quitte, qu’elle finisse par se lasser de moi et ma triste habitude de recourir trop souvent à ma divine et indispensable bouteille de rhum pour oublier mon destin de vie très terre à terre fade et sans intérêt…
« Tu manques d’imagination positive, de lumière inondant nos vies comme un soleil bénéfique », me disait-elle souvent.
Mais moi, je ne voulais pas voir le sens grave de cette situation et je retournais m’abreuver de lâcheté et d’insouciance avec ma dive bouteille.


Bien sûr, un jour, j’ai découvert le pot aux roses, la preuve de sa trahison de son amour pour un autre. Mais, je l’avais bien chercher je dois l’avouer .
Je ne suis pas complètement naïf et je me doutais bien qu’elle avait changé et retrouvé un sourire perdu depuis longtemps à mon contact. Alors, je fouillais dans ses affaires, oui, je sais c’est minable mais j’étais comme poussé par un mauvais génie et je ne fus pas surpris en trouvant dans le tiroir à bijoux de sa coiffeuse la fameuse et irréfutable preuve.
Une photo, oui, pas une photo, mais la photo, la preuve de sa tromperie, le pot aux roses de son complot, oui, je sais, j’exagère mais j’ai un peu ou trop bu de cette boisson couleur miel..
Cette photo, image si troublante pour moi, me laisse à terre, mon cœur n’est plus que pierre ah, mais les mots me manquent pour vous la décrire .
Photo prise près d’une rivière. Au loin, on aperçoit des orangers en fleurs et puis au premier plan, un couple s’enlace tendrement, elle et lui,ce voleur de mon bonheur.
Au dos de cette photo, il était écrit « Pour toi, soleil de ma vie, souvenir d’un stage de lambada celui qui sera toujours ton prince pour couvrir ta vie de miel ».
Quoi ! C’est cet Arlequin de pacotille, ce poète à la crétinerie littéraire triste à jeter des pierres qu’elle a pris pour amant, mais je vais lui faire passer le goût de la lambada, moi, une danse, oui, je vais le faire danser et le renvoyer dans ses orangers ou pis encore, lui briser les doigts afin qu’il ne lui écrive plus des mots doux, mais bon pour l’instant, je retourne à mes libations avec ma chère bouteille.
On verra demain le soleil brillera de nouveau .
Madame la directrice des éditions Arlequin s’assoit dans son grand fauteuil en croisant ses jambes couleurs de miel, puis tranquillement, presque lentement, elle allume une cigarette, me regarde fixement, rejette quelques volutes de fumée et avec un petit sourire narquois dit : Vous n’êtes pas un génie de l’écriture, manque d’imagination mais, ce n’est pas grave avec tous ces mots, nous allons réécrire une histoire mais sûrement pas un livre. »
J’étais à terre, mais bon, elle m’offrit un verre d’une de ses bouteilles de whisky.
« Oui merci, je veux bien mais juste un doigt ». Allez, un sourire… photo.

De Christelle de France

Prisonnière au musée

Un jour d’hiver, je décide d’aller visiter le musée Balzac à Paris en fin d’après-midi pour éviter un trop grand nombre de visiteurs. Le gardien a dû faire un appel alors que je suis aux toilettes et me voilà coincée dans le musée. J’essaie d’appeler les pompiers et ma sœur : pas de réseau !
Que faire ? Merde, je ne vais pas restée enfermée ici toute la nuit !
La maison possède deux étages. Je vais à l’entrée principale et tambourine sur la porte en criant : « s’il vous plaît, appelez les pompiers, je suis enfermée dans le musée » : pas de réponse. Je descends l’escalier en bois et recommence à crier en tapant sur la porte qui donne sur la ruelle : en vain !
La porte de la terrasse est fermée, je n’ose pas casser la vitre et crier à travers un carreau en cette saison les gens ne sont pas sur leurs balcons.
Oh là là, je vais devoir passer la nuit ici : pas drôle, pas agréable mais ce n’est pas dramatique pour autant. Je vis seule, donc personne ne va s’inquiéter pour moi.
Je réfléchis : j’ai une petite bouteille d’eau et un paquet de biscuits dans mon sac : cela devrait suffire.
Ce soir : soirée lecture. J’ai de quoi faire avec les livres de l’écrivain. Je m’installe au bureau de Balzac après avoir choisi « le Lys dans la vallée ». Ensuite, j’irai dans la chambre de Balzac et tacherai de trouver le sommeil dans son lit.
Après avoir lu pendant trois heures, je pose mon manteau sur le lit de Balzac et essaie de dormir. Malheureusement, il y a de la poussière, je n’arrête pas d’éternuer et de me moucher. Bien entendu, je n’ai pas mon antihistaminique avec moi !
Au milieu de la nuit, je parviens à trouver le sommeil mais je fais un rêve inquiétant : je vois Balzac qui me dit « qu’est-ce que vous faites dans mon lit ? Qui vous a permis de pénétrer dans ma demeure ? ».
Je me réveille en sursaut, je me lève avec peine. Je fais une toilette de chat dans le cabinet de toilette et mange quelques biscuits.
Vers 10 du matin le gardien arrive. Ébahi, il sursaute lorsqu’il me voit. Je lui explique la situation. Je dis que je n’ai touché à rien, je me suis juste assoupie sur le lit. Il appelle le directeur qui vient immédiatement. Celui-ci me demande ma carte d’identité, mon adresse et mon numéro de téléphone. Il me dicte ensuite un texte qui reconnaît que je n’ai ni abimé ni volé quoique ce soit.
Il me dit avant de partir : « nous vous enverrons un courrier qui vous indiquera si nous donnons suite à cette affaire ».
Quelle mésaventure !


