Dans vos histoires à partir de la proposition d’écriture N° 80, des amoureux ne se bécotaient pas sur un banc public, contrairement aux paroles de la chanson de Brassens. 

Entre départ pour vivre sa vie, révélation surprenante, espions, désespoir, crime, vie double et amoureux de Peynet, vous pouvez faire votre choix.

Tous ces textes sont excellents, comme d’habitude: un grand MERCI à toutes nos autrices et à notre auteur!

Voici vos textes. Je vous souhaite une belle lecture.

De Marie

Le petit village était noyé dans la brume ce matin d’hiver, gris et morne comme l’humeur de ses habitants. Monsieur le maire était désespéré de voir ses administrés partir pour la grande ville.
Aujourd’hui, jour du conseil municipal, il fallait coûte que coûte trouver un moyen pour réveiller ce bel endormi. Les propositions fusaient mais l’une d’elles fut votée à l’unanimité. Un concours de photos. Les affichettes furent envoyées aux villages alentour, même le petit journal local se mit de la partie. La date fut choisie, ce sera le 14 février, jour de la Saint-Valentin, fête des amoureux. Jeunes amoureux ou amoureux d’un âge, certains devront prendre la pose ; une seule consigne, être assis sur le banc et bisous interdits ! A chacun de faire montre d’originalité et de se présenter sous son meilleur jour, il en est de l’honneur du village.
Les inscriptions menaient bon train et le jour J arriva. La fanfare, les correspondants de presse et la population étaient au rendez-vous. Pour une fois qu’il se passait quelque chose. Les calades qui montaient au village et la placette de la mairie étaient bondées. Le soleil brillait de tous ses feux et les tilleuls prodiguaient généreusement leur ombrage sur la fontaine et son banc de pierre. C’était l’endroit idéal pour de bonnes prises de vue.
Un jeune couple, ils avaient à peine dix-huit ans, amis d’enfance depuis l’école, fit sensation.
La belle aux cheveux blond vénitien y avait piqué quelques fleurettes. Elle portait une jolie petite robe toute simple de couleur bleu pastel qui lui marquait la taille, et un médaillon en forme de cœur retenu par un ruban de velours noir en guise de collier. Ses yeux légèrement baissés osaient à peine rencontrer le regard de l’amoureux qu’elle s’était choisi.
Lui, mince et tout de noir vêtu s’était confectionné un couvre-chef en demi bol, de couleur assortie d’où dépassait une fausse chevelure coupée au carré, faite de brins de laine couleur d’ébène. Il tenait en ses mains un bouquet de roses dans lequel il avait dissimulé un joli cœur couleur de l’amour mais qui se laissait deviner. Assis à l’autre extrémité du banc, il semblait inquiet, un peu tristounet, car il aimait en secret la belle ingénue qui posait à ses côtés, mais allait-elle répondre à ses timides avances ? Il se décida et lui offrit ses roses. L’éclairage était parfait et le clic résonna à cet instant précis. Le cliché était d’une netteté parfaite et d’une véracité saisissante.
Vous les avez sûrement reconnus nos amoureux de Peynet. Leur jeunesse, leur poésie ont tellement touché les villageois qu’ils ont été déclarés vainqueurs. Cette histoire romantique eut une fin heureuse, les amoureux ont coulé des jours heureux. Chaque année, le concours de photos n’a pas failli à sa renommée et a fait revivre leur joli village.

De Mischa

 Alliance


Cela faisait presqu’un an que je sortais en cachette avec mon patron, Hans. Un bel homme. Qui ne voudrait de lui ? Il avait tout pour plaire, l’apparence, la présence, sa voix… et par-dessus tout, sa patience et sa gentillesse. Mais seulement, son plus grand défaut était son alliance.
L’amour est comme une drogue, vous savez. Même quand on est conscient qu’on doit mettre fin à une relation, pare que le « bon sens » le demande, on n’y arrive pas. Au contraire, on en veut plus, parce qu’on est accro.
J’étais fatiguée de devoir me cacher, alors j’ai osé lui dire ce que je pensais.
Peu m’importe ce que les gens diront.
« Les choses ne sont pas aussi simple »,  disait-il en caressant sa bague en or.
«  Mais, Hans, je t’ai dit dès le départ que je n’étais pas d’accord avec ça et que tu devras un jour choisir entre ta femme et moi. »
« Je ne peux pas. Je vous aime toutes les deux. »

