Vous savez ce qu’est un haïku car j’en ai déjà parlé dans l’article de la semaine dernière.

Le haïku est un genre poétique d’origine japonaise, qui commence à se développer en France, mais qui reste quelque peu confidentiel.

J’ai découvert cet art en préparant une séquence pédagogique sur la poésie pour des élèves en difficulté – thème qui est d’ailleurs au programme. Je ne voulais surtout pas que les cours soient rébarbatifs avec pléthore de règles rigides à manipuler.

Comme je suis une femme pragmatique, j’ai cherché une forme poétique plus maniable et plus abordable que la poésie classique, que les jeunes pourraient s’approprier facilement.

J’ai découvert le gendre du haïku à cette occasion. Je connaissais vaguement la notion, mais sans plus.

J’ai poursuivi mes recherches et je dois avouer que j’ai adoré ce genre poétique.

Court, pragmatique et relativement facile à créer, nous pouvons nous emparer facilement de ce genre et nous amuser seul ou en famille. C’est ce que j’apprécie dans ces poésies.

Je me suis documentée sur Internet et en lisant le livre de Philippe Costa, “Ecrire des haïkus” aux Editions Philippe Picquier, que j’ai emprunté à la médiathèque de ma ville.

Le haïku est un art très populaire au Japon; la presse publie des poèmes quotidiennement.

C’est une forme littéraire qui permet de s’exprimer facilement.

 

Les origines du haïku

 

Ce genre poétique a été créé au Japon à partir des XVIIe et XVIIIe siècles.

Mais, ce genre a hérité de la poésie chinoise du premier millénaire.

Le principal poète ayant développé cet art se nomme Matsuo Munefusa, dit Bashô. Il peut être qualifié de père fondateur de cet art.

Il est né en 1644 et mort en 1694, donc sous le règne de Louis XIV en France.

 

 

Comme tous les poètes, Bashô était aussi un peu philosophe. Il a beaucoup écrit pendant ses randonnées à pied ou à cheval.

Il a surtout dépeint la nature, qui est la maître mot de ce genre poétique.

Il a en fait réagi contre les rigidités de la poésie classique et dite savante de son époque.

Il existe bien d ‘autres poètes japonais de cette discipline, mais je préfère n’en citer qu’un, qui me paraît être le plus important dans cet art.

Par définition, le haïku est une poésie populaire.

Le haïku n’est arrivé en Occident que depuis le début du XXe siècle.

Ce genre a connu de nombreuses évolutions au court du temps, qu’il serait fastidieux de développer dans cet article.

La plupart du temps, les poèmes japonais ont été transposés pour s’adapter aux langues européennes, bien différentes de la langue japonaise.

Voici un des haïkus les plus célèbres de Bashô:

Vieille mare

Une grenouille plonge

Bruit de l’eau”.

 

Les règles de base du haïku

 

Le haïku est un poème court de 17 syllabes au total, soit entre 8 et 15 mots, qui n’est pas versifié (qui ne comporte pas de rimes).

Le premier vers se compose de 5 pieds ou syllabes pour simplifier, le deuxième de 7 pieds et le troisième de 5 pieds.

Le haïku est donc un tout petit poème, simple et dépouillé, pas intellectuel du tout, composé tout en émotions et en sentiments et ayant obligatoirement un rapport à la nature.

En fait, le haïku est un poème d’un seul vers, que vous pouvez écrire sur une seule ligne.

Il doit contenir un mot en rapport avec une saison – soit en utilisant le nom de la saison ou en l’évoquant.

 

Normalement, en japonais, le haïku s’étire sur une seule ligne verticale. Mais, il s’étire sur 3 lignes dans sa version francophone depuis 1905.

Le mot haïku’ signifie ‘jaillissement’. Ce n’est pas une poésie du zen; c’est une fausse croyance que de le penser.

 

 

Le haïku est un genre poétique descriptif et imagé, intimiste et émotionnel.

Il raconte les choses banales de la vie quotidienne, les petits bonheurs.

Il utilise un langage simple. C’est un genre concis, concret et ciblé vers la nature.

C’est une poésie de l’éphémère et de l’observation attentive.

Je me verrais bien composer des haïkus dans un jardin d’inspiration japonaise. Quel bonheur ce serait et quelle inspiration j’en tirerais!

 

Les thèmes du haïku

 

Vous aurez bien compris que le haïku est un poème multi-usages, économique en temps et en énergie, peu encombrant et transportable partout.

Pour les puristes japonais, un vrai haïku doit rendre compte du spectacle de la nature, donner à la voir, à l’entendre et à la sentir, afin d’exprimer l’émotion qu’elle crée.

Les thèmes concernent tout ce qui a un rapport avec la nature:

  • les saisons principalement,
  • les lieux naturels,
  • les paysages,
  • la terre,
  • la flore,
  • la faune,
  • les éléments,
  • la lumière,
  • le jour, la nuit,
  • les astres,
  • la vie à la campagne,
  • la mer,
  • la vie quotidienne et familiale,
  • les portraits physiques et psychologiques de la famille,
  • l’évocation des fêtes familiales,
  • l’expression des difficultés de la vie,
  • les sentiments, les sensations,
  • les petites et grandes émotions,
  • les peines, les petites souffrances,
  • les souvenirs, les regrets,
  • le temps qui passe,
  • etc.

Dans un haïku, vous pouvez aussi adresser une recommandation ou lancer une interdiction.

Vous pouvez tout aussi bien vous adresser à Dieu, au Diable, au Père Noël et leur dépeindre les dures réalités du monde -les misères, les guerres, les catastrophes naturelles, entre autres!

Vous pouvez également écrire votre autobiographie en de multiples haïkus, si cela vous chante!

