J’essaie de tenir l’engagement que j’ai pris avec vous, à savoir, publier 2 chapitres par semaine de mon roman en épisodes.

Je remercie chaleureusement celles et ceux, notamment Isabelle et Claude,  qui prennent de leur temps pour rectifier mes bévues. Comme certaines lectrices et électeurs m’en ont fait part, ça va mal tourner pour ce couple ….mais, pas tout de suite! Autrement, il n’y a plus de roman! 

Voici le chapitre 6: Tommy la cahute

Ma mère ne m’a jamais rien caché sur mon père, mort avant ma naissance.
Tommy la cahute était le surnom de Thomas Lavergne. Enfant, il construisait des cabanes partout, surtout dans les bois proches de chez lui. Il avait bien changé depuis cette époque. Depuis quelques temps, il vivait dans la mouvance des années soixante. Insouciant, libre, jouissant de toutes les ouvertures possibles de cette décennie sans précédent. Il avait quitté sa famille, dès sa majorité atteinte à vingt-et-un-ans. Il ne souhaitait plus subir le joug de son paternel ni les jérémiades incessantes de sa mère. Il voulait être LIBRE !!

« Libéré, délivré
Je vais tout quitter
Pour aller à Paris
Vivre ma vie.
C’est trop chouette
Saperlipopette
De faire c’qu’on veut
Et être heureux », chantait Thomas dans le train qui l’emmenait vers sa nouvelle vie.

Un matin donc, il partit pour la capitale, trainant un baluchon léger, laissant derrière lui son passé. Il désirait plus que tout vivre léger. Il n’avait aucun domicile fixe, encore moins de copine attitrée. Il vivait au gré du vent, des rencontres et de ses envies. Il écoutait du rock venu d’Angleterre, les Beatles, les Rolling-Stones ou des Etats-Unis, comme les Pink Floyd ou The Velvet Underground.
Il dormait chez ses potes, faisait des séjours plus ou moins longs dans des communautés en Ardèche ou au Larzac où s’étaient installées certaines de ses connaissances. Il vivait de bric et de broc et s’en satisfaisait pleinement. On ne pensait pas à la retraite à cette époque. Il refusait d’avoir une vie calme, ordonnée et stable à l’image du modèle familial que représentaient ses parents.
Thomas parlait beaucoup de voyage, notamment aux USA, terre promise à ses yeux. Il avait adoré « Sur la route » de Jack Kerouac et rêvait ardemment d’arpenter la traversée décrite dans le roman. Cela lui convenait bien puisqu’il rejetait l’ordre établi, la société de consommation, le système capitaliste et le conformisme, valeurs qu’il trouvait bourgeoises. Il aimait vivre en marge de la société et le revendiquait haut et fort.
Tom participait aussi à toutes les manifestations contre la guerre du Vietnam et assistait régulièrement à des sit-in devant l’ambassade américaine, avenue Gabriel à Paris. On le reconnaissait facilement dans la rue : il avait adopté toute la culture vestimentaire hippie. Il attirait les regards outrés des passants d’un certain âge. Il s’en moquait éperdument. Il revendiquait son appartenance à ce nouveau groupe en se vêtant de fringues amples et très colorées, comme les pantalons à pattes d’éléphant, se chaussant de sandales hiver comme été, comme pour se croire déjà en Californie !
Il avait collé toutes sortes de symboles sur ses jeans délavés : des coquillages, des symboles de paix en strass et des fleurs bucoliques. Il refusait de se faire couper les cheveux, qu’il tenait avec un bandeau sur le devant. Il se laissait pousser la barbe qu’il ne taillait plus.
Ses parents, s’ils l’avaient côtoyé à cette époque-là, auraient pris son apparence pour un affront. Tom voulait choquer, être original et se foutait pas mal des regards obliques que les autres lui lançaient. Ils trouvaient quand même que ce jeune homme avait une petite gueule bien sympathique.

