Voici vos textes. Je vous en souhaite une belle lecture.

De Amara (proposition d’écriture N° 195- texte libre)

Mes chères émotions,

J’écris régulièrement des missives à mes amis qui habitent dans les quatre coins de la France. Ces amis sont des personnes âgées, des adultes et des enfants. Et puis depuis 2020, j’écris des lettres à des personnes isolées dans les Ehpad de France via le site « Une lettre, un sourire ». Je suis très heureuse de partager un bon moment avec toutes ces personnes.

Mais aujourd’hui, j’ai pris la décision de vous écrire à vous, mes émotions, avec qui je passe beaucoup de temps depuis des années. Vous êtes souvent en effervescence. Parfois, je ne comprends pas. Donc, je vous laisse agir. Vous prenez donc le pouvoir sur moi, ce qui n’est pas du tout agréable.

Toi tristesse, tu vis avec moi depuis que je suis très jeune. Depuis 2018, tu as été plus présente. J’ai gardé espoir que tu m’oublies, mais mes prières n’ont pas abouti. Tu t’accroches à moi et tu refuses de m’abandonner. Je t’avoue que tu n’es pas mon émotion préférée. Tristesse, sache que tu as souvent voyagé avec moi dans les bagages. Tu étais présente lors des randonnées ou même dans la piscine. Très vite, la colère prend sa place. Elle s’est assagie quelques mois. Cette colère reste sur le qui-vive et elle se réveille quand je croise des personnes malveillantes sur mon chemin. A chaque fois que mon intuition sort ses antennes et détecte des énergies négatives, la colère se met en route. Elle devient rouge. La méditation me permet de prendre du recul et de me détacher de cette colère. Chère colère, quand tu vis à mes côtés, tu cohabites avec le mépris. Cette émotion est insupportable. Certaines personnes déclenchent rapidement ce mépris. Je me ressource pour m’éloigner de ces personnes toxiques. Je sors mes cahiers de coloriage ou je cuisine. Parfois, je sors me promener en forêt et je photographie la nature.

Enfin, mon lieu de ressource favori reste le salon de thé où j’aime me rendre pour écrire. C’est d’ailleurs la grande surprise quand je discute avec les gérants de ces lieux qui me connaissent. Toi, surprise, je t’apprécie car tu es positive. Je souris quand tu es avec moi. Ouah, c’est une belle surprise ce que je déguste. J’aime les gâteaux donc je me fais plaisir. Mais, si mes pensées s’évadent, c’est la peur qui s’installe. Cette émotion est négative.

Et c’est toi, la peur, l’émotion qui me fatigue le plus. Tu es très présente depuis que je suis enfant. J’avais peur des autres, de la nuit, des serpents, des araignées, et 40 ans plus tard, j’ai les mêmes peurs. La peur dort quand je suis occupée et soudain, elle se réveille. Je me crispe de suite. Ma mâchoire se sert, le cœur s’emballe, la tête chauffe, la peur a le contrôle sur moi. Je dois vite agir. Que faire contre cette peur qui me poursuit depuis de longues années et surtout depuis 2020 ?

Ma vie a complètement changé. Et la peur a grandi. Elle devient même excessive. Car la maladie hante mes esprits et les gens aussi. Cette peur me dirige chaque jour. Je sors mon joker pour vous parler de l’émotion que j’aime beaucoup, c’est la joie. Le sourire reste mon arme secrète depuis mon enfance. Tous les enseignants que j’ai croisés sur mon chemin m’ont dit que j’ai toujours été souriante. Aujourd’hui, les années sont passées et je suis toujours souriante. Admirer le soleil quand il brille, observer des fleurs, des arbres, un animal (sauf les araignées et les serpents), cuisiner, rencontrer des amis, lire, écrire, photographier, colorier, voyager surtout ; toutes ces activités me font sourire. La joie est exceptionnelle. Je vous confie que la joie a été effacée par les autres émotions. J’ai mis des actions en place pour retrouver cette joie, mais les efforts me fatiguent. Il y a quelques années, la joie sortait avec moi sur la côte ouest en Bretagne. Mais, elle s’est dissipée en revenant sur les terres de l’Est qu’elle n’aime pas du tout. La joie préfère l’océan. Toutes les émotions vivent ensemble et chacune a sa place en moi. Mais je choisis les meilleures émotions quand j’ai la possibilité pour barrer le chemin aux autres émotions qui ne sont pas du tout douces avec moi. J’aime la joie et la surprise.

Bon weekend les émotions.

De Jean-Michel

C’était un bon Français qui, comme tout un chacun, ne connaissait que la baguette et le béret et à qui il ne fallait surtout pas causer « engliche », sous peine de se faire excommunier sur l’heure ! Ainsi, il prenait un malin plaisir à dérouter les autres :

« Bonjour, je voudrais un chien chaud !

  • Quoi?
  • Un chien chaud ! Vous faites bien des chiens chauds !
  • Vous voulez dire hot-dog ?
  • Non, Monsieur ! Ici nous sommes en France ! Pas besoin de traverser la Manche pour tout détricoter ! Je prendrai donc un chien chaud !
  • Pas de problème ! Apportez-moi votre chien que je le rôtisse.
  • Mais vous êtes complètement fada ! Vous voulez que j’appelle Brigitte Bardot pour qu’elle fasse un scandale chez vous ! … »

Ainsi allait la vie. Et ne lui parlez surtout pas de sandwich ! Il préférait un bon casse-croûte au saucisson avec un coup de rouge !

Marius était comme ça ! Il avait le verbe haut et il ne fallait pas le titiller sur son accent ! Des Anglais, il en avait rencontré, mais, à chaque fois, en bon Marseillais, il les avait envoyés promener… à Nice ! Que voulez-vous, on ne change pas un Provençal et on n’échangera jamais une cigale contre une grenouille, de la rascasse contre du bœuf bouilli, ou un bon pastis contre une tasse de thé !

De Luc

Apprendre une langue, ou des langues, car plus on en apprend et plus c’est facile. Bien souvent, la première fait sauter la barrière psychologique et l’on verse assez rapidement dans le plaisir des progrès que l’on peut constater assez rapidement.

Fréquemment au collège, nous ne sommes pas très motivés pour l’apprentissage d’une langue étrangère. On quitte généralement ses études secondaires en baragouinant sa première langue, ou alors sa seconde en gardant une impression d’ennui de cet apprentissage.

Les études supérieures ne sont souvent pas très propices au renforcement de ses connaissances en langues, les matières principales accaparant la grande majorité du temps, sauf bien entendu si l’on s’oriente vers une formation en langue.

Plus tard, la vie active va se charger de nous motiver pour l’apprentissage des idiomes, car cela devient indispensable dans bien des cas pour l’obtention d’un poste intéressant et, comme on dit dans le jargon, à fort potentiel.

Alors, on se lance avec un angle d’approche différent de celui que l’on avait au cours de ses études. Couramment, on commence par renforcer ses capacités d’expression en anglais, qui représente non seulement une langue mais un outil indispensable de travail. Bien vite, on réalise que la maîtrise d’une seconde, voire une troisième langue, est un atout intéressant. Dans un autre pays, c’est bien de se faire comprendre grâce à la langue de Shakespeare, mais c’est encore mieux de parler allemand chez les Allemands ou espagnol chez les Espagnols.

Alors, l’apprentissage de langues étrangères devient une habitude que l’on pratique à plus ou moins grosses doses. Ce qui compte, c’est la régularité, une petite quantité chaque jour. Pour échapper à la routine, la curiosité nous pousse à explorer une multitude de supports plus ou moins pédagogiques, et le mixte permet la diversité et évite la lassitude d’une méthode unique que l’on suivrait de façon trop scolaire. Vocable, Assimil, ouvrages bilingues, différentes grammaires, les éditions Ellipse et bien d’autres documents permettent cette diversification.  Et le moment venu, on se teste à la radio et à la télévision en version originale, d’abord sous-titrée, puis sans traduction. Bien évidemment, il est primordial de mettre en pratique ses connaissances. Dans le milieu professionnel, cela se fait tout seul sous la contrainte de l’impératif de la mission.

