Vous avez été peu nombreux à écrire pour cette proposition d’écriture N° 77. 

Nous avons si peu l’occasion de rendre hommage aux professeurs que nous avons eus. C’était une occasion rêvée de pouvoir le faire sur ce blog. 

Que ce maudit virus, les attentats terroristes et ce nouveau confinement ne vous laminent pas votre moral!

L’écriture est là en vous qui peut vous aider à surmonter le cap! Ecrivez, vous vous sentirez soulagé! L’écriture peut chasser beaucoup de démons!  

Voici vos textes. Je vous souhaite une belle lecture. 


De Marie de France

Liberté d’expression.

“Qui aurait pu croire que l’absence de son professeur de français allait déclencher quelque chose qui allait la poursuivre tout au long de sa vie?

Elle était un petit bout de femme toute fluette. Si elle mesurait un mètre cinquante, c’était bien le maximum. Dès le premier jour, toute la classe de seconde était captivée par ses yeux. Elle avait un regard doux mais pétillant et pénétrant qui lui mangeait toute la figure. Etait-elle blonde ou brune, c’était un mystère, sœur Françoise portait une cornette qui lui encadrait le visage.
Elle ne restait jamais en place, n’était jamais assise au bureau sur l’estrade de bois qui jouxtait le grand tableau noir. Elle dispensait son cours au milieu de ses élèves avec une passion communicative pour la littérature et le théâtre. Chacune attendait l’heure de français avec impatience, même cette ado qui n’aimait pas l’école.

Mais voici qu’un lundi, la “bonne mère” supérieure vint informer sèchement qu’il n’y aurait plus cours avec cette professeure. Une remplaçante plutôt revêche avait été nommée. Ce petit malheur se prolongea six semaines puis sœur Françoise réapparut égale à elle-même.
Ce premier cours fit abstraction du français et de la littérature, il se transforma en cours de Liberté, et elle nous raconta son escapade. *

Elle avait eu un besoin d’évasion, besoin de se sentir libre et un soir elle s’était enfuie. Une de ses anciennes amies faisait partie du monde des gitans, elle avait partagé quelques temps dans une roulotte, la vie de la communauté des gens du voyage.
Avant son cours, elle n’avait sûrement pas demandé à ses supérieurs la permission pour ce qu’elle allait nous raconter. Elle n’avait pas non plus eu peur du qu’en-dira-t-on. Elle s’était sentie libre d’expliquer que ces gens avaient un mode de vie bien différent du nôtre, qu’ils étaient mal jugés pour leurs larcins, leur sang bouillant et autres vols de poules que l’on ne peut tolérer. Mais elle fit entendre qu’ils avaient aussi des valeurs que notre monde était en passe d’oublier, qu’ils étaient soudés, avaient le sens de la famille et le respect de leurs aînés. J’ai pu le constater plus tard lorsqu’une nuit de garde à l’hôpital, j’ai été émue par cet enfant aux cheveux bleus venu veiller son grand père mourant, seul en attendant la relève. Elle expliqua qu’ils avaient eux aussi des poètes et la musique au cœur et qu’ils étaient épris de Liberté.

Ce récit d’il y a cinquante-sept ans avait donné lieu à une dissertation sur l’importance du partage des idées, des modes de vies, de l’honnêteté, des moyens d’expression et du respect des autres quelques soient leurs opinions. La correction au cours suivant avait donné lieu à un échange d’idées.

Cette ado qui n’aimait pas l’école se prénommait Marie et c’était moi. C’est à partir de cette dissertation que ma plume eut l’envie parfois de noircir le papier jusqu’à ce jour.”