De Lucette de France

Enfermé dans un musée

J’adore aller à Paris avec mon conjoint pour visiter toutes sortes de musées. Après avoir bien marché, nous voici devant celui qui va nous emprisonner sans que l’on s’y attende. On entre, on s’admire d’emblée par des glaces déformantes, il fait sombre, on continue nos découvertes, de-ci-de-là. Tout nous impressionne, nous fait sourire, nous fait réfléchir. On se pose des questions, quelle époque ? L’un dit une date, l’autre en dit une autre, c’est sûr que nous ne sommes jamais d’accord. On se fait confirmer par Wikipédia, et celui qui a raison, pavoise…
Certains endroits paraissent encombrés et poussiéreux. Nous rencontrons les plus grands de ce monde. Tous s’y côtoient avec courtoisie, jamais de tension ou de dispute entre eux, ils ont beaucoup de tact, car tant de personnalités dans un minimum d’espace, c’est vraiment risqué…
Bon ! Vous l’avez compris nous sommes au Musée Grévin de Paris. Madona, Marilyn Monroe et sa robe volante, Louis de Funès et son éternel costume de flic, les sportifs connus ou inconnus, les acteurs qui sont devenus célèbres, je ne peux pas tous les citer, je ne veux vexer personne en oubliant un ou une de ces « mondains » …
On continue à se faufiler dans les allées embouteillées de badauds, qui comme nous, s’amusent à reconnaître qui est qui. Il fait très chaud à Paris en cette fin avril, mais là, c’est le comble, l’air est presque irrespirable, la moiteur du lieu nous met mal à l’aise, alors, on décide d’entrer dans un endroit interdit au public. La curiosité nous attire, ce que l’on découvre n’a pas grand intérêt, des mannequins en cire, des vieilleries de tous ordres volumineux encombrent le passage. Il fait de plus en plus sombre, mais on ne se pose pas de question, et sans se presser on explore les catacombes d’objets surannés qui n’intéressent plus personne, mais que l’on garde, car tout est recensé, enregistré, notifié au cas où…
Bon, notre indiscrétion est satisfaite, on décide de reprendre le chemin du retour. On tourne, on vire, on se perd dans ce dédale d’allées et venues, on regarde notre montre… 19 heures. Alors, panique à bord, à l’entrée un panneau indique de 9h30 à 18 heures tous les lundis. Vite dans ma tête, je cherche quel jour on n’est, j’ai beau essayé de refaire les plans depuis notre arrivée, nous sommes lundi, c’est sûr et certain.
Pas de panique, je prends mon téléphone pour appeler du secours, et là, pas de bol, pas de réseau. Coincés dans le Musée des horreurs, car la lumière est à minima, impossible de retrouver les sanitaires, j’ai faim, j’ai soif, je stresse comme jamais. Personne ne peut nous joindre, mes enfants vont s’inquiéter de notre absence. Que va-t-on faire ? Rien, attendre tranquillement demain Mardi.
Je me suis couchée tant bien que mal, mon conjoint fait le grincheux, déjà que ce n’est pas drôle, si en plus il en rajoute… Heureusement ma montre fonctionne. Avec impatience on attend l’ouverture, 8h30, plus qu’une demi-heure à attendre…9 heures, 10 heures, 11 heures, mais que se passe –t-il ? Mon Dieu, c’est férié, 1er Mai oblige. Alors, là on se laisse aller à notre désarroi, rien à boire depuis plus de 24 heures, plus rien ne fonctionne positivement dans notre tête.
On se décide à crier à tue-tête, jusqu’à ce quelqu’un vienne nous délivrer. On crie, on s’égosille, on hurle, on gueule et on s’engueule. C’est ta faute, non, c’est toi qui m’a entraîné, chacun en veut à l’autre…J’ai mal à la gorge, ma voix est éraillée à force de brailler. Mais…écoute, un murmure, un chuchotement nous parvient, puis un bruissement un peu plus net, des portes qui claquent. On se réjouit, enfin notre calvaire va se terminer. Devant notre nez, on nous crie Police. Dans quelle galère on se retrouve… Direction commissariat, on nous somme de répondre clairement : « qu’avez-vous fait pendant tout ce temps ? Pourquoi avez-vous été dans un endroit interdit ? Pourquoi n’avez-vous pas entendu le signal de la fin des visites ? ».
Pourquoi ceci, pourquoi cela… L’interrogation a duré 12 heures, on nous a sustenté avec parcimonie, on nous a permis de rassurer nos enfants. Nous sommes sortis libres, mais pas dans nos têtes, puisque la direction du Musée a porté plainte contre nous. Rendez-vous avec la justice dans quelques mois…

