Comme le disent si bien les jeunes, je suis “à la ramasse” en ce moment. Des copies à finir de corriger, les dernières choses à régler pour finir la semaine de cours dans la joie et la bonne humeur avant les vacances bien méritées!

Voici le chapitre 30 des aventures d’Amanda pour vous délecter en cette soirée d’hiver lumineuse:

Ma mère fut diplômée à la fin de sa formation de neuf mois. Elle réussit son CAP d’aide-comptable du premier coup. J’étais fière d’elle. Elle allait pouvoir changer de travail. Exercer un métier moins ingrat. Je m’inquiétais pour elle quand elle devrait passer un entretien d’embauche. Elle ne l’avait pas fait depuis tant d’années.
En fait, elle ne se sentait pas à la hauteur. Elle se sentait diminuée face aux patrons. Elle préférait garder pour elle ses angoisses. Elle essayait de les maîtriser, de les ranger dans une boîte. Elle ne faisait illusion qu’auprès d’elle-même.
Elle commença néanmoins à répondre à des annonces d’emploi. Je la poussais pour qu’elle change de métier le plus vite possible. Elle ne me disait rien mais ses regards en disaient plus long qu’elle n’aurait voulu.

En rentrant du lycée une après-midi, elle secoua un bout de papier :

« Ça y est, j’ai décroché un emploi. Je suis aide-comptable maintenant. J’ai trouvé un poste dans le magasin de bricolage, tu sais, celui à côté de la gare », me dit-elle avec un sourire radieux.

J’étais vraiment fière d’elle et aucune parole n’aurait pu remplacer ce sentiment qui m’envahissait. Je lui claquai une grosse bise.

« Maman, on va fêter ton diplôme dignement. Ce soir, c’est moi qui t’invite à la crêperie. Je vais prendre sur ma cagnotte. Ne dis pas non, j’appelle tout de suite pour réserver. C’est génial, j’ai attendu ce moment tellement longtemps. Pépé et Mémé seraient fiers de toi, tu sais ! ».

Je possédais un petit trésor. Je donnais des cours d’anglais et de français à des collégiens pour qui la langue de Shakespeare s’apparentait plus à du chinois. Moi, j’apprenais ainsi mon métier et eux ânonnaient ce qu’ils pouvaient avec un accent à couper au couteau. J’adorais donner des cours et en plus, je me faisais un peu d’argent pour acheter des livres, des vêtements et payer mon abonnement de carte orange. C’était un avant-goût de ma future vie.

« Allez Maman, on trinque à ta réussite et à ta nouvelle vie. L’année prochaine, ce sera à mon tour quand j’aurai le bac. Avec mention, bien sûr ! », affirmais-je sûre de moi.
« A ta réussite à toi ma chérie, je n’en ai jamais douté depuis le jour où nos yeux se sont rencontrés ».

Je reconnaissais bien ma mère dans ce geste. Elle ne pensait qu’à moi et visait ma réussite. Nous étions fières l’une de l’autre. Nous laissâmes le silence flotter autour de nous. Ma mère n’était pas connue pour être une grande causeuse, même avec moi. J’étais persuadée qu’elle pensait instinctivement qu’après le bac, elle se retrouverait un peu plus seule dans la maison.
Il n’y avait pas d’université à Gonzaville. Il fallait bien que je m’éloigne dans la capitale pour étudier. La seule chose que j’avais envie d’imaginer pour l’instant, c’était d’avoir mon bac. Je refusais de me projeter plus avant. J’avais dix-sept ans et il allait falloir que je prenne mon envol dans un peu plus d’un an. Je n’irai pas si loin que ça et je deviendrai une Parisienne ! Bon, ça va, je rentrerais tous les soirs dans mon petit train gris de banlieue et je me transformerais en une banlieusarde. « Métro, boulot, dodo » deviendrait ma devise pour quelques années d’études.

Je venais de prendre conscience, le soir où nous célébrions la réussite de ma mère, que ma vie allait changer dans quelques mois. Je ne craignais pas le changement, mais là, ce serait comme un saut dans le vide, du haut d’une falaise à donner le vertige aux plus téméraires. Et j’avais un sérieux vertige !
Je hochais la tête, perdue dans mes pensées, tout en regardant ma mère savourer sa galette de blé noir. Elle se régalait et j’étais aux anges. C’était la première fois que je pouvais l’inviter.


Je vous donne rendez-vous vendredi pour lire le chapitre 31.

D’ici là, portez-vous bien, freinez votre envie de chocolats et surtout, continuez à faire attention à vous!

Créativement vôtre,


Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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