Le titre que j’ai choisi pour cet article n’est pas du tout un conseil, comme je peux en prodiguer régulièrement. Il s’agit en fait du titre d’un film, “Les mots”, ou “The words” en anglais, que j’ai visionné pour les besoins de mon blog.

Je n’avais pas eu connaissance de ce film et c’est au cours de diverses recherches pendant le confinement que je suis tombée dessus par hasard sur Internet. J’aime aussi partager avec vous les films que je vois autour de l’écriture, comme je l’ai déjà fait précédemment.

Ce film “Les mots” n’est pas un très grand film au sens où on l’entend, mais il reste néanmmoins intéressant par son intrigue, que je n’ai comprise qu’à la fin d’ailleurs.

“Les mots” en quelques mots





la bande-annonce du film “Les mots”

Le film est bati sur trois niveaux, sur trois personnages masculins qui interviennent dans le fim. Au début, Clay Hammond lit des extraits de son livre à succès “The words’ devant un large public.

Puis, un autre personnage, Rory Jansen, arrive sur le devant de la scène: il nourrit le rêve de devenir un célèbre écrivain, mais essuie refus sur refus de la part des éditeurs américains.

En voyage de noces à Paris, sa femme lui offre une vieille sacoche élimée, trouvée par hasard chez un antiquaire. Un jour, voulant ranger des papiers dedans, il y trouve un vieux manuscrit tapé à la machine à écrire. En lisant le scénario exceptionnel, il est tout ému et bouleversé.

Il finit par s’attribuer la paternité de ce manuscrit, après de longues tergiversations mentales. Il ne sait pas que ce plagiat aura des conséquences avec la réalité, sa propre réalité d’écrivain.

Rory Jansen est pris dans un engrenage qu’il ne contrôle plus, son livre connaissant un succès retentissant. Il rencontre, un jour, dans Central Park à New York, le vrai auteur de ces lignes. Le vieux monsieur lui raconte alors son histoire et comment elle a abouti à ce magnifique roman, ode à l’amour et à la vie.

La question pour la suite du film est: comment l’écrivain de renom Jansen va-t-il vivre avec cette imposture sur la conscience, après l’avoir révélée à sa femme et à son éditeur?

Ce film a été réalisé par Brian Klugman et est sorti en mai 2012.

Le personnage de Rory Jansen

Cet écrivain tricheur, joué par Bradley Cooper, ne pensait pas obtenir un tel succès en recopiant, à la virgule près, le manuscrit trouvé à Paris. Il a essayé de raconter la vérité telle qu’il l’imaginait sur un homme, sa femme et leur enfant, entend-on lire par Clay Hammond, le réel auteur de ce livre dans le film.

Bradley Cooper

Comprenez bien que Rory Jansen n’est que le personnage principal, celui qui mène l’histoire de ce roman. Le spectateur voit l’intrigue se dérouler sous ses yeux au fur et à mesure que le romancier lit des passages choisis de son livre devant son public, venu nombreux.

Rory Jansen est assez perturbé de recevoir les honneurs grâce au succès de son roman. Lui, ce qu’il voulait, c’était à la base vivre de son art, comme tous les grands écrivains qu’il avait admirés auparavant, comme Ernest Hémingway.

Ernest Hémingway

Au début du film, le personnage de Rory est un écrivain aux abois, qui se bat pour faire entendre sa voix, sans succès. Il ne fait rien de ses journées, à part errer dans les rues et écrire la nuit venue, quand la ville de New York dort. Il est même obligé de quémander de l’argent à son père pour payer les factures.

Son père, plus que pragmatique, lui dit que l’écriture devrait rester un hobby et lui conseille de trouver un emploi stable: “C’est ça être un homme”. “Etre un homme, ça veut dire être capable d’accepter ses propres limites”. Rory trouve un travail dans une maison d’édition, tout en continuant à écrire. Mais, il est rejeté de partout.

Sans s’en rendre compte, il s’installe dans une routine de vie, puis plagie le manuscrit: d’où venait-il? Qui l’avait écrit? En le recopiant, il comprend qu’il ne sera jamais capable de parvenir à un tel niveau d’écriture. Il est forcément terrifié à l’idée de ce qu’il ne sera jamais.