A quoi ça tient une curiosité naïve de notre point de vue, malsaine pour les autres…

De Françoise V de France

Boris au musée

Quelle fascination ! … immédiate, totale, farouche.
Après un long temps, la raison me suggère : ” Dis donc, Boris, va voir les œuvres alentour, tu reviendras ici plus tard pour y goûter autrement. ”
M’extraire de cette vision ? C’est qu’il ne m’est plus permis de regarder ailleurs ; je ne sais comment l’expliquer. De fait, la toile peinte fait vivre la moitié d’un mur. Et quand je dis « moitié », je suis loin de la vérité. Certes, le tableau a une envergure peu banale. Le cadre solide lui impose des limites. Si la toile finie avait la prétention de déborder, lui, la recadrerait. C’est entendu, mais…
… mais, c’est qu’elle déborde justement. Comment est-ce possible ? Un tableau ordinaire demeure en l’état. Surélevé, adossé à un mur, retenu à un clou, des crochets, mis à l’abri des lumières qui altéreraient le support, les pigments, il se contente de paraître, et de recevoir placidement des milliers de regards jetés sur lui, certains indifférents, pleins de froideur, d’ironie, de critique, d’autres plus appuyés, curieux, admiratifs. Dans tous les cas, l’œuvre ne se formalise de rien.
Autant le dire tout net : les griffes, je zappe. L’auteur d’un bronze, d’une peinture ne saurait m’intéresser. Qu’il soit mort ou vif, je m’en contrefiche. Après tout, si le bougre veut revendiquer son génie face au monde entier, s’octroyer tout le mérite de la chose, eh bien ! qu’il se la garde et la cadenasse sa création. Personne ne s’en plaindra, ignorant son existence.
D’aucuns me comprendront pour vivre à égalité la situation, à savoir : dès lors qu’un tableau me capte tout entier, qu’il est là sous mes yeux, il m’appartient. En tout cas, celui-là, en un instant, est devenu mien. Pas pour l’emporter, surtout un de cette taille ! Ce que je veux ? … Le droit de m’y absorber aussi complètement et aussi longtemps que nécessaire, sans rupture. Je n’y suis pour rien, c’est le tableau qui m’envoûte – et certainement pas l’influence des états d’âme d’un peintre en quête existentielle ou, plus lamentable, en mal de popularité. Et qu’on ne m’accuse pas un peu vite de mépris face au talent d’autrui.
… … …
Apprenez de ma bouche, sans plus tarder, l’expérience qui est mienne. Donc, il est aux alentours de midi, j’arrive au musée, tourne à droite, grimpe trois marches. La première salle est déserte. Et là…
Et là, tout s’enchaîne, le tableau et moi, moi, face au tableau qui me cloue sur place.
Le gardien déambule dans une galerie annexe où cohabitent une multitude de petites aquarelles à surveiller. Sa chaise restée libre, je m’autorise à la déplacer pour me tenir confortablement devant la mer bleue et nuageuse qui flotte à ma rencontre. Les minutes s’écoulent, puis l’heure…
L’accès à la salle paraît arrêté par une présence invisible : aucune tête ne va au-delà du seuil.
Le gardien poursuit sa ronde. Une telle adoration doit l’interloquer, ou le remplir d’aise. Il n’ose me déranger. Oui, le tableau m’absorbe – le mot n’est pas exagéré – tout à coup, il est dix-sept heures. Comment est-ce possible ?