Mais cette maîtrise donne bien souvent l’envie de voyager dans le cadre de ses loisirs pour partir à la découverte d’autres cultures. Et lorsque l’on sent son contrôle suffisant, on se lance dans la lecture de livres en langue étrangère et là on frise le bonheur. Une traduction et une œuvre en langue originale ne donnent pas la même impression, ne font pas ressentir les mêmes émotions.

Par exemple, après avoir lu en français des livres relatant la guerre des Malouines, en me déplaçant en Grande Bretagne, j’en ai acquis en anglais et en me déplaçant en Argentine en espagnol. Là, on rentre dans la pensée de l’auteur et la confrontation des expressions fait apparaître des cheminements intellectuels bien différents et pratiquement irréconciliables.

La pratique de langages un peu « ésotériques » procure aussi de belles joies. Je me souviens d’un passage de frontière en Albanie à une époque où l’on payait encore une petite taxe d’entrée, le douanier me pose une question et je lui réponds en albanais. Il s’en étonne et me demande pourquoi je parle sa langue. Je lui explique avoir vécu trois ans à Tirana. Sa réponse fuse « alors pour toi c’est gratuit ».

Et puis, il y a tous les quiproquos entre les langues qui déclenchent le fou rire ou la gêne. Quelques exemples : Ujë (se prononce ouille) en albanais signifie eau, en bulgare un mot très vulgaire pour désigner le sexe de l’homme. Au cours d’une soirée, je propose un peu d’eau à l’épouse de mon collègue bulgare et elle a un petit sourire mi-gêné mi-narquois. Devant ma mine interrogative, elle m’explique la signification du mot en bulgare. Autre exemple intéressant, une unité de l’armée française a une compagnie spécialisée qui se dénomme Compagnie de Recherche et d’Action dans la Profondeur, d’où le sigle CRAP.  Les hommes de cette unité ont des t-shirts sur lesquels est écrit en grand CRAP. Un exercice interallié est organisé en Grande-Bretagne, l’Etat-Major des armées attire l’attention du général qui coordonne l’action des Français dans cette manœuvre sur le fait qu’en anglais CRAP est un mot argotique signifiant merde. Ce général, sûr de son fait et du prestige de ses hommes, n’en tient pas compte et ses soldats d’élite furent la risée des Britanniques qui au cours des exercices sportifs étaient hilares en criant CRAP CRAP à tout bout de champ en les suivant.

Et puis, il y a les langues vraiment difficiles pour un Français, où il y a par exemple 5 ou 6 intonations pour une voyelle comme le a, et alors là c’est très souvent le fou rire généralisé, et malgré toutes les tentatives pour vous faire adopter la bonne tonalité, vous déclenchez à chaque tentative une explosion de rire toujours plus puissante et longue.

Oui, les langues étrangères sont une composante indispensable et une source de grands plaisirs dans nos rapports aux autres et les apprendre devient vite une nécessité, de laquelle découle un vrai plaisir, voire une jubilation, dont on a du mal à se passer et, il est impératif d’avoir sa petite dose journalière. Il m’arrive même, mais ce n’est pas recommandé, d’avoir sur ma sacoche de guidon à vélo un petit opuscule de poèmes allemands, anglais ou espagnol.

Was soll es bedeuten, dass ich so traurig bin, ein Märchen aus alten Zeiten……

De Catherine M

Langue universelle

Et si nous apprenions tous l’Espéranto

Dès la maternelle

Sous forme de ritournelles

Ce serait fort rigolo

Et, plus tard, sur les réseaux dits sociaux

Nos chers ados

Pourraient se faire des confidences

En toute confiance

Pas de malentendu

Pas de quiproquo

Je t’écoute, je t’entends

Je te comprends

Et si je ne suis pas d’accord

Je le dis haut et fort

Avec les mêmes mots

Tout est plus facile

Des mots plutôt que des projectiles

Des mots plutôt que la guerre

Des mots pour éviter l’enfer.

De Catherine T

Ma chère petite sœur,

Je t’envoie quelques nouvelles de ma vie à neuf mille kilomètres de la maison. Tu me manques et j’espère que tu pourras bientôt faire le voyage et venir découvrir ce merveilleux pays.

Aujourd’hui il faut que je te raconte mes démêlés avec la langue thaï, des situations parfois très amusantes, mais parfois aussi très gênantes. Aussi, en public, je continue de parler anglais, certes un peu comme la vache espagnole, mais au moins cela créée moins de quiproquos.

Ainsi l’autre jour, je trouvais que l’expression du visage de Thohui m’évoquait celle d’un serpent. Je lui ai donc dit « tu ressembles à un serpent ». Le regard que Thohui a porté sur moi fut un parfait mélange d’amusement et d’effarement. J’en aurais ri si je n’étais pas en train de penser que j’avais prononcé autre chose que ce que je voulais dire. J’ai donc déclenché le micro du traducteur de mon téléphone portable et, honte et consternation, j’ai vu s’afficher les mots « bâtard stupide » en lieu et place de « serpent ».

Je me suis excusée en bafouillant un mélange de thaï et d’anglais saupoudré d’une pincée de français et en ayant le sentiment de m’enfoncer davantage. Thohui est devenu franchement hilare, puis il s’est repris et m’a assurée, malhabilement en anglais, avec sa bienveillance et sa gentillesse habituelles qu’il n’y avait pas de problème.

Oui, j’apprends le thaï. Amoureuse du royaume de Siam comme je le suis depuis mon premier séjour, j’ai souhaité m’imprégner le plus possible de la culture et de la pensée thaïlandaises. La première porte d’entrée était la cuisine, pour moi c’était facile, tu connais mes talents de cuisinière et j’apprécie tellement son originalité et ses subtilités. Ensuite est venue la littérature. J’ai lu tout ce qui était possible de lire en traduction française, mais aussi excellente soit-elle, une traduction n’est pas le texte original.

Il ne restait qu’une solution : me lancer dans l’apprentissage de cette langue très différente du français, mais je me sentais pleine de bonne volonté et de détermination. Pas de grammaire, m’a-t-on dit, les mots sont invariables, pas d’articles, pas de genre, de singulier ou de pluriel, pas de conjugaison. Cela m’a semblé être de bon augure.

Lire et écrire le thaï n’est pas le plus difficile une fois l’alphabet mémorisé. J’ai noirci des pages et des pages d’écriture des quarante-quatre consonnes à têtes d’oiseau ou à bosses cassées ou non. Ensuite est venu le tour des trente-huit voyelles simples, multiples, spéciales, puis celui des accents, puis des chiffres. Il a fallu aussi faire face à l’absence de ponctuation et d’espaces entre les mots.

Mais le plus difficile est la prononciation. Le premier écueil est qu’il n’existe pas de transcription phonétique officielle. Le deuxième et non des moindres est que le même son peut s’écrire avec quatre ou cinq consonnes différentes. Certaines consonnes changent de son selon leur place dans le mot. Mais qu’importe, tout cela s’apprend. Maintenant il faut maîtriser les cinq tons : haut, bas, neutre, montant et descendant. La célèbre phrase « mai mai mai mai mai » (le bois vert ne brûle pas, n’est-ce pas ?) en est une parfaite illustration, cinq mots en apparence identique qui doivent être prononcés avec les cinq tonalités pour avoir du sens.

Il faut donc beaucoup de volonté et d’amour pour persévérer dans cet apprentissage. Cela explique sans doute pourquoi les Thaïlandais apprécient que les visiteurs étrangers fassent l’effort de s’exprimer dans leur langue. Par gentillesse, ils répondent parfois en anglais. Il faut résister à la tentation d’y recourir, surtout que parfois ni l’un ni l’autre des interlocuteurs ne maîtrise vraiment l’anglais, comme Thohui et moi. Thohui se moque, toujours gentiment, lorsque les mots ne me viennent pas, alors que lui-même, même si parfois il m’épate en utilisant un mot peu courant, parle « just a little bit ».

