Voici venu le chapitre 8 de mon roman en épisodes. Je profite de cette newsletter pour répondre à certaines des questions qui me sont posées:- j’ai un titre pour mon roman que je ne dévoilerai qu’à sa publication- je connais la fin et le sort d’Amanda au fil des pages- je n’ai pas encore écrit la fin; j’en suis, je pense, à la moitié de l’écriture.Je vous remercie, tn tout cas, de me lire et de m’envoyer des messages d’encouragement ou de remerciement.- j’alterne des chapitres courts et des chapitres plus longs. Voici le chapitre 8:  –
L’amour d’une mère



J’ai grandi dans le petit pavillon familial à Gonzaville. Je suis née à six heures du matin précisément le 25 août 1969, à l’hôpital de la ville. Je pesais trois kilos et je mesurais 48 centimètres.
J’étais un bébé tranquille, je pleurais peu, sauf pour téter. Ma mère adorait ma petite fossette rieuse sur le menton. Je me trouvais souvent dans ses bras. Elle m’adorait.
« Coucou, ma petite chérie. Tu as bien dormi ? Oh, tu es toute fripée ; tu as dû faire de beaux rêves… ».

Nicole n’avait plus que moi. Elle avait perdu ses parents pendant la guerre et ses grands-parents étaient décédés avant ma venue au monde. Dès le début, ma mère m’installa dans sa chambre aux murs ornés de motifs floraux anciens. Elle ne pouvait se résoudre à me laisser dormir seule. Elle avait accroché des images de poupées et installé un petit ourson tout mignon dans mon berceau. La sage-femme, Rosalie, venait à domicile deux fois par semaine pour conseiller et aider ma mère dès le début de la grossesse et après ma naissance. Elle lui répéta à plusieurs reprises :

« Pensez à aérer souvent votre chambre pour que le bébé développe bien ses poumons. C’est vraiment important. C’est vraiment important. Ça pourrait lui nuire. Vous vivez dans une vieille maison, ce n’est pas sain pour un nourrisson, vous vous doutez bien !».

Cette professionnelle de la maternité se considérait comme une transmetteuse prolixe de ses savoirs. Elle avait accumulé de longues années de pratique. Elle restait persuadée que sa méthode se révélait de loin la meilleure. Elle appréciait les mères qui suivaient ses conseils et ses recommandations à la lettre.
Nicole avait une autre façon de penser et de voir les choses. Les années 60 étaient passé par là. Elle appréciait peu les avis stricts et les sempiternels conseils de la sage-femme. Ça lui rappelait trop ses années d’école. Elle se sentait capable d’élever sa fille, même sans expérience.

« Nicole, vous devriez savoir, car je vous l’ai répété à chacune de mes visites depuis la naissance de votre fille, que les couches mouillées causent des rougeurs sur les fesses des bébés, qui peuvent se transformer en érythèmes fessiers. Pensez à tirer votre lait à l’avance. Il faut qu’Amanda s’habitue au biberon, sinon, ça sera plus dur après, croyez-moi !».

De surcroît, la sage-femme était curieuse de nature. Elle ne se gênait pas et aimait poser des questions sur les pères qu’elle ne voyait que trop rarement.
« Et votre mari, il fait quoi au juste ? Même quand je viens le soir, je ne le vois jamais ! C’est bizarre tout de même. Il doit sûrement travailler beaucoup !».

Maman évitait toujours de fournir une réponse. Elle ne voulait pas mentir ni révéler la vérité. Les gens avaient encore pour habitude de rejeter les mères célibataires, même à cette époque. Les voisins l’acceptaient sans difficulté car ils avaient connu ses grands-parents, des personnes respectables qui avaient toujours habité là.
Cette situation intriguait Rosalie. Elle échafaudait des théories à la mords- moi le nœud. Elle aurait bien aimé connaître le secret qui présidait à ma naissance. Il est vrai que peu de pères s’occupaient de leurs enfants. Ils travaillaient de longues heures en général.
Pendant les premiers temps de sa présence rue de Montubois, elle tenta bien de tirer les vers du nez de ma mère. En vain. Ce qui l’agaçait. Rosalie était auprès de ma mère pour conseiller, aiguiller, surtout faire des reproches. Elle n’avait pas sa langue dans sa poche. A l’approche de mon troisième mois, elle se mit à grommeler un matin, alors que sa mission touchait à sa fin :