Puis, un jour, de retour dans sa ville natale pour un meeting, il fit la connaissance d’une jeune femme, attirante, mignonne et en tomba amoureux, mais à la façon hippie. Il l’avait prévenue tout de suite : il n’avait aucune intention de s’installer dans une vie de couple. Et encore moins d’avoir des enfants. Il voulait vivre une sexualité libre.
C’était en réalité plus facile pour les garçons que pour les filles en ce temps-là, car la pilule n’était pas encore tout à fait accessible à toutes les jeunes filles en France en 1968. Qui s’en souciait de toute façon ? Ils se sentaient tous libérés des contraintes. Malheureusement, certaines filles se retrouvaient malgré tout mères du jour au lendemain, sans pouvoir épouser le père hippie de leur futur enfant parti voguer pour d’autres aventures.

Thomas rencontra ma mère lors d’une soirée particulièrement arrosée d’alcool et de LSD. C’était une réception débat où tout le monde discutait des engagements des uns et des autres, qui distribuerait des tracts à tel endroit ou qui manifesterait dans tel lieu. Nicole était novice dans ce mouvement hippie et se sentait un peu perdue.
Elle était venue à cette soirée pour voir en curieuse, pour aider parce qu’elle était d’accord avec les idées des jeunes de sa génération. Elle avait vingt-trois ans et se sentait pleine de vie. C’était l’été, elle était heureuse et profitait de ses vacances pour arpenter Paris. Elle n’avait eu, jusque-là, que des amourettes sans lendemain et sans danger car sa grand-mère avait toujours veillé au grain. Mais, à son âge, il était grand temps pour Nicole de sortir de sa campagne et de sa coquille.

« Salut beauté, tu viens danser ? » proposa Thomas sur un ton suave, qui prouvait qu’il n’avait pas bu que de l’eau.
« Je sais pas danser », avoua Nicole sur un ton timide.

Elle était adorable dans sa mini-jupe à la Mary Quant. Tom était conquis. Il savait qu’il passerait une belle soirée en sa compagnie. Il sentait que la fille qui se tenait devant lui n’avait jamais couché avec un gars. Il était ravi à l’avance de lui apprendre les rudiments du sexe. Qui parlait d’amour ? Heureusement, elle ne jouait pas la vierge effarouchée. Elle avait un certain aplomb malgré son apparente timidité.
Nicole se demandait quand même où sa collègue l’avait emmenée. Elle apercevait des couples enlacés, des gens dénudés qui dansaient au rythme du rock déchainé et de la fumée gênante. L’alcool coulait à flots.

« Tu me plais, tu sais, Nicole, j’ai envie de toi ». Thomas s’enhardit avec sa partenaire, un peu réfractaire au début.

Arriva ce qui devait arriver. Nicole se retrouva enceinte. Au moment de lui annoncer la bonne nouvelle, Thomas avait disparu. Elle fit le tour de ses planques et de ses amis. Aucune trace.

Enceinte de six mois, elle se rendit au domicile de monsieur et madame Morin, les parents de Thomas à La Rochelle. Elle fut accueillie avec froideur.

« Rien ne nous prouve que notre fils est le père de cet… », la mère a répliqué sèchement. « Vous n’aurez rien de nous, si c’est ça que vous voulez. On n’en veut pas de votre moufflet. Thomas est mort, pour votre gouverne ».

Elle claqua la porte sur ces mots.

Ma mère ne put se confier à personne, n’ayant ni frère ni sœur, ni amie intime. Sa grand-mère Mireille était décédée quelques mois auparavant. Elle décida avec vaillance d’affronter le sort qui lui tombait dessus.

Je vous rendez-vous vendredi pour le chapitre 7, en espérant que vous appréciez cette histoire. Ce n’est pas simple du tout d’écrire un roman pour la première fois!Je vous remercie de votre bienveillanceet de tous vos petits messages qui m’encouragent!Potez-vous bien et surtout prenez soin de vous!

Créativement vôtre,

Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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