La proposition d’écriture N° 76 vous emmenait sur des chemins boueux.

C’est de saison, me direz-vous! Les histoires reçues sont haletantes à mon goût. Il s’en passe des choses…mais, chut, je vous laisse le plaisir de les découvrir! 

Voici vos histoires. Je vous souhaite une belle lecture. 


De Catherine de France (proposition d’écriture N° 75)


Rendez-vous sur le banc

Comme chaque soir depuis six mois qu’ils vivaient ensemble dans cet appartement, Nadiya et Slimane appréciaient de dîner ensemble. Elle était une excellente cuisinière et Slimane se disait qu’il aurait pu tomber plus mal. Ils avaient leurs petites habitudes après le repas, comme un rituel : ils éteignaient la lumière et plongeaient l’appartement dans l’obscurité, puis ils sortaient sur le balcon. Dans les autres appartements des immeubles d’en face, les gens regardaient la télévision, ou s’engueulaient, d’autres téléphonaient pendant qu’ailleurs, on couchait les enfants.
Du balcon de leur onzième étage, Nadiya et Slimane scrutaient le monde de la nuit dans ce quartier chaud du nord de la ville. Ils savaient qu’à partir d’une certaine heure, ils entendraient des notes sifflées se relayer d’un endroit à l’autre, toujours les mêmes notes, sur le même tempo. En bas, tout en bas, dans le square, sur l’unique banc encore digne de cette appellation, rescapé des velléités destructrices d’une jeunesse à la dérive, en bas, tout en bas donc, des jeunes attendaient, affublés de la tenue de rigueur, marque de l’appartenance à un clan : le jogging Nike dernière mouture. Eux aussi avaient entendu le signal et se préparaient à accueillir la voiture qui se profilait au coin de la rue. Le chauffeur ralentissait toujours, puis s’arrêtait à la hauteur du banc. Un des jeunes s’avançait, se penchait à la portière, et nul dans le quartier n’ignorait ce qui se passait là, ni la nature du troc entre les ressortissants. Une tape sur le toit du véhicule intimait au conducteur l’ordre de se barrer, pour libérer la place au suivant, que les sifflets annonceraient à nouveau.
Nadiya et Slimane observaient chaque soir la valse des voitures, au rythme des alertes émises par des garçons bien trop jeunes pour être dehors à cette heure. Depuis six mois qu’ils assistaient à ce spectacle, le couple n’en revenait de la banalisation de ce système économique parallèle par les habitants du quartier, qui n’y attachaient pas plus d’importance que si les jeunes se retrouvaient pour jouer au ballon. En fait, ils avaient renoncé à s’offusquer, le rapport de force étant inégal, et ils avaient bien compris que fermer les yeux leur assurait la paix.
Quand Nadiya et Slimane avaient réussi à louer cet appartement, ils avaient pris toutes les précautions pour ne pas attirer le regard des maîtres du quartier. Pour s’intégrer rapidement sans susciter la méfiance, Slimane avait laissé pousser sa barbe à la mode d’ici, et sa femme voilée ne sortait jamais sans lui. Lui se payait parfois le luxe, ou le culot, de traîner en bas pour discuter avec ceux qui squattaient les lieux, et faire ami-ami, pour qu’on le considère comme un frère. Six mois, c’était long, mais c’était le prix à payer pour ne pas être perçu comme un danger potentiel pour les affaires. Il y avait eu quelques mises à l’épreuve, au début, pour le tester et savoir ce qu’il avait dans le ventre. Mais Slimane était issu d’un quartier similaire et en connaissait les codes. Pour Nadiya, c’était plus compliqué : elle devait réfréner le désir d’indépendance et le besoin d’’action qui la caractérisaient : elle était une jeune épouse qui suivait tous les préceptes de son mari, selon la loi d’ici. Dans l’appartement, dès la porte franchie, elle jetait son voile pour reprendre des habitudes vestimentaires normales. Elle ne rechignait pas trop face à toutes les exigences, parce qu’elle avait foi en la réussite de ce qu’ils entreprenaient là. Six mois, c’était long, mais elle avait de la chance d’être avec Slimane en qui elle avait entièrement confiance.
Soudain, la valse des voitures cessa et les sifflements changèrent de registre, provoquant l’ébullition autour du banc, qui fut rapidement envahi par d’autres jeunes. C’était le signal que nos amoureux attendaient. Slimane saisit son téléphone et donna l’ordre à son interlocuteur de se tenir prêt à son signal, et il resta en ligne. Après six longs mois d’observation, il savait exactement quand et comment il faudrait foncer.
Le sifflet retentit à nouveau : l’arrivée des grosses berlines aux vitres teintées était imminente, comme tous les mois, mais cette fois, tout était calculé pour le plus gros coup de filet jamais vu : le préfet avait mis le paquet sur cette mission qui devait être un coup de maître politique, pour mettre fin aux trafics de stupéfiants dans cette ville. Et ce soir, le plus retord des dealers, surnommé « l’anguille » par tous les flics du secteur, et ses équipiers, n’échapperont pas à la grosse rafle au succès de laquelle Nadiya et Slimane auront largement contribué.
A la suite de ça, ils retrouveront leur vie d’avant, en tant que binôme expérimenté au service de la Police Nationale.