Dans tous les cas, il faut garder le sourire, c’est le plus important ici, comme ça devrait l’être partout, à mon avis, et ça dédramatise bien des situations.

Ne t’inquiète pas, quand tu viendras, apprends seulement les formules de politesse basiques, bonjour, merci. Même prononcées n’importe comment, elles sont parfaitement compréhensibles et feront toujours plaisir.

« Je t’aime » est aussi très facile à dire, ou tout au moins à prononcer, le dire est une autre histoire !

Petite sœur, je vais arrêter là mon bavardage polyglotte. J’espère que tu pourras bientôt venir constater comme je me débrouille bien.

Je t’embrasse, Thohui te salue.

De Brigitte

Elle avait craqué à l’aéroport quand le taxi lui avait demandé où aller, elle dit : je vais au 104, le taxi dit avec un fort accent : c’est parrrti ! 

Puis il reprit sa conversation téléphonique au volant avec une femme qui piaillait dans ses oreilles. Lui, de temps à autre, l’interrompait, et disait en soupirant : Carolina …

Elle écoutait sans comprendre les chuchotements, les sons cchh, crouchchchc, chta, sssia, tout y était entre locomotive et répétitions des sons mouillés qui s’étiraient sur toute la longueur des syllabes, ça vient du Braaasil, cette langueur. 

Le taxi filait dans le noir, tressautait sur les déformations de la route, de temps à autre la conversation s’arrêtait et le chauffeur respirait ; puis il jeta un coup d’œil dans le rétroviseur. Il lui dit quelque chose dans sa langue chuchotée, et mit la radio. 

Un air de bossa nova envahit tout l’espace, guitare-voix basculèrent à son oreille. L’homme se mit à chanter doucement, pas une minute elle n’aurait voulu qu’on lui traduise quoi que ce soit, elle écoutait et ne voulait pas savoir, ni même comprendre. La voix du chauffeur suivait pas à pas la musique en tapotant le volant au rythme des percussions douces. 

Les paroles filaient comme l’eau d’un ruisseau par saccades. Au bout d’un moment, il alluma plein de boutons sur le tableau de bord et soudain des lumières de boîte de nuit illuminèrent l’intérieur de la  voiture, ça vibrait jusque dans les portières, il mit une petite caméra en route sur le rétroviseur et lui dit avec un clin d’œil : você dança ?

Les mots, elle les avait soudain compris, se mit à danser assise et remuer en rythme, elle souriait de l’intérieur et tout son être se laissait porter par la surprise de ce 

taxi brésilien à Paris. 

Elle entendit : você chegou aos cento e quatro,et tout de suite après :  qual é o seu perfume? Elle sourit en guise de réponse, les mots elle n’en avait pas besoin, la musique avait suffi à l’emmener loin loin jusqu’à Rio en passant par le 104.

De Nicole

Itinéraires des langues

1944. Marianne, jeune Normande.

A la radio, elle avait vécu par ondes interposées le débarquement allié et son avancée victorieuse pour bouter les Allemands hors de France.

A Caen, des jeeps, des GI’s si beaux qui leur lançaient chocolats, chewing-gums,

bas nylon.

Ils embrassaient les femmes.

Timide, en retrait, elle regardait les yeux emplis d’étoiles ces libérateurs.

La délivrance, enfin.

Cinq ans à attendre que sa jeunesse prenne vie.

Elle aimait cette musique rythmée appelée Be-Bop, Dizzy Gillespie, les Andrew Sisters dont elle fredonnait les chansons.

Elle voulait à toute force apprendre l’anglais.

Un soir, entraînée par une amie plus dégourdie, elle alla danser au bar du Casino.

Et voilà qu’elle rencontre le Lieutenant John Murray, un merveilleux danseur.

Ils se retrouvaient au Square Jaurès. En l’embrassant, il lui apprenait sa langue, lui parlait d’avenir aux Etats-Unis, il vantait la vie là-bas.

Lorsqu’il partit combattre plus loin, il lui offrit une bague « of love » disait-il, tu es ma petite fiancée du débarquement.

Il lui écrivit le plus possible. Blessé, il fut rapatrié.

En 1946, Marianne le rejoignit. Elle avait fait d’énormes progrès en anglais et quelques

tournures américaines.

Il l’attendait au port de Brooklyn à la descente du paquebot.

Très vite mariés, elle lui apprit le français.

Deux fils naquirent. Parfaits bilingues.

L’aîné Edward, psychiatre, partit vivre à Bruxelles.

Le cadet Tim, lui, fut enrôlé pour le Vietnam et cette foutue guerre.

Il revint avec une jeune Vietnamienne.

La famille devint trilingue.

Edward marié à une flamande, une interprète au Marché Commun Européen.

Polyglotte : néerlandais, anglais, italien, espagnol, russe, chinois.

Ils rentrèrent à Brooklyn.

La famille avait de quoi faire à apprendre toutes ces langues…

De Isabelle

PUTAIN DE PENSIONNAT

Langue de bœuf, cantine, dégoût. Putain de pensionnat. Faut que j’avale, la langue, la sauce. Pas le choix. J’ai envie de vomir. Ma voisine en raffole. Pas question de lui donner un bout, le règlement l’interdit. Pas question de lever le nez de mon assiette avant la dernière bouchée, ni même de me le pincer. La langue pue le chat écrasé. « Arrête de respirer, avale». « Ne parle pas, avale ».  Un jour, les sœurs nous feront bouffer les assiettes en pyrex ou pire, elles nous serviront nos propres langues à bouffer. Pas le choix, on parlera avec nos mains. Puis ce seront nos mains qu’elles cuisineront en ragoût. Un ragoût de petites mains bien fraîches. Sûr qu’elles prendront leur pied à nous les arracher. Les mains, ça fait plein de trucs sales. 

La langue de bœuf ça ne se parle pas. J’ai envie d’apprendre le russe, le chinois le croate, d’échapper à tout ça… 

« Arrête de respirer, avale ». On avale par tables de huit, dans un silence de mort, sous l’œil éteint du pion. Les mouches n’osent plus voler de peur de se prendre une raclée. Matin, midi et soir, le même cérémonial. Manger sans dire un mot. Se taire sept jours sur sept, ça donne faim. De vraies morfales. Tout y passe. Les œufs écrasés dans les épinards. Les cerises bourrées d’asticots, à l’odeur de vin cuit. Un cadeau du Seigneur, truffé de protéines. Les plats retournent en cuisine flambant neufs. Combien, une fois adultes, engloutiront les larmes, les rires, maintes fois ravalés, en vidant leur frigo ? Combien feront la pute pour un paquet de chips ? Combien plongeront la tête dans la cuvette des chiottes ou du moindre sac plastique à portée de main ? Des centaines de sacs par an, du Prisunic et du Leclerc. Pas très écologique, tout ça ! Quelqu’un pourrait-t-il inventer le sac à vomir en papier recyclable? 

Langue de bœuf, cantine, dégoût. Faut que j’avale, la langue, la sauce. Plus vite que ça. J’enroule mes jambes aux barreaux de la chaise pour me donner du tonus. Le dossier me fend les omoplates. C’est la vie qui rentre. La vie a bon dos. Moi, j’en ai plein l’échine. Se dresser, la raidir fière comme Artaban.  Durcir les épaules, laisser les manches à balai se casser sur ma nuque en béton. Les pauvres chéris. Ne pas rire, enfin si à l’intérieur. Irradier de rire sans que ça se voie.   

La langue de bœuf ça ne se parle pas. Moi j’ai envie d’apprendre le morse, l’amorce, la langue des signes. Et même celle des cygnes. Donner des coups de bec orange. Parler le vilain petit canard, le vilain petit canard à l’orange, pour faire enrager les sœurs, le Saint Père et les nuages. La langue du ciel aussi.