C’est la première fois que le fait que quelqu’un m’aime me rende aussi triste. Je n’ai pas répondu à cette dernière phrase. J’ai commencé à réfléchir. Je me suis demandée pourquoi ce sentiment ne pouvait pas partir simplement après un bon bain. Pourquoi malgré tout, je voulais toujours rester avec lui. J’ai pensé à son épouse, et si c’était moi à sa place ? Est-ce que je supporterai de partager mon mari avec une autre ? Est-ce que je comprendrai qu’on ne contrôle pas ses sentiments ?
Assis sur ce banc où nous avions l’habitude de nous retrouver après le boulot, lui, la tête baissée, les coudes sur chaque genou, l’air pensif ; moi, adossée, les genoux collés l’un à l’autre, une larme naissante à l’œil ; on pourrait croire qu’on ne se connaissait pas ou alors qu’on venait de se déchirer. Non, en réalité, on venait de s’engager à vivre une vie compliquée, pour toujours.

De Catherine

Comme un tsunami

Ils ont l’air si tristes, ces deux-là, blottis l’un contre l’autre, épaule contre épaule, la main dans la main. Tristes et abattus, comme si le ciel venait de leur tomber sur la tête, les yeux cernés de fatigue et d’angoisse. Ils sont là, dans ce square, sur ce banc, un banc d’ordinaire pour les amoureux qui se bécotent, mais eux ne se bécotent pas. Ils sont pourtant intimes, proches, mais si fragiles, si perdus.
A cinquante mètres de là , se trouve le commissariat où ils ont été interrogés pendant de longues heures, ne comprenant rien à ce qui se passait, ni à ce qu’on leur racontait. Et ils ne comprenaient pas ce qu’ils voulaient leur faire dire. Leur fils… Non !… Ce n’était pas possible, pas Amir !!! Tout cela semble si irréel, un cauchemar dont ils aimeraient se réveiller le plus tôt possible ! Que vont-ils faire maintenant ? Comment vont-ils pouvoir vivre avec tout ça ? Rentrer chez eux leur paraît impossible, inenvisageable, pas tant parce que la police avait dû retourner tout l’appartement que par crainte d’affronter les regards.
Des sanglots venus du plus profond d’elle-même secouent Leïla qui a envie de hurler sa détresse. Mais hurler quoi ? Que tout ça c’est faux…un coup monté … une injustice … une erreur judiciaire ? Qu’elle voudrait que tout s’arrête, ou encore mieux, n’ait jamais existé ? Qu’elle est une bonne mère, qu’elle a toujours tout fait pour bien éduquer son fils ? Qu’elle ne comprend pas pourquoi il avait fait ça ?
Saïd, gagné aussi par le désespoir de sa femme, l’entoure de son bras et tente de la calmer, de la consoler, sans mot dire, rien que par la pression de ses mains et de ses bras, parce qu’il ne sait vraiment pas quoi dire, parce qu’il est aussi perdu qu’elle. Tout-à-l ‘heure, au commissariat, ils avaient entraperçu Amir qui passait dans un couloir, l’air apeuré, et menotté entre deux policiers crispés. Ils n’avaient pas eu le droit de lui parler. Amir… leur petit Amir… qui n’a que quatorze ans, traité comme … un criminel ! Ils ne pouvaient croire ce que disaient les policiers : celui qu’ils décrivaient dans ses actes n’avaient rien à voir avec leur fils. Lui était incapable de ça, ou alors ils ne le connaissaient pas bien, mais quand même: c’est leur fils !
Les multiples pensées des deux parents s’entrechoquent, se heurtent, se disloquent, rendant leur conscience de la situation plus incompréhensible.
«  Ce n’est pas possible, dis, Saïd ! Il n’a pas pu faire ça, pas lui, pas notre Amir ! Encore moins pour de l’argent ! … Pour trois cents euros, tu te rends compte ! Ce n’est pas lui, ça, dis, Saïd ? Notre fils est incapable de ça ! On lui a appris le respect des autres et la droiture !
— Je ne sais pas… je ne sais plus … Ils disent qu’ils ont des preuves. Je n’y comprends rien ! Peut-être est-il influençable au point d’en arriver là … et nous on n’a rien vu ! On aurait dû déménager, changer de quartier, pour qu’il ne tombe pas sous le joug de quelqu’un de méchant… ou d’un fou ! Je n’y comprends rien, je t’assure. On était vigilants par rapport à la drogue, mais on n’aurait jamais pu imaginer ça : complicité de meurtre ! A quatorze ans !!! Qu’est-ce qu’on a raté ? Qu’est-ce qu’on a fait de mal ? »
Ces questions sans réponses laissent le couple prostré pendant de longues minutes, puis Saïd encourage sa femme à se lever. Ils ne pouvaient rester là plus longtemps, et aujourd’hui ne pouvaient rien faire pour leur fils. La mort dans l’âme, ils décident alors de se réfugier chez la sœur de Leïla dans la ville voisine, pour fuir tout ça , au moins pour quelques heures.
En cheminant lentement vers leur voiture, ils passent devant un kiosque à journaux et détournent leurs regards des gros titres où s’étalent leur malheur : «  UN PROF DECAPITE ! UN DE SES ÉLÈVES COMPLICE DU TUEUR! »
( texte librement inspiré d’un drame hélas réel)

