Voici venu le temps de la suite des aventures d’Amanda.

Voici venu le moment de célébrer un grand jour!

Voici venu le temps du chapitre 38: la fin de l’adolescence

Le Bac, le Bac…ça y est…Je suis devenue bachelière. La plus heureuse entre ma mère et moi le jour des résultats, c’était elle. Elle était fière comme Artaban. Rien ne pouvait la rendre plus fière de sa fille. J’avais atteint un niveau inatteignable pour elle. D’un coup, je redorais le blason de sa famille aux origines humbles.
Devant le panneau des résultats, je cherchais d’abord mon nom dans ceux qui avaient échoué. Ma mère m’avait trouvée avant moi. Comme ce n’était pas son genre d’exulter, encore moins en public, des larmes coulaient sur son visage à peine ridé par la quarantaine.

« Bravo ma fille » furent les seuls mots qu’elle put prononcer.

Moi, je voyais les portes de l’université grandes ouvertes, un avenir tout tracé avec Simon, soit en France, soit en Angleterre. Plutôt dans son pays à vrai dire. Je voyais demain plus nettement avec le Bac en poche. Je me détendais, même si je n’étais pas complètement sereine.
C’était mon jour. J’envahissais tout l’espace. Ma mère se contentait de me regarder béatement, au point que j’ai pensé à un moment que je m’étais transformée en extra-terrestre. C’est plaisant le succès. Il arrive sur la pointe des pieds, se laisse attraper, occupe tout le terrain. On finit même par s’y habituer. Les lendemains sont loin d’être enchanteurs. La réalité et la vie quotidienne ont vite fait de nous rattraper !

Quand nous sommes rentrées à pied chez nous, ma mère versait encore quelques larmes.

« Ça va, Maman ? » lui demandais-je en connaissant d’avance la réponse.
« C’est le plus beau jour de ma vie, enfin, après le jour de ta naissance. J’ai attendu ce moment depuis le premier jour où j’ai posé mes yeux sur ta petite frimousse. J’ai tant rêvé de ce moment que j’ai l’impression que je suis passée dans une autre dimension. Tu te rends compte…dix-huit ans pour que mon rêve de réussite pour toi devienne réalité. C’est incroyable, non ? ».
« Je vais appeler Simon pour lui annoncer. Lui, il a eu l’équivalent du bac anglais l’année dernière, tu te rappelles. J’ai tellement hâte de le revoir si tu savais et de passer mon été chez lui ».
« Tu sais, c’est compliqué pour moi de te voir profiter comme ça de ta liberté. Je ne vais pas faire ma rabat-joie. C’est un jour de bonheur. On a toujours vécu ensemble et te voir partir si longtemps me chagrine. Je sais bien que je ne peux pas te retenir. Mais tu occupes une telle place dans ma vie qu’elle va me sembler bien vide. »

Je n’ai rien répondu, car ma mère me faisait mal au cœur. Je ne pouvais rester vivre dans la région juste pour elle. Il fallait bien que je vive ma vie. Je ne la mettais pas de côté. Je partageais presque tout avec elle. Je l’avais toujours entourée, soutenue et je lui avais toujours témoigné de l’affection. C’était normal.
Avec son sourire désarmant, Nicole se rendit compte en ce jour de réussite qu’elle allait devoir aussi réinventer sa vie sans sa fille à ses côtés en permanence. Je savais qu’elle prenait les directions de ma vie en pleine face et qu’entre mon bac début juillet et mes dix-huit ans à fêter fin août, rien d‘autre ne comptait pour elle. Elle me voyait toujours comme sa petite fille. Je ne pouvais pas le lui reprocher. Mais, la vie continuait de tourner en dehors de ces deux événements. Je faisais tout pour aplanir mon départ proche : je l’aidais au jardin, je faisais les courses, je passais du temps avec elle. Je voyais bien que les silences de ma mère se faisaient plus longs, qu’elle n’arrêtait pas de me demander si j’allais bien, ou la date de mon départ, ce que j’emmenais dans ma valise, si j’avais bien acheté mes billets, si je les avais toujours, si j’avais bien pris des vêtements chauds au cas où car en Angleterre, on ne savait jamais avec la météo, ça pouvait changer vite, si j’avais bien mon stock de pilules pour ne pas tomber enceinte. C’était une de ses plus grandes frayeurs.
Je ne relevais pas. Je comprenais, même si c’était parfois pesant pour moi. D’habitude, ma mère gardait son ressenti pour elle, mais c’était comme si mon bac lui avait ouvert des vannes. J’essayais de faire taire ses angoisses, que ce n’était pas la première fois que je partais rejoindre mon petit copain, que j’allais pouvoir parler anglais tout le temps et travailler mon accent, vu que personne ne parlait français à part Simon, que ça allait me faire du bien de pratiquer pour l’université début octobre.

« Tu sais », continua-t-elle, « la vie d’un parent, ce n’est pas toujours facile. C’est déstabilisant de voir son petit quitter le nid, même si on sait qu’il doit partir un jour. Je n’ai pas vu toutes ces années passer. Elles ont défilé à la vitesse de la lumière. Je n’ai rien vu, même si j’ai profité de toi. Ça va être un grand chamboulement ton départ. Après, tu ne seras plus la même personne. Quand on est jeune, c’est grisant de changer de peau. Mais, pour une mère, c’est plus compliqué. C’est une épreuve que je vais devoir affronter seule. Je me sens fragile d’un coup, alors que tes résultats tout à l’heure m’avaient revigorée. »

J’écoutais ma mère avec une grande attention. Il était rare qu’elle fasse des confidences sur elle-même. Je prenais ça pour une marque de confiance. Elle avait du mal à saisir que la vie pouvait continuer, même après mon départ. J’entendais son besoin de ma présence et je ressentais de l’empathie envers elle. J’avais une maman parfaite, c’est sûr. Mais, à l’intérieur de moi, je bouillonnais de l’été que j’allais vivre. J’étais surexcitée comme une puce.
Après ces paroles touchantes, je la pris dans mes bras pour un gros câlin et un gros bisou bien sonore. Il était grand temps de célébrer ce foutu Bac ! C’était l’occasion de désamorcer l’émotion palpable entre nous.



 
 

La vie est ainsi faite: certains restent, d’autres partent! On ne peut jamais les retenir!

Il faut continuer à vivre vaille que vaille!  

Je vous donne rendez-vous pour le chapitre 39 vendredi.

 D’ici là, portez-vous bien et surtout continuez à prendre bien soin de vous. C’est le plus important par les temps qui courent!   


Créativement vôtre,


Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE   


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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