De Lucette de France


Hommage à Monsieur Samuel Paty

Déjà une semaine que des ignorants, des barbares, vous ont ôté la vie. Ils nous font horreur ces profanes qui boivent les paroles des mains meurtrières au-dessus d’eux. Quel Dieu, quelle religion donnent le droit d’assassiner, de décapiter des prêtres, des professeurs ? Aucune religion d’où qu’elle vienne n’est intolérante quand elle est enseignée par des consciences ouvertes à la différence. C’est l’illettrisme, le repli sur soi ou l’entre soi qui mènent à de telles atrocités. On leur fait croire qu’ils iront tout droit vers « Allah » s’ils exécutent les « parias » à leurs yeux d’aveugles.
Seule la tolérance peut réunir en son sein ceux que la religion divise. L’instruction apprend l’intelligence qui sème la tolérance. La tolérance ne doit s’insurger que contre l’imbécilité stérile, lorsqu’elle atteint des points de violence culminants, et qu’elle devient un jour meurtrière…
Je vous pleure Monsieur Paty. Je suis maman d’une professeure, et aujourd’hui je pourrai être à la place de votre fils, de vos parents, de tous ceux qui vous aiment, et qui auraient leurs vies détruites à jamais…

Voici une ODE à ma Maîtresse, Madame Léognany

Vous le savez Madame, je vous l’ai déjà dit de vive voix, vous étiez très importante pour moi. Vous étiez la maman que j’aurais voulu avoir. Je vous admirais, je vous imitais, je ne travaillais bien rien que pour vous. Vous m’avez donné de l’affection, vous m’avez aussi responsabilisée. Ô de biens petites responsabilités, mais si vous saviez comme j’étais fière d’aller faire vos courses, je n’étais plus la « petite sans grade, sans pédigrée », je faisais les courses pour ma Maîtresse, « MOI » et j’étais la seule de la classe à le faire…Vous étiez si fière quand vous avez su que ma fille était professeure, j’ai ressenti de la fierté dans vos yeux. Avec vous, il fallait filer droit. Chaque matin, dès les premières minutes, c’était la morale écrite sur le tableau noir embelli de votre belle écriture faites de pleins et de déliés. Je vous l’ai déjà écrit, vous expliquant que j’aurais aimé que vous insistiez auprès de mes parents pour pouvoir continuer au-delà du Certificat d’Etudes. Que beaucoup ne calculent pas la chance d’avoir réussi à faire des études supérieures. Ce ne fut pas mon cas, hélas, j’aurais tellement aimé avoir « un métier » … On ne choisit pas ses parents, ils ont fait ce qu’ils ont cru devoir faire, avec une famille nombreuse, il fallait faire bouillir la marmite. A leurs yeux les études n’étaient pas importantes. Pour eux, l’avenir était au jour le jour, et leurs enfants n’ont pas eu d’autres choix que de suivre leur destin besogneux. Je referme la parenthèse, je suis heureuse maintenant, j’ai gravi les échelons à ma façon…Ma chère Maîtresse, j’ai reçu de vous un livre de poèmes que je garde précieusement. Ce sera l’héritage pour ma fille. Elle seule peut comprendre la valeur que j’y attache…

Vous êtes loin, mais toujours si proche dans mon cœur, et j’ose vous le dire « Je vous aime depuis toujours… ».



De Nicole de Belgique

Chère Madame A.

Ces jours-ci, si noirs pour la démocratie, un professeur tué de manière horrible par un jeune islamiste endoctriné, je pense à vous Madame et à votre mari, journaliste connu, à gauche toute.
Dans mon école secondaire de filles, les professeurs sont plutôt stricts.
Quand vous entrez dans la classe, un sillage de parfum mêlé de tabac embaume la classe
chauffée par un antique poêle au charbon.
Mince, jupe droite pieds de poule, belle, désinvolte (une ressemblance certaine avec Anne Bancroft découverte plus tard).
Un souffle de liberté entre avec vous, c’est la première fois que je me sens traitée comme une personne et pas comme une gamine.
Vous enseignez le français, matière qui m’est facile.
Vous privilégiez les rédactions sur des sujets d’actualité qui parlent aux jeunes filles en mal de reconnaissance. que nous sommes.
De là date mon goût pour l’écriture.
Lors des lectures, vous abordez la tolérance envers nos compagnes, l’écoute des autres.
Pas de mots blessants comme savent si bien en distiller tant d’autres professeurs,
aucune moquerie gratuite.
Parfois, vous vous asseyez sur un banc, vous allumez une cigarette, longue, blonde.
Pour la fille timide que je suis, vous incarnez l’élégance d’une femme qu’il me plairait de devenir.
Exercice d’admiration.
A la rentrée suivante je changerais d’école, de section… suivant la bougeotte de ma mère et ses diktats.
En cherchant sur Internet, j’ai appris votre décès.
Je garde en moi le feu de l’apprentissage de la langue, le goût des mots précis.

