Pour la proposition d’écriture N° 90, Thérèse en voit de toutes les couleurs, pas toujours joyeuses à vrai dire!

Heureusement qu’elle braise les endives pour passer le temps!

Il est toujours curieux et hyper intéressant de constater, que chacune et chacun dans notre coin à partir de la même proposition d’écriture, nous écrivons parfois autour de la même idée!

Ca me fascine toujours!

Voici vos textes de la semaine. je vous en souhaite une belle lecture.


De Bernard

Ce soir y’a un dîner, on reçoit des invités,
Enfin c’est des copains, plutôt des habitués,
Et c’est pas un casse-croûte, on part faire le marché
D’abord prendre des légumes, et puis trouver l’entrée,
Mais moi je trouve que dalle. Ha !! y’a le charcutier.
On va prendre du jambon et une tranche de pâté,
Nous voilà en cuisine, je sens que ça va chauffer.
Les endives au jambon sont toujours appréciées.
Thérèse braise les endives, il les faut bien braisées,
Une béchamel exquise, il faut pas la rater.
Et puis on met la table pour tout bien présenter,
Enfin pour être sûr, je vais goûter l’pâté.
Mais Thérèse m’a vu « tu ne penses qu’à bouffer ! ».

De Martine G

Un pique-nique improvisé,
C’était une journée ensoleillée et nous avions décidé avec les enfants de faire un pique-nique. Cela faisait longtemps que nous n’avions rien fait ensemble et là c’était l’occasion. Nous décidâmes de préparer un casse-croûte comme nous les aimions, avec des salades, de la charcuterie et aussi un bon gâteau. Je me mis donc à la recherche de toutes ces victuailles dans le réfrigérateur et là horreur, il n’y avait que dalle! Pas la moindre tranche de jambon, pas le moindre œuf à faire cuire. Il restait un peu de salade défraichie et deux sardines. Qu’allions nous faire?
Mon mari, tranquillement, me suggéra d’appeler la voisine Thérèse, chez qui il était sûr, nous trouverions tout ce dont nous avions besoin. Thérèse est effectivement toujours prête à rendre service et il faut dire qu’elle a toujours son cellier plein de nourriture. Donc, je téléphone à la voisine et c’est son époux qui me répond. Je lui expose la situation. « Thérèse braise les endives », me dit-il enjoué, pour le repas de midi et que si nous voulions, nous serions les bienvenus pour les déguster.
Je dois dire qu’un instant l’idée d’accepter m’a traversée l’esprit car j’adore les endives et Thérèse est une très bonne cuisinière mais aux regards inquiets de mes enfants, j’ai décliné l’invitation.
Nous prîmes la route et achèterions sur place de quoi manger.
L’essentiel n’était-il pas de passer un bon moment en famille ?
De Viviane

Quand mon père rentrait du travail, il se faisait un gros casse-croûte et un grand bol de lait de ses vaches. La nourriture a toujours eu beaucoup d’importance chez nous, sauf pour moi qui n’aime pas trop manger, mais quand Thérèse braise les endives, alors là je me régale vraiment, c’est succulent les endives braisées, mais mon père et mon frère n’en sont guère friands. Ils sont friands de nourriture plus grasse sans trop de légumes ni de fruits.
‘ Tu ne penses qu’à bouffer’. C’est quelque chose que je dis souvent à mon frère qui raffole de chocolat, de bonbons et de sodas bien sucrés. Cette façon de se nourrir me fait peur pour lui d’ailleurs bien qu’il soit un garçon grand et fort.
Me nourrir comme lui et mon père, eh bien que dalle ! Jamais.
Je préfère de loin manger des fruits et des légumes, peu de viande contrairement à eux, par contre le poisson et les fruits de mer ainsi que les œufs me semblent bien meilleurs autant pour la santé qu’au goût à mon humble avis.
J’essaie donc de les inciter à manger plus sainement et parfois ça fonctionne.
D’ailleurs à l’image de ses endives braisées, Thérèse est entièrement d’accord avec moi.