De Marie de France (texte invité)


“La mouette” 

Soudain je ne suis plus seule, assise sur le sable chaud. Quelle est cette effrontée qui vient rompre ma solitude?
Prudente, elle s’approche, une patte puis l’autre. Une légère brise fait trembler ses plumes immaculées. L ‘espace d’un éclair, tel un sabre, son bec orangé plonge dans le sable. Qu’a-t-elle donc trouvé que je ne puis voir?
Son œil noir, perle de geai scrute mon regard, je l’observe, elle m’observe. Puis, sans raison s’agite sur ses graciles échasses et s’envole dans le ciel d’azur, quelques cris stridents en guise d’au revoir. Elle emporte mon rêve loin sur la mer qui scintille. Je regarde sur le sable son ombre qui s’éloigne. Seules restent de ce moment magique, l’empreinte de ses doigts palmés et une plume blanche en guide de cadeau.
Le lendemain, à la même place, à la même heure, je l’ai attendue. Ses empreintes sur le sable étaient toujours là mais elle n’est pas revenue me rapporter mon rêve.



De Christelle de France
 
Rencontre dans la vigne

Éric et Christine sortent de la voiture et chaussent leurs bottes.
« Je me demande bien pourquoi ce type nous a donné rendez-vous dans les vignes. On aurait pu se rencontrer au château, ça aurait été plus agréable et plus facile d’accès», dit la jeune fille.
« Ouais, c’est bizarre», marmonne Éric.
Un quart d’heure plus tard une autre voiture arrive. Le passager descend.
M. Maingot dit :
« Je connais votre père depuis longtemps, mais nous ne sommes pas en très bons termes : c’est pourquoi j’ai préféré m’adresser directement à vous après avoir lu l’annonce dans le site Intervigne. Avec la description et les numéros de parcelles de ce cru St Emilion, j’ai tout de suite compris qu’il appartient à M. Dubois. Je sais qu’il est très malade, j’en suis désolé. Je sais aussi que vous allez hériter de ces vignes. J’aimerais beaucoup les acheter afin d’agrandir mon domaine. »
Christine regarda son frère :
-« C’est toi qui as passé l’annonce ? »
« Oui », répondit-il en baissant la tête, « ni toi ni moi ne connaissons rien à la vigne et cela ne nous a jamais intéressé. »
« Donc, tu as décidé de vendre le domaine de Papa avant sa mort. Tu l’as déjà enterré, t’es dégueulasse ! ».
« Non, simplement réaliste. Nous avons tous les deux besoin d’argent, mon petit commerce marche mal, et toi aussi tu galères pour vendre tes tableaux. »
« C’est pas une raison. Tu n’as pas parlé de cette annonce à Maman, j’espère ? »
« Non, c’est pourquoi j’ai donné rendez-vous à M. Maingot ici. »
Un long silence s’installa, puis M. Maingot sortit une chemise de sa sacoche qu’il
tendit à Éric :
« Voici ma proposition d’achat. Je me tiens à votre disposition pour en discuter. J’espère que nous pourrons arriver à un accord. »
Tous les trois remontent dans leur voiture en silence.


