Pour cette reprise, c’est un feu d’artifice de textes et de poèmes!L’été a été propice à des expériences d’écriture pour certaines et la proposition N° 68 vous a visiblement inspirées, Mesdames les auteures.Quel bonheur de voir que l’écriture fait toujours partie de notre vie, envers et contre tout.Je vous laisse découvrir les textes et poèmes de cette semaine.Je vous souhaite une belle lecture. 


De Lucette de France

Changement de vie


Je suis un petit garçon né dans un milieu très huppé. Le monde entier m’envie, moi je vis ma vie auprès d’une maman douce, prévenante et très aimante. Mes premières années, je les aies vécues comme dans un rêve, dans l’insouciance, l’opulence, dans la pureté de la naïveté.
Mes parents ont divorcé, et ma vie a basculé. De voir ma maman toujours triste, ça me rendait triste moi aussi. Mon père ne s’est pas trop battu pour me voir, bien trop occupé avec sa nouvelle compagne.
Les jours, les années passèrent, cette question revint souvent malgré mon jeune âge « Que vais-je faire de ma vie d’adulte ? ». Les études : j’y ai été contraint, mais je n’y ai pas trop brillé. Ce que je voulais, c’était combattre sur les champs de bataille, mais ma famille me l’a interdit. Alors je me suis jeté dans les soirées débridées, où l’alcool, la drogue et le sexe étaient la normalité. J’ai eu souvent honte de mes excès et j’ai fait honte à ma famille, mais il fallait bien que jeunesse se passe et que je trouve ma voie…
J’ai tout essayé, la banque, le commerce, la diplomatie, et partout je m’ennuyais. Devenu adulte, j’ai réalisé mon rêve, et me suis engagé dans la marine, dans les sous-marins. Alors-là je me suis senti existé, avec tous ces potes, vivre en huit-clos pendant des semaines et des mois, sans recevoir aucune nouvelle, (enfin très peu) je me suis construit et après ma démobilisation, j’ai trouvé un sens à ma vie en allant servir les pauvres dans des pays misérables. Quelle leçon, quelle claque de vivre toute cette misère en direct. Je n’étais plus Monsieur « de », j’étais un simple être humain qui soulageait les plus défavorisés.
Pendant des années, j’ai tapé au plus haut dans la hiérarchie pour avoir des fonds. Grâce à ça, j’ai créé des écoles, des dispensaires, des chirurgiens sont venus de partout pour opérer gratuitement des cœurs, des foies, des yeux, pour tous ces indigents. Quelle belle chaîne de solidarité, combien de vies ont été sauvées grâce à leur dévouement ?
Me voilà à 35 ans, de voir tous ces enfants me donner tant d’amour, j’ai voulu moi aussi en avoir un jour ou l’autre.
Au moment opportun, j’ai rencontré une très jolie soignante, très blonde, avec un sourire à faire damner les saints, et j’en suis tombé amoureux au premier regard. Ça s’appelle un coup de foudre !!! Et elle, ma beauté scandinave aux yeux bleus, au même instant a ressenti la même chose…Nous avons caché notre liaison pendant longtemps, mais la passion a ses raisons, que nous, nous n’avions plus, et un bébé s’est annoncé…
Quelle joie, en même temps quelle angoisse puisqu’il ne sera pas élevé dans un milieu aussi précaire. En tant que futurs parents, nous avons maintenant des responsabilités à prendre en urgence.
Quel déchirement quand nous avons quitté l’Afrique, tous ces enfants, tous ces gens, toutes ces larmes de part et d’autre. Un chagrin incommensurable a gâché le bonheur d’accueillir ce petit être tant attendu.
Enfin la roue tourne, tout est prêt pour le recevoir, avec les disponibilités dues à mon rang, j’ai acquis un « palace presque en ruine » devenu beau avec tous ces artisans-artistes. Palace est un bien grand mot, c’est juste une maison de maître. Notre enfant va vivre en Pologne dans cette grande maison entourée d’un parc. Il sera dans le giron maternel plus sain et plus simple que le mien.
Depuis je fais le gentleman-farmer, je m’occupe moi-même de mes vaches, des moutons, du tracteur. Je suis crotté du matin au soir. Quand je rentre le soir, c’est ma femme qui a préparé le dîner, pas de servante, la vraie vie sans artifice…
Ma famille n’a pas accepté mon choix, donc, mon exil n’en fut que plus facile. Je ne renie rien de mon enfance, depuis longtemps ma maman nous a quittés, mais ma vie est ici, car bientôt un deuxième enfant arrivera, et pour rien au monde je ne regrette mon choix. D’un homme servi comme un prince, je suis devenu un prince pour l’amour de sa femme et de ses enfants…

Autres exercices d’écriture à partir de mon guide « 111 jeux d’écriture»

A partir du carré lescurien de Nadia de France

 L’oiseau bleu vole, vers la rivière, avec un coquelicot.
Un coquelicot a volé, avec un oiseau bleu, vers la rivière.
Vers la rivière bleue, volent un oiseau et un coquelicot.
Au-dessus du bleu de la rivière, l’oiseau et le coquelicot volent.
La rivière est bleue comme l’oiseau, qui vole avec un coquelicot.
Voler comme l’oiseau et le coquelicot, au-dessus de la rivière.
Près de la rivière, un coquelicot, où vole un oiseau bleu.
L’oiseau bleu vole, entre la rivière et un coquelicot.
Volant vers un coquelicot, l’oiseau est bleu comme la rivière.
Au-dessus d’un coquelicot, vole un oiseau vers la rivière bleue.
À côté de la rivière, un oiseau bleu vole vers un coquelicot.
De l’autre côté de la rivière, un coquelicot vers lequel vole un oiseau bleu.