De Catherine

Grosse rébellion

– « Allo, Monique ? Bonsoir, c’est Thérèse !
– …
– Alors, comment s’est passé ton week-end ?
– …
– Quelle chance tu as de pouvoir t’évader comme ça ! Ce n’est pas à moi que ça arriverait !
– …
– Non, mais toi, au moins, ta vie est passionnante, pleine de surprises ! La mienne est d’un ennui mortel !
– …
– Non, je te jure que je n’exagère pas. Tu te souviens des livres qu’on lisait quand on était gamines ?
– …
– Oui, les « Martine » : Martine à la ferme, Martine fait un gâteau, … On aimait ça à l’époque, mais tu dois bien reconnaître qu’il ne se passait jamais rien d’extraordinaire dans les histoires ! Et bien, tu as juste à changer le prénom et tu auras une nouvelle collection : Thérèse fait la lessive, Thérèse fait le ménage, Thérèse prépare le repas, Thérèse braise les endives, Thérèse fait les courses…
– …
– Tu peux rire, mais moi, j’en ai vraiment marre de cette vie de bonniche ! Tu crois que Raymond aurait l’idée de m’emmener au restaurant pour me faire plaisir de temps en temps? Que dalle !!! Il serait bien trop loin de son fauteuil !
– …
– Non, je n’exagère pas, je t’assure ! Tiens, tu vois, en ce moment, il est en train de tourner en rond dans la cuisine, parce qu’il a peur de ne pas manger à l’heure. Il n’apprécie pas que je téléphone au moment du repas. Mais tu sais quoi ? Je l’ai fait exprès !
– …
– Mais prends ma place, ne serait-ce qu’en journée et tu comprendras ! Tu ne peux pas savoir comme je regrette d’être une femme au foyer ! J’aurais dû passer mon permis et trouver un travail au lieu de jouer à la femme parfaite et soumise, bonne à élever les gosses et à tout gérer ici !
– …
– Oui, c’est mon jour de rébellion ! … Tiens, je te l’avais dit : Raymond me montre la pendule et me fait signe de raccrocher ! Il peut toujours attendre ! S’il a faim, il n’a qu’à se faire un casse-croûte !
– …
– Oui, il travaille … Et moi, je ne fais rien ? La semaine je dois être aux petits soins, et le week-end, les enfants débarquent avec leur linge sale. Alors, tu comprends, quand je sais que mes amies s’éclatent le week-end, je l’ai mauvaise !
– …
– Non, je ne suis pas jalouse. Je trouve juste que je mériterais moi aussi d’avoir du bon temps, même avec Raymond… Voilà, quand on parle du loup …! Attends deux minutes … Quoi, qu’est-ce que tu veux Raymond ?… Mais, ma parole, tu ne penses qu’à bouffer !!! Tu peux bien attendre cinq minutes, non ?… Allô, Monique, oui, bon ben, je te rappelle demain, parce que Môssieur a faim et va bientôt tomber d’inanition ! Je retourne dans ma cuisine, puisque tel est mon destin ! À demain. Je t’embrasse ! ».

De Marina

Monsieur Casse-Croûte partait tous les jours avec son baluchon sur l’épaule. Un torchon à carreaux rouges et blancs accroché par un énorme nœud à une longue tige de bambou était son compagnon de tous les jours.
Monsieur Casse-Croûte, surnommé ainsi par ses soi-disant amis, ne se déplaçait jamais sans un casse-croûte dans son baluchon. Ces mêmes amis lui disaient : « Tu penses qu’à bouffer ! Tu as quelque chose pour nous ? »
« Que dalle ! » répondait Monsieur Casse-Croûte sans s’émouvoir.
Sa voisine, Thérèse, le regardait passer à travers ses rideaux tous les matins. Comme sa vue n’était plus aussi bonne qu’avant, elle ne pouvait s’empêcher de bouger le voilage pour mieux voir.
Monsieur Casse-Croûte, pas dupe, chantonnait en passant « Thérèse braise les endives ! Thérèse braise les endives ! ». Mais pourquoi donc ?
Thérèse adorait les endives et les cuisinait toujours fenêtre ouverte. L’odeur envahissait la rue pendant des heures. Odeur que détestait Monsieur Casse-Croûte.
Mais ni les quolibets, ni les odeurs n’arrêtaient Monsieur Casse-Croûte avec son baluchon, en route vers un lieu connu de lui seul.