Tout de vous chère Madame A;

Nicole, votre élève dévouée.



De Laurence de France



Je ne pourrai rendre hommage à un seul de mes professeurs, car toutes et tous m’ont appris à aimer l’école, à aimer apprendre tant et tant de choses. J’avais soif d’apprendre. Grâce à toutes celles et tous ceux dont j’ai croisé la route pendant de si longues années, j’ai acquis une culture digne de ce nom. Je suis riche de tout leur savoir !
Je les remercie du fond du cœur pour leur transmission, leur passion, leur patience, tout ce que j’essaie de transmettre à mon tour aux élèves qui me sont confiés et la mission est de les ouvrir aux lumières du monde…
Mademoiselle Caty m’a fait adorer l’anglais. Monsieur Dvorak m’a fait découvrir la langue russe dont je raffolais. Madame Coindre, au lycée, m’a fait entrer dans la littérature classique. Grâce à elle, j’ai appris avec délice à interpréter les textes littéraires. Cela m’a permis de lire tous les classiques de la littérature, aussi bien française qu’étrangère.
Monsieur Cornette, professeur d’histoire et de géographie que l’on peut apercevoir de temps à autre dans l’émission « Secrets d’histoire », était un passionné de la Révolution Française. Sur mes bulletins, il écrivait comme mention « ne pas trop travailler » ! Il m’a fait adorer l’histoire ; j’aurais pu, d’ailleurs, devenir professeure dans cette matière. Mon neveu a pris la relève historique.
Tous ces enseignants m’ont appris la liberté, à penser par moi-même. C’était certes plus facile à l’époque : nous n’avions pas de téléphone portable pour nous lobotiser !
Je peux dire que j’ai vécu des années de bonheur et de plaisir à l’école, de la maternelle à l’université. Je me sentais bien dans cet univers. Ce n’était en rien une obligation pour moi. D’ailleurs, quand un professeur me demandait quel était mon loisir préféré, je répondais : « mes devoirs » !
Dans cet univers scolaire, je me sentais à ma place, loin de l’agitation du monde, loin de tout, les oreilles bien ouvertes et l’esprit aux aguets pour ne manquer aucune miette de ce que j’entendais, à part, j’avoue, dans les matières scientifiques, que je n’ai jamais aimées.
Pour moi, l’école a été un espace de liberté. J’y ai appris ce qu’étaient la liberté ainsi que la liberté d’expression, quand bien même l’école était plus stricte que de nos jours.
Pour moi, l’école, c’était une chance démocratique et unique de sortir de la condition d’ouvriers de mes parents. L’école m’a permis d’accéder à un certain statut social et intellectuel.
L’école avait du sens à mes yeux ; je m’y sentais comme chez moi, ou mieux que chez moi. On pouvait assouvir quelque peu ma soif d’apprendre. L’école réglait ma vie comme du papier à musique et cela me convenait. Apprendre, travailler, faire mes devoirs, ce n‘était pas facile tous les jours ; c’était souvent un défi, comme en mathématiques, matière que je détestais. Mais, j’étais tenace et volontaire : deux qualités que j’ai développées grâce à l’école et qui m’ont rendu de bien grands services dans la vie.
J’ai eu la chance aussi d’avoir des parents qui m’ont toujours soutenue dans mes projets d’études et qui m’ont toujours encouragée, eux qui n’ont pas eu la chance d’étudier, quittant l’école à quatorze ans comme cela se pratiquait dans la France de l’époque. Je ne saurais jamais assez les remercier pour ce qu’ils ont fait pour moi, des sacrifices financiers, des sacrifices de temps pour que je puisse étudier.