A partir du carré lescurien de Marinette de France

Un oiseau bleu vole un coquelicot près de la rivière.
La rivière bleue est à côté du coquelicot où l’oiseau vole.
Un coquelicot volé par l’oiseau bleu près de la rivière.
Avec l’oiseau et le coquelicot la rivière est bleue.

A partir de l’écriture approchée de Nadia et de Marinette de France

Lorsque les grandes vacances sont arrivées, on est allés au Château des Enigmes, avec mes petites-filles, Hélène, Mathilde, et ma nièce Claire qui sont venues pour deux semaines, à la maison.
On a décidé un beau matin, après la découverte du prospectus à l’Office de Tourisme, la veille, d’aller résoudre les mystères de cet endroit.

On a préparé notre pique-nique et sous un soleil radieux, dans un ciel sans nuage, on a pris la route en direction de Pons.

Dès l’arrivée, on a payé nos billets d’entrée et muni d’un livret, on est parti à l’assaut du lieu chargé d’histoire. On a arpenté les sentiers du parc boisé, où certains indices sont disséminés ça et là. Au fur et à mesure de la résolution des jeux de réflexions, on a annoté notre feuillet.

Avant d’aller visiter les salles du Château, on a sorti notre pique-nique, la faim se faisant ressentir. Ma petite-fille Hélène a commencé à bouder et s’est éloignée de nous, son portable à l’oreille. Elle a soudain décrété qu’elle n’aimait pas l’histoire. On s’est bien régalé des victuailles apportées. Puis on a continué notre visite, comme si de rien n’était. On était toujours à la recherche du célèbre pirate Jack Rackam, en unissant observation, déduction et esprit d’équipe où chaque détail compte. Au bout du voyage, chacune des cases à résoudre était cochée.

Soudain, on a été attirées par une bonne odeur de gaufre, venant du snack tout proche, au détour d’une allée. On s’est attablées pour commander chacune sa gaufre, délicieusement recouverte de sucre glace, chocolat chaud et crème chantilly selon le goût de chacune. Un délice croustillant avec une boisson bien fraîche.

A la sortie, on a reçu un diplôme récompensant notre perspicacité.

On est rentrées, fatiguées d’avoir bien marché, mais heureuses d’avoir passé une si belle journée. On s’est données rendez-vous l’année prochaine.

A partir de l’écriture approchée de Marinette de France

Ce week-end du 14 juillet. Il faisait beau et chaud. Au lever du jour pour profiter de la fraîcheur matinale.
On est allé à la plage.
Avec les enfants et leurs amis.
On a mangé des glaces et des chichis.

A partir de lipogrammee sans B de Nadia et de Marinette de France

Aujourd’hui j’ai repensé à mon enfance.
Les moments que je préférais, c’étaient les piques niques que nous partions faire près de la rivière pour aller pêcher . La veille nous préparions des sandwichs et les rafraîchissements.
Le matin au lever du jour, soulevant les pots de fleurs et les pierres du jardin à la recherche de vers de terre. Les gros pour mon père et sa pêche à la truite et à anguille. Les petits pour ma mère, mon frère Philippe et moi. Quand tout était prêt, nous partions à pied pour moulin vieux ou moulin neuf.
Deux lieux qui pour moi étaient aussi vieux l’un que l’autre. A l’arrivée, mon père repérait un endroit à vairons pour ma mère et pour nous. Ensuite, il attachait nos rafraîchissements à
une ficelle et les plongeait dans le courant glacé de la rivière. Ensuite la préparation de nos cannes à pêche . J’avais une sainte horreur de piquer dans ces pauvres vers de terre qui
gigotaient pour s’échapper. Ma mère en vraie pro était déjà prête à en découdre avec la gente aquatique. Elle adorait pêcher ces petits vairons en pensant à la délicieuse friture du dîner.
Mon frère et moi, au bout d’un certain temps, nous commencions à nous ennuyer et nos lignes finissaient à s’accrocher dans toute la végétation qui tapissait les rives. Mon père, excédé de devoir nous faire des bas de ligne, nous demandait de nous amuser à autre chose.
Ma mère nous chassait pour que nous ne fassions pas fuir sa future friture.
Pour nous commençait la meilleure partie de la journée. En premier le trempage de pied dans la rivière avec les insectes colorés qui rasaient la surface de la rivière. La chasse à la grenouille et aux têtards et pour finir allongés dans l’herbe, nous faisions un concours de piqûre de moustiques. Eh oui vous ne rêvez pas. En général je gagnais car les moustiques m’ont toujours adorée.Après avoir pris notre déjeuner de midi, on faisait une petite sieste. Et sur le chemin du retour notre goûter du pain et du chocolat. Ma mère en rentrant préparer les anguilles, truites et vairons pour le dîner. Épuisée par cette journée je m’endormais. Rêvant à cette heureuse journée. 