De Lucette de France

Un couple qui a la trentaine 

Ce matin grand branle-bas de combat, tout le monde est en effervescence !!!
A quatre du matin le réveil sonne, encore tout endormi Gaël tend le bras pour l’arrêter, il vise mal, le réveil qui n’a fait que son devoir tombe lourdement. La journée commence sous les meilleurs auspices, pense-t-il. Il va réveiller Chris son plus jeune frère, une grande complicité les unit, un vrai couple, les 10 ans de différence d’âge explique leur fusion. Gaël veut lui faire une surprise. Ils prennent un petit déjeuner copieux, préparé la veille par leur mère, et les voilà partis tous les deux dans le vieux break Peugeot. Gaël a 34 ans, c’est lui qui prend les commandes.
Ils roulent, ils roulent, Chris pose des questions à son frère qui reste évasif. Au bout de quatre heures à voir défilé les champs, Gaël s’engage dans un chemin impraticable. Je comprends pourquoi il a pris son vieux break, sa limousine n’aurait pas résisté. Des questions tournent et retournent dans ma tête. Où m’emmène-t-il ? Pourquoi avoir un sac de voyage? Qu’a-t-il mis dedans ? Les bottes de caoutchouc, je commence à comprendre leur utilité, il pleut des cordes depuis des jours… Moi, qui avait soigné ma coiffure ce matin, et mis des chaussures de ville, je me demande dans quelle galère je suis. Le citadin que je suis, me lever aux aurores, c’est rarissime.
Après quatre heures de voiture, un autre break nous double, il n’y a que le conducteur, il se tient droit comme un piquet. Il n’a même pas un regard dans notre direction. L’aube commence à poindre, nous sommes en automne, et ce « prétentieux » a des lunettes de soleil. J’hallucine, je suis en train de rêver, c’est un mauvais film. Gaël, toujours évasif, refuse de répondre à mes interrogations. A chaque fois il me dit « On arrive bientôt » ; oui, mais quand ? On est partis pour combien de jours? En plus, il m’a confisqué mon portable, impossible de joindre ma chérie…Je n’ai pas eu le temps de la prévenir, que va-t-elle penser? Je suis vraiment dans l’inconfort total, physiquement et mentalement. Un mal-être me gagne jusqu’à me donner des nausées. Au loin, entre la brume et les vignes, je vois une lueur. On arrive dans une grande clairière qui ressemble à un immense rond-point des Champs –Elysées, avec des chemins qui partent dans tous les sens. J’aperçois une voiture garée, je reconnais le « prétentieux » de tout à l’heure. On avance, il y a de plus en plus de voitures, il y en a partout, des dizaines. Je me crois pris dans un guet-apens, que vont -ils nous faire? Ils ont tous des tronches patibulaires, presque tous ont des lunettes sur le nez, d’autres, un chapeau bizarroïde planté sur leur caillou. Certains sont affublés de guenilles, d’autres montent des espèces de tentes. Le mot « tente » est bien présomptueux, ce sont plutôt des bâches, avec de la paille étalée sur le sol. Un autre groupe s’affaire à allumer un feu de joie comme il y a des siècles, mais avec cette pluie, c’est peine perdue.
Gaël descend de la voiture et m’invite à en faire autant. Il ouvre le coffre de la voiture, et sort lui aussi des habits incohérents.
Il me dit « tiens, enfile ça ».
« Non, mais tu rigoles là, je ne suis pas une mariole ».
« Enfile je te dis, tu vas comprendre ».
« Tu ne mets pas tes bottes de caoutchouc ? »
« Non ! », répond-il, « il y a trop de boue, on sera mieux en tongs, la boue c’est bon pour la santé, tes petits petons vont ressembler à ceux de Cendrillon ».
Je refuse catégoriquement, il me laisse à mes réflexions et se dirige vers ces étranges créatures qui pullulent de partout. Je me rassois dans la voiture, eux disparaissent. Je ne vois plus personne, je boude. Je suis seul comme un imbécile, sans musique, sans portable. Au bout de deux heures, complètement isolé, j’enfile les habits affreux, les tongs, quelle allure, je maudis Gaël et je pars à leur recherche. Oui, mais aller dans quelle direction ? Je vais au hasard, j’essaie d’écouter les sons, de me repérer. Rien, à part le vent, la pluie, les oiseaux qui chantent une triste mélodie à mes oreilles. J’abdique après avoir piétiné de long en large, je regagne la voiture, complètement apeuré, mort de faim et de soif. Je m’assoupis, la nuit arrive..
Résigné, j’entends soudain des chants joyeux, des instruments de musique, tous mes bonshommes se retrouvent à côté du break, avec des sourires devant ma fureur, plus ils rient, plus je suis en rogne…
Le feu enfin nous réchauffe, des experts y font cuire un gibier qu’ils ont chassé avec un arc. En guise de bière et d’hydromel, c’est l’eau pure d’un ruisseau juste à côté, pas de légumes, mais des fruits sauvages. Je pense qu’ils sont tous tombés sur la tête. Mon estomac crie famine, alors, je m’installe face à eux, toujours les nerfs en boule. Les galéjades, les boutades, les railleries ont fusé jusque tard dans la soirée. Nous nous sommes couchés sur notre litière de paille, je dois dire que je me suis endormi sans tarder. Cette journée est à marquer d’une pierre blanche. Le lendemain matin, je suis réveillé avec un seau d’eau bien fraîche, alors là c’est l’apothéose de ma fureur. Eux, étaient tous morts de rire…
Au bout de 48 heures de ce régime, on reprend la route. Mon frère m’explique enfin le but de cette expédition. Il en avait marre de me voir comme un minet toujours tiré à quatre épingles, trop gâté par mes parents, étant le dernier de la famille. Pour que je réfléchisse, il m’a fait découvrir une vision de la vie, en participant à une reconstitution au temps des Gaulois, avec des adeptes purs et durs.
Des mois plus tard, cette expérience m’a marqué pour mon plus grand bien. Je suis beaucoup moins « minet », je pense plus aux autres, je suis moins égoïste, je me suis endurci en étant moins trouillard, mes cheveux sont moins gominés. J’ai quitté ma copine de l’époque, trop sophistiquée à mon goût d’aujourd’hui. Maintenant, grâce à Gaël, j’ai les yeux ouverts, suis dans la vraie vie, je suis un autre homme…



