La proposition d’écriture N° 92 alléchait nos babines: une brioche dorée et croustillante était au programme. 

Cette brioche en a attiré plus d’un! Que de convoitise! Quel bonheur aussi de déguster une part de brioche encore chaude, dans un fauteuil douillet devant un bon feu de bois et une tasse de chocolat fumant à la main! Un moment de délice et de paix!

Voici vos textes. Je vous en souhaite une belle lecture.


De Bernard

J’voudrais la dernière brioche dorée,
croustillante comme je les aime.
Non pas celle qui est décorée
dégoulinante avec la crème.
D’habitude chez mon pâtissier
on m’en met toujours une de côté.
L’attitude du nouveau boulanger
de jour en jour va m’agacer.
Un matin c’est le pain trop cuit
ici j’crois tout est congelé.
Le lendemain y’a plus d’biscuits
on voit qu’y a rien à conserver.
Et la patronne qui discute
de la pluie et puis du beau temps.
Y’a les daronnes qui s’disputent.
Je suis là à perdre mon temps
Il pourrait respecter ses clients
surtout comme moi qui suis très chiant.

De Cécile


“Je voudrais la dernière brioche, dorée, croustillante comme je les aime” dis-je à la vendeuse. L’eau me vint à la bouche, je m’imaginais déjà sur mon canapé, une tasse de latte au caramel à portée de main … orgie de sucre, de douceur, de réconfort. Je me sentais bien.
Puis j’ouvris les yeux, regardais autour de moi, repris mes esprits. Et revis le médecin me parler de mon pré-diabète, de mes kilos en trop. Adieu brioche, café sucré, je vous ai tant aimés mais je dois vous tourner le dos! Je bus un verre d’eau pour me couper la faim, et sortis tristement mon cuit-vapeur et mes brocolis pour ce soir.

De Karine

En allant au marché, je réfléchissais à ce que je pourrais faire comme douceur pour cette journée si particulière à mon cœur. En entrée, j’avais opté pour des huitres, des crevettes bouquets et des oursins. Une petite fondue de poireaux ainsi qu’un petit dôme de riz Basmati accompagneraient la poêlée de Saint-Jacques au safran. Saint Nectaire et Munster composeraient le plateau de fromages avant le dessert. Mon menu était plus mer, il me fallait quelque chose de plus terre. Un bon dessert terroir et sincère.
Je passais devant la boulangerie et tout à coup, j’eus une étincelle. Une brioche perdue !
Je continuais mon chemin, de marchand en marchand afin de rien oublier. Pour mon régal sucré, qui je le savais, plairait à mon amour, de quoi avais-je besoin ? De pommes, de beurre, de sucre vanillé, d’œufs, de lait entier, de glace à la vanille, de caramel au beurre salé et d’une brioche. J’ajustais mes commissions en fonction de ma liste.
J’étais presque prête à repartir préparer ce délicieux festin en l’honneur de l’amour de ma vie. Je n’avais plus qu’à passer à la boulangerie acheter ma brioche.
Cette journée était si particulière à mon cœur car aujourd’hui c’était la Saint Valentin, l’anniversaire de notre union, et le dernier jour où nous allions déguster un bon repas ensemble. Je le savais.
Je faisais la queue, il y avait beaucoup de monde. J’attendais en pensant aux instants heureux de ce dernier diner. Voyant le regard étincelant rempli d’amour de mon chéri, dégustant lentement ce repas, savourant chaque bouchée, analysant chaque odeur, essayant de se souvenir de chaque sensation, de chaque saveur, sachant que ce serait la dernière fois.
Encore une personne devant moi et je pourrais rentrer auprès de l’être aimé.
Soudain, je ressentis une douleur violente traversant mes oreilles, mon cerveau, qui me transperça le cœur comme un poignard acère.
– Je voudrais la dernière brioche, dorée, croustillante comme je les aime !
Ces mots prononcés par le client de devant, je me sentais fiévreuse, j’avais les jambes flageolantes, je me décomposais. je me mis en larmes, je fondais plus que le caramel dont j’avais besoin pour faire cette brioche perdue.
– Qui a-t-il madame ?
– Je suis perdue ! Je voulais faire une brioche perdue. Mais elle est vraiment perdue ! Et moi, j’ai tout perdu.
– Ce n’est qu’une brioche, madame. Il y en aura demain!
Entre deux sanglots, je réussis à prononcer quelques mots.
-Peut-être pour vous, n’est-ce qu’une brioche. Mais pas pour mon mari et moi, c’est beaucoup plus que cela. Et demain, il sera trop tard, comprenez-vous?
La boulangère n’avait pas encore encaissé le client à la brioche. Elle lui demanda un instant. Elle me demanda de me calmer, de ne pas me mettre dans cet état et d’expliquer pourquoi c’était plus qu’une brioche.
Elle comprit tout l’amour que j’avais pour mon mari, que cette journée était si particulière à mon cœur car hormis la Saint Valentin, l’anniversaire de notre union, c’était le dernier jour où nous allions déguster un repas romantique en cette occasion.
L’œsophage, le cancer, il en était à son troisième. C’était très difficile pour lui de manger. Bientôt il ne pourrait plus avalér quoi que ce soit, ni solide, ni liquide, pas même sa salive. Demain il allait se faire poser une sonde gastrique, il serait alimenté par celle-ci avec un liquide infâme à base huile de poisson et de protéines de lait, il n’aurait plus que les souvenirs des saveurs.
Le client insista et régla sa brioche. Se retourna vers moi, me tendis le paquet en disant :
– Bien dorée, croustillante comme je les aime. Tenez, je ne voudrais pas être la cause d’une brioche perdue de son caramel, ni de vous priver de ce dernier repas romantique avec l’amour de votre vie en cette Saint-Valentin !