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Enfant, j’adorais passer mes vacances chez mes grands-parents maternels. Ils vivaient dans un petit hameau de quelques âmes, Ville-des-Eaux, là où je suis née. Le matin, nous nous levions tôt. Après la toilette sommaire, le petit déjeuner : café, lait et grandes tartines grillées, dans la cheminée allumée à cet effet.

Puis nous partions ma grand-mère et moi, au champ aux chèvres, dans les prés communaux, aidées de la chienne Pirouette, qui les contenait dans le droit chemin. La rosée de la nuit avait recouvert la végétation de fines gouttelettes et l’air avait une odeur spéciale, dédiée aux lève-tôt.

Des sacs dépliés nous servaient de coussins. Ma grand-mère emportait toujours un ouvrage, dans son pochon comme elle disait : tricot, couture, raccommodage, tout en surveillant les chèvres, qui avaient tendance à se sauver à l’opposé. La chienne devait sans cesse tourner autour, pour nous les ramener. D’ailleurs, lorsqu’elle rentrait, elle continuait de tourner en rond devant le petit portail, face à la maison, car elle n’avait pas le droit d’entrer.

Sur mon sac, j’ai appris à tricoter, j’avais huit ans, les chaussettes en laine, pour mon grand-père, sur quatre aiguilles, sous la surveillance de ma grand-mère.

A midi, nous rentrions à la maison, où les chèvres se désaltéraient, dans la cuve remplie d’eau du puits. Elles regagnaient ensuite leur emplacement, pour être attachées devant un râtelier fourni en foin, en attendant la traite du soir.

Le travail accompli, nous rejoignions mon grand-père pour le repas, suivi d’une sieste pour eux. J’en profitais pour lire, affalée sur mon lit, car à cette époque, je n’avais pas du tout envie de dormir.

J’ai des souvenirs très forts de cette période de ma vie, de goûts, d’odeurs, immortels.

A partir d’un lipogramme sans B de Marinette de France

Un matin d’hiver le village de mon enfance c’est réveillé sous un froid polaire. Le verglas avait envahi les rues. Mon père se déplaçant en deux roues motorisées n’avait pu aller travailler. Il décida de m’accompagner à l’école pour éviter une chute. Pour moi c’était une
sacrée aventure. Les enfants du village allaient seuls à l’école à part quelques commères qui se déplaçaient tous les matins pour connaître les nouveaux potins et les colporter tout au long de la journée.Pour cette expédition mon père a chaussé ses charentaises et nous voilà parti avec toutes sortes de recommandations de ma mère.
Sur le chemin de l’école nous avons rencontré plusieurs papas qui comme mon père s’étaient dévoués pour assurer la sécurité de leurs progénitures.
J’étais pas peu fière avançant à petits pas cramponnée à la main de mon père.
À midi je suis rentrée seule car la glace avait fondue mais j’ai toujours gardé en mémoire ce matin d’hiver exceptionnel.