En une nuit, Rory recopie le roman sur son ordinateur, sans penser à mal au départ, mais pour sentir les mots passer dans ses doigts et par son esprit. Il ne change rien, même pas un seul point et ne corrige pas non plus les fautes d’orthographe. Il a juste besoin de savoir l’effet que cela fait de toucher à la grâce, même pour un seul instant.

Cette histoire plagiée est plus intense, plus vraie, plus honnête que ce qu’il a écrit auparavant. Le rêve de Rory est de devenir un grand écrivain. Il signe rapidement un contrat. Le succès est à la fois critique et commercial. Son rêve est exhaucé.

Rory Jansen est devenu l’enfant chéri du monde littéraire de New York. Il est toujours agréable de savoir que son travail est apprécié.

L’arrivée en scène du vieil homme

Jeremy Irons, incarnant le vieil homme

Le vieil homme entre volontairement en contact avec Rory Jansen, qui lui raconte son histoire et comment il en est venu à écrire ce livre. En fait, dit-il, “c’est l’histoire d’un type qui écrit un livre, qui le perd et du petit con qui le retrouve”. Quand la toute jeune fille du vieil homme meurt, lui ancien soldat américain envoyé à Paris après la guerre, il écrit un livre, comme un flot de mots qui ont jailli de lui sans s’arrêter, un flux qu’il ne pouvait plus contrôler, sans savoir d’où cela venait.

Au bout de deux semaines, il donne le manuscrit à sa femme, réfugiée à la campagne pour soulager sa douleur de mère. Quand elle revient à Paris, elle oublie la fameuse sacoche dans le train. Le vieil homme rentre aux Etats-Unis, sans jamais remettre les pieds dans la capitale française.

Après avoir perdu son manuscrit, il a été incapable d’écrire une seule phrase qui lui convenait. Il avait peur d’aller chercher profondément en lui. Il avait perdu la foi dans l’écriture.

Le vieil homme dit que ses joies et ses peines ont engendré les mots de son roman. “Vous avez pris ces mots, alors prenez ces peines”. “J’aimais plus les mots que la femme qui m’avait inspiré ces mots”. “Nous faisons tous des choix; le plus dur, c’est de vivre avec”.

Le vieil homme dit justement à Jansen qu’en lui volant son roman, il s’est volé lui-même la possibilité de savoir ce qu’il valait en tant qu’écrivain.

Le personnage-auteur du roman

Dennis Quaid, jouant le rôle de Clay Hammond

Clay Hammond, écrivain d’âge mûr, lit des extraits de son roman devant un auditoire conquis d’avance, en laissant le soin au public d’acheter son livre pour en connaître la fin. Une jeune étudiante le courtise et il finit par l’inviter chez lui. Elle meurt d’envie de savoir la fin et est prête à coucher avec le romancier à succès pour parvenir à ses fins, désirant entrer dans les détails qui ont préludé à la création de ce livre à succès, avide d’un bout de secret, d’une explication ou d’un moment avec une célébrité, certes sur le retour et nettement plus âgée.

A la fin, Clay dit à la jeune femme qu’il faut savoir choisir entre la réalité et la fiction, que les deux sont très proches, mais sans parvenir à se toucher.

Le choix du découpage de l’intrigue

En découpant son histoire en plusieurs histoires s’entremêlant par la force des mots, le scénariste-réalisateur, Brian Klugman offre plusieurs récits dont la puissance dramatique n’est pas négligeable.

La leçon assez simpliste de ce film est qu’il faut en avoir bavé dans la vie pour écrire un chef d’oeuvre. Il relate les difficultés d’un écrivain pour s’affirmer dans ce milieu professionnel où réside une vérité: se faire publier sans être un nom est d’une difficulté inouïe, le talent ne suffisant même pas parfois.

Le film offre au spectateur trois histoires d’amour à différentes étapes: la rencontre, la vie commune et la rupture. A mes yeux, la mieux réussie est celle narrée par le vieil homme, se déroulant à Paris après la Deuxième Guerre mondiale.