De Lucette

Un couple d’amoureux est assis sur un banc public… Ils sont jeunes tous les deux, amoureux, pleins de promesses d’un bel avenir. Le bac en poche, chacun a fait son choix, Maya veut devenir infirmière, vocation qu’elle a depuis que son papa a subi une grave opération, et qu’elle pensait le perdre à jamais. Plus compliqué pour Théo, car lui veut découvrir le monde. Malgré tout l’amour qu’il a pour sa chérie, c’est impossible pour lui de refoule «l’appel du loin ». Maya a tout fait pour l’en dissuader, rien n’y a fait, sa décision est prise. Il a signé un engagement de 5 ans dans les sous-marins. Les permissions dans l’année, il devra les compter sur les doigts d’une main. Il peut partir pendant 6 mois, sans pouvoir donner de ses nouvelles, ou en recevoir de ceux qui vont trouver le temps long. Il leur reste un mois à se repaître de leur amour, de passer le plus de temps ensemble, de se remémorer tous les beaux souvenirs qu’ils ont déjà vécus. Leurs dernières vacances en Corse, elle toujours à se bronzer sur les plages cachées du grand public. Lui, toujours galant à préparer le pique-nique qu’ils dégusteront avec avidité, suivi d’une bonne sieste, qui se terminera par un bain, et retour dans leurs tentes. Ce soir-là, il y a l’élection de « Miss camping ». Maya s’est inscrite sans l’approbation de Théo.

C’est juste pour rire, lui dit-elle. Théo trouve stupide de s’afficher dans un deux pièces qui recouvre tout juste ce qui doit l’être. Au fond de lui, il y a un relent de jalousie, « Maya » est à lui, et n’aime pas que d’autres regards la déshabillent encore plus. Rien n’y fait, Maya va jusqu’au bout, et c’est une dispute entre eux. Aujourd’hui, sur ce banc, ils se rappellent ces trois ans d’amour avec des hauts et bas. Des incertitudes et des convictions. Du flou sur leurs sentiments et des évidences. Toutes leurs jeunes vies se déroulent tous les soirs. Ils rient, ils pleurent, ils s’émeuvent, ils se bouleversent, ils s’attristent, pour enfin se rassurer et se jurer fidélité… Il leur reste… que vais-je dire « encore trois soirs ou plus que trois soirs » ? Rendez-vous au même endroit à la même heure. Ils veulent profiter pleinement des quelques heures qui leurs restent, et pourtant la nostalgie les submerge. Ils passent du rire aux larmes, ils se rassurent. Théo la serre dans ses bras, la tête sur son épaule et doucement il lui susurre « La vie, c’est des étapes…La plus douce c’est l’amour… La plus dure c’est la séparation…La plus pénible c’est les adieux …La plus belle c’est les retrouvailles… Si on arrive à toutes les passer, tu peux être sûre que notre amour sera très fort… ».