De Lucette

Il y a plus de 50 ans dans une ferme isolée du haut Poitou, vivaient Thérèse et Charles, dit Charlot pour les intimes.
S’étaient-ils mariés par amour ? Ceux-là (d’après les on-dit) s’étaient unis car la Thérèse aurait « fauté » avec un galvaudeux qui allait de ferme en ferme pour la moisson et par la même occasion troussait celles qui minaudaient autour de lui. Lui, « le vagabond » était bel homme, costaud, buriné, les tempes grisonnantes, il était vraiment du plus bel effet.
Thérèse qui avait alors à peine 20 ans, n’avait jamais quitté la ferme familiale, et le moins que l’on puisse dire c’était son manque d’élégance. Avec son père vieux ronchon, vieux rustre campagnard, qui avait toujours travaillé dur pour nourrir sa famille, ne perdait pas son temps, et surtout le temps c’était de l’argent…
Thérèse était plutôt jolie avec ses traits fins, mais sa grosse natte enroulée sur la nuque n’était pas du plus bel effet, en plus ses habits étaient d’une autre époque. Elle était la proie toute désignée de ce genre d’énergumène, une « rosière » était bien vue dans sa liste de femmes tombées dans son piège…
Thérèse était l’aînée d’une fratrie de cinq enfants, et pour ajouter encore de la misère, sa mère était décédée à son dernier accouchement. Elle était toute désignée pour la remplacer dans toutes les corvées journalières. Lessive à la main pour tous, traire les vaches, s’occuper des cochons, et torcher les plus jeunes. Pas question pour son tyran de père de manger « un casse-croûte », que nenni, il lui fallait des plats rustiques certes, mais bien préparés. Quand tout le monde était autour de la table et qu’elle s’y installait, le père la rabrouait, ressassant sans cesse sa mauvaise humeur contre elle, personne ne voudra te marier, t’es trop souillon… Elle cachait ses larmes, mais une idée trottait dans sa tête « un jour elle s’enfuirait».
Thérèse était toujours active à courir dans tous les sens, elle n’en pouvait plus de servir de bonniche. La moisson serait là bientôt, elle ne s’attendait vraiment pas à ce qui lui arriverait…
Quelle animation pendant une dizaine de jours, ça riait, ça gueulait, ça chantait quand la piquette faisait son effet, bref, tout était joyeux…
Les saltimbanques repartis, la vie reprenait son train-train, sauf que Thérèse était mal. Les nausées, le ventre qui s’arrondissait, elle mangeait encore plus. Son père n’avait rien deviné de son état en s’adressant à elle, il lui criait « T’sa pas encore fini, tu ne penses qu’à bouffer »,« que dalle » le restant c’est pour moi ».
Toute penaude, elle se sauvait à l’abri des regards pour pleurer. A qui pouvait-elle parler, se confier, personne, alors elle prenait la vie comme elle venait.
A sept mois de grossesse, l’hiver était là, « Thérèse braisait les endives ». Son père avait horreur des endives, elle se vengeait de lui. Une fois à table, une scène s’en était suivie, le père avait cassé tout ce qui se trouvait sur la table, l’a empoignée pour la taper, et là il s’était rendu compte de la grosseur de son ventre. Il l’a traînée par les cheveux pour lui faire avouer qui était le salop qui l’avait engrossée. Thérèse ne voulait rien lui dire, alors il l’avait pris une grave décision devant le déshonneur qui l’attendait. Il l’avait marié à un cultivateur vieux garçon de 13 ans son aîné.
Terrée dans une maison crasseuse, avec un mari, certes non-violent, mais qui n’inspirait vraiment pas l’amour avec ses dents noires et sa casquette enfoncée jusqu’aux oreilles, elle attendait fébrilement son bébé.
Le petit Valentin arriva, Thérèse lui voua un amour sans pareil jusqu’à la fin de sa vie. Elle fut très dévouée à son mari qui a évité que son fils ne soit un bâtard. Mais l’humeur était morose, elle acceptait son sort sans se plaindre, ainsi coulait la vie à cette époque…
Combien de Thérèse ont vécu le déshonneur des parents, qui étaient prêts à tout sacrifier pour que leur honneur à eux soit sauf. Leur honneur n’était que mensonge, il fallait paraître, faire en sorte que tout paraisse lisse aux yeux des commérages…