Depuis ce jour, mon amour s’en est allé, mais jamais je n’oublierai cette dernière brioche, dorée, croustillante comme on les aime…

De Claude

OPÉRA BOUFFE

Avant d’embarquer dans le TGV Paris-Brest pour aller remonter le moral de Madeleine, une amie d’enfance, récemment divorcée, qui m’appelle à l’aide chaque fois qu’elle a un coup de blues, je décide de faire un petit tour à la boulangerie. Oui, je l’avoue, je suis gourmand et, l’eau à la bouche, je demande à la vendeuse : « Je voudrais la dernière brioche. Elle est dorée et croustillante comme je les aime » De quoi prendre de la brioche ! Mais mieux vaut profiter de ce qu’offre la vie, pendant qu’il est encore temps !
L’idée d’aller manger des crêpes en Bretagne et de les arroser d’un délicieux cidre n’est pas non plus pour me déplaire. C’est aussi bon que de savourer un bavarois en Forêt Noire, avec un bon vin du Rhin !
Figurez-vous que dans ce même train, je rencontre un cardinal friand de pets-de-nonne, accompagné de deux jolies religieuses du Couvent Saint-Honoré., sœur Amandine et sœur Charlotte. Et, le croirez-vous, ce religieux m’a fait quelques confessions intimes. Serait-il jésuite ?
Quatre heures vingt plus tard, je débarque chez Madeleine ! Un voyage-éclair ! J’en suis resté comme deux ronds de flan !
Une fois mon amie Madeleine consolée, on a sablé le champagne comme pour célébrer un évènement heureux, en dégustant de savoureux boudoirs.
Lorsqu’on sait que le divorce est une somme d’ennuis financiers, une soustraction de liberté, une multiplication de responsabilités, et une division des biens, il fallait oser !
Au retour malheureusement, j’ai eu droit (ô surprise !) à une grève de la SNCF !
Mais j’en ai profité pour me baigner dans une belle mer turquoise et pour visiter un phare breton.
Cela ne m’empêche pas de penser que ces cheminots ne sont pas choux, mais tartes. Des glands, carrément !
Vivement la décentralisation qu’on réduise le « millefeuille », car les problèmes vont croissant. Il faut dire que ce sont les syndicats qui tirent toutes les ficelles ! J’en reste baba.
Ce qui est sûr, c’est que j’aimerais être dans mes petits chaussons bien moelleux ce soir !
Oh non ! Voilà Madeleine qui m’appelle pour dire qu’elle a (encore !) une crise de cafard depuis que je suis parti.
Elle voudrait que je revienne !
Je rêve ! Je ne vais tout de même pas passer mon temps à faire la navette entre Paris et la Bretagne !
D’autant que demain j’ai un rendez-vous galant avec une belle tropézienne et… qu’on doit voter dimanche !
On me dit qu’il faut voter pour Macaron !
Vous êtes sûr du nom ?