Ils y croient du plus profond de leur être. Le dernier soir se termine, ils n’arrivent pas à se décrocher l’un de l’autre, et pourtant ils se reverront encore une heure, leur dernière heure demain après-midi. C’est sous un soleil écrasant, sous un ciel bleu aussi limpide que l’eau d’un ruisseau qu’ils vont échanger (pensent-ils) leurs derniers serments qui les lieront à tout jamais. Le jour « J » est arrivé. Elle, dans une jolie robe à fleurs qui lui va à ravir, l’accueille avec son plus beau sourire. Lui, en bermuda bien seyant et tee-shirt sans manches a un air grave, mais aussitôt enlacés, ils font fuir les moindres tourments, pour vivre leurs dernières minutes dans la complicité et la sérénité. Pour ne pas s’oublier, elle lui offre un flacon de son parfum « la vie est belle de chez Lancôme » et lui a pensé à une jolie lampe de poche de couleur rose (sa couleur de prédilection) pour qu’elle cherche son étoile dans la nuit. S’il voit un faisceau lumineux il saura que c’est elle qui pense à lui… L’heure est arrivée, il s’arrache de ses bras, et se sauve sans se retourner. C’est cruel, mais c’est leur décision à chacun pour ne pas lire le désespoir dans leurs yeux. Partir avec l’espoir, puisqu’ils se sont dit qu’ils se retrouveront à la prochaine permission sur ce banc, à la même heure… Maya pense « C’est à partir de combien de larmes que l’on arrête d’être triste » ? A son arrivée près de ses frères d’armée, Théo pense « déjà une journée de passée ». Et ses yeux scrutent le ciel pour y voir la petite lumière… scrutent le ciel pour y voir la petite lumière…

De Lise

Communément, je n’avais pas pour habitude de m’attendrir sur ces couples s’enlaçant sur les bancs publics. Soit c’était des ados qui se bécotaient en ricanant et en se prenant des photos ce qui me rappelait que ma jeunesse était un trépas, ou un couple de trentenaires enlacés parlant de leur avenir commun qui m’expédiait directement à mon statut de célibataire sans esquisse d’avenir. Et encore des vieillards, cannes à la main, regards attendris de la longue vie vécue ensemble qui me plongeait dans le divorce chaotique de mes parents …. Mais ce couple-là n’avait rien de commun.
Il émanait de leur corps étreints une aura tout à fait différente de ce que j’avais pu observer jusque-là.
Ces deux-là s’aimaient, mais à l’évidence, devait vivre un moment douloureux au vu de leurs regards éplorés et de l’intensité de leurs caresses.
Comment aurais-je pu savoir que leurs destinées se jouaient là devant mes yeux, que leur vie si douce allait plonger dans les abimes…..
Comment aurais-je pu savoir que Sarah, quelques heures auparavant, sortait de ce cabinet médical bouleversée et le ventre en miettes. Qu’elle avait attendu de si longues minutes avant de se décider à appeler Jonas pour lui dire la vérité.
Elle avait craint et espérer à la fois ce moment toute la semaine et en quelques phrases le spécialiste l’avait anéantie. Il fallait maintenant faire face et retrouver Jonas, sur leur banc dans ce jardin où leurs regards s’étaient croisés la première fois et où tout leur être et leur âme avaient été chamboulés à jamais. Encore un regard dans le miroir, il lui semblait que son visage avait déjà changé, ses yeux si rieurs étaient vides, elle se sentait épuisée. Ils avaient vaincu beaucoup de défis de la vie mais cette bataille ils ne la gagneraient pas.
Comment aurais-je pu savoir dans leurs ébats de tristesse que tous leurs projets s’arrêtaient à ce moment même. Leurs corps s’accrochant l’un à l’autre mêlant amour et abattement ne pouvaient pas se séparer. Dans leurs regards, je pouvais lire leur détresse.
Comment aurais-je pu savoir que Sarah ne pourrait plus jamais avoir d’enfant, qu’ils s’étaient imaginé de longues heures de tendresse et de caresses sur la peau douce de leur bébé. Qu’ils avaient la fringale de moucher des petits nez, d’emmener leur trésor à l’école, au parc, en vacances, faire des jeux pendant des heures. De chatouiller ces pieds minuscules posant les empreintes les plus profondes dans leur cœur …. Etre femme sans être mère voilà ce que le destin réservait à Sarah.
Ainsi, comment aurais-je pu savoir en les contemplant s’embrasser du regard que Sarah, parce qu’elle aimait Jonas d’un amour sans fin, que chaque minute à ses côtés semblait douce comme la caresse du soleil, que c’était lui qu’elle avait dans ses tripes et personne d’autre, oui, qu’elle l’aimait si fort qu’elle avait décidé de lui rendre sa liberté pour ne pas qu’il souffre.
Si j’avais su, en regardant ces deux-là, je leur aurais dit que jamais je n’avais vu si belles âmes. Que l’amour est la plus belle des émotions qui nous brûle au fond des tripes, qu’il n’est pas mesurable ni domptable mais qu’il est le cadeau le plus précieux de la vie. Je leur aurais dit que jamais une telle aura eut été un jour palpable, qu’il y a des êtres qui nous touchent si fort qu’il est impossible que la vie les sépare car même après leur mort, leurs âmes voyageront ensemble à jamais …. Comme ces deux-là ….. ce jour-là ….. Sur ce banc public….