De Véronique Q

Maurice pousse la porte en hurlant :
– Qu’est-ce qu’on becquette ? J’ai la dalle.
– He, Maurice, tu vois pas qu’Thérèse braise les endives ?
– Dis, Mossieur a du vocabulaire ! Braiser les endives ! Ça grille, tu veux dire ! Et pis j’aime pas les endives. Elle le sait bien, Thérèse. Depuis l’temps qu’on est mariés.
Gérard, le frère de Thérèse, essaye de gérer la situation.
– He Momo, si cela ne te plaît pas, cherche toi-même queque chose d’autre à bouffer.
– Que dalle, y a que dalle ! J’ai remué tous les placards, rien à becqueter qui m’plairait. Rien. Nada. J’ai faim !
Gérard s’éloigne en marmonnant : « Tu penses qu’à bouffer ! Elle en a d’la patience, la Thérèse. »
– Coupez ! C’est bon, on garde.
Jean-Eude quitte la scène, inquiet, il interpelle le metteur en scène :
– Ce personnage de Gérard ne me semble pas représenter la classe ouvrière. Il se comporte, comment dire, de façon familière voire vulgaire avec son épouse, cette femme bienveillante qui cuisine pour lui un plat équilibré. On est bien loin du « casse-croûte » bourratif qu’il consomme quotidiennement sur les chantiers ! Gérard ne perçoit même pas cette attention délicate.
Il ajoute pour lui-même :
– Il m’est si difficile de me couler dans ce moule ouvrier, tellement loin des rôles qui me vont si bien. Je surjoue, je le sens.
– Allez, tous en place pour la scène 2. Action !

De Marie

Il neige, il gèle. Tout là-haut dans le nord, il fait moins dix degrés, tout le monde grelotte. Seulement quelques enfants se livrent à des batailles de boules de neige endiablées mais chacun ne rêve que d’une chose, se mettre au chaud près d’un bon feu de cheminée, se renfermer.
Thérèse est une vieille fille renfrognée, le cou rentré dans les épaules et le regard noir. Elle habite là, au coin de la rue des Terrils depuis son enfance difficile dans une famille de mineurs. Elle ne parle à personne, elle a mauvais caractère. Pour tout dire, son esprit est un peu rétréci. Voilà cinquante ans qu’elle vit seule, isolée dans sa vieille maison de briques rouges, identique à toutes celles de cette rue étroite qui n’en finit pas. C’est d’une tristesse infinie avec ce ciel si bas. Elle a pour seul compagnon un chien famélique peu avenant. Elle le pousse sans ménagement lorsqu’il est sur son passage et n’hésite pas à lui donner quelques coups, elle crie toujours après lui et ses voisins l’entendent toujours lui dire ‘tu penses qu’à bouffer, tu auras que dalle”. Pourtant en ce jour de froidure, elle semble avoir un peu d’humanité. Elle lui prépare un casse-croute avec un reste de viande peu appétissant et le lui jette dans sa gamelle sur le pas de sa porte, à raz du trottoir.
L’instant qui suit s’avère bien triste. De casse-croûte, le malheureux chien n’en verra pas la couleur. Un pauvre hère frigorifié, s’empare de la maigre pitance de ses mains rouges et raidies par le froid et en fait son déjeuner. Il s ‘enfuit sans attendre son reste sous le regard médusé de Thérèse. Dépité, le chien affamé, la queue basse n’a d’autre solution que de rentrer, sans même avoir la force d’aboyer.
A ce moment précis, allez savoir ce qui ce passe dans la tête de notre personnage misanthrope. Sous son caractère acariâtre, un cœur était toujours là, qui l’aurait cru ? A dire vrai, elle le connait bien ce sans abri, lorsqu’elle passe en fin de marché pour chercher quelques chicons, elle le regarde sans le voir. Elle n’est pas très douée en cuisine mais aujourd’hui, Thérèse braise des endives et demain elle lui en portera une petite part bien chaude s’il est toujours sous le porche.
Voilà une histoire triste qui se termine bien, peut-être s’est-elle fait un nouvel ami et ne dit-on pas ”les gens du Nord ont dans le cœur tout le soleil qu’ils n’ont pas ailleurs”!

