La proposition d’écriture N° 84 est la dernière de l’année 2020. 

Du fond du coeur, je vous remercie toutes et tous d’avoir contribué à faire vivre ce blog cette année par vos textes et par la lecture de mes articles. 

En vous proposant les articles et les propositions d’écriture, j’espère vous avoir fait oublier, un temps, toutes les sombres nouvelles que nous avons subies et subissons encore cette année. 

En tout cas, ce fut un plaisir et une fierté pour moi d’avoir contribué à faire vivre un peu l’écriture et les mots! 

Je vous souhaite sincèrement un JOYEUX NOEL. Profitez de vos proches et continuez à prendre soin de vous pour vous retrouver en pleine forme pour la prochaine proposition d’écriture le 7 janvier.  

Voici vos textes. Je vous souhaite une belle lecture.   

De Marie

C’est un beau jour d’octobre pendant ce covid qui nous pourrit la vie et nous rend si nerveux. Je programme une petite visite au musée d’art de ma ville. Je musarde tranquillement devant les collections. Tant de beautés n’en finissent pas de m’émerveiller lorsqu’un petit tableau de Gaston Chaissac m’interpelle. C’est le portrait d’un petit bonhomme coloré habillé de rouge et de bleu ; ses vêtements ne sont pas très élégants. On ne peut pas dire qu’il soit joli, mal coiffé et le cou engoncé dans les épaules mais il m’est tellement
sympathique.
Il me regarde avec insistance, s’étonne et croit me reconnaître. J’en suis troublée et je plonge mes yeux dans les siens, deux grands yeux bleus profonds tout ronds. Il me sourit comme s’il voulait entrer en communication avec moi. La grande salle est déserte, seuls les pas d’un visiteur résonnent sur le plancher et sous le regard du gardien qui redresse légèrement la casquette bleue de son uniforme, je m’assois sur un banc face à ce petit insolent. Il est si calme, si serein et tellement paisible. Soudain, comme dans un rêve, je l’entends me dire « mais nous nous connaissons, tu ne me reconnais pas ? ».
Je suis ton double” Comment ce petit bonhomme peut-il entrer dans le secret de mon âme ?
A partir de cet instant, je ne vois plus le temps passer et me voici partie à la rencontre de la dualité qui est en moi. Dans cette période troublée, comment n’ai-je pas pu rentrer à l’intérieur de moi-même. Voici que mes agissements me semblent bien éloignés de ce que je voudrai être. Est-ce que je dispose réellement de ce que je suis ? Une citation célèbre me revient à l’esprit” je ne comprends rien à ce que je fais, ce que je veux je ne le fais pas et ce que je fais, je le hais”.
Voici que mon double ose me remettre en présence de moi-même pour me rendre ma liberté perturbée par l’agitation et l’ambiance délétère qui règne actuellement. Avant de quitter le musée je lui fais une promesse. Je reviendrai te voir au musée, c’est promis, j’ai trop besoin de toi.
Merci mon petit double, pourvu que personne ne vienne te décrocher.

De Catherine

Mon alter ego
Je suis le yin
Tu es le yang
Tu es mon Autre
Mon alter ego
Quand je doute, tu me dis « fonce ».
Quand je dérape, tu me rattrapes.
Quand je suis triste, tu me rassures.
Quand je m’éclate, tu restes calme.
Quand j’explose, ta sagesse s’impose.
Quand je dis stop, tu t’interloques.
Quand j’espère trop, tu désespères .
Je suis le yin
Tu es le yang
Tu es mon Autre
Mon alter ego
Quand tu n’es pas là, je te cherche,
Si tu es là, tu m’exaspères.
Si tu ne dis rien, ça m’interpelle,
Quand tu t’en mêles, tu m’exaspères.
Quand je dis blanc, tu peux dire blanc,
Mais quand parfois tu préfères noir,
Une autre voie tu me fais voir.
Je suis le yin
Tu es le yang
Tu es mon Autre
Mon alter ego
À toutes les deux construisons Une
A nous deux faisons équilibre.
Ensemble d’accord ou pas d’accord,
Le jeu de l’harmonie jouons,
Pour cheminer le mieux possible,
Riche de ce qui nous anime.
Merci merci mon double je.
Je suis le yin
Tu es le yang
Tu es mon Autre
Mon alter ego