« J’espère que vous lavez le linge de la petite avec du savon de Marseille et non pas avec de la lessive en poudre. Et à la main, pas en machine. Ne vous avisez pas non plus de donner au bébé ces fameux petits pots à la mode comme on commence à en voir un peu partout, quand je serai partie. On ne sait pas ce qu’ils mettent dedans, plein de produits chimiques, c’est sûr. C’est mauvais pour la petite Amanda ! ».

Ma mère préférait ignorer les reproches habituels de la sage-femme. Elle n’avait rien à se reprocher. Elle faisait tout ce qu’elle pouvait pour s’occuper de moi dignement. Elle vivait seule et il est vrai qu’elle se sentait parfois un peu débordée par le fatras de linge à laver certains jours. Nicole était une femme de vingt-cinq ans qui ne supportait plus que les autres guident sa vie. Être une mère célibataire ne faisait pas d’elle une mère incapable, aurait-elle voulu hurler à la face de la sage-femme. Ses grands-parents, Mireille et Pierre, l’avaient élevée avec la plus grande dignité. Elle en avait toujours été reconnaissante.

« J’ai passé l’âge qu’on me bride et qu’on me dise quoi faire pour ma fille. Hein, ma puce, tu es d’accord avec moi, pas vrai ? Je vais t’élever comme j’en ai envie. Toutes les deux, on va faire un super duo. Je vais me battre pour toi. J’ai survécu à la guerre, ce n’est pas pour me laisser dominer par une sage-femme aux idées arriérées. Qu’est-ce qu’elle peut comprendre d’ailleurs à la jeunesse celle-là ? Je me le demande bien ! » me confiait-elle.

Rosalie se vouée corps et âme à son métier. Elle ne vivait que dans cette optique et ne comprenait pas son époque :

« Vous avez eu votre révolution, vous les jeunes ! Qu’est-ce que vous avez gagné, hein, je vous le demande ? Ce bandit de Coben-Bendit, c’est à cause de lui que tout ça est arrivé. Je suis bien contente qu’il soit exilé, celui-là », éructait-elle à chacune de ses visites.
« Ce n’est pas avec ce genre d’idées que vous allez pouvoir élever votre fille, Nicole, je vous le dis, moi, vous prenez un mauvais chemin. Elles sont perverses vos idées. Si vous mettez ça dans le crâne de la petite, elle ne fera rien de sa vie, à coup sûr. Je vous le prédis ! ».
« Ne vous inquiétez pas, Rosalie. Ma fille aura une vie meilleure que la mienne. Elle, au moins, fera des études, de grandes études », ma mère argumentait tout en douceur face à ces propos hargneux. « Elle aura un vrai métier, ma fille. Elle fera ce que je n’ai pas pu faire. Elle ira loin, croyez-moi, je le sais au fond de mon cœur ».

Ce jour-là, ma mère claqua la porte quand la sage-femme partit avec un grand ‘ouf’ de soulagement.

« Toi, tu feras ce que tu veux dans la vie. Je me sacrifierai pour te payer des études. Tu ne seras pas caissière comme moi à gagner trois francs six sous. Je ne veux pas de ça pour toi, ma chérie. Ce n’est pas parce que tu n’as pas de père que tu ne peux pas réussir. Je me suis fait la promesse quand Mémé est morte que quand j’aurais des enfants, ils auraient une autre vie que la mienne. Je ferai ce qu’il faut pour que tu t’élèves dans la société. Je ne veux pas que tu commences au bas de l’échelle comme moi. C’est trop dur. Tu es trop belle ma puce pour connaître une vie comme la mienne. Je t’aime de tout mon cœur mon petit ange. Dors bien… »

J’espère que vous aurez apprécié la lecture. Vendredi, je vous enverrai le chapitre 9. Vous allez finir par détester le mari d’Amanda!

Belle semaine créative à vous!

Portez-vous et surtout prenez soin de vous!

Créativement vôtre,

Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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