De Maïla

Le food truck de Madame Thérèse
C’était une de ces fins d’ après-midi d’automne où la grisaille s’installe et s’apprête à envelopper la bourgade toute entière. Sur la place centrale, bien implanté en face du lycée et sur le chemin de la gare routière, trônait un ” food truck ” comme on dit maintenant. Pour nous autres riverains, c’était la baraque à frites de Madame Thérèse.
Dans son petit espace, organisé au centimètre carré près, elle proposait du coca et autres sodas, des casses croûtes à toute heure et des frites, au blanc de bœuf bien sûr, par respect pour ses origines.
Sa taille et le volume de sa crinière rousse lui avait valu le doux sobriquet d’ Yvette Horner de la frite. Rapide et précise dans ses gestes, elle jouait sa partition de jambon beurre avec frite ketchup, comme d’autres font virevolter les jupes au bal musette.
Depuis des années, elle était au rendes vous ; levant son rideau dès neuf heures et fermant boutique après le passage des derniers lycéens qui flânaient là en attendant leur bus.
La place s’animait au rythme des sonneries de l’éducation nationale, tantôt égaillée par le piaillement des adolescents, tantôt somnolente. A cette saison, elle semblait souvent comme engourdie, bordée par de grands arbres décharnés qui semblait veiller sur les lieux comme autant de fantômes scotchés à l’histoire de la région.
Madame Thérèse, notre Yvette, n’avait pas la gouaille arrogante d’un marchand de foire, mais elle savait y faire avec sa clientèle. Elle aimait la compagnie de ces jeunes et ne manquait pas une occasion d’un bon mot. Un peu en secret, elle s’était prise d’affection pour Tim, un de ces ados savant mélange des Tenardiers et d’ Eddy Bellegueule parachuté au 21° siècle. Le matin, lorsqu’il passait devant la baraque à frite, Tim saluait nonchalamment, il déambulait semblant traîner avec lui sa couette lestée de plomb. Le soir il prenait un des derniers bus de ramassage scolaire. Avec un acolyte, ils squattaient régulièrement et initiaient Madame Thérèse aux subtilités de l’argot.
Le soir venu, dans sa cuisine, Thérèse s’amusait à servir à son époux quelques formules du jour. Rentrant de l’usine, lorsqu’ Edouard demandait le menu, elle ne répondait pas qu’elle s’apprêtait à braiser les endives, mais elle lui rétorquait : ” tu penses qu’à bouffer” ! Edouard guettait l’œil rieur sous la crinière rousse et lorsque son épouse lui demandait ce qu’il avait fait de sa journée de travail, il répondait : “que dalle ” sur un ton moqueur.
De fil en aiguille, nos deux oiseaux s’amusaient, ils refaisaient le monde en changeant l’intonation du discours, tantôt ados, tantôt communistes sur le retour ou féministes de la première heure. Faut dire qu’ils en avaient vu passer des têtes blondes, des grèves et des usines qui changent de nom au fur et à mesure qu’elles se disloquent ! Ils en avaient vécu oui des tranches de vie, avec un soupçon de Germinal, l’artifice des 30 Glorieuses, puis la paupérisation de toute une région. Ces monstres d’acier s’étaient tus un à un, démantelés, parfois in extremis sauvegardés et transformés en musée. Ils avaient été la fierté d’une région, bassin d’embauche, éprouvette de la mixité sociale et de l’intégration avant les grandes théories sur les banlieues. Certes la vie dans la vallée était rude, mais ils avaient d’un côté la vierge blanche qui veillait sur eux et depuis les hauteurs de l’autre côté, à la nuit tombée, lorsque le colosse dégueulait sa coulée d’acier en fusion, il y avait une certaine poésie.