De Lucette

Face à mon double
Ça y est l’année 2020 se termine, bon vent, je ne te regretterai pas. Qu’en penses-tu ?
Moi, je pense que cette alerte arrive au bon moment, tout le monde exagère sur tout, la moralité fout le camp, la gentillesse fout le camp, le respect fout le camp, les étrangers nous envahissent, les voyous cassent les vitrines des commerçants depuis des mois, je te le dis tout fout le camp…
Bon d’accord, tout n’est pas faux dans ce que tu dis, mais je n’aime pas quand on tape sur tous les étrangers. Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier, certains s’intègrent très bien, et la misère tire les autres vers le bas. As-tu déjà habité dans une tour qui entasse des milliers de personnes ? Les cloisons sont si fines qu’on entend la moindre conversation.
Non ! J’ai eu la chance de toujours habiter en pavillon. Certes, notre voisinage est plus sélectif, j’ai aussi eu la chance sans doute d’être née au moment où les valeurs étaient encore inculquées dès l’enfance.
Tu sais, il ne faut pas toujours parler avec sa tête, il faut laisser notre cœur nous parler. Quand on l’entend, qu’on le comprend, qu’il nous fait réagir positivement, on peut se dire quelquefois que c’est beau la vie, comme dans la chanson…
Je ne suis pas d’accord. Les guerres, c’est beau ? Les attentats, c’est beau ? Les infirmes et les S.D.F, c’est beau ? Et la religion dans tout ça, que fait- elle ?
Laisse la religion en dehors de ça. Ne blâme pas, c’est vrai qu’au nom de la religion, il y a des fous qui tuent, de tous temps, même du temps de nos rois. Certains de nos rois étaient très pieux, et pourtant ils ont fait des atrocités en son nom. Des siècles sont passés, la civilisation a changé, et il y a toujours des tueries, des viols, des incendies, des ignominies qui sont impensables. Dans la religion, c’est la tolérance qui doit être mise en avant, et non le pouvoir en croyant que telle religion est mieux qu’une autre. Toute religion est « amour » en la suivant, « au nom de Dieu » on peut s’embellir ou se détruire. Comme dans tout, il faut trouver un juste équilibre pour soi et pour les autres.
Bon ça va avec ta bondieuserie, tu n’arriveras pas à m’entraîner là-dedans. J’ai mes convictions et je m’y tiens. Je pense toujours que chez nous, il y a trop d’étrangers, il n’y a plus de travail à cause d’eux, on n’est plus chez nous, on se sent étranger dans notre propre pays…
Stop ! Stop ! Stop ! J’arrête cette discussion qui glisse vers une incompréhension totale. Je veux passer le reste de ma vie dans la sérénité si c’est possible, alors je balaie tous les excès. Tu as trop de certitude dans tes convictions. Si tu savais comme je suis bien avec la tolérance, comme je suis bien avec ma liberté de penser, comme je suis bien à aider comme je le peux, et tout ça sans rien demander. Je t’aime, mais nous sommes trop dissemblables pour approfondir certains sujets…
Je n’ai pas dormi de la nuit, ma petite voix et moi, nous ne sommes pas toujours d’accord, mais je pense ce que je dis, et puisque je le dis, c’est donc ma vérité à moi…

De Laurence

Adieu jeunesse, adieu beauté, adieu plaisir, adieu gloire…
Adieu Dorian Gray et son portrait…Je suis devenu tel le personnage d’Oscar Wilde : je suis devenu jaloux de mon double ‘jeune’, évanoui à jamais. Parti en fumée. Envolé dans les brumes hivernales. Anéanti par le poids des années. Plié en deux par le dos voûté. Cassé par la vie.
Quand je me regarde dans le miroir, je me vois, moi, tel que j’étais, sans ride, les yeux pétillants et rieurs, la bouche pleine d’envie et avide de connaitre les expériences. Ma tête et mon corps ouverts à tout, aux plaisirs, aux femmes, aux rencontres, à la vie que je voulais croquer à pleines dents.
Ce double est dorénavant flou et s’évade par les limbes de ma mémoire. Pour sûr, je ne lui demanderais plus qui est le plus beau. Il ne pourrait me répondre. Il n’oserait pas me signifier, à travers mes rides profondes, que je suis un vieillard presque sénile. Que je ne sers plus à rien, malgré ma gloire passée.
Tout fuit. Tout s’enfuit. Vite. Si vite…