Alors OUI, je le dis haut et fort : MERCI A L’ECOLE, MERCI A TOUS LES PROFESSEURS POUR LEUR DEVOUEMENT, CEUX QUE J’AI EUS EN COURS ET LES AUTRES !!




19 novembre 1957

Cher Monsieur Germain,

J’ai laissé s’éteindre un peu le bruit qui m’a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler un peu de tout mon cœur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n’ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j’ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne me fais pas un monde de cette sorte d’honneur mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève.


Je vous embrasse, de toutes mes forces.

Albert Camus


“Lettre aux instituteurs et institutrices” parue le dimanche 15 janvier 1888

“Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire et à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de toutes nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fierté unie à la tendresse. Il faut qu’ils puissent se représenter à grands traits l’espèce humaine domptant peu à peu les brutalités de la nature et les brutalités de l’instinct, et qu’ils démêlent les éléments principaux de cette œuvre extraordinaire qui s’appelle la civilisation. Il faut leur montrer la grandeur de la pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le sentiment de l’infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c’est par lui que nous triompherons du mal, de l’obscurité et de la mort.
Eh quoi ! Tout cela à des enfants ! Oui, tout cela, si vous ne voulez pas fabriquer simplement des machines à épeler. Je sais quelles sont les difficultés de la tâche. Vous gardez vos écoliers peu d’années et ils ne sont point toujours assidus, surtout à la campagne. Ils oublient l’été le peu qu’ils ont appris l’hiver. Ils font souvent, au sortir de l’école, des rechutes profondes d’ignorance et de paresse d’esprit, et je plaindrais ceux d’entre vous qui ont pour l’éducation des enfants du peuple une grande ambition, si cette grande ambition ne supposait un grand courage.
J’entends dire, il est vrai : À quoi bon exiger tant de l’école ? Est-ce que la vie elle-même n’est pas une grande institutrice ? Est-ce que, par exemple, au contact d’une démocratie ardente, l’enfant devenu adulte ne comprendra point de lui-même les idées de travail, d’égalité, de justice, de dignité humaine qui sont la démocratie elle-même ? Je le veux bien, quoiqu’il y ait encore dans notre société, qu’on dit agitée, bien des épaisseurs dormantes où croupissent les esprits. Mais autre chose est de faire, tout d’abord, amitié avec la démocratie par l’intelligence ou par la passion. La vie peut mêler, dans l’âme de l’homme, à l’idée de justice tardivement éveillée, une saveur amère d’orgueil blessé ou de misère subie, un ressentiment et une souffrance. Pourquoi ne pas offrir la justice à des cœurs tout neufs ? Il faut que toutes nos idées soient comme imprégnées d’enfance, c’est-à-dire de générosité pure et de sérénité.
Comment donnerez-vous à l’école primaire l’éducation si haute que j’ai indiquée ? Il y a deux moyens. Il faut d’abord que vous appreniez aux enfants à lire avec une facilité absolue, de telle sorte qu’ils ne puissent plus l’oublier de la vie et que, dans n’importe quel livre, leur œil ne s’arrête à aucun obstacle. Savoir lire vraiment sans hésitation, comme nous lisons vous et moi, c’est la clef de tout. Est-ce savoir lire que de déchiffrer péniblement un article de journal, comme les érudits déchiffrent un grimoire ? J’ai vu, l’autre jour, un directeur très intelligent d’une école de Belleville, qui me disait : « Ce n’est pas seulement à la campagne qu’on ne sait lire qu’à peu près, c’est-à-dire point du tout ; à Paris même, j’en ai qui quittent l’école sans que je puisse affirmer qu’ils savent lire. » Vous ne devez pas lâcher vos écoliers, vous ne devez pas, si je puis dire, les appliquer à autre chose tant qu’ils ne seront point par la lecture aisée en relation familière avec la pensée humaine. Qu’importent vraiment à côté de cela quelques fautes d’orthographe de plus ou de moins, ou quelques erreurs de système métrique ? Ce sont des vétilles dont vos programmes, qui manquent absolument de proportion, font l’essentiel.
J’en veux mortellement à ce certificat d’études primaires qui exagère encore ce vice secret des programmes. Quel système déplorable nous avons en France avec ces examens à tous les degrés qui suppriment l’initiative du maître et aussi la bonne foi de l’enseignement, en sacrifiant la réalité à l’apparence ! Mon inspection serait bientôt faite dans une école. Je ferais lire les écoliers, et c’est là-dessus seulement que je jugerais le maître.
Sachant bien lire, l’écolier, qui est très curieux, aurait bien vite, avec sept ou huit livres choisis, une idée, très générale, il est vrai, mais très haute de l’histoire de l’espèce humaine, de la structure du monde, de l’histoire propre de la terre dans le monde, du rôle propre de la France dans l’humanité. Le maître doit intervenir pour aider ce premier travail de l’esprit ; il n’est pas nécessaire qu’il dise beaucoup, qu’il fasse de longues leçons ; il suffit que tous les détails qu’il leur donnera concourent nettement à un tableau d’ensemble. De ce que l’on sait de l’homme primitif à l’homme d’aujourd’hui, quelle prodigieuse transformation ! et comme il est aisé à l’instituteur, en quelques traits, de faire sentir à l’enfant l’effort inouï de la pensée humaine !