De Nicole de Belgique

La vigne en sang


Dimanche 15 Août 15H, Peter et Marian parcourent les vignes du Domaine Château de la Tour.
Ils ont rendez-vous avec le propriétaire, Monsieur de la Rennie à 18 heures.
A peine trentenaires, les voilà riches grâce à la bulle Internet.
Mais trop de stress, ils ont décidé de tout arrêter et de se lancer dans la production du vin.
En reconnaissance dans cette région du Bordelais, le vin qu’ils connaissent le mieux, ils roulent sur un chemin de campagne.
A la ville, ils ont loué un vieux break Peugeot.
Ils s’enfoncent dans les rangs de vigne, sur un chemin caillouteux et boueux de la propriété.
Ils veulent se rendre compte de la superficie du terrain, de l’état des plantations, du soin apporté, bref du potentiel de leur future mise.
La voiture arrêtée, ils sortent du coffre leurs nouvelles bottes en caoutchouc.
Le soleil revenu fait miroiter les gouttes de pluie de la dernière ondée sur les feuilles d’un vert ardent.
Tout de suite, ils se sentent à l’aise, ils respirent l’air dense de ce chaud mois d’Août.
La cuvée sera exceptionnelle.
Un bruit de moteur. Surpris, ils se retournent. D’un autre chemin apparaît un 4X4, un homme seul à bord.
Arrêt. L’homme descend.

Un air renfrogné, mal commode.
D’un ton dur, il les apostrophe : “C’est une propriété privée, je vous prie de sortir immédiatement”.
Peter tente d’expliquer leur présence.
“Je suis le Maître de chais, je fais les visites uniquement sur demande de Monsieur de la Rennie, sans instruction de sa part foutez-moi le camp. Petits, jamais vous ne pourrez égaler mon savoir-faire et la production de Monsieur de la Rennie. Vous vous prenez pour qui ?”.
In petto, Peter se promet de virer ce malotru qui trouble leur rêve.
Dépités, ils retournent vers l’auto, suivis par l’homme qui brandit un révolver. “Plus vite les touristes”.
Ils courent. Marian ouvre sa portière, se saisit d’un Wakizashi, sorte de petit sabre japonais, le lance vers l’homme.
Atteint au cou, celui-ci tombe raide-mort. Ils le tirent dans les fourrés, laissant le corps aux prédateurs.
A 18H, Monsieur de la Rennie les accueille chaleureusement. C’est un homme âgé, perclus de rhumatismes, pressé de vendre.
Il est sans nouvelle de son Maître de chais qu’il voulait leur présenter.
L’affaire se conclut rapidement.
Peter et Marian deviennent les heureux propriétaires du Château de la Tour.
Il faudrait toute la sagacité de Benjamin Lebel, héros du sang de la vigne, pour dévoiler le mystère de la disparition du Maître de chais.