A quoi bon la gloire et la jeunesse si c’est pour finir dans cet état de décrépitude !
J’étais jaloux de mon double, parce que, lui, contrairement à moi, est resté beau, parfait, figé sur des photographies jaunies. Qui est ce beau jeune homme, plein d’allant et mordant la vie à pleines dents, insouciant et sans contrôle? Ce ne peut être moi. Comment cela le pourrait-il ?
J’ai voulu rester comme mon double. Lui ressembler. Eternellement.
A coups d’opérations esthétiques, de piqûres de Botox dans tous les pores de ma peau, de massages effrénés, de crèmes dispendieuses, j’ai fini par ressembler à mon double. Je suis devenu lui. Il a accepté. Avait-il le choix ? Lui ai-je laissé le choix ?
Comme de bien entendu, mon double n’a rien dit sur le moment ; il s’est tu. Tapi dans l’ombre. Il a attendu son moment ; il a attendu sa revanche. Il s’est vengé.
A l’heure de quitter ce monde fourbe, je suis plié en deux, souffrant le martyr de partout, chaque cellule de mon corps me rappelant tous mes excès passés et frivoles.
J’aurais dû laisser mon double tranquille. J’aurais dû le laisser vivre sa vie dans son coin. Je le croyais bienveillant. En réalité, il s’est révélé malveillant. Mauvais. J’ai reçu un coup de couteau dans le dos. Un matin, il m’a achevé : j’ai pleuré devant lui et j’ai capitulé. J’ai cédé.
Que pouvais-je faire d’autre ? J’ai cessé de me regarder. J’ai cessé de vouloir lui ressembler. J’ai cessé d’être lui. Il a gagné la partie. J’ai perdu le jeu.
Le jeu en valait-il la chandelle ? La partie était perdue d’avance.
Mais, comme j’ai aimé avoir le dessus sur mon double ! Je me suis cru fort. Invincible. J’ai cru que je serai toujours comme mon double. A tout jamais. J’ai brulé la chandelle par les deux bouts. Je désirais seulement rester toujours jeune. Je voulais garder ma beauté d’adolescent, comme Dorian Gray. Je voulais vieillir mon double à ma place. Pour cela, j’étais prêt à tout donner. Y compris donner mon âme.
La relation avec mon double s’est avérée être une tragédie à la grecque. Une tragédie dans laquelle j’ai pris une grande part. Une tragédie dans laquelle je me suis blessé. Une tragédie dans laquelle le héros s’est perdu. Mon double a changé au fil des ans. Il m’a transformé et je n’étais plus ce jeune homme innocent.
Pour échapper à ma jalousie, j’ai couru les endroits les plus infâmes de la capitale, à la recherche de plaisirs de plus en plus raffinés. Je me suis entouré d’objets rares et précieux, de pierreries, de parfums, de tableaux, me perdant des dans faux semblants. Je me suis, peu à peu, enlaidi, à cause des signes de l’âge et de ma vie de débauché, de plus en plus obsédé par mon double.
Tous les jours, mon double m’a renvoyé l’image d’un type vérifiant sa dégradation physique inéluctable, avec une certaine jouissance. J’ai commencé à parler à mon double, à l’invectiver, restant planté des heures durant devant mon reflet sans fin. Je l’ai rendu responsable ce qui m’arrivait, de qui j’étais devenu.
Un jour, fou de rage, j’ai saisi un couteau et j’ai tenté de tuer mon double. Trop submergé par les émotions. J’avais tué un ami. Mon seul ami. En agissant de la sorte, je pensais me délivrer du rappel constant des crimes de mon double.

Face au désastre s’étalant à terre, me voici désormais : un homme vieux et hideux, oublié de tous, enfermé au fin fond d’un horrible asile psychiatrique.