A partir de la toupie hurlante de Marinette de France

-Ça boum, mon petit ?
Gabriel ouvre de grands yeux, interloqué !
Une femme sortant de la cabine d’en face, en robe de chambre et coupe-ongle à la main, s’avance vers eux. J’accompagne ma mère, Martine, pour une croisière en Méditerranée, montés à bord la veille, sur le Bellissima, pour quinze jours. Enfin prête, ma mère sur mes talons, nous sortons pour aller prendre notre petit déjeuner, lorsque soudain elle s’exclame :
-mais c’est toi Muriel ?
-oh ! Martine, que je suis contente de te voir. Il me semblait t’avoir reconnue hier, en montant à bord, puis tu as disparu dans la foule.
-désolée, mais je n’ai pas eu le temps de regarder autour de moi, trop impressionnée.
-mais dis-donc, quel est ce beau jeune-homme qui t’accompagne ? Ne me dis pas que tu es une femme cougar ?
-toujours aussi exubérante ! Mais non, c’est mon fils Gabriel. Il a accepté de venir avec moi, voyager seule n’est pas drôle.
-de plus, nous voilà voisine pour quelques jours. Vous m’attendez, j’arrive dans cinq minutes, si ça ne vous ennuie pas ?
– mais pas du tout, en revanche pour les cinq minutes, je doute, vu le temps que tu passais à te préparer, le matin au lycée.
-Gabriel, n’écoute pas ta mère, tu vas voir que je suis ultra rapide.
Ma mère retourne dans la cabine chercher son talisman, une rose des vents qu’elle emmène partout, sensée la protéger. Le temps de ressortir, Muriel, toute pimpante, ferme sa porte, tenant entremêlés son collier, son bracelet et ses boucles d’oreilles, dans ses doigts. Elle tente de les séparer sans les casser. Nous nous dirigeons vers le bar, une fois assis et la commande passée, elles se lancent dans leurs souvenirs.
-tu te rappelles, Martine, le vieux monastère, séparé du lycée, par une palissade ?
-oh ! oui, les pelouses étaient toujours impeccables.
-et c’est nous qui avons essuyé les plâtres pour faire le mur, si on peut dire, et aller se promener dans le quartier, faire les boutiques, pendant les heures de permanence.
-oui, je m’en rappelle comme si c’était hier. Nous avons passé de supers moments à rire et faire les folles, mais avec toujours un peu d’appréhension de se faire prendre, au retour.
-nous étions insouciantes, en ce temps-là et tu te rappelles, le chat tigré que nous avions baptisé Gipsy, auquel nous emportions, des excédents de viande, de la cantine.
-dommage, il était très peureux et nous avions du mal à le caresser. D’ailleurs, je ne sais plus si c’était un chat ou une chatte.
-moi non plus. Que fais-tu dans la vie ?
-j’étais journaliste et suis en retraite depuis un an. Et toi ?
-institutrice et en retraite depuis six mois, d’où la croisière, pour la fêter, avec la cagnotte que m’ont faite les collègues.
-ah ! trop cool. Moi, ils m’ont offert un pc portable, le mien avait rendu l’âme.
-et tes loisirs ?
-je fais partie d’associations, d’ailleurs il faut que tu me signes cette pétition, celle pour la déforestation en Amazonie, et Gabriel aussi bien sûr, plus on obtient de signatures, plus en est forts.
-moi, c’est plutôt dans le manuel avec quelques copines.
-ce que ça fait du bien de se revoir après toutes ces années. J’espère que l’on va garder le contact après ?
-super ! Voilà mon adresse.
-dis-donc, sans le savoir, nous vivions pas loin l’une de l’autre. Tiens, la mienne.
-tu viens Gabriel, nous allons nous dégourdir les jambes, sur le pont.
-oui prendre un peu le soleil ne va pas nous faire de mal, nous sommes là pour ça.
Les deux copines s’en vont bras dessus, bras dessous. Je les suis, écoutant leurs bavardages et leurs rires. On les croirait revenues lycéennes.

A partir de la toupie hurlante de Nadia de France

-Ça boum, mon petit ?

Voici comment j’ai fait la connaissance de l’amie d’enfance de ma mère lors de la croisière que nous faisions en Méditerranée.

Vêtue d’une robe de chambre rose bonbon, chaussée de babouches dorées, les cheveux entremêlés, un coupe ongles à la main. Une rose des vents tatouée au poignet. Elle avait de quoi surprendre.

-Alors Lucienne on fait dans le jeune homme ?

-Simone…… c’est toi ?

-Il me semblait bien t’avoir reconnue hier quand nous sommes montés à bord.

-Je te présente mon fils Bertrand.

-Je vous rejoins sur le pont, on va pouvoir parler du bon vieux temps, ma chère Lucienne.

Une heure plus tard nous étions installés au bar du paquebot.

-Alors Simone tu as fait quoi dans la vie depuis tout ce temps ?

-Je suis à la retraite depuis six mois. J’étais dans l’enseignement, prof de philosophie.

-Moi j’avais une boutique d’antiquités dans le quartier Saint Martin à Paris. J’ai décidé de tout vendre pour voyager.

-Et toi Bertrand tu fais quoi mon joli ?

-Je suis reporter.

-Tu sais Bertrand, ta mère et moi on a été inséparables dans notre enfance Nous avons fait les quatre cents coups.

–Tu te souviens du monastère derrière l’école.?

-Nous escaladions la palissade et nous allions faire les boutiques du centre-ville. On était agiles à l’époque. Nous n’avions pas d’excédent de poids.

-Et la pelouse où nous nous installions pour parfaire notre bronzage. Nous voulions à tout prix plaire au don Juan de l’époque, le fameux Vincent.

-Et le quartier de la gare où nous allions boire un café au lieu d’aller à la gym.
Nous devrions aller avec Bertrand revoir notre ville du passé si la déforestation n’a pas eu raison d’elle.
J’espère que nous allons finir la croisière ensemble. On a encore des souvenirs en réserve et
maintenant que l’on s’est retrouvées, on va plus se lâcher.

