Je sais que vous attendez avec impatience la suite des aventures d’Amanda. Le mardi, ça concerne l’enfance. Dans le chapitre 16, elle vous révèle un secret bien gardé jusque-là!

Mes familles par procuration

J’ai toujours fêté mes anniversaires, seule avec ma mère. Il ne me serait pas venu à l’idée d’inviter des copines de classe à la maison. Ma mère appréciait peu la compagnie et le bruit. En retour, je n’étais que rarement reçue chez les autres.
J’avais plus ou moins honte du métier de ma mère, caissière et je ne pouvais pas parler de mon père, que je n’avais pas connu et des autres membres de ma famille proche, tous décédés. Il n’y avait que nous deux. A chaque rentrée scolaire, le même scénario se répétait :

« Votre nom, mademoiselle ? », chaque professeur demandait inlassablement.
« Amanda Laviche. »
« Métier de vos parents ? »
« Ma mère est caissière dans un supermarché. Mon père est mort, Madame. »

Cette phrase jetait invariablement un blanc et tous les yeux se tournaient alors vers moi.

« Nombre de frères et sœurs ? »
« Je suis fille unique. »

‘Encore une mère célibataire ou une hippie des années 60’ devaient être les commentaires de mes professeurs quand j’énonçais ma courte biographie. Ce CV prononcé à voix haute m’isolait invariablement du reste de mes camarades et m’identifiait comme persona non grata. Ma mère ignorait que se reproduisait pour moi le schéma qu’elle-même avait vécu dans son enfance durant sa scolarité. Je taisais tout. Je ne voulais surtout pas inquiéter ma mère en lui révélant que j’avais très peu de copines. Je préférais s’en remettre à ma petite chienne, Kobi.

A défaut d’avoir de vraies amies, je m’étais inventé un monde de personnages en papier depuis ma plus tendre enfance. Bien que ma mère suivît peu la mode, elle adorait se procurer les catalogues de vente à distance. Pour mon plus grand bonheur. Je la soupçonnais de le faire exprès. Elle avait peut-être découvert mon jeu secret. Pourtant, je le cachais bien.
Je découpais des personnages dans les catalogues et j’inventais des familles que j’éparpillais sur mon lit, quand je n’avais pas cours. Je choisissais des vêtements ; ils étaient forcément à la dernière mode. J’imaginais alors des scénarios et je faisais vivre ces héros de papier comme de vraies personnes. Je leur donnais vie comme à des marionnettes, sans fil et statiques.

Ça bougeait simplement dans ma tête. J’adorais inventer des vies à mes compagnons. En fait, j’inventais tout ce que moi-même je ne pouvais pas vivre. Dans certaines des familles, les enfants avaient des frères et des sœurs. Ils ne se disputaient jamais et aimaient jouer ensemble. Dans d’autres familles, les parents avaient des métiers prestigieux à mes yeux d’enfant : avocat, médecin, professeur, dentiste, ministre…
Je faisais vivre à mes compagnons tout ce que je n’avais pas : une famille, de beaux vêtements, de belles demeures, une belle entente, des vacances luxueuses à la plage l’été et au ski l’hiver des domestiques pour entretenir leur maison. Moi, je vivais dans une petite maison et je ne partais jamais en vacances.

Je pouvais jouer pendant des heures, quand ma mère travaillait. Je connaissais bien ses horaires. Quand c’était l’heure de son retour, je rangeais soigneusement tout mon monde pour le mettre à l’abri. Comme si de rien n’était. Je ne savais pas si ma mère aurait pu comprendre mon engouement pour des êtres de papier. Je n’avais jamais aimé jouer avec des poupées. Il fallait bien que je m’invente un autre monde imaginaire.
Souvent, je reproduisais des histoires que j’avais lues dans mes livres. C’était en fait mes deux occupations préférées : lire et découper les catalogues de mode. Ah, mais j’oubliais : j’aimais bien lire aussi les magazines sur les chanteurs.

A huit ans, j’étais amoureuse de Joe Dassin.
A douze ans, mon cœur a chaviré pour C.Jérôme.
A quatorze ans, les Rubettes ont fait capoter ce qui restait de mon organe respiratoire. Là, j’ai carrément craqué.
A partir de seize ans, j’ai viré ma cuti. Je me suis mise à écouter des chansons à textes, du style Georges Brassens, Jacques Brel. Les groupes anglo-saxons alternaient avec les Français : Queen, Eagles, Earth Wind and Fire et compagnie.

Avant la fin du collège, j’ai dignement enterré mes personnages de papier.

Amanda grandit et commence à s’affirmer dans ses goûts. Vous aurez la suite des aventures d’Amanda vendredi. Le vendredi, c’est avec son mari!

Belle lecture à vous

Portez-vous et surtout prenez soin de vous!

Créativement vôtre,

Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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