De Michèle de France (texte invité)


CABOURG, VILLE ROMANTIQUE

Vois-tu, Tante Anna, je suis arrivé ce matin du 22 juillet à Cabourg et je renais. Les senteurs qui viennent de la plage sont vivifiantes et iodées.
Ce soir, je marche le long de cette digue, appelée promenade Marcel Proust et je laisse vagabonder mon regard au loin. Plus grand monde à 21 heures. La nuit commence à tomber, quelques mouettes se posent sur le sable et piaillent bruyamment. D’autres encore commencent une danse virevoltante dans le ciel. Elles volent en rang serré puis elles se dispersent et on peut assister à une ronde effrénée, tel un ballet d’opéra.
Le ciel passe progressivement du violacé au noir; on y aperçoit les formes blanches des mouettes qui disent bonjour aux étoiles.

Je me décidai à partir pour rejoindre mon hôtel, situé à trois minutes de la ville.
Comme tu le sais, j’aspire au calme en venant ici en Normandie, loin du tumulte parisien.
L’avenue de la Mer regorge de restaurants variés et de boutiques locales : bonbonneries, bibelots et souvenirs de vacances en tous genres. Rien de tel pour vider mon esprit encombré.
Mais, il faut que je te raconte la suite de mes vacances, chère Anna, car elles ne laissent pas présager du repos que j’avais escompté!

Une fois rentré dans ma chambre, je ne tardais pas à me glisser dans le lit tellement j’étais assommé !
Enfin dans les bras de Morphée !
Mais brusquement, je me réveillai en sursaut : un gémissement sourd provenant sans doute de la chambre d’en face. Je regarde ma montre: 22h32. Je compris, au bout de quelques minutes, qu’il s’agissait d’aboiements plaintifs d’un chien, sans doute oublié dans la chambre par ses locataires d’un soir, qui voulaient aller dîner sans lui !
Je me glissai à nouveau sous la couette: 23 heures et ce chien qui aboie toujours, impossible de dormir ! Je collais ma tête à la porte : pas un son dans le couloir, seul le chien, qui hurlait à présent sa solitude ! Que faire ? Dans ce petit hôtel, à cette heure- là, le réceptionniste était parti !
Minuit. Je commençais à désespérer de ne pouvoir passer une nuit calme quand soudain des claquements de porte me sortirent de ma torpeur ! Une voix bourrue résonna : « je te l’avais bien dit ce gamin, il commence à me gaver ! » invectiva l’homme.
« Mais laisse-le, c’est de son âge » ! répondit la femme.
Ils pénétrèrent dans la chambre d’en face. Il était temps, pensais-je
« Je ne supporte plus que ce morveux gâche sa vie à ne rien foutre et à se saouler dès qu’on a le dos tourné, même en vacances ! »
« Oh, il a dix-sept ans, ça lui passera ! »
Allons bon, maintenant une scène de ménage, je ne sais pas si je vais arriver à dormir cette nuit, fulminais-je intérieurement.
« Dix-sept ans, je te signale qu’il est encore sous notre responsabilité ! »
J’entendis la voix de l’adolescent qui répondit à son père et je pense, Anna, que c’est là précisément que tout a basculé. L’homme s’énerva violemment et des bris de verres retentirent à travers la pièce.
Des hurlements sourds suivirent.
« Tu vas voir ce que tu vas prendre sale gosse ! ».
« Mais papa, arrête !!!».
« Et toi le clebs, ferme-la aussi! »
Je restais pétrifié devant la porte et impuissant. Des perles de sueur dégoulinaient de mon front. Bruits de coups, lancers d’objets à travers la pièce. Je devins livide. Voyant qu’il n’y avait rien à faire, je me glissais sous la couette. Les hurlements se firent plus oppressants, je restais sidéré dans mon lit.
« Je vais le tuer ce gosse, je te jure ».
« Arrête ! » gémit la femme.
Tout à coup, la femme poussa un grand cri :
« Mais qu’est-ce que tu as fait ! … mon tout petit, mon tout petit ! ». Elle se met alors à pleurer bruyamment.
« Mais tais-toi la bonne femme ou je te tue aussi! ».
J’entendis alors des allers et venues ainsi que des bruits de pas assourdissants dans la chambre.
Je restais tétanisé ne sachant que faire !
Pris de panique, je me levais et je décidais de regarder par le trou de la serrure.
Et je ne suis pas prêt d’oublier ce que je vis alors. Un filet de sang coulait sous la porte, la moquette désormais imbibée de rouge.
Je refermais vite la porte, glacé d’effroi ! Envahi par la culpabilité, je me précipitai sur le téléphone pour appeler la police: “un adolescent mort…venez vite!”.
Les cris et les hurlements de la chambre d’en face firent place à des chuchotements.
« Enroule-le là dans le duvet…dépêche-toi » fit l’homme .
Puis plus rien ! Le chien s’était tu lui aussi.
Murmures, glissements de fermetures éclair, papiers froissés…
“Il faut partir d’ici au plus vite », marmonna le père.
Mais ils n’en n’eurent pas le temps. Deux minutes plus tard, trois policiers frappèrent à la porte:
“Police, ouvrez!”.
Quelle ne fût pas ma sidération, quand je vis sortir de la chambre un homme, plutôt corpulent, le visage rougi par la colère, sa fluette de femme et derrière elle, un grand jeune homme échevelé et la mine hagarde!
“Mais alors?” pensais-je interloqué.
Un des policiers appela avec son portable, un de ses supérieurs:
“oui, un chien…au crâne fracassé…on fait sortir le corps”.
Et c’est fourrée dans la taie du lit, que la pauvre bête, victime malgré elle de la violence d’une affreuse dispute, fût emmenée!
Le couple fut embarqué au commissariat pour y être auditionné.
Je ne le revis plus.