De Roxane de France

Je t’aime, moi non plus…
Notre histoire avait pourtant bien commencé. Ce que l’on peut appeler un conte de fées quand on se marie à l’âge de 20 ans. Insouciants, amoureux, inconscients peut-être, nous pensions vivre une histoire unique.
Puis le temps a passé, les années se sont succédées, enveloppant notre quotidien d’un brouillard de routine qui nous empêchait de nous voir. Du moins tels que nous étions devenus. Pierre avait grossi, le résultat de nombreux dîners professionnels et de l’arrêt de son sport favori, le hockey sur glace. Il semblait concerné principalement par sa réussite et passait des soirées entières le nez sur son ordi à peaufiner ses dossiers.
A la longue, j’étais devenue transparente, son regard ne faisait que me traverser. Je n’ai pas toujours subi cette situation. Au début j’ai tenté de réagir, je l’aimais et c’était sûrement réciproque. Peine perdue. Mes efforts n’avaient servi à rien. Les dîners en amoureux, les escapades inopinées, mes cadeaux- surprise ne faisaient qu’exaspérer Pierre. Tout ce qui perturbait son organisation le mettait hors de lui et nos fréquentes disputes avaient fini par me miner. Nos filles cherchaient à s’évader en se rendant de plus en plus souvent chez leurs amies et moi, il ne me restait qu’une option, ruminer…
J’en étais là lorsqu’un après-midi pluvieux, ingurgitant un programme fadasse à la télé, mon attention fut attirée par un reportage consacré aux écrivains en herbe. Des ateliers fleurissaient çà et là et des talents cachés se découvraient une passion inattendue. Ce fut le déclic. Je me suis tout à coup souvenue de mon goût pour la littérature et des quelques gribouillis d’étudiante dont je n’étais pas peu fière à l’époque. Pourquoi ne pas m’y remettre?
Ce premier soir, celui qui m’a sorti de ma torpeur et de mon sentiment d’abandon, Pierre rentrait tard et les filles avaient prévu une soirée pyjama, c’est donc avec une ardeur inattendue que je me jetai sur ma feuille blanche. L’écriture serait ma thérapie, je n’en doutais plus. J’allais enfin renaître au travers d’histoires d’amour fou. Débarrassée à tout jamais de mes rancœurs et de mes tourments, ce que j’avais perdu dans la réalité j’allais le sublimer dans la fiction. Bien sûr j’ai tenu Pierre au courant de mon projet. Avec une petite moue qui contredisait ses paroles il m’avait lancé un « Excellente idée, cela va au moins occuper tes journées ». Il se moquait tout simplement. Cela m’était d’ailleurs bien égal !
Il y a maintenant 6 ans de cela. Je n’ai plus une minute à moi, entre les commandes de mon éditeur et les salons littéraires, je ne souffle pas… Les filles poursuivent leurs études en Angleterre, Pierre est toujours là mais il a bien changé. La Société qui l’employait a transféré ses activités en Chine, après deux ans de chômage je lui ai proposé d’être mon secrétaire, il a accepté. Ça ou rien…
Pierre est à nouveau très amoureux de moi. Il a retrouvé la vigueur de sa jeunesse, sa fougue, son entrain. Il gère mes affaires, a repris le sport et fait la cuisine. Ses yeux brillent quand il me regarde et la passion est présente. Cadeaux-surprise, soirées en amoureux, escapades programmées, il ne sait quoi inventer pour me faire plaisir. Mais voilà, toutes ces fadaises m’exaspèrent, perturbent mon emploi du temps et mon organisation, en un mot Pierre m’agace. Je ne le supporte plus !!

Un poème de Roxane de France

Bagan


Longtemps je t’ai rêvée à travers les mirages
Des ruelles tortueuses de l’idéalité
Les larmes de l’impuissance tailladaient mon visage
Virtuelles cicatrices d’une âme écartelée
A la recherche constante d’une Olympe fantasmée
Vitale aspiration ou létale chimère ?
Les années s’effilaient dans un oubli factice
Cuirassant de torpeur l’envie anesthésiée
Livrée à la facilité d’aventures sur mesure
Nikon en bandoulière, visa pour l’imposture
Vérités falsifiées, narcissique pitié
Emotions éphémères, amnésie programmée.
La leçon était claire, dépouillée de mes fards
J’ai traqué l’Authentique, chassé l’Artificiel
Retissé mon ouvrage, apaisé mes errements
Libéré mes impasses, bâti cent mille ponts
Acropole lointaine, refuge séculaire
Nos deux identités devaient se rencontrer
Le miracle s’accomplit dans l’aube de Birmanie
Emergeant de la brume Bagan m’a souri

Un poème de Sylvie de France

AURORE .

En ces jours de solitude affamé de certitude.
Des pensées invisibles de souhaits goguenards.
La nuit filante d’étoiles d’une sphère opaque.
Ressemble en un chemin d’ Agapées de bonheur.
Souffle le vent de tempête assouvie de chagrin.
Cherche l’espérance d’un avenir horizon léger.
Au plus profond des hommes insolites plane le mystère.
Des jours sans fin, d’écriture, blasphème d’un amour héroïque.
Seule je navigue sur le vaisseau de mon cœur.
Au soleil couchant des marées océaniques, perce , La gratitude des jours fuyants..
Chevauchent les vagues, des questions sans réponses. . Suave sur ma peau ensoleillée d’ un rayon salutaire.
Au fil de l’eau sereine des lendemains qui chantent.
Aurore flamboyante d’un été boréale de sentiments.
Un sens éphémère d’ atmosphère féerique
D’un destin homérique