De Marina (proposition d’écriture N° 91)

LE MERLE


Allongée là, dans le lit douillet, je lisais ce roman, quand tout à coup un choc contre la vitre de ma fenêtre me fit sursauter. Plongée dans l’ambiance angoissante de mon thriller, je sentis mon cœur sauter un battement. Comme un ressort, je me levai pour m’approcher de la fenêtre. Rien en vue. Pas une trace sur la vitre. Pas le moindre éclat. J’ouvris la fenêtre et me penchai au-dehors. En contrebas de la maison, je découvris un merle assommé, allongé sur la terre. Son bec jaune ressortait sur le brun du sol et tressautait légèrement. Je voyais aussi son petit cœur battre. Il tentait désespérément de bouger ses ailes, en vain.
Je m’habillai et descendis les escaliers à toute vitesse. Le merle ne réagit même pas quand je le pris dans mes mains. Je l’installai confortablement dans une serviette éponge bien épaisse après lui avoir versé un peu d’eau dans le bec. La pauvre bête me regardait d’un air perdu. Je retournai dans mon lit douillet et le calai près de moi. Je repris ma lecture, la main délicatement posée sur son corps pour le rassurer. Il ne bougeait pas une plume. Son cœur prit un rythme plus calme. Quant au mien, il repartit de plus belle alors que je me replongeai dans l’atmosphère de mon livre. Mon nouvel ami ne bougea pas pendant l’heure que je mis à terminer ma lecture. A croire qu’il attendait que je finisse. Mon livre refermé, il commença à bouger légèrement. Nous partîmes dans le parc voisin où je relâchai mon compagnon de lecture d’un moment.

De Nicole

Boulangerie “Au pain d’or” 9H30.


“Je voudrais la dernière brioche dorée, croustillante comme je les aime””
Chaque matin la même rengaine .
Le bel homme mystérieux arrivait du coin de la rue, inspectait la vitrine, entrait dans le carillon tonitruant de “elle vendait des petits pains au chocolat, la la la”.
Il disait sa phrase un sourire gourmand accroché à sa lippe ourlée d’une fine moustache à la d’Artagnan.
Comme il me plaisait cet homme, vêtu d’une cape en hiver, d’une chemise entr’ouverte sur un torse joliment musclé en été.
Cette brioche je la lui gardais, j’aimais sa voix rauque.
Qui était-il ?
Moi la jeune apprentie, me voyait-il seulement ?
Lorsqu’il sortait, il s’asseyait sur un banc dans le parc et partageait sa brioche avec un petit Piaf.
Et puis un jour, il ne vint plus.
La tristesse me prit et au bout de quelques semaines je me fis porter pâle.
Je partis à sa recherche et un matin de printemps, je le vis à la devanture d’une nouvelle boulangerie “Au kouglof d’or”.
Il entra et acheta un petit kouglof qu’il partit manger dans un square adjacent.
Ma hardiesse me fit asseoir à ses côtés.
D’une voix flûtée je demandai “voulez-vous partager avec moi ?”
« Vous, enfin », dit-il “avec vous je partagerais bien plus”.
Depuis nous ne nous quittons plus.
Je viens d’ouvrir une boulangerie “A l’amour de la brioche””…

De Mireille

Robert a un rêve, tout en douceur, il s’y réfugie quand il est triste et se sent abandonné. Alors les yeux fermés, il les voit devant lui, superbes. Il a le temps, pas trop vite, il fait durer et durer encore, revoit maman créer ce trésor. Elle est dans la cuisine, rayonnante, un sourire délicat aux lèvres. Qu’il était heureux assis à l’autre bout de la table, elle sait qu’il l’observe.
Ces merveilles joufflues sont à lui, personne ne peut les lui disputer, il les observe, les scrute, cherche les différences. Il est méticuleux dans cet examen, Robert. Bien sûr, il est gourmand, mais désormais, maman n’étant plus, il est patient, se met en devoir de choisir celle qui sera l’élue. Le voici murmurant « je voudrais la dernière brioche, dorée, croustillante comme je les aime ».
Le son de sa voix le sort de sa torpeur, rien… où sont les brioches ?
Un délicat fumet affole ses narines, enfin elles sont cuites, il va pouvoir, il va pouvoir, vite !
Il se précipite dans la rue, se fige devant la porte de la boulangerie et appuie son front contre la petite lucarne. Oui elles sont là, dans le panier.
Un jour ! Oui un jour, j’entrerais !