Malgré l’emprise de l’œuvre sur mes fonctions biologiques, neuronales, psychiques, une part de moi a enregistré la sonnerie habituelle indiquant aux visiteurs éparpillés qu’il reste trente minutes avant la fermeture des salles. Cette sensation d’urgence absolue… De la brume fraîche se dépose sur mon visage, mon veston infroissable s’imbibe d’une moiteur iodée. Une profonde et lancinante complainte maritime accompagne mon souffle dont je remarque l’amplitude inhabituelle. Tout ce bleu, qui se meut, tout ce bleu qui se parchemine de nuages pommelés, arrondis d’ombre violette qui, en constante progression, vers moi s’avancent, se déploient… Inspir-expir, j’y suis presque… inspir-expir… un pas de plus… inspir-expir… je m’accorde aux éléments dilatés, c’est comme un filet ouvert… quelque chose m’appelle, c’est irrésistible…
Vingt secondes avant le rappel du signal sonore, se produit l’effort essentiel – parce qu’ultime – de cette force exubérante qui m’aspire ; couplé à elle, un élan aveugle, tout intérieur, me pousse en avant, me soulève, mes talons, déjà, décollent… 5 – 4 – 3 – 2 – 1 … Soudain, je ne sais comment, en état d’hypnose si l’on veut…
Comment est-ce possible ? J’ai rejoint le bouillonnement du tableau en expansion. Je suis multitude de grains minuscules entre les couches de bleu, de mauve, d’or, de gris pâle… déposées un siècle en arrière à menus coups de pinceau sur une toile enduite. Mon contour familier s’est dissout. Ou agrandi… je ne sais.
Quand le gardien reparaît, il retrouve la chaise à sa place habituelle. Rien ne manque dans la salle du grand tableau ; il le vérifie. Rien ne traîne non plus. Satisfait de son inspection, il boucle le lieu. Seul le personnel d’entretien sera autorisé à y pénétrer, si le nettoyage est prévu en soirée.
En attendant, je suis là où je voulais être : retenu dans la grotte enchanteresse d’une œuvre qui sait me parler, me saisir, m’emporter, m’amalgamer sans rien me voler.
Imaginez… toute une nuit à devenir poisson, jouant avec les vagues, ou papillon, voguant parmi les nuages… à prendre mille formes sans en préférer aucune. Expérience indescriptible.
… … …
Le lendemain, dès neuf heures, le musée rouvre ses portes. Dehors, il fait grand soleil.
À neuf heures douze, le gardien me trouve face au tableau, debout, mains réunies dans le dos, identique en tous points au personnage présent longuement la veille. L’ondulation plus marquée de mes cheveux nourris d’embruns, pourquoi la remarquerait-il ? Toutefois, surpris (ou amusé) de me voir si promptement revenu, et dans une adoration semblable à celle qui flotte encore dans son souvenir ému, il m’en fait la remarque sur un mode admiratif : « Un tel engouement est si rare ! »
Je hoche la tête, comprends son point de vue.
Évidemment, payer le droit d’entrée d’une visite complète et se limiter à un seul tableau quand le musée en propose des centaines…
Ah, s’il savait la profondeur et la vérité d’une seule œuvre…