De Laurence de France

Gauvin ne supportait plus le monde de l’entreprise, le carcan que cela représentait à ses yeux. Ce monde l’avait démoli, bien démoli même. Il ne croyait même plus en ses rêves. Il ne lui restait rien, du moins pas grand-chose sinon une dépression qui l’a entamé peu à peu, à son insu.
Un divorce douloureux, des enfants partis du nid, un boulot qui ne faisait plus briller ses yeux le matin quand il se levait. Sa maison était vide, sa vie était vide. Triste. Morne. Peu alléchante. Vue de l’intérieur. Mais, vue de l’extérieur, tout allait bien pour les autres.
Gauvin ne supportait plus sa vie. Il avait la triste impression de tourner en rond, de ne plus se projeter dans sa vie. Il avait pourtant un sacré rêve : faire le tour du monde. Il voulait explorer le monde.
Mais, à quoi bon, à cinquante ans ? Tout le monde, dans son entourage se moquait gentiment de lui et le prenait pour un doux rêveur, perdu dans mon monde. Ses collègues le taclaient sur ses rêves de voyage, en abordant chaque jour un nouveau pays. S’ils avaient su qu’ils n’avaient fait que le titiller encore plus et lui donner l’envie de réaliser son rêve ?

Un matin, Gauvin ne se présenta pas à son travail. Fini les corvées. Fini de jouer la comédie. Fini d’écouter les sornettes des autres. Fini d’attendre. Il avait décidé de changer de vie. C’était parti ! ENFIN !
Gauvin avait de l’argent de côté, hérité de ses parents. Il avait décidé de partir pendant dix à quinze ans. Il avait décidé de faire le tour du monde …à pied ! Quel bonheur, jour après jour, de se contenter du minimum, juste son sac sur le dos, sa paire de chaussures et après…l’aventure !
Il avait décidé de partir pour se sortir de sa dépression chronique. Le jour du départ pour le Canada, Gauvin était rayonnant de bonheur, arborant un sourire comme jamais on n’en avait vu sur son visage. Adieu la France ! Il savait qu’il partait pour un périple inédit. Il était plutôt habituel que les gens fassent le tour du monde à pied sur une certaine distance, ou qu’ils fassent ce tour à vélo, ou à moto. Mais, jamais à pied.
Gauvin avait décidé de prendre son temps, de profiter des gens, de tout ce qu’il verrait à chaque détour de chemin. Il avait investi dans une poussette exprès, ornée du drapeau français, qui transportait une petite tente, son sac de couchage et quelques vêtements.
Il marchait à son rythme, sans se presser, s’arrêtant pour contempler la beauté de la nature et des premiers paysages canadiens, discutant avec des inconnus avec qui il réussissait à établir le contact en un instant, lui si réservé auparavant !
Gauvin dégageait une telle aura, au bout de quelques semaines de périple, que les gens le suivaient sur un bout de chemin. Il jouissait assurément d’une liberté totale, sans emploi du temps rigide. Il ne savait jamais le matin où il dormirait le soir. Ça, c’était la vraie aventure !
Il était ébahi par les élans de générosité des gens qu’il croisait, dans leur plus grande majorité, y compris les enfants. Des gens sympathiques.
Il se sentait tellement riche de toutes ces rencontres en à peine quatre semaines déjà. Il était parti vidé, mais il commençait déjà à s’enrichir humainement.
Quand on parcourt le monde à pied, on a largement le temps de savourer les paysages, les odeurs, les images, les gens !