Mes jambes balancent toutes seules. Je bous. Mon sang bout. Ma fourchette me prend de vitesse. Elle fourre la langue dans la serviette à mon nom, et hop la serviette se retrouve dans la poche de ma blouse, une horrible blouse bleue. La même blouse pour chaque pensionnaire depuis l’invention du tissu, avec ses mini-boutons transparents, comme celles qui les portent. Morte de rire. Moi qui parle à tout bout de champ en dépit des brimades, j’ai pour une fois la langue dans ma poche. Hop là, ni vu ni connu, enfin je le crois. 

Ma voisine de table me décoche un regard suppliant. Elle me fout la chair de poule. La frayeur lui déforme les yeux. La carafe blêmit. Carine, la plus petite, fait sur elle. Trop tard. Un vent de panique traverse le plat de sauce tomate. Les cornichons s’accrochent comme ils peuvent. Remettre la langue à sa place me traverse l’esprit. Mon cerveau s’est branché sur du deux cent mille volts. Il balaye la pièce immense en un millième de secondes. Trois rangées de tables beiges. Des murs d’un blanc acide. D’un côté, trois portes d’armoire cachant le matériel du petit déjeuner. De l’autre, trois fenêtres hautes. Des ouvriers ont enlevé les grilles le mois dernier, pour laisser passer la lumière. Economie d’électricité. Les néons donnent aux gens une allure de cadavres et au plafond une allure d’apocalypse. Si on pourrit dans les enfers, l’enfer doit ressembler à ce plafond.   

Derrière moi, elle est là. Je la sens. Son souffle descend dans mon cou. Un souffle humide et pesant. Une bête sauvage, en bure de coton grossier, prête à sauter sur les plus petites, des proies idéales. Pas une d’entre nous ne bouge le moindre petit cil. En pension, on marche droit, on se tient raide ou on crève.  Gentils petits piquets. Les chaises en fer s’impriment dans leur chair. C’est la vie qui rentre. Avoir mal et se sentir vivante. Combien se feront du mal pour se sentir vivantes ? Elle est là, juste là. Putain de pensionnat. Me voilà à la merci de son courroux, de ses coups, coupable à coup sûr, à la merci de sa colère rentrée, étouffée, étouffe-chrétien, être chrétien et s’étouffer avec sa foi. Le foie ça ressemble à de la langue de bœuf. C’est mou, c’est plat. La mère supérieure se tient derrière moi. 

Si la langue de bœuf se mettait à parler, elle en aurait des choses à raconter. Dans les cours de récrés, au grand air, dans les prés, les prés verts, les préaux, dans les hauts pâturages, dans la langue des poètes, dans la langue de Prévert. Il faudrait juste arrêter d’en bouffer. Langue de bœuf, cantine, dégoût. Putain de pensionnat. 

De Catherine G

À y perdre son latin !

Athènes ! Ville grandiose par sa richesse et sa diversité culturelle, ville accueillante et grouillante de vie, ville plurielle et unique à la fois, ville polyglotte où se côtoient une multitude de touristes de tous horizons. Les langues se mélangent au fil des rencontres : italien, américain, japonais, espagnol, turc, russe… et français. Mais la rencontre linguistique se fait en anglais car la plupart des Grecs le maîtrise mieux que nous autres, petits Français dont la réputation concernant les langues étrangères n’est plus à faire.

Qu’à cela ne tienne : à Athènes, pour s’en sortir, on parle anglais pour être compris et comprendre l’autre. 

Lors de notre séjour d’une semaine dans la capitale hellénique, nous avons totalement omis de nous intéresser à la langue locale. A part un « kalimera » (bonjour) glissé de temps à autre, noyé dans un verbiage anglophone, nous avons tellement été accaparés et fascinés par notre plongée en mythologie que notre cerveau a fait cette énorme impasse.

Certes, nous n’avons jamais peiné à nous diriger grâce aux plaques de rues en usant de comparaisons écrites avec les plans de nos guides papier. Ce n’est que le jour du départ, pendant le long trajet en métro vers l’aéroport, que l’énormité de nos lacunes linguistiques nous a mis dans une urgence de dernière heure. Aussi, de station de métro en station de métro, nous avons attentivement décortiqué les pancartes pour tenter d’y trouver des repères.

Mais comment s’y retrouver dans ce galimatias labyrinthique pour des cerveaux saturés ? Chaque lieu est inscrit dans deux styles d’écriture, l’un en majuscule, l’autre en minuscule. Des comparaisons lettre à lettre paraissent évidentes puis sont parfois démenties à la station suivante. Une lettre majuscule peut-elle avoir la valeur de deux lettres minuscules ? Le trouble est à son maximum quand la vérité précédente, d’apparence ferme et inébranlable, se fait balayer par une difficulté supplémentaire quand le grec ancien vient semer le trouble dans toute cette pagaille de signes.

Quarante-cinq minutes de trajet font quarante-cinq minutes de remue-méninges pour, à l’arrivée, plus aucune certitude sur les diverses élucubrations émises en chemin. Un petit coup de traduction via Reverso donnera le coup de grâce à une démarche aussi hasardeuse que tardive, mais surtout inefficace.

D’immenses progrès nous restent à faire pour maîtriser la langue de Platon, si on n’y perd pas notre latin en route !

De Louisiane

Un coup de foudre

On pouvait dire de Laurence Bourdelle qu’elle était une belle femme. Grande, mince, yeux bleus dont l’iris était cerné de violet, une coupe immuable de cheveux châtains à la Louise Brooks, Laurence dégageait une élégance naturelle. Ses tenues toujours étudiées avec soin la mettaient très en valeur.
La question de fonder une famille ne s’était jamais posée. Ce n’est pas qu’elle n’aimait pas les enfants, mais elle appréciait davantage sa vie de célibataire, et dès qu’une relation masculine se profilait trop profondément, elle y mettait fin. A 45 ans, elle n’était toujours pas en couple et n’avait pas d’enfant. Ses parents, sa mère surtout, s’en inquiétaient. Il fallait être infiniment intime avec elle pour en connaître la raison. Ce qu’elle partageait avec son unique amie et collègue Carole, mariée et sans enfant. Laurence n’avait pas plus ni moins de défaut que tout un chacun, mais le plus handicapant était qu’elle avait les mains percées, ses fins de mois souvent difficiles. Enfant unique, de temps en temps, elle avait recours à ses parents qui lui permettaient de piocher dans son héritage.

Le vendredi soir, Laurence et Carole avaient pour habitude d’aller au Irish pub jouxtant leur bureau se boire une pinte de bière blonde d’où elles en sortaient pompettes. Marc, le mari de Carole, les rejoignait parfois, las de se retrouver seul chez eux.

Un jour, Marc était venu accompagné de son nouveau collègue et ami Wladimir Poutinof, un Russe qui travaillait avec lui. Un homme plutôt ordinaire, au charme slave, drôle et séduisant. C’était la première fois que Laurence éprouvait un tel coup de foudre, partagé. Toutes ses convictions passées s’écroulaient les unes après les autres comme un château de cartes. Cet homme au magnétisme certain l’avait retournée comme on dépouille un lapin. Il était certes amoureux. Laurence beaucoup plus. Carole avait cru bon de prévenir Laurence.

« Méfie-toi quand même, c’est celui qui aime le plus qui souffre. » Son amie avait balayé son conseil d’un revers de main. « Je n’ai jamais été aussi heureuse ! Je me suis mise au russe !  Te rends-tu compte ? Je parle russe ! Il veut me présenter à sa mère qui habite Saint-Pétersbourg ! Il ne veut pas d’enfant ! Et veut vivre à Paris !! Lorsque je lui demande un cadeau, il me l’offre ! Tous les soirs, après l’amour, nous parlons russe et je fais beaucoup de progrès ! Je parle mieux russe que lui le français ».

Quelques mois plus tard, un lundi matin au bureau, Laurence, émoustillée comme une petite fille à qui on a fait une surprise, avait tendu sa main gauche à Carole :

—Alors ! Qu’est-ce que tu dis de ça ? Un diamant jonquille taille coussin ! Nous sommes fiancés, officiellement fiancés, nous partons pour Saint Pétersbourg dans un mois ! Je suis folle de bonheur ! Je pense même à un enfant … !!!  Je suis sur le cul ! ».