De Patrick

MOI ET MON DOUBLE

Il est des jours ou des nuits dans notre profond sommeil les vapeurs oniriques nous transportent vers des contrées lointaines, infinies vers des mondes inexplorés ou près de chez nous dans un décor dépouillé de nos habitudes, à des rencontres improbables fortuites heureuses ou malheureuses, nous plongeant dans un bonheur infini ou dans un immense désespoir reflétant aussi nos peurs les plus sombres.
Quelquefois, on plane sur des océans de quiétude ou des montagnes de douleurs ; ou alors nous marchons sur des routes interminables , puis au bout de cette route, un chemin agréable qui se termine dans un couloir avec des portes à l’infini alors , la curiosité onirique nous invite à ouvrir une de ces portes pour découvrir la surprise de notre rêve.
Pourquoi j’ai ouvert cette porte qui donnait dans une grande salle vide ou presque car, au milieu de cette pièce, un homme était assis sur une chaise et cet homme, c’était moi !
Moi, j’étais bien moi mais lui, c’était moi aussi, il était mon double , même corps ,même visage , même attitudes et expressions, c’était déroutant, inquiétant car ce n’était pas mon image dans un miroir où on lit à l’envers ; non, j’avais l’habitude mais me voir en chair et en os me sidérait presque d’effroi.
« Bonjour Patrick ,je t’attendais « me dit-il avec ma voix. Cela m’impressionna encore plus et me laissa pantois .
Reprenant mes esprits dans ce rêve cauchemardesque car rencontrer son double n’est pas une aventure banale ou le bien et le mal sont dans la même nasse. Je me lançais dans une attaque verbale à son encontre.
Eh bien moi, je ne t’attendais pas et par quel tour de passepasse ou maléfice es-tu la et surtout que viens-tu faire là au milieu de la nuit ? Tu viens me juger, me punir ou pire me bannir pour le parcours de ma vie ?
« Ah tout suite les grands mots, les suspicions et pourquoi pas un complot? », répondit-il.
« Non, je viens juste te rendre visite ,savoir si tu es content de nous ? ».
« De nous ! Pauvre fou prétentieux, c’est moi qui a mené ma vie comme j’ai pu, toi le double, tu n’étais qu’une ombre absente. »
« Justement », répliqua-il, « je suis là avec toi alors , qu’as-tu à raconter à ton double ? Tu peux avoir confiance, c’est entre toi et moi, entre moi et moi, entre toi et toi, libère-toi , libère-moi. »
Je lui rétorquais que moi je l’avais attendu depuis toujours, en vain, car durant toute cette vie, les choix n’on’ pas été toujours faciles, alors maintenant que mon chemin s’enfuit, que j’arrive au bout de la prairie et que mes souvenirs sont plus nombreux que mes espoirs d’avenir, alors certes, c’était pour moi l’heure du bilan, mais que je pouvais le faire seul.
« Oui », avoua –il, « j’étais là et pas loin, tu n’as pas su toujours me trouver ou ne voulais-tu pas me chercher. Maintenant, dis-moi que penserait le petit garçon du haut de ses six ans de l’homme que l’on est devenu ? A-t-il répondu à ses espoirs ou est-il sans gloire ? Peut-il croire en nous, à toi à moi ?.
« Finalement, je suis content que tu sois là avec moi », lui déclarais-je, « ma vie, notre vie a été positive et agréable dans son ensemble. Maintenant, je sais que ma conscience peut dormir paisible avec toi elle a double dose de tranquillité. »
« Bien, allez, sans rancune, je viendrai te parler plus souvent, mais… » ajouta-t-il, « tu as beaucoup procrastiné et surtout dans l’écriture. »
Ah le faux frère , le faux double, comment osait-il me reprocher cela ?
« Oui, tu as raison », lui rétorquais-je, « mais, je ne suis pas Rimbaud ni Baudelaire, encore moins Hugo, ce n’est pas toujours facile de trouver les bons mots ,les bonnes phrases, les idées l’inspiration, alors oui, je procrastine pensant que demain sera meilleur qu’aujourd’hui. »
« Tu n’as pas besoin d’être un grand écrivain, écris pour toi , pour moi , pour nous, avec tes mots, tes phrases, tes idées, fais-toi plaisir, fais-moi confiance, fait nous écrire. »
Soudain la salle devint noire et la porte se ferma ; j’étais perdu dans les limbes et puis plus rien.
Le lendemain matin, à la première heure, je me levai, me dirigeai vers mon bureau et là j’ai écrit ce texte à toi mon double, pour moi.


Profitez bien du temps des fêtes qui approche.
Portez-vous bien et prenez soin de vous surtout! Avec tout mon coeur mes chères lectrices et mes chers lecteurs,    

Créativement vôtre, 

Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE 
 

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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