De Françoise V de France

Tu volais à trois ans, encore à six, toujours à neuf…
Ton habileté grandissante valait vertu à tes yeux de cancre – un cas d’école selon tes maîtres !
Ce que tu dérobais n’était pas dans ta chambre, pas dans l’appartement familial, pas dans ton casier de gymnastique, pas chez ta grand-mère. Qu’en faisais-tu ?
Y en a qui t’admiraient, fascinés. Ils t’enviaient sans te connaître – héros invisible qui faisait tant parler de lui. Avisé, tu ne partageais rien, sinon l’un de ceux-là t’aurait trahi, par vanité.
Le travail de ton père contraignait la famille à de multiples déménagements. Une aubaine pour toi.
Tu grandis et peaufina tes escamotages avec grand naturel et presque, détachement.
Aucun indice nulle part – ni du butin, ni du voleur. Même à tes yeux, ça tenait du prodige.
Tu prenais de tels risques, parfois… Chez toi, le geste était spontané comme le fait de respirer ; ou de détaler pour le plaisir du corps qui exulte à fendre l’air sans entrave. Tu ”barbotais” comme on se plaît à faire des galipettes dans la rivière. Ça passait pour du vice – c’était un art de vivre !
…..
Tu étais devenu un personnage romanesque, sur simple ouï-dire. Un type en costard alla jusqu’à affirmer avec le plus grand sérieux qu’il était honoré d’avoir été ta victime.
Sur le plan juridique ? … rien. En l’absence de preuve, la justice ne va pas loin. Ça dépassait l’entendement.
Quelqu’un du milieu s’intéressa à ta personne, paternaliste, cauteleux. Par le téléphone arabe remis à sa sauce, il évoqua ton avenir, un partenariat. « Crois-moi, à deux, on fait toujours mieux ! ». Ignorant qui tu étais, il lançait l’hameçon parmi les jeunes, à la sortie des écoles et collèges. Que dalle.
Tu étais majeur – pas un pigeon de l’année. Entre chouraver des broutilles et devenir un escroc de grand chemin, des étapes restaient à franchir. Cette école-là, pour plaisante qu’elle te parût en terme d’apprentissage de vie, présentait l’inconvénient de te détrôner. Mais oui !
Et puis, la richesse avait-elle jamais été ton objectif ?
Alors tu changeas ton fusil d’épaule. Deux ans durant, plus aucun vol signé de ta main invisible ne fut signalé à des lieues à la ronde.
« Dommage, lui aussi a décroché du rêve ! » s’en désolaient certains.
Ex-voleur, tu trouvas à t’embaucher partout. Une telle adresse dans les mains, de telles astuces en tête pour tout résoudre, c’était rare. Personne ne fit le rapprochement. Ç’aurait d’ailleurs été dommage, et plus encore : fort dommageable.
D’autant que, tout alentour, il se passa quelque chose d’insolite : les choses cassées autour des maisons, dans les espaces ruraux ou autres, se réparaient toutes seules.
Tenez ! Un paysan laissait sa brouette en bord de chemin par suite d’une rupture d’essieu ? Il la retrouvait le lendemain comme neuve, nettoyée et pimpante, devant la porte de son logis. Pareil pour une bicyclette à la roue gauchie couchée dans le fossé, ou le jouet d’enfant mutilé par suite d’un choc, ou un volet brisé par le vent, une clôture de champ affaissée…
Diable ! Quel sorcier accomplissait-il ces travaux de réparation sans que personne ni ne l’entende ni ne s’aperçoive de rien ? Et contre quoi ? Ah, gare aux déconvenues…
Un mystère qui se dérobe, ça agace. Des gars cherchèrent à comprendre… Mais en l’absence d’indices, ou de suites indésirables, ils durent renoncer. Pas de temps à perdre.
Les épouses, elles, se convainquirent d’un signe du destin. Du coup, dans la petite église, la statue de la Vierge fut honorée de fleurs champêtres ; et de grandes bougies rustiques furent joyeusement allumées jour après jour. Les quelques saints de pierre qui l’accompagnaient reçurent une part généreuse de ces biens en nature, tant les mains reconnaissantes des femmes débordaient de présents cueillis en chemin. À tel point que le curé se fâcha. Qui allait nettoyer les dalles jonchées de petits débris végétaux, qui allait rincer les vases et renouveler l’eau des fleurs assoiffées ?
« Toi ! Mon fils », perçut-il quelque part à l’intérieur de sa tête. Nom d’une pipe ! comme Don Camillo ! Allez, inutile de faire la sourde oreille… Avec le « patron », ça ne marchait pas.
Quant à l’ex-voleur, il était sûr d’une chose : par l’exercice solitaire et silencieux de ses talents, le bon dieu même ne saurait le détrôner !

De Nicole de Belgique

Quel avenir pour Malik

Malik, trente ans, médecin, syrien, célibataire.
Réfugié en Belgique depuis quatre ans.
Parle anglais, français, syrien et maintenant néerlandais.
Quitter son pays, un déchirement;
Tout quitter, abandonner les siens, ses collègues, sa vie.
Un voyage de tous les dangers.
Mille fois il a cru mourir.
L’espoir chevillé au corps il a continué d’avancer.
Et maintenant il est là.
Il attend,
une reconnaissance de son statut de migrant en danger dans son pays;
Il a accès à un revenu minimum.
Dès qu’il peut, il travaille, rien à voir avec ses qualifications.
Tantôt manœuvre dans le bâtiment, il décharge des camions,
nettoie des maisons, jardine chez des particuliers, tantôt éboueur;
Payé au lance-pierre.
Il attend.
Dans le camp de réfugiés, il soigne les petites maladies.
La direction lui envoie les enfant enrhumés, les ouvriers d’un jour légèrement blessés;
Il aide ainsi les médecins et infirmier-es des volontaires.
Il sert aussi de traducteur pour les papiers administratifs;
Il attend.
Il s’accroche.
Il vient de rencontrer Farah, une compatriote, professeur de littérature arabe-andalouse.
L’espoir est là, présent, de fonder une famille, de s’installer dans une normalité.
Faire valider leurs diplômes, vaincre les angoisses, les démons du passé.
A deux.
Ils attendent.
(Qui dira enfin le temps qu’attendent les réfugiés…)