Quant à moi, Anna, complètement déboussolé par cette histoire désopilante, je décidais de rester quelques jours de plus à Cabourg pour me remettre de mes émotions et pour enfin profiter de la digue romantique, m’attabler aux cafés et qui sait rencontrer une jeune femme agréable!
Et je t’assure que plus jamais je ne me mêlerai de la vie privée de mes voisins quels qu’ils soient!


D’Elisabeth de France


Allez, encore deux ou trois heures de travail, avant d’être libéré. Moi, c’est Marc, j’ai trente-trois ans, et ma compagne Nadine, trente-cinq. Ensemble, nous vivons dans un petit appartement, situé en plein centre-ville, assez mouvementé. Il faut avouer, que nos vies professionnelles, prennent énormément de place au sein de notre couple. Et que ces derniers temps n’ont pas été de tout repos. Il a fallu faire face, à différentes épreuves éprouvantes.
Ces vacances, nous les méritons bien ! Afin de pouvoir nous défaire de tout ce stress accumulé, le lâcher prise, nous avons opté pour un séjour dans un chalet. En pleine campagne, au milieu du vert et de la montagne. Au programme, ressourcement et détente en amoureux.
Au petit matin, c’est à bord de notre fidèle compagnon, ce vieux break Peugeot, que nous parcourons notre itinéraire, tout en jouissant du paysage. Quelques kilomètres plus tard, en mi-chemin de campagne, les voies deviennent de moins en moins praticables, elles sont caillouteuses et boueuses. Cela me fit perdre le contrôle du véhicule, m’enfonçant dans les rangs d’un champ de vignes. Fort heureusement, rien de grave, mais les pneus restèrent piégés dans ce tas de boue, impossible d’avancer.
Restons calme, dans le coffre de la voiture, nous gardons toujours nos paires de bottes. Chaussons-les, et sortons du break, de façon à y voir plus clair. Au crépuscule, de l’autre côté de la route, nous aperçûmes un quatre-quatre de couleur noire, déboulé à toute vitesse, en direction de la vigne.
 ce moment-là, j’ai une intuition. Je demande, alors à Nadine, qu’on aille se mettre à l’abri, car cette entrée fracassante, ne me rassure guère. Non loin, j’ai repéré une sorte de cabane abandonnée, où nous pourrions nous planquer et épier, sans nous faire remarquer, enfin nous l’espérons. L’homme, grand de taille, d’une corpulence imposante, sortit de son véhicule. Il est seul, tenant un gros sac gris d’une main, et de l’autre une pelle. Il jette des regards à droite à gauche. Repérant notre voiture immobilisée, s’approchant et constatant que le moteur est encore chaud. Cela le rend nerveux, suspicieux, il retourne vers son auto, repose le sac et la pelle à l’intérieur, et sort une arme. Il se lance à la poursuite d’éventuels témoins gênants. Nous sommes pétrifiés, le ventre noué, baignés de sueur. Le temps, même, semble craquer sous cette tension qui se joue. Il se met à pleuvoir des cordes. Au fur à mesure qu’il se rapproche de notre refuge, nous sentons sa respiration de plus en plus forte. Tel un prédateur chassant sa proie. Quand tout à coup, il est surpris, par l’arrivée d’une autre