De Patrick

ASSIS SUR UN BANC

Assis sur un banc un couple d’amoureux, semble-t-il, mais s’ils sont amoureux, pourquoi ne bécotent-ils pas comme dans la chanson de Brassens ? Cette scène a l’air si triste, alors essayons de comprendre et d’imaginer dans divers scénarios pourquoi ces amoureux ou pas, assis côte à côte dans une scène triste où simplement une douce mélancolie, un peu de nostalgie , ou de vague à l’âme, « Saudade » aurait dit Césaria Evora.
Scénario 1 : Ils sont amoureux, enfin pas encore, ils aimeraient bien mais leur timidité maladive respective les empêche d’aller trop vite dans leur rapprochement et de déclarer leur flamme amoureuse.
Cela fait plusieurs semaines qu’en passant dans ce square, leurs regards se sont croisés avec une petite étincelle prête à embraser un grand feu de joie.
Mais aucun mot, juste un regard furtivement appuyé et puis à chaque rencontre, toujours ce début de désir, mais ni elle ni lui ne dit le premier mot.
Mais la semaine dernière, elle s’est assise sur ce banc, alors lui timidement, s’est assis sur le banc d’en face pour la ressentir avec les yeux . Mais, malgré ce petit rapprochement, leur timidité est toujours plus forte que l’attirance d’aller vers l’autre.
Voilà que dans l’après-midi, s’armant d’un courage doublé d’une folle audace, déstabilisant un instant sa timidité, il vint s’asseoir à côté d’elle. Enfin, eux deux réunis sur le même banc mais plus rien, juste leurs deux solitudes côte à côte pourtant, leurs mains ont envie de se rencontrer, leurs yeux rêvent d’un bonheur audacieux, se blottir dans un échange de regard et de cette lumière ambitieuse naîtra un sourire qui ensemencera leur vie, sève ultime de leurs envies. Oui, mais voilà, miss timidité ne lâche pas prise, alors assis côte à côte, sans rien se dire, laissant la place à de la mélancolie, un brin de spleen et d’Idéal à la Baudelaire, ils mettront encore longtemps à faire parler l’émoi de leurs corps ; dommage.


Scénario 2. Nos deux amoureux sont tristes aujourd’hui ils sont assis côte à côte sur ce banc dans une triste mélancolie avec un brin de colère.  Nulle envie de se bécoter, simplement partager ce moment de tristesse et d’incompréhension. Comment ont-ils osé le faire, ça les privait de leurs souvenirs de leur premier rendez-vous, de leur premier baiser. Elle et lui ont bien essayé de protester, d’empêcher ce projet fou mais malgré leur grande motivation, rien n’y fit.
Demain, les bulldozers viendront démolir leur petit square au coin de la rue et à la place, une banque, comme s’il n’y en avait déjà pas assez ,mais des squares, plus aucun dans leur quartier .
Alors, aujourd’hui, assis sur leur banc, ils lui disent adieu comme à un vieux copain avec qui on a partagé tant de  morceaux de vies, de secrets, d’émotions , alors oui, ils sont tristement malheureux de subir cela et laissant place juste à des souvenirs dans leur mémoire.


Scénario 3 : deux personnes assises sur un banc une femme et un homme : sont-ils amoureux ? Rien ne le laisse supposer vu leur attitude et leurs regards remplis de tristesse, à part peut-être leurs mains qui semblent chercher à se rapprocher. Et puis, en les écoutant discuter à voix assez basse, on remarque qu’ils ont un accent différent. Tout en parlant français, elle a un petit accent anglais et lui un accent des pays de l’est, curieux non ? En fait, ils ne peuvent pas s’aimer au grand jour. Ce n’est pas à cause de leur nationalité différente, mais à cause de leur activité. Ils font partie des services de renseignements de leur pays et une fois les informations collectées, ils viennent se retrouver pour les échanger ici sur ce banc en France. Ce sont deux espions qui jouent double jeu. Leur rencontre sur ce banc est empreinte toujours d’une douce mélancolie.  Ils ne peuvent pas s’enlacer, se bécoter non, juste échanger discrètement leurs informations, traitrise envers leurs pays. Se retrouveront- ils dans une discrète chambre d’hôtel ? Chut ! C’est une autre histoire.


