Pour cette proposition d’écriture N° 83, les amateurs d’écriture ont eu peur d’Einstein, sans doute! 

Il est fort intéressant, je trouve, de se frotter à des expériences d’écriture qui sortent de l’ordinaire! 

C’est une des manières qui font progresser les passionnés d’écriture!

La période n’est certes pas propice à se creuser les méninges. Les vacances et la trêve de Noël seront bientôt là pour vous soulager!

Voici vos textes. Je vous en souhaite une belle lecture.


Haïku de Catherine

Jour de grand vent.

Ma plume ébouriffée
A perdu le nord.

Poème de Marie-Françoise

Noël à la Réunion
Noël sous les Flamboyants
Noël à la Réunion
Du partage, de l’amour

De Lucette

Einstein réincarné…
La proposition est belle pour ce prix Nobel
La relativité, je n’arrive pas à capter
Bac, histoire, géo, langues, partout il a échoué
« Tu ne feras jamais rien de ta vie ».
Ses professeurs l’avaient averti
Chimères que ces jugements
Il va étaler ses rudiments
Croire en soi avant d’écouter les autres.
Pendant que lui travaille, les autres se vautrent.
Cabotin, plaisantin sans doute
On ne choisit pas toujours sa route.
Qui aurait prédit sa vie
Ses recherches, son savoir, sont assouvis
Les journalistes le haranguent
Exaspéré, il leur tire la langue.
Ses facéties n’étaient pas celles d’un plaisantin
Des fioles, des microscopes, l’ont consacré laborantin
Conclusion : Méfions-nous, car l’air ne fait toujours la chanson..

De Catherine

La déprime du génie

Et voilà, ça recommence ! Depuis qu’on m’a accroché pour trois mois dans le musée à Liège, j’entends tous les jours la même chose :
« C’est qui, lui, maman?
– Lui, c’est Einstein, peint par Andy Warhol !
– Ben non, c’est pas Einstein, tu te trompes ! Il tire pas la langue ! »
C’est tous les jours le même refrain. Ça me déprime à un point ! Si c’est tout ce que les gens ont retenu de moi, c’est pathétique ! Je me résume à une langue tirée, devenue symbole du savant fou ! Aux yeux du monde, je n’étais donc qu’un fou. Pourtant, j’en ai fait des découvertes ! Que serait le monde d’aujourd’hui sans mes recherches ?
Attention, ne bougeons plus : il y a un couple qui s’approche ! Elle, lèvres pulpeuses et look très classe, gâché par un intempestif mâchouillage de chewing-gum, suit Lui, sans aucun doute plus intéressé qu’Elle par l’exposition.
Elle : « C’est qui, lui, chéri ? »
Lui : « Mais c’est Einstein ! Le grand physicien, spécialiste de la physique mécanique ! »
Elle, mâchouillant de plus belle : « Connais pas ! »
Lui, incrédule : « Mais enfin, chérie, E=mc2, c’est lui ! ».
Et ça se termine sur le vide sidéral de l’incompréhension de Elle qui n’a jamais entendu parler de moi, car à l’école, elle avait dû penser que son prof était enrhumé et éternuait à chaque fois qu’il prononçait mon nom !
Pourtant, nom d’un chien, j’en ai eu des récompenses, et j’ai bossé comme un dingue ! Tiens, ce que Elle tient dans les mains, ce petit rectangle à clavier qu’elle regarde tout le temps au lieu de s’intéresser à la Culture, il y a beaucoup de moi, là-dedans : ce sont mes recherches qui ont permis sa fabrication ! Et le laser qui lui fait une peau de poupée Barbie, encore moi ! Qu’est-ce qu’on dit ? Merci Albert ! Et le GPS ? Et les lecteurs de CD que les gens s’arrachaient il y a une quinzaine d’années ? C’est encore bibi, tout ça ! Je pourrais citer des dizaines et des dizaines d’inventions dues directement ou indirectement à mon génie ! Oui, Madame, je dis bien « génie », parce qu’il faut avoir du génie, et un peu de folie, je vous l’accorde, pour oser imaginer la déformation de la lumière par la loi de la gravitation !
Ah, c’est sûre que Elle, la Barbie au chewing-gum, ne comprendrait pas tous les mots que je viens d’énoncer, alors, pour ce qui est de comprendre mes calculs, la vitesse de la lumière dans son cerveau hermétique aurait du mal à suivre la courbe liée à la gravitation de son niveau de réflexion !
Oh oh, je m’emporte, je m’emporte ! Calme-toi, Albert ! Respire un bon coup ! Tout cela n’a pas d’importance : tu sais bien que tu as fait des découvertes majeures pour l’humanité. Tu as rendu un énorme service à la science, c’est là ta plus grande valeur. Alors, que l’on te reconnaisse à ta langue, ou à ta formule magique, plus qu’à ton travail de fourmi transcris en hiéroglyphes de craie blanche sur un tableau noir, peu importe, car de toute façon, ton nom restera dans la postérité quoi qu’il arrive. Allez, souris à ta vie de vedette réincarnée par le talent de Andy, qui n’a tout de même pas peint n’importe qui ! Laisse-les dire, et sois fier de toi, à jamais !