voiture, l’obligeant à arrêter sa course. Il pense la reconnaître et va à sa rencontre. C’est une femme, elle sort de la voiture, aussi grande que lui, plutôt élégante. Visiblement, elle ne lui est pas étrangère, ils discutent, semblent tous deux très tendus, agitant les bras dans tous les sens. Puis, la dame remonte et démarre sa voiture, son complice fait de même. Nous avons du mal à y croire. Un sentiment de soulagement mêlé au doute nous envahit. Nous passons la nuit dans notre repaire ; c’est la plus longue que nous ayons connue jusqu’à présent. Nous ne pouvons fermer l’œil, l’excitation et la crainte de les voir revenir, nous en empêche. Le lendemain, au premier rayon de soleil, nous sortons de notre repli. Faisant appel à un dépanneur. Encore sous le choc, d’un cauchemar ou d’une réalité ! Notre seul souhait, est de quitter ce lieu, mais il n’est pas question de renoncer à nos vacances à la campagne. Bien au contraire ! Cela sonne comme une évidence. En fin de matinée, nous sommes installés au chalet. Nous prenons une douche, mangeons, et décidons de passer la journée à l’intérieur, le temps de revenir à nous-mêmes. En allumant la télévision, à la une des informations, les policiers sillonnent les routes à la recherche de deux dangereux truands. Les malfaiteurs sont accusés d’avoir cambriolé une banque. Lorsque les visages apparaissent à l’écran, nous tombons de stupeur. C’est l’homme et la femme du champ de vigne, les amants receleurs. Et là, tout devient plus limpide à nos yeux, le puzzle s’emboite.


De Laurence de France


Un couple trentenaire roule dans une vieille voiture break de marque Peugeot, sur un chemin de campagne caillouteux et boueux. Ils s’enfoncent entre les rangs de vigne. Ils se tiennent bien droit. Ils ont des bottes en caoutchouc dans leur coffre. Une autre voiture les rejoint cinq minutes plus tard par un autre chemin. Un homme est seul à bord.

A ce stade, tout promeneur dans les environs commencerait à se poser des questions. Que vont faire ces gens perdus dans des chemins boueux ? Vont-ils à la cueillette des champignons ? Pourquoi pas, c’est la saison. Vont-ils faire quelque chose d’inavouable entre eux ? Alors là, il les plaint, vu l’état des chemins, ce ne sera pas vraiment confortable !
Et là, précisément à ce moment-là, à force de lire trop de romans de Stephen King, l’imagination du promeneur va s’enflammer diablement. Vont-ils enterrer une vieille grand-mère, vu tout l’attirail qu’ils sortent des voitures : seaux, pelles, sacs de poubelle bien remplis et apparemment lourds !
Le promeneur se cachera derrière un tronc d’arbre pour observer la scène. Il suivra le trio infernal dans les sous-bois, habités d’ordinaire par des hordes de sangliers, à la recherche de glands et autres friandises que la forêt leur octroie généreusement.
Ce promeneur est prêt à dégainer son portable pour appeler la gendarmerie du coin s’il assiste à une scène horrifique de carnage ou d’enterrement à la sauvette ! Dommage, il aurait dû apporter ses jumelles pour mieux observer !