Scénario 4 : c’est à peu près la même histoire que la précédente mais avec des extraterrestres venant de planètes différentes et ne parlant pas la même langue. Assis sur banc terrestre, ils regardent avec nostalgie leur lointaine galaxie. Oui je sais c’est peu facile. « C’est peu court jeune homme », aurait dit Cyrano.


Scénario 5 : assis sur un banc, une jeune fille et un jeune homme paraissent d’une tristesse désespérée s’aimer pour la vie. C’était leur vœu le plus cher, mais voilà cela n’est vraiment pas possible avec ce qu’ils viennent d’apprendre comme si le ciel leur était tombé sur la tête.
C’est un sortilège, une catastrophe ancestrale, c’est le lourd passé de leurs aïeux qui les inonde pour noyer leur futur bonheur. Cette malédiction, ils la doivent à leurs familles respectives, qui se détestaient et ont fait payer le prix fort à leurs enfants.
C’est pour cela que Melle Paulette Capulet et Mr Julio Montaigu ne veulent pas subir cette malédiction venue de leurs ancêtres, alors ils préfèrent renoncer à leur amour naissant et se dire adieu tristement sur ce banc .


Scénario 6 :  lui assis sur un banc à côté d’elle il voudrait bien la bécoter mais elle ne veut pas.
Elle prétend qu’il raconte des histoires à dormir debout d’extraterrestres, d’espions sur un banc dans un square qui va être démoli et qu’ils se nomment Capulet et Montaigu .
Vraiment, dit-elle, il est temps de rentrer dans sa chambre et de prendre son traitement.
Mais lui, dans une grande tristitude ( merci Olaf) tente de l’embrasser, il aimerait tant que son infirmière soit son amoureuse quand ils se retrouvent sur ce banc pour la sortie journalière.
Comme il n’écoute pas, elle appelle de l’aide et lui crie dans un dernier espoir de tristitude absolu « Non pas la camisole » et puis plus rien, un banc vide jusqu’à demain.

De Laurence

Dimitri avait donné rendez-vous à Eva sur un banc, près du musée d’art moderne à Paris, où ils avaient l’habitude de se rendre pour passer un pur moment de bonheur à se bécoter et à se raconter leurs aventures de leur journée. A dix-huit heures pétantes, car il avait un rendez-vous après.

Naïvement, dans sa joie d’épouser ce beau garçon qu’elle idolâtrait depuis plusieurs années, elle croyait qu’il allait, ENFIN, déclarer sa flamme pour l’épouser dans l’année à venir.

Elle s’était faite belle, bien maquillée, attirante comme toujours. Ce devait être le grand jour. Epouser l’homme de sa vie, le rêve ! Enfin, cela se déroulait uniquement dans sa tête. Elle avait tout prévu en imagination, comme sur un album de photos. Tout était clair dans sa tête. Tout était prêt dans son esprit. Elle attendait le GRAND JOUR. Le jour où elle deviendrait Madame Romi. Eva Romi, ça sonnait bien, non ?

Ces deux noms composaient une douce musique à ses oreilles. Sa vie prenait le pas d’une valse tourbillonnante. Ils s’entendaient si bien tous les deux. Leur histoire était harmonieuse. A ses yeux.

Dimitri arriva, comme pressé, regardant sans cesse sa montre. Il n’embrassa pas sa dulcinée comme d’habitude. Juste un rapide bisou sur la joue, comme si Eva était sa sœur. Elle fut choquée de son comportement. De son accoutrement. De son visage sérieux et tendu. Visiblement, il n’était pas à ses côtés pour la demander en mariage. Elle en avait les larmes aux yeux. Elle avait compris. Sans aucun mot. Le mariage n’aurait pas lieu. Elle se faisait un film alors que son amoureux n’avait encore prononcé aucun mot.