De Patrick de France

« Alors racontes ? Comment ça s’est passé, comment c’est arrivé, comment tu es resté enfermé là? ».
Bien sûr cela ressemble au début d’une chanson de « Gilbert Bécaud ». Oui je sais, c’est « old-fashioned » mais là n’est pas le propos de cette histoire mais, comme le début de cette chanson, mes amis(es) me pressèrent de questions suite à mon incroyable aventure ( je crois que j’exagère un peu ), disons mésaventure. D’être enfermé dans un musée que je voudrais bien raconter mais, mes amis s’emparent de cette histoire et chacun et chacune échafaude, invente mes aventures enfermé dans un musée. Je pense, non, je suis certain que les films « Une nuit au musée » ont perverti leurs neurones objectives entre fiction et réalité.
Le premier de mes amis sachant que je suis amateur de BD me voyait enfermé dans le musée de la bande dessinée à Angoulême.
Voyageant intergalactiquement dans les univers du musée accompagné par Laureline et Valérian, prenant au passage Achille Talon qui refusait de voyager avec Lefuneste mais finalement tous les deux montèrent à bord car une armée de Romains poursuivis par Boule et Bill voulaient aussi monter à bord ( Astérix et Obélix était en vacances chez Gaston Lagaffe ce jour-là). C’est alors que Milou aboya si fort que l’armée fut dispersée aux quatre coins du musée et un légionnaire renversa TinTin qui se plaignit à L’hôtesse Natacha qui ne comprenais pas pourquoi tu étais la déguisé en Spirou sur le cheval de Lucky Luke.
« Et, c’est à ce moment que l’agent 212 t’expulsa du musée voilà c’est ça ton histoire. »
« Non, n’importe quoi, je vais vous raconter », mais un deuxième ami prit la parole et reprit le cours délirant de leur imaginations suite à mon aventure.
Le deuxième me voyait enfermé dans le prestigieux musée du Louvre, pourquoi pas l’Hermitage ou le Metropolitan Museum of Art, enfin bref… Il me voyait donc au Louvre, discutant art pictural avec Mona Lisa. Hé oui, la Joconde et son copain Léonard pendant ce temps , le scribe assis lança son armée de momies contre toi pour t’empêcher de donner un baiser d’amour à Psyché alors, pour te sauver, la vénus de Milo te dirigea vers la Victoire de Samothrace qui ne pouvait rien te dire pour t’aider. C’est à ce moment que perdu dans ce dédale de couloirs, tu rencontra Belphégor .
« Non, pas lui », dis-je, « tu racontes vraiment n’importe quoi, mais ce qui est sûr, c’est que depuis petit, ce fantôme m’a toujours impressionné. »
J’allais enfin livrer mon explication quand la seule présence féminine de cette bande d’amis pris la parole.
« Moi, je sais, petit cachotier sentimental, tu étais au musée de la vie romantique à Paris ».
Alors, elle me voyait enfermé la nuit dans ce petit musée parisien, enivré par les vapeurs oniriques du romantisme prenant des notes pendant les cours d’écriture dispensés par Hugo, Lamartine et Dumas et puis au petit matin, j’allais prendre une collation au salon de thé avec Georges Sand et Musset dissertant sur les bienfaits du thé.
« Ton explication narrative est charmante, mais non ce n’est aussi onirique mais j’adore. »
Avant même que je puisse reprendre la parole, le quatrième larron se lança dans une explication encore plus abracadabrante de mon aventure. Lui, me voyait enfermé dans le musée du bonbon et du chocolat ( c’est un gros gourmand heu ! Moi aussi d’ailleurs) donc enfermé dans ce musée j’essayais d’échapper à un gros chamallow rose qui voulait me prendre mon bâton de réglisse alors pour lui échapper, je plongeais dans une rivière de chocolat et fût sauvé in-extrémis par deux caramels mous qui m’emmenèrent me cacher au village des fraises Tagada et m’invitèrent à la fête des sucres d’orges
« Alors là, tu dépasses tout le monde dans le n’importe quoi », lui répondis je .
« Non, la vérité est toute simple, très terre à terre , j’étais dans un petit musée de province et en fin de journée, j’assistais à une conférence très ennuyeuse sur… d’ailleurs, je ne me rappelle plus, bref je me suis endormi dans un coin reculé de la salle. Plus tard, je me suis réveillé mais tout le monde était parti me laissant seul, oublié dans ce musée fermé. Pris de panique et d’angoisse, je criais fort et cognais à toutes les portes. Soudain, l’alarme se mit à hurler très fort, le gardien est venu, mais comme j’avais perdu mon billet d’entrée, il appela la police et ceux-ci m’ont embarqué au poste où j’ai passé la nuit malgré les explications de ma compagne.
« C’est ça ton aventure au musée », me dirent ils ? « C’est décevant, voir banal, c’est d’un commun et tu prétends écrire des histoires intéressantes, et bien tu as du travail « ,dirent ils tous en cœur.

« A vous, je peux bien le dire, ma véritable aventure s’est passée au musée de l’espace où ma compagne et moi nous avons voyagé à travers les univers intergalactiques à bord du vaisseau de Guy L’Eclair à la recherche de civilisations fantastiques . Vous ne me croyez pas ? A vous de voir, mais moi, je repars vers de nouvelles aventures dans les musées. Le prochain, celui de la marine à la recherche du Nautilus mais chut !!! Ne dites rien à personne, on aurait du mal à vous croire, ces histoires se racontent dans les livres ou les salles de cinéma……ou pas ?