Une autre personne apparaît en filigrane dans cette histoire: Ernest Hemingway. Le personnage du roman écrit par Dennis Quaid a une passion pour l’écrivain américain. C’est cet amour littéraire qui l’a poussé à devenir écrivain lui-même.

Il faut savoir que l’idée de base du film repose sur une anedocte réelle arrivée à la légende de la littérature américaine qu’est Ernest Hemingway. La première de ses quatre femmes, Hadley Richardson, a un jour égaré un de ses manuscrits à la Gare de Lyon à Paris, dans une valise. L’écrivain ne lui a jamais pardonné cette perte.

Un film énigmatique

La structure de ce film est plutôt complexe en raison des différentes intrigues. Clay Hammond lit l’histoire de Rory Jansen qui s’approprie l’histoire du vieil homme qui correspond lui-même à un épisode de sa jeunesse.

J’ai eu des doutes parfois de ce qui relevait de la réalité ou de la fiction. Il faut posséder une certaine gymnastique intellectuelle pour apprécier ce film. Je n’ai compris les différentes intrigues qu’à la fin, et quand le film se termine, le spectateur repense alors à la première réplique qui prend toute la saveur de son acception.

Ce film “Les mots” reste toutefois assez énigmatique, laissant la part belle à l’imaginaire du spectateur. Peut-être ce fait déplaira à certains. Le scénario brouille les pistes entre réalité et fiction, en nous offrant un ‘entre-deux‘ où l’on nous montre un univers mi-réaliste, mi-romanesque.

Cela ne m’a pas dérangée et j’ai assez aimé le parti pris presque “philosophique” de l’ensemble de l’histoire. L’idée de cet écrivain qui raconte son propre roman peut nous faire sentir comme dans une salle de théâtre.

J’ai oublié que j’étais dans un roman, parfois ne comprenant pas le lien entre les trois intrigues. Le scénario allie justesse et intelligence. Peut-être manque-t-il du dynamisme à la réalisation.

En guise de conclusion

Dès le départ, l’intrigue m’a fait penser au roman “La vérité sur l’affaire Harry Québert” de Joël Dicker, offrant aussi plusieurs niveaux d’intrigue. Je trouve astucieux d’avoir inséré trois plans différents, qui s’entremêlent, sans que le spectateur ne fasse toujours le lien entre eux.

Certaines scènes sont belles, voire romantiques. Il est évident que l’imposture de départ est déjà arrivée dans le monde littéraire, comme pour toute oeuvre artistique. Cela reste assez classique et les procès en tous genres le prouvent!

Ce film est un petit drame romantique assez ambitieux et séduisant, qui donne la réplique à un casting de choix. La musique est de haut niveau et s’avère présente à bon escient. Pour moi, les différentes histoires d’amour à différentes époques sont traitées avec poésie et délicatesse. C’est peut-être parfois un peu à l’eau de rose, et alors…

Ce film est à découvrir, même s’il ne restera pas dans l’histoire cinématographique! Autant vous le dire, ce n’est pas un chef-d’oeuvre, mais cette histoire à tiroirs se laisse regarder et fait réfléchir sur la difficulté d’écrire, c’est déjà pas si mal!


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

2 commentaires

Françoise Mathieu · 14 mai 2020 à 13 h 39 min

Votre commentaire sur le film “Les mots” me donnent vraiment l’envie de le voir.
De plus, l’intrigue du film me rappelle un film que j’ai vu récemment “Un homme idéal” avec Pierre Niney.
Là aussi, un jeune homme veut devenir écrivain. Il a un petit boulot de déménageur pour survivre. Lors d’un déménagement, il découvre une mallette contenant le manuscrit d’un homme qui a fait la guerre d’Algérie. En “volant” le texte, il devient célèbre… la suite, je vous invite à la découvrir. Comparer les deux films peut être très intéressant, je pense.
Bien à vous,
Françoise

    Laurence Smits · 14 mai 2020 à 18 h 46 min

    Merci Françoise pour ce conseil de film. Je le regarderai sous peu et je pourrai comparer.
    les deux intrigues sont assez comparables! Il reste à voir comment le point de vue français a été traité par rapport au point de vue américain!

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