De Viviane

“Allongée là, dans le lit douillet, je lisais ce roman, quand tout à coup, j’entends un grand bruit, une sorte de sifflement et une grande lueur qui clignote, je me lève brusquement, j’ouvre mes volets et ma fenêtre pour voir ce qui se passe et là je vois une voiture bizarre arrêtée devant chez moi, il en sort un drôle d’énergumène, un alien peut-être, allez savoir.
Je le salue, il ne me répond pas, je lui demande si je peux faire quelque chose pour lui parce que j’habite dans une impasse et en général on n’y vient pas ‘par hasard’. Il ne répond toujours pas mais lance dans ma direction un ruban rouge.
Je ne comprends pas très bien mais je le saisis, et mon étrange visiteur remonte dans sa voiture qui ressemble plus à un vaisseau et disparaît dans la nuit.
C’est à ce moment que je me réveille, soulagée de n’avoir ‘que’ rêver cette rencontre insolite, je m’apprête à me rendormir quand je vois, délicatement posé sur mon oreiller un joli ruban rouge.
Intriguée, je regarde mes volets qui sont toujours fermés, ma fenêtre fermée aussi. Je ne peux pas m’empêcher de tout ouvrir et regarder mais non il n’y a rien dans mon impasse.
Comme quoi, bien souvent la réalité dépasse la fiction…

De Laurence

Thérèse a un gros problème
Elle ne veut plus faire à manger,
« Tu penses qu’à bouffer »
Dit-elle à son mari blême.
« Ce soir, que dalle
T’as qu’à avaler un casse-dalle
Ou avaler ton casse-croûte
Si tu préfères mon cher
C’est pas loin sur la route.
Mets ta moumoute
Il fait froid ce soir
N’oublie pas ton bavoir
Bien le bonsoir
A tous tes potes de comptoir. »

« Mais, Thérèse, d’habitude
Tu braises les endives
C’est bien ton habitude.
Pour sûr, t’es active
Pour me faire à manger
Ou à souper ou à dîner.
Pourquoi ce soir tu veux plus ?
Tu sais bien, moi j’suis un goulu
J’ai tout le temps faim
J’aime bien le pain.
Ça me calle bien l’estomac
Plus que d’la batavia.
J’fais comment moi
Si tu veux plus cuisiner
J’suis pas un pro du métier
J’suis comme le roi
J’aime bien me faire servir
Et encore me resservir.
T’es plus trop sympa
Dis donc en vieillissant
C’est pas trop la joie
J’suis pas trop content ! »

« J’en ai marre
De tout ce tintamarre
Que tu me fais
Juste pour bouffer.
Tu te débrouilles
Tu me prends pour une andouille.
Moi je vis au rez-de-chaussée
Et toi tu vires au grenier.
J’veux plus voir ta tronche
Ni entendre la toux de tes bronches.
J’vais te fixer des horaires
Pour utiliser la cuisine
Tu peux te plaindre à ton frère
Forcer ta poitrine
Faire les gros yeux
Mon pauvre gars, t’es affreux !
Voilà, c’est dit
J’peux plus te saquer
A part on vit
Comme des étrangers ».

Ainsi fut décidé
Que chacun vivrait de son côté
Sous le même toit
Sans aucun émoi.

Je suis aussi heureuse d’accueillir régulièrement de nouvelles autrices et de nouveaux auteurs. C’est un plaisir pour nosu toutes et tous! 

Je vous remercie infiniment pour tout le travail que vous faites pour faire vivre mon blog!

Passez une belle semaine d’écriture.

Portez-vous bien et surtout prenez soin de vous!


Créativement vôtre,


Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE

Si vous voulez soutenir la création et le contenu hebdomadaire gratuit sur mon blog, l’achat de livres pour écrire sur le blog, l’hébergement du blog et l’envoi payant des newsletters, vous pouvez m’offrir le prix d’un café en suivant ce lien:

https://ko-fi.com/laurencesmits

Je vous remercie par avance de votre geste.


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

Suivez-Moi sur les réseaux

{"email":"Email address invalid","url":"Website address invalid","required":"Required field missing"}
>