De Laurence de France

« Comment ça, je suis enfermé. Merde, j’y crois pas ! On m’a oublié et le portable passe pas, je vais passer la nuit dans ce putain de musée. J’fais quoi moi maintenant ? Je dors sur une banquette ou quoi ou je passe par une fenêtre et je me casse, ni vu ni connu ! ».

Voilà où en était Jérôme de ses réflexions quand il se rendit compte que le musée d’Orsay avait fermé ses portes pour la nuit, le laissant seul dans les allées avec pour compagnie des tableaux inestimables de ces peintres impressionnistes connus dans le monde entier.
Jérôme se sentit tel un naufragé seul sur une île en plein milieu de l’océan. Il n’avait pas enfreint la loi, il était simplement et purement enfermé dans un musée. Il n’allait sûrement pas rejouer le film « La nuit au musée » avec Ben Stiller. De toute façon, il n’y avait aucun personnage comme dans le film. Les personnages des tableaux n’allaient pas sortir de leur cadre pour venir lui parler…
Il allait surtout prendre soin de ces tableaux et ne pas les toucher. Il ne se sentait pas dépressif, mais tout juste, à la limite de la folie. C’était évident qu’il ne pourrait pas du tout fermer l’œil de la nuit.
Jérôme commença à déambuler dans les couloirs vides, les lumières tamisées offrant un spectacle complètement différent sur les tableaux. Ce n’était certes pas un délire de sa part, le lieu étant hautement sécurisé et vérifié avant chaque fermeture. Donc, il ne comprenait toujours pas ce qui avait pu se passer, avec toutes les caméras de surveillance ! C’était vraiment bizarre !

« Ah, ça y est, j’y suis. Ils ont tout fermé pendant que j’étais aux toilettes. Il n’y a pas de caméra à cet endroit, et ni vu ni connu. Oublié, je suis devenu un fantôme. Personne n’est venu non plus nettoyer les toilettes ; j’suis bête, personne ne nettoie la nuit ! Je comprends pas comment personne n’a vérifié chaque recoin. D’accord, j’ai utilisé des toilettes hors service, mais quand même… ».

Pas de bruit, personne, le vide, le néant total. Pas une seule âme. Jérôme se trouvait dans un musée valant plusieurs milliards d’euros. Il n’avait aucune mauvaise intention. Il n’avait pas prémédité de se retrouver enfermé à Orsay. Il n’était pas censé rester là.

« Ce n’est pas de leur faute. Ils ne m’ont pas vu. Mais que fait la sécurité ? Personne ne me voit sur les écrans de contrôle ou quoi ? Ça fout les jetons ; je vais passer pour un voleur, ou un détraqué et on va m’emmener au poste et personne ne croira à ma version des faits ! Je vais me prendre trois ans de tôle pour une défaillance de leur système ! Je vois aucun détecteur de mouvement. Ça fout les boules ! Si au moins y avait un tournage de film, ça me mettrait un peu d ‘animation ! C’est foutrement angoissant ce silence de mort ! ».

Jérôme commençait à sérieusement stresser et à avoir faim. Il n’avait absolument pas envie de profiter de la nuit pour admirer les tableaux de Renoir et des autres. Il était minuit, mais il entendait beaucoup de bruit, mais où ? Il ne voyait personne ! Les personnages des tableaux sortaient-ils de leur cadre pour venir le hanter ? Oui, des voix venaient de parler à l’oreille de Jérôme, qui venait de s’assoupir sur une banquette.

« Ah, non, partez de là, je ne vous ai pas demandé de venir me casser les pieds. Non, je ne vous aiderai pas à vous échapper. Foutez le camp ! Laissez-moi dormir, quoi, à la fin ! Non, je ne veux pas parler à mon ex-femme. Je vous l’ai déjà dit, c’est une sorcière. C’est quoi ces petits personnages qui bougent et qui s’animent, qui se crient dessus. Quel tintamarre là-dedans ! Laissez-moi dormir… ».

Jérôme bondit d’un coup, en hurlant, en plein milieu de la nuit, dans son lit. Il ne comprenait plus rien. Il lui semblait qu’il était enfermé au musée d’Orsay à Paris. Il ne subissait quand même pas un phénomène de télétransportation. Il était pétri de trouille. Il pensait, à cet instant, qu’il était le jouet malchanceux d’un personnage morbide et fou allié.