De Catherine de France

Dans la rue

Assis sur un banc face à la gare, Adrien est plongé dans ses pensées, un masque de tristesse posé sur son visage hirsute. Il se revoit avant, avant tout ça, avant le chaos qui a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui : un clochard encore stylé, certes, mais un clochard tout de même.
Que regrette-t-il de sa vie d’avant ? Le confort dû à une excellente situation professionnelle, en tant que directeur de sa petite entreprise qui connut des jours prospères, avant la chute de la bourse et ce fichu virus qui a tout paralysé pendant de longs mois, précipitant la fin de son bébé économique dont il était si fier ? Ensuite, ce fut la valse inéluctable des banquiers et autres créanciers qui se jetèrent sur lui pour le dévorer jusqu’à l’os. Il s’était battu comme un lion, mais l’ennemi était trop puissant et eut raison de lui. Il rendit les armes en cédant son entreprise contre les remboursements de toutes ses créances, et se retrouva rapidement à sec.
Lui savait ce qu’était « l’effet papillon », car il assista impuissant à ce spectacle morbide qui signa sa fin. Plus d’entreprise, plus d’argent, de l’orgueil arrosé d’alcool, des disputes incessantes avec sa femme qui ne supportait ni cette situation, ni son absence de réaction : chaque domino entraîna le suivant dans sa chute. Le divorce fut inéluctable et eut raison de ses derniers avoirs : une vraie descente aux enfers à la vitesse vertigineuse d’un wagon lancé dans un grand huit.
Il se retrouva un beau jour à la rue, sans point de chute, sans savoir que faire de cette nouvelle vie qu’il n’avait pas choisie, et qui le laissait inerte, abasourdi. C’était allé si vite, cette dégringolade ! Il avait tant peiné à réaliser ce qui lui arrivait !
Sa nouvelle vie était errance, déambulations hasardeuses, tournée vers l’assouvissement vital de ses besoins primaires : se nourrir et se loger. Pour manger, il visitait les poubelles des supermarchés et les Restos du Cœur, parfois le Secours Populaire. Pour dormir, il connaissait les banquettes de gares, les bancs des jardins publics, parfois des recoins cachés dans les halls d’immeubles, ainsi que les dortoirs malodorants pour SDF.
Voilà ce qu’il était devenu : un SDF se réchauffant au goulot d’une bouteille pour tenir dans les nuits trop fraîches, mais un SDF encore trop fier pour côtoyer les autres qui ne venaient pas du même monde que lui. Comment pourraient-ils comprendre qu’on puisse passer si vite du paradis à l’enfer, eux qui avaient mis des années à s’enfoncer ? Comment pourrait-il leur expliquer ce qui lui était arrivé, alors que lui-même en était encore tout sonné d’incompréhension ?
Alors, ce matin, sur son banc face à la gare, Adrien fait le point. Ses petites filles lui manquaient si fort, et penser à elles lui tordait le ventre. Il ne pourrait pas supporter qu’elles le voient ainsi, dans sa vie d’errance. Il ne pouvait non plus se résigner à ne plus jamais les voir. Mais pas comme ça ! Pas maintenant ! Il fallait qu’il remonte la pente, pour elles, mais aussi pour lui ! Il valait mieux que ça, nom de Dieu ! Il ne pouvait laisser la vie le bafouer sans rien dire. Il n’avait jamais démérité pour subir ce sort : il avait été victime d’une affreuse conjoncture qui en avait secoué plus d’un.
Aujourd’hui est un nouveau jour. Il devait réagir, faire tout son possible pour se sortir de cette impasse. Ça prendrait le temps qu’il faudrait, mais il gagnerait la partie, pour que ses filles soient fières de leur papa.
D’abord, il lui fallait retrouver une présentation correcte. Impossible pour lui de faire la manche, il était trop fier pour ça ! Pourquoi pas remettre le troc à l’honneur ? Avec son langage et ses manières stylés, il arriverait sans doute à convaincre un barbier parisien de lui faire la barbe contre un service rendu. Peu importait l’ampleur du service, l’objectif était d’être rasé de frais pour être présentable. D’abord parce qu’il avait besoin de retrouver une meilleure estime de lui, ensuite parce que pour retrouver celle des autres, il se devait d’être approchable sans susciter la peur ou le rejet, voire le dégoût.
Et après ? Après, il verrait : chaque chose en son temps. Y aller étape par étape. Pourquoi ne pas proposer des services contre un repas, ou une nuit … Il était sûr que ça pouvait marcher. Et que, peu à peu, les gens s’habitueraient à lui, lui feraient confiance, et lui confieraient des petits boulots. Un service contre un service, quoi ! Un petit bonheur contre un petit bonheur!
En tous cas, Adrien avait envie et besoin d’y croire ! Croire en lui, croire en autrui, croire en l’humain. A lui d’être malin, audacieux, intelligent, spirituel, pour attirer le regard des autres sur lui.
Adrien quitte définitivement son banc de pénitence, le sourire aux lèvres et l’espoir au cœur, en route pour se reconstruire une nouvelle vie de toutes pièces, mais où les valeurs humaines rendront possibles les retrouvailles ultérieures avec ses filles, quand il pourra leur offrir, ainsi qu’à lui-même, une vie décente qu’il ne manquera pas aussi de tourner vers les autres, riche d’avoir vécu cette vie plus pauvre que pauvre.

Créativement vôtre,

Laurence Smits, La Plume de Laurence


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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