Les histoires d’Amanda continuent; elle grandit et a besoin de changement.

Voici pour vous en exclusivité le chapitre 12:

 Enfin un peu de changement

Ma mère et moi vivions dans la maison familiale à Gonzaville, héritée de ses grands-parents après leur décès et restée dans son jus. Le quartier n’était pas adapté à mon jeune âge. D’un côté, vivait un couple sans enfant, les Fouille, incapable d’accepter le statut de mère célibataire de leur voisine. Antoinette, la femme d’à côté, était aigrie et s’adonnait à des commérages sans fin. Son mari était un homme qui s’exprimait peu, sa femme occupait tout l’espace. De l’autre côté, vivait là un couple âgé, les Lecoin, qui avait oublié qu’il avait eu des enfants dans leur jeune temps. En un mot, j’étais la seule enfant du quartier. Situation pas simple à vivre pour une petite fille seule et de surcroît unique.

Ma mère parlait peu à ses voisins. Je ne connaissais pas mes arrière-grands-parents maternels, décédés avant ma naissance. Du côté paternel, c’était la bérézina. Les parents de Thomas , mon père, avaient fermé la porte au nez de ma mère. Ils n’avaient jamais cherché à me rencontrer. Ils habitaient pourtant à moins de vingt kilomètres de chez moi. Maman leur avait envoyé un faire-part de naissance, en espérant une réaction de leur part.

Ma vie n’avait plus rien à voir avec celle de mes arrière-grands-parents ou de ma mère. Tout était différent. Tout allait plus vite. Une seule chose n’avait pas changé : la maison familiale. Celle de mes aïeux. Ma mère n’avait jamais effectué aucun changement. Elle n’appréciait pas le changement. J’avais l’impression de vivre dans un décor d’avant-guerre. Dans un musée en quelque sorte. Cela me faisait peur parfois. Tout simplement parce que rien ne bougeait. C’était comme si ma mère s’était transformée en une statue figée qui avait du mal à suivre son époque. Après ma naissance, Maman n’avait pas cherché à refaire sa vie. Elle traînait une certaine forme de mélancolie, égayée seulement par mes bavardages.

« Dis, maman, tu voudrais pas qu’on change un peu le décor de la maison ? J’ai l’impression de vivre dans une maison musée du début du siècle ! C’étaient les meubles de ta grand-mère, hein pas vrai? Ils paraissent très vieux ces meubles ; ils sont moches ! ! Pourquoi tu n’as jamais rien changé ? », ai-je formulé un dimanche, alors que ma mère regardait son émission fétiche présentée par Michel Drucker.

Elle admit que la maison manquait de fraîcheur. La trentaine bien tassée, ma mère avait toujours vécu dans ce décor empli de souvenirs. Tout changeait autour de nous, sauf la maison. Notre ville s’était considérablement développée et offrait dorénavant un visage de ville de banlieue. Un collège avait été construit. Des supermarchés convoitaient les habitants. Un cinéma tout neuf projetait les derniers films de la capitale. Les pavillons se construisaient à la belle. Les trains larguaient leurs banlieusards dans la capitale. Ma mère, elle, était toujours caissière dans la même supérette de quartier depuis vingt ans.

Les apparences pouvaient parfois être trompeuses. Cachotière comme à son habitude, la semaine suivante, elle m’emmena faire le tour des magasins d’ameublement de la ville. Moi, je voulais des meubles modernes, au goût du jour de ce début des années 80. Ma mère, fidèle à son époque de prédilection, préférait la mode des années 60, 70. Cela lui rappelait sans doute des souvenirs d’une époque heureuse. Elle aimait la culture pop colorée, comme au temps de sa jeunesse, encore insouciante. Pour notre nouvelle décoration, elle opta de combiner les couleurs les unes aux autres pour créer des motifs originaux dans chaque pièce, sauf dans ma chambre. Elle choisit également des papiers peints aux motifs et formes psychédéliques. C’était la première fois qu’elle se mettait à décorer. Pour ma chambre, je choisis un papier-peint orange avec une grande armoire de style moderne. Je suppliais ma mère de troquer mon vieux bureau de récupération en bois foncé contre un secrétaire en bois plus clair et plus fonctionnel.

Au fil des semaines, la maison familiale se transforma en une demeure plus accueillante à mes yeux. Pour un temps, les travaux apportèrent de la gaieté au sein de notre duo mère-fille. Les couleurs vives qui ornaient désormais les murs apportaient de la gaieté. Néanmoins, ma mère ne s’était pas résolue à se débarrasser des vieux meubles de sa grand-mère. Je me félicitais d’avoir persuadé ma mère d’opérer ces changements. Je voyais dans l’éclat de ses yeux qu’elle aussi était satisfaite. Nous avions l’impression de vivre dans une nouvelle maison.

Comme toujours, Maman avait voulu me faire plaisir en modifiant le décor de la maison. C’était peu. C’était un grand pas pour elle. Je m’en souviens bien, je finissais ma première année de collège.

Rendez-vous est pris vendredi pour la suite des aventures d’Amanda.

D’ici là, profitez bien de votre semaine et couvrez-vous.

Portez-vous et surtout prenez soin de vous!

Créativement vôtre,

Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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