Noël est là, à nos pieds. Pour Amanda aussi, c’est Noël avant l’heure!

Je vous livre le chapitre 33, qui rappellera sans doute des souvenirs émouvants à certains parents:

Douze heures de travail à souffler comme un bœuf. Je perds les eaux à quatre heures du matin. Direction la maternité en quatrième vitesse. Court trajet car l’hôpital se situe à l’autre bout de la ville. Je suis prise en charge tout de suite par une sage-femme du service. Max repart, il a besoin de dormir encore et de prendre un solide café.
Fidèle à la promesse qu’il m’a faite au début de ma grossesse, il n’assistera pas à la naissance du bébé. Il se sent trop émotif, explique-t-il à qui veut l’entendre. Il ne veut pas s’évanouir à la vue de tout ce sang. Cela casserait son image d’homme viril qu’il s’est construite au fil des années. Il n’accepte aucune fêlure dans le personnage qu’il affiche devant tout le monde.

La sage-femme s’affaire autour de moi. Je sais que je vais accoucher par le siège. Le docteur Mandrin l’a confirmé la semaine passée, après avoir essayé une tentative pour remettre le bébé dans le bon sens. Sans effet, un mauvais moment à passer pour moi.

« Ne vous inquiétez pas, ça va passer ! », m’a-t-il dit pour me rassurer, quand j’ai insisté pour avoir une césarienne, comme s’il parlait de la largeur d’un pont à traverser. Pas rassurant tout de même !
J’ai la vague impression, à travers mon masque à oxygène, que je sers de cobaye. Je vois plein de visages inconnus, en train de scruter mes parties les plus intimes. Je m’offre à la vue de tous, avec mes cris de hyène en prime.

« Ne vous inquiétez pas, ce sont des élèves sage-femmes et des internes. Ils n’ont jamais vu d’accouchement par le siège », tente de me rassurer le gynéco.
Je hais cet homme, d’abord il ne me rassure pas du tout et ensuite, parce qu’il m’impose une chose pour laquelle personne ne m’a demandé mon consentement. Je l’aurais giflé sur place si j’avais pu me lever ! Il n’a aucune éducation ce type et je l’enverrais bien griller en enfer avec les douleurs qui me transpercent les entrailles. Elles deviennent difficilement supportables. C’est comme si on me triturait de partout avec des tenailles. Je ne contrôle plus rien. Je n’ai plus la force de pousser. Je suis seule avec ces soi-disant-spécialistes-à-la-noix- observateurs- de-la-naissance.
Je sens que je vais mourir sur place et que le bébé va me suivre dans cette funeste destinée. Je ne sens plus rien. Je suis crevée. Ma mère est venue directement de son bureau pour me soutenir, maudissant mon mari tout bas. Je flotte, je n’entends presque plus rien.
Et tous ces gens qui me scrutent comme un cas d’étude, une bête de foire, comme un cas spécial, du rarement vu au service de la maternité de Gonzaville. Le spectacle du zoo est gratuit, profitez-en bien messieurs dames, il ne va pas durer éternellement.
Ma mère me caresse, me passe un linge humide sur le front, me rassure par sa voix douce. Je vois bien qu’elle est inquiète. Je pleure, elle aussi. Comme je n’ai plus de force au bout de douze heures, la sage-femme renonce à me dire une énième fois « Poussez Madame Berneuil ». Elle s’installe sur mon ventre, prend son élan et appuie dessus d’un coup fermement. Je délivre mon colis manu militari. J’entends vaguement des petits cris dans un lointain vaporeux. Ça doit être mon fils, car je sais que c’est un garçon. La confirmation est tombée lors de la dernière échographie. La nouvelle n’a pas ému Max plus que cela.
Je crie pour qu’on me dépose mon fils sur le ventre. Je veux le voir, le sentir, le toucher, ce petit bout à moi.

« Non, ce n’est pas possible, Madame Berneuil. Vous êtes épuisée. Reposez-vous un peu et on vous amènera votre petit dans votre chambre à votre réveil », la sage-femme m’ordonne, en pensant qu’à me faire du bien. Je la déteste.
Je pleure. Je deviens une fontaine à larmes. Je suis obsédée par mon bébé. Ma mère me rassure en me confirmant que tout va bien, qu’elle a vu son petit-fils, qu’il est en parfaite santé, que c’est un solide gaillard.
On me débranche après la délivrance. On m’emmène dans ma chambre et je sombre dans un sommeil, loin d’être léger. J’ai du mal à bouger. Je suis recousue sur plus de quinze centimètres. J’ai envie d’aller aux toilettes, mais je ne peux pas me lever. Ça tiraille de partout. Je me sens comme une loque qui voudrait laver le sol mais qui ne peut pas, trouée de partout. Max n’est venu que tardivement. On lui a fait dire que j’avais besoin de me reposer avant tout.

Il arrive, fier comme un paon, en compagnie de la tribu Berneuil, pressés de voir le dernier héritier de la famille. Ils voient leur petit-fils avant moi. Je les déteste aussi.
Enfin, on me pose mon petit Sébastien sur mon ventre. Une onde d’amour incroyable m’envahit. Je deviens une mère louve à la seconde où je pose mon regard sur mon fils. Je l’aime tout de suite d’un amour incommensurable. Il n’y a plus que lui qui compte désormais dans ma nouvelle vie.
Je suis heureuse, plus que je ne l’ai jamais été. A cet instant, je n’attends plus des autres qu’ils me rendent heureuse. J’ai reçu le plus beau des cadeaux en ce samedi 11 novembre 1994 : quatre kilos et cinquante-trois centimètres.


Amanda et moi, nous vous souhaitons un JOYEUX NOEL, que vous soyez en famille, entre amis ou seule-seul. Je pense à vous et je vous remercie du fond du coeur de me suivre fidèlement dans les aventures d’Amanda.

Créativement vôtre,


Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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