—Je reconnais que tu es transformée, attends un peu quand même, tu ne connais que ce qu’il te dit !

—Est-ce que tu aimes Marc comme j’aime Wladimir ? Je ne crois pas … !  J’aimerais choisir ma robe avec toi, tu veux bien, dis oui, s’il te plaît. Et mon témoin ? Tu veux bien être mon témoin ?

—Laurence, je ne t’ai jamais vu aussi folle, oui, oui, oui !!  Le russe, ça avance ?

—Presque couramment ! Et mille fois mieux que son français ! 

—Une fois marié, il sera Français, il aura la double nationalité sans doute !

—Et alors ? C’est normal ! Et moi aussi j’aurai la double nationalité !

—Si tu vis là-bas oui ! Tu te vois vivre là-bas … ?  

Ce que Laurence lui cachait étaient les sommes astronomiques que Wladimir lui versait chaque mois. Pour ses tenues, ses parfums, ses bijoux, les cadeaux qu’elle lui faisait. Souvent Wladimir s’absentait. « Pour le travail, disait-il. Ne pose pas de question. »

Laurence s’abstenait d’en poser. Le mariage eut lieu en un joyeux petit comité, tandis que le voyage à Saint Pétersbourg fut reculé pour une question de visa, avait-il dit.

Laurence était heureuse mais commençait à se poser des questions, dont l’une qui la bouleversa. Wladimir avait eu, avant de connaître Laurence, une liaison avec une secrétaire trilingue de l’entreprise. Elle soupçonnait que cette aventure ne fut pas terminée. Elle ne devait pas poser de question, elle le savait. Wladimir l’avait prévenue d’un voyage de deux semaines en Allemagne. Idem. Elle avait téléphoné plusieurs fois demandant Olga, cette secrétaire, absente pour 15 jours. L’affaire devenait d’importance. Wladimir devrait s’expliquer.

A son retour, un fleuve de questions lui était tombé dessus. Il ne reconnaissait plus Laurence. Il piqua une colère qui la fit douter de l’homme qu’elle aimait encore. Une terrible envie de se venger lui mordait le cœur. Un désamour de son côté s’installait. Ce n’était pas comme cela qu’elle avait envisagé les choses avec lui. Une monstrueuse colère montait, qu’elle n’arrivait pas à endiguer et les choses se délitaient entre eux.

Un matin, elle sortit sans s’apprêter comme tous les jours.

Elle se rendit au commissariat.

—C’est pour porter plainte.

—De quoi s’agit-il Madame ? 

—Je veux porter plainte pour un mariage gris, j’ai toutes les preuves.

De Lisa

Inspiré de la chanson de « l’Italiano » de Toto Cutugno

Laissez-le parler cette belle langue

Parce ce qu’il est fier d’être amoureux d’une Italienne

Laissez-le parler cette belle langue

Un romantique rare de notre temps

Bonjour l’Italie, comme tu le séduis avec tes spaghettis

Sans compter le tiramisu della Nonna

Il faudra que Notre Dame tombe dans ses bras

Bonjour l’Italie avec tes artistes

De Con te partiro à Caruso

Avec les chansons d’amour

Et le coeur qui bat tout simplement

Laissez-le parler cette belle langue

Parce ce qu’il est fier d’être amoureux d’une Italienne

Laissez-le parler cette belle langue

Un romantique rare de notre temps

De Dominique

Pourquoi me suis-je réveillée avec l’idée de parler espagnol ? Est-ce que c’est mon rêve qui me poursuit tant et si bien ? 

Donc, je vous raconte.

J’étais tranquillement installée à une terrasse de café, quand je vois venir vers moi un très beau jeune homme à la belle chevelure noire, longue et bouclée, qui mouvait sa tête avec grâce, comme s’il était paré d’un voile précieux… Soudain, il ouvre la bouche. Il parle si vite qu’il me semble qu’il s’agit d’un langage inconnu et derrière lui, une lumière de plus en plus grande, s’étend, envahit l’espace, m’aveugle et je comprends seulement une phrase, je suis:” una principesa perdida”…

Et là, je me suis réveillée tremblante, émerveillée, surprise… Mon mari me regarda, l’air un peu épaté, à l’idée qu’à la veille de mes soixante-dix ans , je veuille apprendre l’espagnol, alors que jusqu’à présent, je m’étais refusée à regarder même quelque film sous-titré que ce soit, sous prétexte qu’il est trop difficile de suivre le déroulement d’une histoire, tout en lisant les sous-titres.

Je m’inscrivis donc sur un site pour apprendre l’espagnol et, oh, surprise, j’avais un talent évident pour “ne rien comprendre” …Mais je n’abandonnais pas… Aujourd’hui, c’est la troisième année d’apprentissage et je suis ravie de vous dire que: “no estoy una principesa pero una mujer feliz “, parce que je me parle à longueur de journée en espagnol .

De Pierre

Les langues étrangères.

Comme on le sait, les Français sont généralement mauvais dans la pratique des langues étrangères et j’ai pu le constater maintes fois dans ma vie à commencer pour moi-même, malgré de nombreuses formations en anglais nécessaires à mon développement professionnel car je travaillais dans une compagnie multinationale. J’ai eu également l’occasion d’apprendre l’allemand lors de mon service militaire outre-Rhin.

Comme je suis malentendant de naissance, il m’a toujours été difficile d’entretenir une conversation en anglais, surtout de comprendre ce que l’on me disait malgré un vocabulaire riche. En anglais, il faut une très bonne oreille pour saisir certaines subtilités, ce qui n’est pas nécessairement le cas en Allemand. Ma dernière tentative d’enrichissement de la langue de Shakespeare eut lieu en deux-mille-quatorze avec une formation de deux semaines à Berkeley en Californie où j’étais le plus âgé de la classe parmi des jeunes provenant des pays du Golfe, d’Asie ou d’Amérique Latine. Mon anglais s’est-il amélioré par ce séjour linguistique ? Je n’en suis pas convaincu mais j’en garde un bon souvenir. 

Les temps ont bien changé depuis ma jeunesse. L’ « invasion » de l’anglais dans notre vie de tous les jours est bien présente, partout, surtout depuis une vingtaine d’années, chez les jeunes en particulier.

Je ne suis pas certain que ce phénomène ( ou « trend » pour faire British) leur permette de bien s’exprimer en anglais comme dans leur propre langue. Les médias, la télévision et les réseaux sociaux ont une très grosse part de responsabilité dans cette évolution. Le danger, car je pense qu’il y a danger, est tel que vous ne pouvez ne pas le constater à l’affiche des boutiques de Paris ou de la moindre petite ville de province ou dans les slogans publicitaires ou encore dans les emballages de produits. Trop souvent, des mots ou des termes anglais sont abusivement employés, en particulier à la télévision, alors que la langue française qui est suffisamment riche, offre dans tous les domaines la possibilité de s’exprimer ; il y a sans doute là une carence dans nos méthodes d’enseignement.

Je cite quelques exemples de mots anglais couramment employés aujourd’hui :

Shopping (au Québec, on dit Magasinage) – Debrief pour débriefing pour décryptage – Buzz – Haters (on trouve souvent ce mot sur les réseaux.)- challenge – brunch -no way – boost – playoff – shut down (c’est nouveau et mal employé) – followers ( encore les réseaux sociaux) – process – cool – reporting – rush – speed, barber (pour dire coiffeur !) – dream- deal- (ou dealer qui veut dire concessionnaire si je ne me trompe), etc. Notez enfin que j’oublie « football » et « week-end », mots tellement ancrés dans notre langage.

Les pouvoirs publics devraient pouvoir s’intéresser à ce phénomène qui constitue une menace à l’intégrité, voire à la survie de notre langue. Les Français devraient sans doute s’inspirer de l’expérience québécoise qui avait amené la province à se protéger de l’invasion culturelle et linguistique de ses voisins, il y a une cinquantaine d’années, avec la fameuse loi 101.  