De Lucette

Je m’appelle Peter et je suis un enfant « oublié » de mon pays. Pas de père, pas de mère, abandonné à la naissance, comme on abandonne un chien attaché à un arbre dans les bois. Pas de sourire, pas de caresse, pas de son de voix de ma mère, rien. Elle s’est séparée de moi dès la naissance après avoir bien réfléchi que je serai un fardeau dans sa vie de jeune écervelée qui ne pense qu’à s’amuser avec tous ses potes. A aller en boîte, rire, boire, fumer et éventuellement toucher à des interdits. (Renseignements trouvés dans mon dossier). Tout ce qui est illicite est très attirant à un certain âge…
Voilà, la présentation est faite, quand je vous aurai dit que j’ai eu 8 familles d’accueil jusqu’à ma majorité. Comment créer des liens solides, un servant dans des fermes, un larbin chez d’autres, un pestiféré à l’école, bref, fils de rien ni de personne, je suis louche et les parents empêchaient leurs enfants de me parler…
J’ai serré les dents pendant toutes ces années, je me suis battu tout seul pour faire mes devoirs. Jamais personne ne me faisait un compliment ou une félicitation quand mon bulletin n’était que « louange » de mes professeurs. Pensez-donc, je travaillais mieux que les enfants dont les parents étaient mes « logeurs » C’était très vexant pour eux, du coup leur hargne était encore plus forte.
En quelques heures je pouvais changer de famille, sans jamais me demander mon avis. Jamais personne ne m’a pleuré. Ah! si je mens, une « nounou » super gentille qui s’appelait Anne-Marie, m’a comblé pendant 3 ans. J’étais aux anges, et pourtant ils m’ont arraché de sa bonté, elle m’aimait trop paraît-il à leurs yeux…
Je continuais à travailler comme un forcené, ma revanche était au bout des diplômes que je rêvais de décrocher. J’envisageais de devenir chercheur en laboratoire. Les microbes, leurs mutations, tout m’intéressait dans ce domaine. Eh bien, les années ont été laborieuses, et l’Etat, a fait office de parents en me soutenant jusqu’au bout. Je ne roulais pas sur l’or, j’avais juste ce qu’il fallait mais au bout du bout, je les ai obtenus mes diplômes avec grande fierté. Moi, le « minus » après plusieurs années en professionnel, j’ai découvert un vaccin avec mon équipe, et mon nom a été cité dans tous les journaux, au journal télévisé pour des interviews. Ma tête était connue de tout le monde, et là, miracle, certains de ceux qui m’avaient « snobés ou rendus malheureux » parlaient de moi en disant tout et son contraire. Qu’ils étaient mes amis à l’école, et mes marâtres disaient de moi que j’étais très doux, docile, qu’elles étaient fières que je sois passé dans leurs foyers où elles m’ont apporté beaucoup d’affection.
J’ai mis un point d’honneur en rectifiant quelque peu leurs dires.
Avec mes enfants et leur mère qui connaissent tous mon histoire, je rentre les bras chargés de viennoiseries. Ils se ruent dessus, je souris en les regardant s’empiffrer, en leur disant « Je voudrais la dernière brioche, dorée, croustillante comme je les aime ». Confus de m’avoir oublié, je les rassure leur disant que c’est un plaisir, une joie immense que de les voir croquer à belles dents, ce que moi, je n’avais jamais connu dans mon enfance…