De Nicole

Confusion

Mes parents Hermann et Pauline Einstein m’ont appelé Albert.
Eh oui, je suis Albert Einstein, second du nom.
Quelle poisse !
Je suis moqué, vilipendé.
Mes professeurs m’espéraient bon en sciences. Je suis un cancre.
Cheveux ondulés mi-longs, moustachu, je lui ressemble au numéro un,
comme une réincarnation, copie à l’encre pâlie.
Moi, je suis bon en foot. Très bon même.
Mon coach m’a fait engager à l’International.
Je gagne une fortune.
Lors des matchs, mes supporters crient en coeur que je suis
“l’Einstein du foot”…

De Laurence

« Je refuse d’être réincarné, vous comprenez Dieu. Je ne veux pas retourner sur cette Terre, je ne veux plus jamais revoir d‘humains. Je préfère en finir une bonne fois pour toutes et redevenir poussière », supplia Einstein.
« Mais, pourquoi donc un tel ressentiment envers eux ? » demanda posément Dieu.
« Avez-vous vu ce qu’ils ont fait avec mes travaux de recherches ? J’ai commencé en Allemagne, avant la Première Guerre Mondiale, à faire des travaux sur la physique nucléaire. Vous avez vu ce qu’ils en ont fait ? Des bombes pour détruire des centaines de milliers de gens en 1945 ! Comment voulez-vous que je retourne là-bas, serein et réincarné dans un-je-ne-sais-quoi ? », se lamenta le génial physicien.
« Je comprends », dit Dieu. « Vous ne voulez pas une autre chance d’expérimenter autre chose, de surpasser votre ressentiment ? ».
Dieu était doux avec Einstein. Ce n’était pas tous les jours qu’il parlait à un homme à l’esprit aussi génial. D’habitude, tous les morts se hâtaient de lui demander pour être réincarné, avec mille courbettes et paroles mielleuses. Pas lui ! Ils ne voulaient jamais mourir, mais LUI, voulait disparaître. S’il avait pu, il aurait aussi rayé son nom de tous les dictionnaires pour être anéanti à tout jamais et n’avoir jamais existé.
LUI ne voulait même plus aider les humains ; ils l’avaient trop déçu. Il avait travaillé sur la relativité, la conception humaine du temps, sur la physique quantique, sur l’espace et l’univers. Il avait enseigné, voyagé dans le monde entier, entrepris de longues recherches, sans dévier un seul instant de ses convictions.
Mais, là, c’en était trop pour lui. Trois ans après son décès, il savait que Dieu personnellement lui demanderait en quoi il aurait voulu être réincarné. Einstein savait qu’il y avait encore tellement de choses à découvrir dans les lois de la Nature. Il y avait consacré sa vie à leur découverte. Il n’allait pas remettre ça ou alors il était maudit !
« Qu’ils se débrouillent sans moi. Au moment de ma mort, je travaillais sur des recherches visant à unifier toutes les forces de l’univers dans une seule théorie. Ils en ont fait quoi ? RIEN ! Tous des ignares, des incapables. Je ne peux plus les encadrer ! Dieu, vous savez ce que certains Allemands ont fait aux Juifs en Allemagne et en Europe ? J’ai dû fuir ce pays à cause de ça, pour sauver ma peau et finir mes travaux aux Etats-Unis. Quelle honte ! » geignit le savant à la célèbre grimace.
Albert Einstein se tut quelques minutes, afin de reprendre ses esprits.
« Moi, j’étais humaniste, j’aimais les humains, j’aimais leur rendre service. Mais, après ce qu’ils ont fait, je ne veux plus rien avoir à faire avec eux. Ils m’ont blessé, humilié, anéanti mon peuple. J’ai renoncé à la citoyenneté allemande quand ce nimbo fol-dingue est arrivé au pouvoir à Berlin en 1933. Vous savez, je peux vous le dire en face à face. Dans ma vie, j’ai eu plus de mal à percer les mystères du comportement humain que ceux de l’Univers », conclut Albert.
« Vous permettez que je vous appelle Albert, n’est-ce-pas. Je ne peux rien contre la folie des Hommes. Je ne peux que les aider spirituellement ; et encore, s’ils acceptent mon concept. Je n’ai pas le pouvoir d’arrêter leurs tueries, leur haine. Ils ne se supportent pas entre eux et ne pensent qu’au pouvoir et qu’à l’argent. Cette race est ainsi faite. Ils aiment se détruire entre eux. C’est pitoyable, je le conçois aisément, surtout pour un physicien de votre renommée. Je n’irai pas contre votre volonté et je ne souhaite pas non plus que votre âme erre dans l’Univers sans trouver sa place. Vous avez le droit au repos éternel. Je le conçois : vous avez tant donné aux autres. Mais, de grâce, laissez les humains continuer à vous vénérer. Ils ont besoin de ces demi-dieux comme vous pour trouver la force de survivre dans leur monde impitoyable. »


Je vous souhaite une belle semaine.

 Portez-vous et surtout, prenez soin de vous.

Créativement vôtre,


Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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