Néanmoins, l’anglais étant par essence une langue internationale, la langue des échanges, il est indéniable qu’il occupe une très grande place sur la scène internationale. Par ailleurs, il faut bien reconnaître que les langues évoluent avec le temps, quelles qu’elles soient, et l’apport de langues étrangères dans une langue nationale est incontournable, mais soyons très vigilants……

Et moi dans cette évolution, j’essaie de rester dans le coup et je m’efforce de ne pas oublier mes acquis en anglais, malgré un âge certain, en écrivant des textes ou en lisant des livres de poche ou des articles de presse sur le « Web », en Français la toile !    and… « so long ».

De Francis

Et si………..,

Bien dans son corps, bien dans sa tête et bien dans son travail, c’est formidable mais ça ne comble pas toujours une vie. Voilà plusieurs années que j’occupe mon poste. Je ne suis ni heureux, ni malheureux, mon job me plaît, mais je commence à tourner en rond.

Chaque matin,  je vais prendre les nouvelles du jour à la machine à café et c’est là en écoutant le récit des jeunes loups récemment embauchés que je vais faire une découverte et l’aventure de l’un d’eux a déclenché chez moi la décision de faire une coupure, de me mettre en danger, de me ressourcer, de me lancer, de prendre un nouveaux départ en effectuant un road trip.

Maintenant que je suis décidé à courir le monde, il va me falloir améliorer mon anglais, c’est une évidence, sinon c’est l’échec à coup sûr, de l’inconscience. Autant dire que les restes de mes cours d’anglais scolaires sont faibles. Des professeurs dévoués faisaient de leur mieux pour nous enseigner cette langue si différente de la nôtre. Mais malgré leurs efforts, mes compétences se limitent à un niveau très scolaire. Alors, quand l’idée de ce voyage a germé, j’ai su tout de suite qu’il était temps de reprendre les rênes de mon apprentissage linguistique.

Il me fallait choisir le bon formateur pour apprendre à parler un anglais correct, acceptable. Je n’ai que l’embarras du choix. Je dois trouver un professeur qui me comprenne et puisse adapter son style d’apprentissage à ma personnalité. Ce fut une formalité.

Puis, il a fallu penser à la question du financement. Les économies devraient suffire. A partir de maintenant, je veux vivre « anglais, penser anglais, manger anglais » et je ne regarde pas à la dépense. Tout y passe, livres, disques en langue anglaise, films en version originale etc. etc. sans oublier les tutoriels. Le plus difficile, me familiariser avec les plats que l’on va me servir.

Les cours s’enchaînent, cela devient un réflexe chez moi. J’essaie de prolonger en traduisant les spots publicitaires dès qu’ils se présentent, dans ma ville, sur mon chemin, toutes les inscriptions anglaises attirent mon attention. J’essaie même d’en traduire certaines du français en anglais. Parfois, je tends indiscrètement l’oreille dès que j’entends un son étranger. Je suis motivé, je dois y arriver dans un laps de temps très court. Mais l’apprentissage s’avère plus difficile que je le prévoyais, l’esprit n’est plus aussi malléable. J’ai des moments de doute, de découragement, mais mon envie de partir est si forte que je m’accroche.

Les premières tentatives de conversation avec des étrangers sont catastrophiques. Baragouinages et malentendus semblent être mon lot quotidien. Je persiste et un jour, une réponse réussie à une question simple a rempli mon cœur de fierté. J’arrivais au but. J’avais réussi à me faire comprendre. A partir de ce moment-là, je m’immergeais encore plus dans la langue de Shakespeare. Toutes les occasions sont bonnes pour pratiquer.

L’aventure peut commencer et c’est le grand départ.

Au-delà de la simple utilité lors de mon voyage, j’ai découvert les nombreuses autres bénédictions que l’apprentissage d’une langue étrangère apporte. Je regarde des films en version originale, cela m’a également ouvert des portes vers une meilleure compréhension culturelle. J’ai développé une tolérance à l’ambiguïté, apprenant à accepter que je ne comprenne pas tout du premier coup. Cela m’a rendu plus créatif, mon cerveau apprenant à penser différemment pour résoudre les énigmes linguistiques.

Cette expérience m’a enrichi socialement. J’ai rencontré des gens merveilleux, découvert de nouvelles cultures et élargi mes horizons. L’apprentissage d’une langue étrangère m’a même aidé à prendre de meilleures décisions dans ma vie quotidienne, dans mon activité professionnelle en m’enseignant à faire des erreurs et à en tirer des leçons.

En fin de compte, ce voyage linguistique a été bien plus qu’un simple moyen de communication. C’était une aventure personnelle qui a changé ma perspective sur le monde et sur moi-même. Et je suis reconnaissant pour chaque moment de doute, de frustration et de triomphe, car ils ont tous contribué à faire de moi une personne meilleure et plus complète.

Depuis mon retour, je continue à fréquenter la machine à café. J’écoute, je voyage, et qui sait ?

De Manuela

Moi, je suis Johnny – enfin plutôt John Martin, né de père et de mère avec la nationalité française. J’ai toujours vécu à la campagne près de la mer dans une ferme d’élevage bovin. Elle est située sur la commune de Marennes Hiers Brouage en Charente-Maritime. Elle se nomme « la ferme du Gaty », un nom qui chante les marais.

J’ai suivi mes études à Brouage pour la maternelle, puis Marennes pour mes classes de primaire. La majorité des élèves étaient des filles ou des fils d’ostréiculteurs, de sauniers ou d’agriculteurs. Des enfants qui préféreraient jouer dans les champs plutôt que de rester assis derrière leur bureau, des enfants souvent absents en période de récoltes, de vêlage ou de ramassage du sel – ce précieux or blanc. L’institutrice devait s’adapter à tous, privilégier les matières fondamentales, telles que le français, les maths, les sciences naturelles, quelques fois des séances de sport mais bien peu d’histoire géographie ou d’anglais (matières non indispensables que nos campagnes).

J’ai poursuivi mes études au collège Jean Hay sur Marennes – même problématique qu’en primaire. Redoublement une seule année, en primaire, bien pour moi. Ensuite, lycée ostréicole sur Marennes, les autres lycées étaient situés dans la grande ville – c’est-à-dire car tous les jours ou la pension. Mais comment que je peux aller en pension quand on vit en pleine cambrousse ? Il me fallait redoubler encore deux autres fois pour atteindre mes quatorze ans et ainsi partir en apprentissage, mon but ultime.

Je m’aperçois aujourd’hui que pendant toutes ces années, je n’ai appris aucun mot d’anglais. Avez-vous eu besoin de cette langue étrange pour parler avec vos animaux dans l’étable ? Ben, moi, non. Mes parents, mes maîtres d’apprentissage sont durs, mais j’apprends vite la pratique, quelques révisions pour la théorie, sauf l’anglais, je mettrai les bouchées doubles sur les trois autres matières pour avoir la moyenne. Fin juin, les examens du CAP ont lieu à Rochefort, pas facile… il faut attendre les résultats vers mi-juillet. Une réussite, pas avec brio mais CAP dans la poche, c’est le principal. En rentrant à la maison, mes parents me disent : on t’l’avais ben dit, l’anglais ne sert à rien dans nos métiers. On se demande bien à quoi peut servir d’enseigner cette matière !

Les années passent, de belles années joyeuses. Je me marie avec une fille du coin, fille de paysan. Quatre enfants naissent de notre union, la petite dernière est une petite fille blonde. Mes parents vieillissent… ils ne peuvent plus s’occuper de la ferme et doivent partir en maison d’retraite. Il leur faut vendre tous les corps de bâtiments ainsi que le cheptel. Une décision est prise, aller chez le notaire pour que je puisse acheter la ferme. Et là, surprise, il faut avoir un BEP pour devenir propriétaire d’une ferme. Moi, je n’ai qu’un CAP, la blague. Il faut que je reprenne mes études, à 40 ans, avec une ferme sur les bras, une femme et maintenant 5 enfants. Vous voyez la galère. Je n’ai pas le choix. Je m’inscris au CNED, un centre de formation pour adulte.