Seulement, pour cela, il faut que le maître lui-même soit tout pénétré de ce qu’il enseigne. Il ne faut pas qu’il récite le soir ce qu’il a appris le matin ; il faut, par exemple, qu’il se soit fait en silence une idée claire du ciel, du mouvement des astres ; il faut qu’il se soit émerveillé tout bas de l’esprit humain, qui, trompé par les yeux, a pris tout d’abord le ciel pour une voûte solide et basse, puis a deviné l’infini de l’espace et a suivi dans cet infini la route précise des planètes et des soleils ; alors, et alors seulement, lorsque, par la lecture solitaire et la méditation, il sera tout plein d’une grande idée et tout éclairé intérieurement, il communiquera sans peine aux enfants, à la première occasion, la lumière et l’émotion de son esprit. Ah ! sans doute, avec la fatigue écrasante de l’école, il vous est malaisé de vous ressaisir ; mais il suffit d’une demi-heure par jour pour maintenir la pensée à sa hauteur et pour ne pas verser dans l’ornière du métier. Vous serez plus que payés de votre peine, car vous sentirez la vie de l’intelligence s’éveiller autour de vous. Il ne faut pas croire que ce soit proportionner l’enseignement aux enfants que de le rapetisser.
Les enfants ont une curiosité illimitée, et vous pouvez tout doucement les mener au bout du monde. Il y a un fait que les philosophes expliquent différemment suivant les systèmes, mais qui est indéniable : « Les enfants ont en eux des germes, des commencements d’idées. » Voyez avec quelle facilité ils distinguent le bien du mal, touchant ainsi aux deux pôles du monde ; leur âme recèle des trésors à fleur de terre : il suffit de gratter un peu pour les mettre à jour. Il ne faut donc pas craindre de leur parler avec sérieux, simplicité et grandeur.
Je dis donc aux maîtres, pour me résumer : lorsque d’une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque d’autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine en quelques années œuvre complète d’éducateurs.
Dans chaque intelligence il y aura un sommet, et, ce jour-là, bien des choses changeront.”

Jean Jaurès dans La Dépêche, le dimanche 15 janvier 1888





Dessin de Michel Kichka paru le 29/10/2020


  Portez-vous bien et surtout prenez soin de vous!  


Créativement vôtre, 


Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE  







Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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