Ce même promeneur se sera trompé sur toute la ligne et aura perdu surtout son temps. L’inquisition aura été inutile.

Le couple et l’ami aperçus dans le chemin boueux s’enfoncent au fond des bois. Cela effraie le promeneur qui ne connaît pas bien les lieux, en dehors des chemins balisés. Ils s’arrêtent finalement au pied d’un grand hêtre. Le promeneur est persuadé qu’ils font creuser un trou pour enfouir des restes humains. Il a une idée fixe à laquelle il s’accroche !

Au pied de cet arbre magnifique, on aperçoit de la mousse bien verte, du lichen et des champignons colorés. Pendant leurs weekends et leurs vacances, ce couple trentenaire avec un de leurs amis quittent leur ville, leur quartier pour venir s’aérer en forêt. Ils déposent leur fatras dans la petite clairière abritée par les larges branches de cet arbre grandiose et majestueux.
Le promeneur, en aiguisant son regard, voit une cabane en bois perchée à quelques mètres du sol. Il pense assister soit à une scène horrible, soit à une scène torride. Ou les deux à la fois.

Ces citadins ont sans doute trouvé l’équation secrète qui mène à la sérénité. Cette cabane en bois et ce lieu semblent conviviaux et confortables. Notre promeneur est décontenancé. Il ne sait plus que penser. A ce stade de l’histoire, il pourrait rebrousser chemin. La curiosité l’emporte sur le reste !

Cela ressemble à la maison de compagne d’un Français moyen : un endroit calme où se retrouver entre amis ou en famille pour partager de bons moments de détente. La beauté et la paix du lieu se méritent : achat d’une parcelle, construction de la cabane pendant de longues semaines, accès difficile, marche obligatoire.
Les trois amis apprécient la vie à la dure : pas d’eau, pas d’électricité, pas de réseau pour leurs portables. Que la vie au naturel ! Ils vivent au rythme du soleil, quelle que soit la saison. Ils ont un petit réchaud pour préparer leurs repas, un petit poêle à bois alimenté par tout le bois mort aux alentours et le minimum. Cela leur suffit. Ils sont heureux. La nature leur offre ce dont ils ont besoin.
Ils oublient ainsi, pour quelques heures, les contingences du quotidien. Ils ont du temps libre pour partir à la découverte de la faune et de la flore environnantes. Ils ont du temps libre pour lire ou méditer. Ils ont du temps libre pour se raconter les aventures de la semaine, loin du tumulte de la vie citadine.
Ils se lèvent avec le soleil, au sein de cette nature préservée. Ils se cachent au fond des bois ; qui n’a pas rêvé de vivre de tels moments ? Un rêve d’enfant qui devient réalité !
Ils vivent bien, dans une certaine opulence dans leur bel immeuble, dans leur vie de tous les jours. Alors, ils éprouvent le besoin de revenir aux sources, à la simplicité, à la vérité d’eux-mêmes. Très peu de personnes sont au courant de ce lieu servant de décor à leurs escapades. Ils n’ont pas envie d’être pollués ! Ils dorment avec les arbres autour d‘eux, avec les bruits de la nature comme décor sonore. Chaque saison leur fournit quelques bienfaits : châtaignes et champignons à l’automne par exemple, baies abondantes en été.
Deux jours par semaine, et plus pendant les vacances, ils s’offrent une nouvelle vie. Ils laissent derrière eux le bitume et le stress citadin. Ils prennent la clé des champs pour se transformer en des personnages de Jack London.
Ils prennent un bol d’air, mais pas seulement : ils prennent un bol d’oxygène végétal. Ils se ressourcent et s’apaisent. Une vie brute et sauvage, sans faux-semblants, sans chichis, avec les arbres pour compagnons de route. Le soir, ils sont gagnés par le noir absolu et les bruits de la forêt. Les animaux sont de sortie, les oiseaux de nuit aussi. Le silence n’a jamais été aussi vivant.
Leur vie n’a jamais été aussi belle !


  Vous avez adoré lire ces histoires? Moi aussi!
C’est un plaisir sans fin!

Alors, rejoignez le club des autrices et auteurs de ce blog et envoyez vos histoires, avec ou sans rapport avec mes propositions d’écriture!   

Passez une belle semaine et surtout prenez soin de vous! 


Créativement vôtre,


Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE  
 

Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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