Je commence, maintenant mes journées avec deux heures de cours pour mon BEP, puis une journée complète à la ferme, à 20 heures retour à la maison pour un repas copieux qui doit me tenir au corps pendant les trois dernières heures de la journée pour préparer mes examens. La théorie composée de français, de maths, de sciences naturelles et bien-sûr d’anglais comme le CAP en fait. On me fournit un livre avec des cassettes niveau 3ème. Tous les mois, je dois envoyer mes écrits au CNED. Cette torture dure un an, suivi de un mois au centre de Rochefort, où je suis logé et nourri pour une somme modique.

Je suis usé, fatigué. Ma femme et mes enfants gèrent au mieux la ferme et la maison. La vie est dure pour tous, c’est une aventure. Il faut se serrer les coudes, se soutenir au mieux, il faut tenir le coup. Dernière ligne droite avec les examens théoriques et pratiques. Je mets les bouchées doubles : anglais, et histoire naturelle surtout. Inquiétude, stress, fatigue suivie de trois jours d’examen. Je ne peux pas dire si j’ai bien fait ou non. Il me faut attendre une semaine pour obtenir les résultats téléphoniques… un appel le vendredi soir, je réponds … Ouais, je l’ai eu ce sacré BEP, pas haut la main mais il est dans ma poche. Je vais enfin pouvoir acheter la ferme de mes parents avec l’aide de ma femme.

Un courrier me parvient quelques temps plus tard avec les notes suivantes :

  • Pratique TB,
  • Théorie : français et sciences naturelles 10, Math et anglais 12.

Anglais 12… un exploit.

La vie à la ferme reprend, sans un seul mot d’anglais prononcé depuis cette période.

De Elie

Le affres de l’harmattan sahélien battait son plein au mois de septembre de l’an 1990. Cette période marquait ma première prise de service pastoral dans la ville de Natitingou. La ville s’étend dans les vallées et au flanc des chaînes de montagnes qui l’encerclent. Sur elles ont poussé des arbustes en forme de parapluie à la cime et aux écorces dures. Et dans les vallées s’étendait la végétation drue qui faisait le bonheur des oiseaux, une mosaïque d’animaux à quatre pattes et des reptiles.

C’est dans cette vallée que débuta ma vocation pastorale qui prendra forme et racine.

Les nombreuses populations venues dans la foi en Jésus Christ, étaient composées des peuples Ditamari et Waama pour la majorité. Mais le grand nombre ignorait lire et écrire. A l’état d’analphabétisme, il est difficile que les talents jonchés dans leur homme intérieur puisse s’épanouir au travers des services à leurs semblables.

À l’examen de la condition de cette frange de croyants, de nouvelles facettes de vision, de détermination et de services naquirent en nous. La flamme d’un amour et celle de la détermination à sortir ses contemporains de la précarité pour l’élévation nous consumaient l’âme et l’esprit. Devrons-nous demeurés insouciants face à la misère de nos frères et sœurs ? Non. C’est l’heure de l’éveil. Et c’est le moment de l’action pour changer tout ce qui va à la dégradation et de redonner le souffle de vie aux héros qui perdent leur force.

Il est donc impérieux de travailler à la traduction de la Bible dans les langues Waama et Ditamari.

Le besoin présenté au département de la recherche linguistique et de la traduction de la Bible a répondu à l’adhésion du couple missionnaire, Ellison et Alecia. Une telle mission consiste à sortir ces croyants de l’analphabétisme : le gage d’un développement dans l’essence de la vie sociale et spirituelle.

Un lundi soir, j’ai reçu l’aimable visite du collègue Sakoura. Un homme au teint bronzé, et taillé à la moyenne par le divin architecte. Il m’annonça par voie officielle que j’étais désigné pour aider les missionnaires à faire des recherches et traduire la Bible en langue Waama et Ditamari pour notre peuple.

J’engageai des entretiens avec Sakoura dans les termes suivants :

-La traduction de la Bible dans nos langues maternelles forcera la main à alphabétiser les milliers de populations croyants ou non croyants. Et dès lors, ils seront capables de s’ouvrir au monde de la littérature et de se prendre en charge.

Sakoura, d’un regard confiant et déterminé me dit :

-L’heure n’est plus aux regains des paroles stériles. Il faut joindre aux paroles les actes réfléchis dont nous sommes sûrs de parvenir à des résultats concrets. Par conséquent, allons sans tarder aux dispositions pratiques.

-Exact. Je suis de cet avis aussi et voudrai avancer quelques pistes d’idées pour aller à l’essentiel.

Nous établissons un plan de travail qui serait la feuille de route pour faire l’immersion des langues  Waama  et Ditamari  au couple missionnaire sur une période de deux ans. Cette étape d’étude de langue, loin d’être simple, a connu des résultats satisfaisants.

Sakoura ranima mon souvenir quand nous étions en contact avec les autochtones dans les villes et les villages qui faisaient l’objet de nos apprentissages et investigations dans les recherches. Il reprenait les propos du notable Sotima qui saluait en langue Waama le couple Ellison et Alecia disant :

-“Nayesu, Isunkata’’.

Et le couple missionnaire Ellison et Alecia répondaient par : ‘ ‘ Yo ooo Isunkata Dadadi’’, ce qui signifie ‘ ‘Bonjour’’ et  ‘‘comment portez-vous ?’’

Pendant deux ans d’apprentissage des langues Waama et Ditamari, le couple Ellison et Alecia parlait couramment et maîtrisait aussi les proverbes. Avouons-le, ces moments de contact avec les populations ont créé entre Ellison, Alecia et nous des complicités. Mieux, il naquit en notre sein une métamorphose des habitudes qui, jadis, étaient très peu compatibles. Et la marque distinctive qui s’affichait sur l’équipe ouvrière était la convivialité, l’harmonie et le principe d’acceptation de soi. Nous étions semblables à un fleuve de parfum qui se répandait en altitude et couvrant les populations d’hommes, de femmes voire les étendues de savanes.

Cette atmosphère conviviale constituait la force motrice qui nous a conduits, dix ans durant, à la traduction de la Bible dans les langues Waama et Ditamari. Ces chefs d’œuvres réalisés témoignent la vision et la détermination du leadership du Président de l’église des Assemblées de Dieu du Bénin, le Révérend Charles Yokopi Nahouan. Et le samedi 20 Janvier 2024 fut consacré à la dédicace de ces Bibles. À cette occasion, le préfet Taouema Jonathan, les maires du département, les autorités civiles, militaires, ecclésiastiques et le peuple formaient un parterre argenté et glorieux. Les discours de plusieurs autorités plongeaient dans les souvenirs historiques, culturels et religieux. Nos cœurs étaient emportés sur les rives d’autres visions pour le développement socioéconomique et spirituel du département de l’Atacora.

Au regard de tous ces exploits, nous pouvons conclure que rien ne change dans le sens du progrès sans l’ultime sacrifice des hommes et des femmes qui habitent dans un coin de la Terre.

De Marie-Josée

L’arroseur arrosé

Pensive, Anne dégustait son mug de thé. Depuis qu’elle avait découvert les saveurs subtiles de ce breuvage, il était devenu son rituel du matin. La boîte verte, aux caractères dorés, était toujours garnie de feuilles de thé vert et noir aux multiples saveurs qu’elle choisissait avec soin dans une boutique spécialisée.

Elle a oublié le nom du jeune homme qui la lui avait offerte et qu’elle avait hébergé quelques jours dans le cadre d’un échange scolaire et cette boîte, au fil du temps avait été surnommée la boîte du « Chinois ».