« Ecoute-moi, ma douce, je dois t’avouer quelque chose de très important », dit Dimitri sur un ton plus que sérieux. « Je ne sais pas comment tu vas le prendre, mais personne ne sera au courant, sauf toi. C’est une preuve de la confiance et de l’amour que je porte en toi. Je t’aime, tu le sais, mais, tu dois savoir quelque chose que je cache depuis des années avant qu’on se marie ensemble. »

« Tu ne veux plus m’épouser, c’est ça. Tu es homo, et tu viens ici sur notre banc pour faire ton coming out ? » réagit Eva avec une voix haut perchée, sous l’effet d’un stress intense, parvenant à peine à respirer.

« C’est sûr, je vais faire mon coming out, mais ce n’est pas ce que tu crois. Je ne sais pas comment t’annoncer ça. Tu sais que j’ai toujours aimé essayer tes robes, comme ça pour m’amuser, pour voir si ça m’allait bien. Eh bien, comment te dire ? J’y ai pris goût au fil du temps. J’ai vraiment développé une sensibilité féminine. J’adore les frous frous, le maquillage, les belles robes, les souliers à talons hauts, enfin, bref, tout ce qui fait une femme, une Parisienne, quoi ! », tenta d’expliquer Dimitri, sans être trop convaincu lui-même.

« Mais, où veux-tu en venir chéri, je ne comprends rien de ce que tu me dis ! », lâcha Eva, exaspérée devant ce discours nébuleux.

« Tu sais ce que c’est une drag queen ? », parvint à articuler le jeune homme sur un ton si bas qu’Eva dut tendre l’oreille pour distinguer les paroles.

« Vaguement, pas trop en fait. Quel est le rapport avec toi ? », s’engagea-t-elle à dire sur un ton plus véhément.

« Une drag queen, c’est un homme qui chante, qui danse, qui imite dans un cabaret, vêtu de vêtements de femme. Attention, ce n’est pas un transsexuel, non, pas du tout. Pas forcément, en tout cas. C’est un genre de transformiste, du genre de Conchita Wurst qui a gagné le concours de l’Eurovision en 2014. », tenta d’expliquer Dimitri, n’osant toujours pas avouer sa propre réalité.

« Où veux-tu en venir, bon sang ! Tu vas cracher le morceau ou quoi, je n’en peux plus Dimitri de ton attitude ! », le supplia Eva, des larmes dans la voix, refusant de croire à ce qui allait venir.

« Eva, je suis une drag queen, une reine de la nuit. J’ai une double vie depuis que j’ai vingt ans. Personne ne le sait dans la famille. Je travaille la nuit dans un cabaret à Pigalle. Je ne suis pas vigile dans une entreprise à La Défense, comme je le t’ai fait croire depuis toutes ces années. Je t’ai menti. J’ai toujours eu honte de ma double vie. Je me doutais que tu aurais du mal à comprendre tout ça, mais je t’aime tu sais ! », répliqua Dimitri en tentant de se rapprocher de sa chérie pour l’enlacer.

« Quoi, tu vis une double vie, tu m’as menti pendant tout ce temps ! Comment veux-tu que je continue à t’aimer après tous tes mensonges ? Quand on s’est connus, rappelle-toi, on s’était jurés fidélité, sincérité et vérité. Tu as bafoué nos principes. Je suis contente, malgré ma colère, que tu m’aies dit tout ça avant le mariage. Car, il n’y aura pas de mariage », hurla-t-elle en pleine rue devant les passants effarés, déversant sa colère contre l’homme qui aurait dû partager sa vie.

Dimitri ne savait plus comment la calmer.

Il gagnait sa vie honnêtement en jouant le rôle de Dame Antonnetta. Il aurait tellement voulu qu’Eva le voit jouer sur scène, comment il était heureux de jouer la comédie, de chanter, de danser, de lui montrer le contrat qu’il venait de signer avec un producteur de télévision.

Ils allaient devenir riches, et tout ça s’était envolé en fumée en quelques minutes, en pleine rue, au milieu d’une foule indifférente, dans leur ville. Il en aurait donné sa main à couper qu’Eva, son Eva adorée aurait compris et accepté son envie de fanfreluche. Jamais il n’aurait pensé qu’elle l’aurait attaqué pour tromperie !

 Je vous attends pour vos textes concernant la proposition d’écriture N° 81 où il est question du fromage du Cantal…et de Chantal!

Je publierai vos histoires le samedi 28 novembre prochain.

D’ici là, portez-vous bien et surtout prenez soin de vous!


Créativement vôtre,

Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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