Pour un anniversaire, une naissance, un mariage, des vœux de Noël ou de Nouvelle Année, adressez ou offrez un haïku.

Cela sera une marque d’attention ou d’amitié, et en plus, vous ferez connaître ce genre poétique, qui ne manquera pas de surprendre le destinataire.

Vous pouvez créer des haïkus en insérant des photos, mais sans ajouter de légende.

Votre haïku doit respirer la légèreté; donc, vous n’insérez pas de réflexion, de maxime ou d’aphorisme.

Votre âme doit transparaître dans votre création.

Vous pouvez utiliser des interjections “oh! ah!”,  de la ponctuation et des majuscules.

En japonais, la ponctuation n’est pas intégrée au haïku. Mais, dans notre langue, les signes de ponctuation créent des effets.

 

Le langage du haïku

 

 

Le haïku utilise un langage simple, dans lequel un maximum de sens est donné en un minimum de mots.

Vous n”insérez pas de mot inutile. Si certains mots ne collent pas, vous les supprimez.

Vous supprimez les prépositions, les conjonctions, les verbes d’état -être, avoir, sembler, paraître; etc. Mais, je l’avoue, ce n’est pas toujours aisé.

Vous pouvez aussi supprimer les verbes; certains haïkus ne comportent aucun verbe. A la place, vous pouvez utiliser des groupes nominaux.

Il faut veiller aussi à bien choisir le temps de vos verbes. Le mode indicatif est trop précis. Il serait peut-être judicieux d’utiliser plutôt l’infinitif ou le participe présent. Le mode impératif permet de faire participer le lecteur. A vous de voir!

Pour bien construire un haïku, vous pouvez vous reposer sur les adverbes, car ils donnent de la qualité et de la force.

Les adverbes comportent en eux un potentiel de charge émotionnelle, donc de puissance poétique –comme, tout, même, toujours, déjà, aussitôt, soudain, peu, très, trop, vite, rien, etc.

Si vous le souhaitez, en plus de créer vos propres haïkus,  vous pouvez jusqu’à créer un langage nouveau.

Oubliez les règles apprises sur les bancs de l’école: créez, imaginez des mots, insérez des néologismes.

Transformez les verbes en noms ou en adjectifs; variez les catégories grammaticales des mots.

Faites-vous plaisir, c’est la maître mot!

Créez votre propre langage dans cet art poétique. Il reste un art très accessible!

 

Baudelaire disait: “les parfums, les couleurs et les sons se répondent”.

Mélangez les différents sens et sons; le haïku est un poème! Une création! Votre création!

 

Les images dans le haïku

 

Le haïku se définit comme un poème visuel, comme une peinture, un tableau ou une scène vivante.

Il donne donc à voir cette image.

Le lecteur doit pouvoir peindre la scène à partir du haïku.

 

 

 

 

Vous comprenez ce que je veux dire à travers ces exemples imagés. Rien qu’en écoutant les haïkus, vous pouvez vous représenter la scène ou le paysage évoqués.

Si vous utilisez des couleurs, rappelez-vous qu’elles sont connotées:

  • le noir évoque la mort ou la tristesse
  • le blanc évoque la pureté ou l’innocence
  • le rouge évoque la vie, le sang ou la passion amoureuse.

L ‘eau peut évoquer la vie et la mort; le printemps fait penser à la jeunesse, à la vigueur ou à la renaissance.

Vous pouvez aussi personnifier des objets ou des animaux, c’est à dire leur prêter des qualités humaines pour rendre compte de votre état d’âme.

Le haïku aime les comparaisons, les sous-entendus, par le biais desquels vous pourrez exprimer vos goûts et vos idées de manière détournée.

 

Les possibilités du haïku

 

Vous pouvez vous amuser avec vos haïkus sur de nombreuses bases. Vous pouvez créer à partir de slogans publicitaires dans lesquels le sens figuré ou le double sens des mots sont utilisés.

Amusez-vous à créer des calembours – c’est un petit jeu de mots basé sur l’interprétation différente d’un son. Par exemple, une personne alitée pour une personnalité.

Vous pouvez emprunter aux dictons, aux chansons ou à des phrases célèbres pour créer vos haïkus.

Vous pouvez, grâce à vos haïkus, faire parler des personnages ou des héros.

Les enfants adoreront cette activité! Cela me parait tout de même plus enrichissant que de rester assis pendant des heures devant un écran!

Faites parler les objets ou les animaux.

Créer un haïku acrostiche pour caser votre nom ou prénom. Et si en plus, vous jouez avec humour, alors là, c’est gagné!

 

 

Même si cet exemple n’est pas tout à fait un vrai haïku, il résume l’idée précédente!

Vous pouvez aussi insérer vos haïkus dans vos textes en prose; cela s’appelle un ‘haïbun’.

Un ingrédient est appréciable dans vos créations: l’humour!

Vous pouvez en abuser, ça ne fait jamais de mal et nous en avons tous bien besoin!

 

En guise de conclusion

Il n’est absolument pas besoin de posséder une grande connaissance de la littérature pour vous transformer en haïkiste.

L’imitation inventrice est recommandée.

Charmez-vous, puis charmez les autres par vos créations!

Faites participer vos enfants et votre entourage. C’est une activité plaisante lors de soirées en famille ou de fêtes traditionnelles.

Vous renforcerez la créativité de tout le monde; vous serez heureux d’avoir pu initier ces moments de bonheur et en plus, vous renforcerez le lien avec vos enfants et le reste de la famille!

Je n’y vois que des avantages!

Profitez donc de l’été pour créer de magnifiques haïkus!

Je compte sur vous!

 

 

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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