Quelques semaines avant le conseil d’orientation à l’issue de la troisième, son fils Hervé lui fit part qu’il voulait apprendre le chinois. Elle se demandait quelle mouche l’avait piqué, il n’était pas spécialement doué pour les langues et le chinois est réputé être la langue la plus difficile à apprendre. Elle essaya de l’en dissuader, mais il n’en démordit pas arguant que cette langue était parlée par énormément de personnes, que cela faisait travailler les deux hémisphères du cerveau, était bénéfique pour la mémoire et surtout ce serait un atout considérable sur son futur CV professionnel. Anne n’était pas très enthousiaste à cette idée, cela impliquait un surcroît de travail et cette langue n’était pas enseignée dans son lycée.

Au moment du choix de l’orientation il s’avéra qu’en fait il voulait intégrer un lycée plus prestigieux que le sien qui ne figurait pas sur la carte scolaire de leur circonscription. La seule façon de contourner cette contrainte était de vouloir étudier une matière que son établissement n’enseignait pas, d’où son intérêt subi pour cette langue.

Anne avait beau lui expliquer qu’on apprenait une langue parce qu’on était attiré par celle-ci ou du moins par le pays et la culture où elle était parlée. Rien n’y fit, il ne lâcha pas l’affaire, tant et si bien qu’il intégra le fameux lycée à la rentrée avec le chinois comme troisième langue.

L’apprentissage s’avéra ardu, c’était bien plus compliqué qu’il se l’imaginait tant au niveau de la prononciation qu’au niveau des caractères.

La première année, il était relativement motivé et fit des efforts mais se rendit vite compte que pour progresser, il fallait y consacrer plus de temps que les heures de cours imposées au lycée. Il s’accrocha mais cela commençait à lui peser.

En première, le lycée proposa un voyage en Chine avec immersion de quelques jours dans une famille chinoise. Une fois de plus, il était enthousiaste à cette idée et jurait ses grands dieux que ce voyage ferait sûrement la différence et contribuerait à le remotiver. La quasi- totalité des élèves qui avait choisi l’option chinois s’y étaient inscrits et il était hors de question de passer à côté d’une telle opportunité.

Il redoubla d’efforts au fur et à mesure que la date du départ approchait et il partit confiant. La partie touristique lui avait bien plu, mais l’immersion chez l’habitant l’a laissé pantois.

Il s’était retrouvé en rase campagne avec un confort plus que sommaire. La communication était difficile vu que personne ne parlait une langue étrangère. Il a survécu tant bien que mal et son enthousiasme pour le chinois a pris un coup dans l’aile.

L’année suivante, c’était leur tour d’accueillir un chinois. Anne s’était efforcée d’apprendre quelques rudiments comme bonjour, merci, bon appétit etc…, consciente qu’elle n’irait pas très loin avec ces quelques mots et ne pouvant pas trop compter sur les connaissances de son fils. Elle appréhendait un peu cette visite, mais elle fit de son mieux pour rendre ces quelques jours insolites agréables pour tous. Le jeune hôte ne parlait ni le français, ni l’anglais et ils avaient vite fait le tour de leur vocabulaire chinois. Le langage des signes n’était pas davantage leur fort, les conversations étaient réduites à leur strict minimum, il ne restait plus que les sourires pour combler les silences.

Cette expérience avait tout de même un côté positif. Depuis lors, Anne s’intéresse beaucoup à la Chine, à sa culture et pratique assidûment le qi gong. Quant à Hervé, ce pays et tout ce qui s’y rapporte n’est définitivement pas sa tasse de thé.

De Lisa (se mettre dans la peau d’un animal/ hors proposition d’écriture)

Je suis le chat Ellio, qui observe ma patronne. A voix haute, elle dit qu’elle est seule. Alors une idée me traverse l’esprit. Je vais partir un jour ou deux, juste le temps qu’elle met une annonce sur F@ceb@k, du style « Recherche mon chat » pour espérer entre nous, avoir des amis virtuels. Je la connais !

Elle est tellement seule, divorcée, sans repère.

Le soir, je sors discrètement dans le jardin, me cacher, sachant que ma nourriture est toujours au même endroit, donc quand elle ira travailler, mon repas sera servi.

Le lendemain, elle crie mon nom mais bien le malin est absent. Désespérée, elle fait comme je l’avais imaginé, où une annonce est faite.

Le jour d’après, le brigadier-chef de la maison, que je suis, miaule et là, un cri de joie arrive à mes oreilles. Elle m’explique qu’une seule personne lui a répondu.

Tu parles d’une perte de temps où les gens sont sur leurs écrans. Heureusement, moi le chat Ellio, je veille sur ma maîtresse comme un brigadier-chef. Je suis un chat mais je la protège car je suis la prunelle de ses yeux, je suis son cœur, qui lui fait oublier l’absence d’un homme. Ouf !

De Fatoumata Diawara Mousso proposé par Françoise T (hors proposition d’écriture)

Je salue toutes les femmes, votre fille vous salue
Je salue toutes les mères, votre fille vous salue
Je m’adresse aux mères, n’écoutez pas ce que les gens racontent
Je m’adresse aux pères, n’écoutez pas ce que les gens racontent
Je m’adresse a mes frères, n’écoutez pas ce que les gens racontent
Je demande à mes frères de ne pas écouter les hommes véreux

Ahe ce sont les femmes
La femme est un être béni
Être femme ne doit pas se limiter à faire des enfants, on peut aussi travailler, étudier
Profiter de ses enfants, aimer son mari qui l’aime en retour
La femme donne naissance aux riches, aux pauvres, aux chefs d’état
La femme donne naissance aux riches, aux pauvres, aux artistes
Les célébrités
Les chefs d’état
L’époux
L’épouse
Le leader
L’imam
Le maitre de la parole
Tous viennent de la femme

Comme je l’ai dit précédemment, les langues, c’est toute ma vie. A 9 ans, je voulais devenir professeure d’anglais, sans savoir ce que c’était. Mes parents voulaient que je fasse de l’allemand en 6e. J’ai refusé, je leur ai tenu tête. 

Apprendre l’anglais ne m’a jamais posé de problème, j’ai toujours tout compris, comme si cela était inscrit en moi.Je suis donc devenue professeure d’anglais, conformément à mon rêve. 

En 4e, j’ai commencé à apprendre le russe, langue que j’ai adorée. Cet apprentissage m’a même permis de devenir très bonne en grammaire française, à cause des déclinaisons et de la position des mots dans la phrase. Je parle très peu cette langue désormais, ne la pratiquant plus. 

Et, puis sur le tard, il y a 6 ans, j’ai décidé d’apprendre l’espagnol, comme un défi que je me lançais, après avoir appris une langue d’origine germanique et une d’origine slave. C’était un sacré défi pour moi, démarrant de zéro. 

J’ai atteint un bon niveau, et je me lance le défi, à la retraite, d’étudier l’espagnol jusqu’en licence. Mais, un autre défi me guette à chaque fois que je me rends en Espagne tous les deux ans: comprendre ce que disent les Espagnols. Ils parlent trop vite à la vitesse de l’éclair. Sauf que moi je suis plus lente à chercher mes mots et mes phrases. En général, mon problème est que l’anglais vient d’abord.

Mon cerveau est en ébullition avec ces langues! Mais j’adore! 

L’espagnol est bien plus complexe qu’on ne le dit, notamment la conjugaison. J’ai souffert au début de mon apprentissage! 

Mais, en travaillant régulièrement, en suivant des cours, je suis heureuse car j’atteinds un bon niveau. 

Je dois avouer que j’ai des facilités à apprendre les langues grâce à l’anglais. Je comprends facilement les concepts grammaticaux. En tout cas, grâce à l’anglais, je peux aller partout dans le monde, je sais me faire comprendre!! No problem for me…

Je vous donne rendez-vous samedi prochain pour de nouveaux textes à lire de l’atelier d’écriture du blog LA PLUME DE LAURENCE.

Portez-vous bien, prenez soin de vous et soyons ensemble polyglottes!

Créativement vôtre,


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture. L'écriture est devenue ma passion: j'écris des livres pratiques et des romans.

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