« Laissez-moi, je ne suis pas armé. On m’a enfermé dans ce musée. J’ai rien demandé moi ! ».

Les policiers attrapèrent Jérôme, dans un état très perturbé, au point de se prétendre s’appeler « Aladin ». Il a été hospitalisé d’office après avoir été délogé ce jour du musée d’Orsay où il s’était retranché pendant plusieurs heures. C’était impossible de l’interroger. Jérôme allait fêter ses 50 ans avant d’être interpellé dans cet état de confusion. Sa garde à vue a été suspendue mercredi à 16 heures. Il a été transféré en hôpital psychiatrique, un médecin psychiatre ayant considéré que son discernement était aboli.

« C’est quelqu’un de très, très perturbé mentalement. Il était totalement délirant. C’était impossible de l’interroger ou de déterminer ses motivations », a précisé le magistrat.


De Catherine de France


Quand l’occasion fait le larron.

Quel succès et quelle consécration pour moi que cette exposition au Musée Bertrand, ancien hôtel particulier du Général éponyme, compagnon d’armes et d’âme de Napoléon, jusqu’à sa mort à Sainte-Hélène ! Tout le gratin castelroussin et départemental est présent à l’inauguration de mes œuvres post-enfermement, intitulées « Ombres volées ». Les visiteurs ne tarissent pas d’éloge, ravis de découvrir leur musée sous un « jour » totalement inhabituel, parce que je fus la seule à jamais avoir eu l’occasion, contre mon gré, de vivre, intra-muros et en nocturne, une aventure incroyable. On peut dire que l’occasion fit le larron, car, passagère clandestine du musée, je fus bien obligée de passer le temps en attendant ma délivrance.
De mémoires de castelroussin, ce qui m’arriva fut une grande première. Habituée du musée, où j’avais mes entrées privilégiées grâce à mon amitié avec sa Conservatrice, je pouvais y déambuler à ma guise sans que quiconque, surveillants ou administratifs, n’y trouve à redire. J’adorais ce musée où l’histoire côtoyait l’art en toute harmonie. Des œuvres importantes s’y abritaient, de la momie copte aux statuaires gallo-romains, du Sakountala en plâtre original de Camille Claudel aux bergers et bergères d’Ernest Nivet, de la grande volière chinoise de Napoléon, rapatriée de Sainte-Hélène au masque mortuaire de ce même personnage… On voyageait dans le temps et dans l’art, dans un cadre très plaisant et à échelle humaine.
D’habitude, j’y venais en semaine, mais ce jour-là, un samedi après-midi, j’avais le projet d’étudier le tableau représentant « Maurice Rollinat au coin du feu », traité dans un pastel velouté qui me fascinait. Appréciant approximativement le temps qu’il me restait avant la fermeture, je rangeai mes affaires et me dirigeai vers les toilettes, avant de refaire les 40 kms qui me ramèneraient chez moi. Quand j’en sortis, j’eus une drôle d’impression : l’espace semblait soudain dénué de tous les bruits familiers propres à cet endroit. En me rapprochant de la sortie, je ne rencontrai personne, ni visiteurs, certes peu nombreux à cette période, ni surveillants, ce qui était plus que bizarre ! Quand la porte d’entrée refusa de s’ouvrir sous ma pression, je vécus un grand moment de sidération avant de comprendre que j’étais belle et bien enfermée dans le musée, un samedi soir, n’ayant pas percuté que celui-ci fermait une heure plus tôt le samedi. Je courus jusqu’au bureau de mon amie la Conservatrice pour trouver porte close. Moment de panique, sans doute la même que celle du blaireau soudainement piégé dans une cage ! La nuit commençait à tomber sur la cour intérieure, augmentant le niveau de mon stress. Je cherchai désespérément mon portable au fond de mon sac, pour m’apercevoir que je n’avais aucun accès au réseau : c’était la catastrophe ! Appeler à l’aide par la fenêtre aurait nécessité que leur ouverture ne fut pas bloquée : de toute façon, ce quartier n’était guère fréquenté en dehors des heures de bureau ! Fichue, j’étais fichue ! Condamnée à attendre la réouverture du musée … le lundi après-midi ! De plus, mon mari, en déplacement, ne rentrerait que demain et ne inquiéterait pas avant, car il avait l’habitude que j’oublie de recharger mon téléphone. Je me souvenais quand même lui avoir parlé de ma présence ici cet après-midi, alors peut-être que …