De Marjorie

Petit village, perdu dans la campagne à une heure de route de la ville, comptant une centaine d’habitants, vit des jours paisibles malgré le confinement.
Un homme, dont on ne compte plus les années, descend avec un bâton pour appui vers le centre du village. Sa démarche, autrefois si certaine, est aujourd’hui moins assurée. Il boite et sa canne naturelle n’est pas de trop pour soutenir ce corps vieilli.
Les gens qui le croisent sur leur route le saluent. Tout le monde le connaît et le respecte. Dans le temps, il pouvait les saluer à son tour en soulevant son chapeau. Aujourd’hui, il ne peut plus se le permettre. Il a du mérite de marcher encore beaucoup.
Il arrive devant la petite boulangerie du village. Celle-ci mesure à peine une dizaine de mètres carrés. A cause de la crise sanitaire, la boulangerie n’accueille que deux villageois à la fois. Dans la file, derrière Maxan, se trouve un tout jeune client. Il a huit ans, à la peau rose comme la pêche et il se dandine d’impatience. Ce tout jeune homme s’adresse spontanément à Maxan : « M’sieur, vous allez en avoir pour longtemps ? ». Maxan se retourne et le regarde sévèrement mais amusé au fond de lui. Il lui répond : « Bonjour mon cher Victor. Votre douce maman ne vous a-t-elle pas appris la politesse ? ». Victor le regarde surpris d’un air grognon et répond au vieillard : « B’jour. Vous n’avez pas répondu à ma question. » Maxan lui dit : « C’est toujours l’impatience de gagner qui fait perdre. »
Maxan entre dans la boulangerie. Lorsque vient son tour, il dit bonjour à Marie-Rose, la boulangère et lui demande : « Je voudrais la dernière brioche, dorée, croustillante comme je les aime. » Victor rétorque soudainement : « Ah non alors ! C’est moi qui la voulais ! ». Marie-Rose et Maxan sourient. Le vieil homme lui demande également un chausson aux cerises. Il lui paye trois euros. Puis, elle lui tend un paquet. Victor bondit, attrape le petit sac en papier, l’ouvre et mord dans le chausson. Il fait la moue avant de dire : « C’est pas la brioche ça ! ». Maxan et Marie-Rose surpris, rigolent de ce petit garçon bien culotté qui hérite du chausson.
Marie-Rose s’adresse alors à Victor en disant : « Cela te donnera une leçon, Victor. » Le petit garçon penaud, les regarde et leur présente ses excuses.

De Véronique  (hors proposition)

La mélopée du grand piano

Dénotant des notes sur des notes
Mariant le noir et le blanc comme le yin et le yang
Choisissant la clé à sa portée
Pour que mi soit fa si la chanter
Quand le sol « do ré » de la mer fait le gros dos
A coup de dièses et de bémols
Réminiscence des années folles
Haussant le ton tel un banc de thons
10 doigts virevoltant sur cet écrin de bois
Parcourant toutes les gammes des abysses jusqu’aux étoiles
Comme un peintre en extase dessinant sa toile
Naquit, au royaume de Neptune, envoutante mélodie
Issue des grandes profondeurs, porte d’entrée du paradis
Bulles de notes « grand » bleues qui rendent heureux
Fruit de la rencontre inopinée de ces touches discordantes
Vague naissante muant en quarantième rugissantes
Accords doux s’emballant brusquement d’un coup
Dévoilant ainsi toute leur puissance tout en aisance
Devenus l’essence tout en lui donnant les sens
Jusqu’à l’accalmie de quelques notes endormies
Extirpées du grand large par l’océan assagi
Disparaissant par palier comme par magie
Echouées comme un trésor dans une anse
Pour finalement replonger dans le monde du silence

De Catherine

Un dimanche gourmand


Il est toujours pénible de faire la queue devant cette boulangerie si renommée qu’elle attire les clients d’autres quartiers de Paris. C’est vrai que ça vaut quand même le coup de patienter, car ensuite, c’est la gourmandise assurée. Je me suis pourtant levée de bonne heure, mais j’ai quand même dû reprendre la file le long du trottoir. Heureusement, il fait beau, et j’apprécie les douces caresses du soleil naissant sur la peau de mon visage à peine réveillé.
Petit à petit, nous progressons lentement mais sûrement en direction de la porte du magasin, et je peux ainsi jeter un coup d’œil à l’intérieur, à la recherche de ce que je suis venue acheter. Soulagée, je vois que mon envie va pouvoir être satisfaite : je voudrais la dernière brioche, dorée et croustillante comme je les aime. Le problème est qu’il n’en reste qu’une, et qu’il n’y a pas à tergiverser, : elle doit être pour moi, car je ne fais la queue que pour elle. Je tremble d’angoisse à chaque demande des clients qui me précèdent, mais j’ai beaucoup de chance, puisqu’ils ne s’intéressent qu’au pain et aux viennoiseries individuelles.
Plus qu’un client et c’est mon tour. J’en jubile d’avance, me projetant dans un petit déjeuner long et savoureux, entre mon chocolat chaud et cette brioche que j’ai bien l’intention de manger toute entière, seule gourmandise de ce dimanche solitaire mais appréciable en tranquillité.
C’est le tour du monsieur devant moi, qui commande une baguette et… HORREUR !…la dernière brioche ! Mon monde s’écroule, mon dimanche cocooning s’envole… Je ne peux alors m’empêcher d’intervenir :
« Oh non ! S’il vous plaît, vous ne pouvez pas me faire ça ! Ça fait plus d’une demi-heure que je fais la queue pour cette brioche! S’il vous plaît, prenez, je ne sais pas moi, une chocolatine et un pain aux raisins… ».
L’homme se retourne, devant la boulangère médusée, et il m’assène avec un large sourire:
« Je vous propose la même chose, Madame, sauf votre respect : prenez donc la chocolatine et le pain aux raisins pour vous, et ainsi tout ira bien, n’est-ce pas ? ».
Je sais qu’il a raison, et que je suis quand même culottée d’intervenir de la sorte, voire incorrecte. Mais je persiste quand même :
« S’il vous plaît, Monsieur, il me faut cette brioche. Je vous offre la chocolatine et le pain aux raisins, mais laissez-moi la brioche ! ».
Un temps interloqués par la scène, les clients derrière moi commencent à s’impatienter. Mais je ne lâche pas l’affaire, et la boulangère ne sait plus que faire. Tout-à-coup, l’homme s’adresse à elle et dit :
« Madame la boulangère, veuillez me donner la dernière brioche, et je m’engage à la partager avec Madame! ».
Je me retrouve donc comme une idiote, embarrassée de cette annonce dont je ne sais que faire, et sans aucun motif pour rester plus longtemps dans cette boutique. Je tourne prestement les talons et sors en grommelant, complètement bredouille, et en route vers un petit déjeuner insipide.
Mais c’était sans compter sur cet homme qui, une fois MA brioche payée, me rattrape en courant :
« Madame, sachez que je tiens toujours mes promesses. Ainsi, nous devons partager cette brioche, ce que je vous propose de faire de suite dans ce petit troquet où ils font un excellent chocolat chaud qui se mariera à merveille avec NOTRE brioche. Nous serons ainsi satisfaits tous les deux et aurons en plus le plaisir de partager un délicieux moment en faisant connaissance. «
Incapable de répondre, je me laisse entraîner vers la terrasse de ce charmant petit café, et c’est ainsi que mon dimanche va prendre une autre direction que celle prévue… et ma vie aussi.

De Lionel (proposition d’écriture N° 91)

Allongé là, dans le lit douillet, je lisais ce roman, quand tout à coup, je m’aperçus que beaucoup de temps était passé et que Marie aurait dû être déjà rentrée. Je me levai pour aller regarder l’horloge, indice toujours fiable de l’heure qu’il était.
Bon sang ! me dis-je. Qu’est-ce que tu fabriques Marie ? Ça va être bientôt l’heure de passer à table et rien n’est encore prêt. Je suis sûr que tu es en plein lèche-vitrine et que tu as oublié l’heure. Tant pis, je reprends ma lecture en t’attendant. De toute manière, je ne vais pas me mettre à cuisiner, tu me l’as interdit ! Je me rappelle encore bien des mots que tu as utilisés :
« Non mais regarde-moi ça ! Qu’est-ce qui t’a pris ? Tu en as mis partout et c’est moi qui vais devoir tout nettoyer ! Hors de ma vue, je t’interdis de venir dans Ma cuisine, c’est compris ?
– Oui, oui, bien compris, plus de cuisine. Je retourne sur le canapé, alors.
– C’est ça, va sur le canapé, et laisse-moi tranquille pendant que je nettoie tout ton chantier…».
Ça, c’était, il y a de cela plusieurs mois, je crois même que c’était quelques temps après que tu acceptes que j’emménage chez toi, Marie. Comme le temps passe.
Et depuis ce jour, je ne me suis plus jamais lancé dans la réalisation de plats ou autres gâteaux. Je n’approche plus des placards et du frigo, même si ça me démange vraiment très fortement. Il y a tellement de bonnes choses à manger là-dedans ! Mais, non, je suis devenu persona non grata à la cuisine. Soit, je m’y suis fait.
Bon, alors en attendant, je me replonge dans la lecture de ce thriller haletant, que j’ai entrepris depuis ce matin, dès que Marie est partie. Je crois qu’elle l’a commencé hier soir et l’a laissé sur sa table de chevet. Mais, ce livre est particulièrement prenant avec son histoire pleine de rebondissements. Dès que je l’ai pris, j’ai commencé, comme à mon habitude, par quelques pages au milieu du livre pour me faire une idée de la qualité de l’écriture. Rapidement entrainé dans le tourbillon des événements, j’ai tourné les pages et avalé les chapitres les uns après les autres. Toute cette histoire m’a donné faim, mais pas question d’aller chercher un truc à manger en cuisine. Marie a horreur des miettes de nourriture dans le lit. Moi, ça ne me fait pas grand-chose, question d’habitude je suppose.
Ouah, ce qu’on est bien sur ce lit, j’ai toute la place pour moi tout seul, alors, j’en profite. Je m’allonge de toute ma longueur, complètement en travers et je continue ma lecture assidue. Tout en regardant du coin du regard cette horloge et son interminable tic-tac qui m’inquiète. Je vais bientôt finir ce satané bouquin, Marie. Qu’est-ce que tu trafiques donc ? Encore quelques pages et, ça y est, fini ! Le bouquin a été complètement dévoré. Comme à mon habitude. Qu’est-ce que je pourrais me mettre sous la dent en t’attendant, Marie ? Cette attente est trop longue.
Tiens, un catalogue ! « Actualités féminine ». C’est sûr cela ne me concerne pas trop, mais quand même, jetons un coup d’œil. Des sudokus ! Pourquoi pas, je m’enfile quelques grilles, les plus faciles, évidemment. Et plus loin, ouah ! Des recettes de cuisine ! Super ! Je n’ai pas le droit de les réaliser mais je peux tout de même regarder ce qu’elles proposent. Hum, ça a l’air bon tout ça, j’en ai l’eau à la bouche. Finalement, j’ai tout lu, tout vu, tout ingurgité, même les pages « psycho » et toutes les pubs pour ne pas grossir, pourtant assez indigestes.
Clac ! Une porte qui s’est ouverte et qui s’est refermée !
Ouah ! C’est enfin toi qui rentres, Marie. C’est pas trop tôt.
« Marie, tu sais, ça fait trop longtemps que je t’attends, j’ai faim, qu’est-ce qu’on mange ?
– Doucement, doucement, laisse-moi arriver. Pfff ! Oui, je vais faire à manger, mais d’abord, défaire ces chaussures qui me font mal et quitter ce manteau.
– Marie, est-ce que je peux t’aider à faire quelque ch….
– Mais… mais…
– Oui quoi mais ?
– Qu’est-ce qui s’est passé dans la chambre ?
– Dans la chambre ?ouah, ton livre, il était excellent et le magazine aussi d’ailleurs, je les ai tous les deux dévorés !
– Non mais regarde le chantier que tu m’as fait… le lit, il est, il est recouvert de papiers déchirés. Mais… en plus, c’est mon livre, le Goncourt de cette année !
C’est à ce moment, en entendant le ton et la tournure que prenait la conversation que je me suis retiré dans mon coussin. Il semble qu’il y allait avoir de l’orage dans l’air !
« Elliot ! Elliot, viens ici ! Tout de suite !
– Euh, quelque chose ne va pas ? répondis-je en levant le nez vers la chambre.
– Tu as bouffé mon livre et l’ « Actualités féminines » de cette semaine ! Mais qu’est-ce qui te prends ? Tu n’as pas assez à manger ?
– beuh non…je baissai les oreilles et me fis plus petit dans le panier
– C’est quoi, hein ? La gamelle que je te fais n’est pas bonne ?
– En fait, je m’ennuie un peu quand tu n’es pas là.
– Ah ! non, arrête de me regarder avec tes yeux de chien battu. Au panier ! Allez, file ! Tu auras ta gamelle quand j’aurai tout rangé. Interdit de cuisine et interdit de chambre. J’irai te promener plus tard.
– Oh Marie !on va promener quand ?
– Oui, oui ! Plus tard. Satané clébard. Mais pourquoi je n’ai pas choisi un chat plutôt ?

De Laurence

« Je voudrais la dernière brioche, dorée, croustillante, comme je les aime », dis-je pour la centième fois à une pâtissière de la capitale. Mais, c’est la dernière de la journée.
En fait, je n’en peux plus de jouer ce rôle et d’enchaîner les visites dans les centaines de pâtisseries. Je ne suis pas acteur, pas du tout, loin de là. C’est mon métier à vrai dire. Je ne fais pas ça non plus pour une émission télévisée qui recherche la meilleure pâtisserie du pays. Je suis bien payé pour ce que je fais et je goûte des brioches fantastiques ; j’ai de la chance !
Je travaille pour une personnalité connue de tout le pays. Il ne fait aucune obsession sur les brioches dorées et croustillantes, croyez-moi. Ce monsieur aime être bien servi, c’est tout. Ce n’est pas non plus une lubie d’un millionnaire à qui toutes les folies seraient permises.
C’est très important ce que je fais, chercher la meilleure brioche, car cela ne concerne pas seulement cette personne connue, mais si je dégote la perle rare, elle aura un contrat juteux pour des institutions bien connues de notre pays. C’est le succès assuré ! A coup sûr, après ce sera une ascension fulgurante, des interviews dans les médias, une renommée qui dépassera les frontières. Ce sera un destin extraordinaire, car cette pâtissière ou ce pâtissier sortira de l’anonymat et aura alors un fabuleux destin.
Je vois déjà les gros titres de la presse : « La brioche de la République ». Cette créatrice ou ce créateur de la plus fameuse brioche aura un contrat d’un an pour fournir toutes sortes de brioches et de viennoiseries à la personnalité pour laquelle je travaille. Mais, cette personne ne peut pas choisir elle-même ; elle serait reconnue immédiatement et serait suivie par des journalistes empressés de faire des milliers de photos. Cet homme se repose entièrement sur moi pour cette tâche.
Là où je travaille, l’ouvrier sélectionné fournira des dizaines de brioches tous les jours. Papilles gustatives de cette personne obligent, je suis chargé de désigner la ou le meilleur ce la profession. Pour gagner cet honneur, il n’y a pas de concours. Il y a moi, dégustateur inconnu. On ne me reconnait jamais, car tous les ans, je change de déguisement, de telle sorte que personne ne sait exactement qui je suis.
Avant d’être sélectionnées, les brioches doivent mesurer entre 25 et 30 centimètres de long sur au moins 15 centimètres de hauteur, peser entre 300 et 400 grammes et avoir une teneur en sucre par kilo assez légère. Le critère le plus important, c’est la CROOÛÛTTE !!
Je juge les brioches sur leur cuisson, leur goût, leur pâte, leur odeur et leur aspect. Je choisis la brioche de l’année parmi au moins 250 autres de la Ville Lumière.
Mon client est un client comme un autre. Il veut sa brioche pour son petit-déjeuner avant de prendre ses fonctions. Ça le met de bonne humeur. Puis, une fois la belle choisie, je dois contrôler toute la boutique, qui doit répondre à des critères très précis d’hygiène, de confidentialité, de livraison, etc. une enquête de bonnes mœurs va être diligentée avec une vérification du casier judiciaire. Ce casier est obligatoirement vierge pour le vainqueur. Je vais mener aussi une enquête de moralité, mais qui restera secrète. Mes petites enquêtes, qui n’ont rien de criminelles, c’est comme la poule aux œufs d’or : c’est peu de chose comparés aux retombées professionnelles et financières pour la boutique choisie. C’est le prestige ! Sa notoriété va exploser, comme son chiffre d’affaires.
Ah oui, j’aime bien mon programme, mais j’ai pris un peu de ventre à avaler toutes ces brioches. C’est du boulot, mais notre président de la République aura au moins de bonnes brioches sur sa table le matin. Ça sera un peu grâce à moi ! Je ne suis pas peu fier de mon rôle !


 J’espère que vous aurez passé un bon moment à la lecture de toutes ces histoires, certaines émouvantes et d’autres plus réalistes. 

C’est génial quand même l’écriture, qui nous permet de partir dans d’autres mondes…

Je vous souhaite une belle semaine d’écriture.

Portez-vous bien et surtout prenez soin de vous.


Créativement vôtre,


Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE

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Je vous remercie par avance de votre geste.


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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