Déboussolée, je m’assis sur les marches du grand escalier d’honneur, la tête dans les mains, à essayer de réfléchir à une solution. Je n’en trouvai aucune, si ce n’était que patienter et croiser les doigts. La faim commençait à me tirailler l’estomac, puisque je n’avais pas pris le temps de déjeuner avant de venir. Heureusement, une barre de céréales, un peu défraîchie, traînait au fond de mon sac. Le temps allait être très, très, long, d’autant que je n’en connaissais pas les limites !
Je décidai alors de me promener dans le musée, rendu déjà étrange et particulier par l’absence des bruits familiers. Les lampes de secours éclairaient faiblement chaque pièce, rendant l’atmosphère bien mystérieuse. J’allumai la lampe torche de mon portable, et, la dirigeant dans toutes les directions, découvris alors un tout nouveau musée. La lampe dessinait des ombres inattendues sur les murs et les planchers. Chaque objet prenait une dimension nouvelle et devenait totalement autre. Le Sakountala de Camille Claudel vibrait soudain d’une dramaturgie envoûtante. Je sortis mon appareil photo de mon sac et multipliai les points de vue, et les perspectives, la lumière de mon portable redessinant la réalité. Je me pris au jeu, et investis le musée de part en part, en en modifiant sa lecture originelle rien que par le jeu des ombres et de la lumière. Je fis une moisson incroyable de clichés totalement inédits, mais mon esprit créatif galopait à toute vitesse, me projetant dans un futur travail de réinterprétation de mes photos, en artiste qui se réapproprie la réalité autrement. Simultanément, je prenais des notes sur mon carnet, je traçais des esquisses annotées, qui seraient mes guides dans mon futur travail à l’atelier. Petit-à-petit quelque chose d’extraordinaire prenait forme dans ma tête, me faisant complètement oublier peur, fatigue et faim, ainsi que l’anormalité de ma situation.
Rassasiée artistiquement parlant, épuisée par mes multiples cogitations, je finis par m’endormir sur une banquette du hall d’entrée. C’est dans cette position que me trouvèrent mon mari, rentré plus tôt pour me faire une surprise, et mon amie La Conservatrice, qu’il avait alertée. Finalement, la nuit était passée vite, et le petit matin m’accueillit dans une fraîcheur qui enveloppa mon nouveau projet, encore tenu secret. La nouvelle de mon aventure nocturne fit la une des journaux locaux, mais ne fut qu’un feu de paille dans l’actualité. Je me mis au travail d’arrache-pied, pendant des mois, imprégnée d’une fibre créatrice maintenue intacte par le souvenir très précis de toutes les sensations, émotions et impressions ressenties cette nuit-là, et que je me devais de retranscrire.
Et me voici maintenant dans la lumière, sous les projecteurs de tous ces visiteurs séduits par mes toiles, mises en lien avec les clichés de l’époque, une exposition à 2 vitesses, autour de toutes ces ombres volées, une nuit, en toute clandestinité, enfermée dans le musée.


Vous vous êtes régalé avec les histoires de nos fidèles participants? Vous aussi vous pouvez écrire sur le blog La Plume de Laurence.
Tout reprend à partir du 20 août prochain.
Je vous attends motivé à cette date et plein d’entrain pour écrire de nouvelles histoires! 

Les articles du blog continuent pendant ces semaines estivales avec un article hebdomadaire. Vous pouvez toujours le consulter et lire les anciens articles à votre guise. Tout reste accessible, je continue à travailler pour vous satisfaire.

Passez un bel été reposant, heureux en famille ou avec les amis, avec tout ce que nous avons vécu, nous le valons bien!

Mais, surtout, continuez les gestes barrière, le virus est toujours à nos portes, prêt à dégainer pour nous pourrir la vie! 

A bientôt, 

Créativement vôtre, 

Laurence Smits, La Plume de Laurence

  

La plume de Laurence
contact@laurencesmits.com 

Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

1 commentaire

Leclercq Nicole · 11 juillet 2020 à 12 h 59 min

Merci pour cette année passée avec vous, vos propositions d’écriture, vos articles.
Le sourire qui transparaît de votre personne.
Et vivement le 20 Août.
Passez de bons moments d’ici là.
Avec mes amitiés tournaisiennes.

Nicole

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *