La proposition d’écriture N° 104 a peut-être dérouté certaines et certains d’entre vous.

Mais, il est toujours intéressant de se plier, de temps à autre, à des contraintes moins aisées pour aller chercher des idées tout au fond de soi.
Car, c’est dans ces moments-là qu’on progresse!
Est-ce intéressant décrire sans se creuser les méninges

Voici vos textes. je vous en souhaite une belle lecture:

De Françoise V

Tiens donc… le revoici cet homme au grand cou stylisé, à l’allure d’une sculpture de Diego Giacometi ! Pourquoi est-il descendu du bus dans lequel je l’ai rencontré pour descendre à la station Gare Saint-Lazare ? Il va prendre le train ? me dis-je.
Ce quidam a gardé comme couvre-chef le chapeau enlacé d’une tresse. Cette tresse ressemble étrangement à une natte de cheveux brun de femme. Des cheveux de son amie ? De sa femme ? De sa maîtresse… de je ne sais qui …. Bref, peu importe pour le moment. Mais tout de même, il la tient, la caresse sans arrêt car elle tombe sur son épaule. Je n’en ai jamais vu des comme ça ! Cela semblerait être un fétiche, un porte bonheur, une mémoire qui le suit, un chagrin affiché. J’aimerais bien savoir… Ce grand jeune homme « Emmanché d’un long cou » comme le Héron de Monsieur de La Fontaine serait plutôt un intellectuel qu’un manuel, avec ce costume excentrique de toile beige, tel un épouvantail que l’on aurait déguisé. Avec son regard lointain portant des pensées mystérieuses, son regard bleu se noyant à l’horizon, il semble venir de nulle part. Je le verrais bien enseignant, poète, écrivain, artiste… enfin quelqu’un qui cherche des mots, des idées, un « créateur spirituel ».
Un homme s’approche de lui, il le connaît bien apparemment. Ma curiosité légendaire me pousse à écouter discrètement leurs échanges… et je me planque derrière un lampadaire supportant une affiche publicitaire.

  • Bonjour l’ami ! lui dit l’homme qui s’approche de lui. Il lui fait une accolade.
    Alors, ça y est, tu t’es décidé à te présenter ?
  • Euh oui, j’ai été sélectionné…. j’ai mon rendez-vous dans une heure, au Théâtre Mogador, dans le 9 ème arrondissement.
  • Mais depuis ton domicile, tu n’avais pas besoin de descendre du bus, il t’y aurait emmené directement….
  • Je n’y tenais plus dans ce foutu bus. Il y fait trop chaud, et tout le monde me regarde de travers comme si j’étais un zombi. De plus, j’ai rencontré mon ancien employeur, celui qui m’a licencié…. Je lui aurais bien mis mon poing dans la g… à celui-là ! Je préfère reprendre une autre ligne de transport…
  • Tu peux prendre le Métro numéro 12, et en quelques minutes tu es arrivé.
  • Tu devras bien te tenir, redresses-toi, prends de l’assurance…. Attaches donc ton bouton de pardessus pour fermer ce col. C’est important, sais-tu l’allure, la tenue, les vêtements. C’est une marque de personnalité qui intervient dans le choix du candidat.
  • Oh, tu crois ? c’est un rôle de comédien … pas un poste administratif. Toi, tu travailles dans une banque, je comprends ta réaction, mais moi…. Ma condition sociale n’arrive même pas à ta cheville, je n’ai pas les mêmes prétentions. C’est tout autre !
  • Mais enfin, quelle est cette tresse que tu tripotes sans arrêt ?
  • C’est mon fétiche. Tu sais, quand Emilie est morte, j’ai demandé à sa mère si je pouvais couper quelques mèches de cheveux pour en faire une natte. Par bonheur, elle a accepté. Je l’ai toujours avec moi, ainsi Emilie me suit partout, me conseille… tu sais, c’était une belle personne, je ne peux oublier quelqu’un de bien…. Elle me manque beaucoup, beaucoup…
    Une larme coule sur sa joue.
  • Allez Théo, reste fort… au moins pour elle. Elle serait fière de toi si tu décrochais le rôle de Vincent Van Gogh sur les planches de Mogador !
    J’ai bien entendu ? Il l’a appelé Théo, comme le frère de Vincent Van Gogh. Comme c’est étrange…. Comme c’est bizarre ce prénom ……..?
  • C’est grâce à elle que j’ai été choisi, elle m’a aidé à apprendre mes textes, à les jouer…
    L’ami le prend par le cou pour l’entourer d’une amitié, pour le soutenir certainement, et pour le rassurer.
  • Écoute, je te propose de t’accompagner jusqu’au théâtre…
  • Non, non merci Yvan… Il faut que j’y aille. Merci, et à bientôt…
  • Bonne chance ! lui crie Yvan.
    Sur ce, les deux amis se séparent. Yvan suit des yeux Théo qui s’éloigne, et au lieu de prendre la bouche de métro, contourne les escaliers et file devant lui…. Va-t-il à son rendez-vous ? Mais, au fait, a-t-il vraiment rendez-vous au théâtre pour une audition d’embauche ? A-t-il vraiment été choisi pour ce rôle ?
    Ma curiosité me pousse à le suivre discrètement… mais jusqu’où va-t-il m’emmener ?

Texte de Lara Fabian, « Tu es mon autre », proposé par Françoise T

Ma faiblesse et ma loi
Mon insolence et mon droit

Moi, je suis ton autre
Si nous n’étions pas d’ici
Nous serions l’infini

Et si l’un de nous deux tombe
L’arbre de nos vies
Nous gardera loin de l’ombre
Entre ciel et fruit
Mais jamais trop loin de l’autre
Nous serions maudits
Tu seras ma dernière seconde
Car je suis seule à les entendre
Les silences et quand j’en tremble

Toi, tu es mon autre
La force de ma foi
Ma faiblesse et ma loi
Mon insolence et mon droit

Moi, je suis ton autre
Si nous n’étions pas d’ici
Nous serions l’infini

Et si l’un de nous deux tombe

De Bernard

Je l’ai tout d’abord reconnu à son chapeau bizarre : que faisait-il donc Cours de Rome ? Le bus où je l’avais aperçu ne venait pas jusque-là.
Il était là, à faire de grands gestes devant un ami me semblait- il.
Puis une petite foule commençait à se former autour de lui, dix, vingt, trente personnes et cela continuait.
Curieux de nature, je fis quelques pas pour entendre son discours, il haranguait les passants en les invitant à se rapprocher.
Avec une voix forte, il racontait l’histoire d’un bouton et qu’il n’était pourtant pas fibulanomiste.
L’histoire d’un bouton qu’il avait cousu en plein milieu de sa gabardine. Profitant de son auditoire pour raconter toute l’historique de cet objet. Sa apparition 500 ans avant Jésus Christ ou bien avant à l’âge de bronze, puis au XIIIe et XIVe siècle en France.
Il leur parla des formes et des matières, parsemant son discours d’anecdotes de toutes sortes. A ma grande surprise, il ôta son chapeau, le posa au sol et recommanda bien à son assistance de déposer piécettes et billets, mais surtout pas des boutons.
Voilà comment un grand escogriffe me prit du temps et de l’argent, mais franchement j’avais passé un bon moment.

Poème de Virginie Poitrasson, « Chambre d’écho », proposé par Françoise T

Nous n’avons rien d’autre que la peur.
Ne jamais gommer son reflet pour effacer ses tressaillements.
Chaque mouvement de respiration en est une articulation,
que ce soit en pleine abondance ou dans l’accélération amoureuse.
Aucun garrot pour l’arrêter.
Elle est une fine tapisserie du besoin,
et surtout un fort montant de sommeil et de croyance.
Nos mains arpentent les enfers.
Pourtant même les ectoplasmes ont des limites.

Nous voilà attachés aux rives, scrutant le ciel.
Tout a-t-il vraiment déjà un nom ?
La peur d’être en train de rêver, la peur de porter un monstre, la peur des extrémités, la peur que tu ne sois pas à la maison, la peur de ne pas pouvoir prendre une tasse, la peur des palpitations, la peur que ma vue ne se change pas en mots, la peur des polémiques ?
Peut-être que si ces peurs livraient leurs noms, nous flotterions au-dessus de la nécessité,
nous filerions.
Sans voir de dégât majeur.
Sans aucune menace sur le Mount Rushmore.
Ou d’évidence de propagation.
Nous ne cherchons, au final, qu’à pailleter,
à donner l’essentiel au strass.

À quelle distance se situe notre peur ?
La peur a pour mesure la distance entre un événement et sa représentation mentale.
Dans notre calcul, n’oublions surtout pas de tenir compte de l’effet de distorsion.
L’exemple le plus commun étant celui que renferment le jeton acheté et le train fantôme.
Vous l’estimez située à quelques millimètres de votre peau ?
Aussi loin qu’une terre dévastée et brûlée par le vent ?
Ou de l’autre côté de la fenêtre de votre maison d’enfance ?

Les années ont passé.
Il ne s’agit que d’une invitation à rêver,
au-delà des projecteurs du souvenir,
loin des réfugiés, des ouvriers et des esclaves,
vous distinguez de la route la fumée qui sort de la cheminée
de cette petite maison blottie dans le paysage.
Les années évidées.
Spectre de l’âtre.
Vœux cuits à l’étouffée dans la poitrine.
Ne jamais oublier dans l’effroi de respirer selon la règle de trois.

De Nicole

Monder style, une suite


Quelle journée mes amis!
Sur son 31, chapeau melon façon Magritte mais jaune et fleuri à la tresse multicolore, son long cou de girafon sortant de son pardessus où manque un bouton, mocassins lustrés marqués d’une empreinte de la chaussure du malotru qui lui a écrasé les arpions, le godelureau du bus d’un pas à la fois nonchalant et hésitant se dirige vers “le Ventre de la baleine”, la péniche amarrée le long du quai, haut-lieu de la scène branchée de la ville.
Ce soir “parade des clowns” sur une musique de Nino Rota.
Dans une cabine, il se déshabille, revêt son costume de Pierrot lunaire, maquille sa binette de blanc, il garde son chapeau boule.
Trois coups… Il entre en scène sous une standing ovation.
Le présentateur “Mesdames, Messieurs, le célèbre clown Pipo Etaix est parmi nous ce soir,
Que le spectacle commence”.

De Karine

Remonter le bouton supérieur de mon pardessus et pis quoi encore. Tout cela pour cacher mon cou de cygne ! Ah non ! Il est cool ! Je l’aime mon cou ! C’est vrai que je mets des cols roulés et non des ras du cou. Et alors ! Ce n’est pas pour le cacher, c’est par préférence. Il a toujours des conseils tout pourris ce Tristan. Comme si moi je lui conseillais de mettre un cache-cou pour cacher son cou de taureau ! N’importe quoi !
Bon, il faut que je me calme, et que je trouve un stratagème pour ce soir. Car le gros problème ce n’est pas Tristan, c’est Valentine.
Quel con de m’être jeté au cou de cette fille ! Maintenant, je n’ai plus la bride sur le cou ! J’aurais mieux fait du prendre mes jambes à mon cou plutôt que de dîner avec Valentine ce jour-là ! Du coup, maintenant, elle veut me mettre la corde au cou. Je dis cela et en même temps, je l’aime, ma Valentine. Mais il faut que je trouve un truc, une excuse.
À force de jouer les casse-cous, là, je me retrouve dans la mouise jusqu’au cou. Des fois, j’ai envie de me tordre le cou. J’ai beau être optimiste, me monter le cou, je sais que lorsqu’elle va découvrir ce que j’ai fait, elle va me saisir par la peau du cou.
Je suis dans le pétrin jusqu’au cou ! Elle va me casser le cou quand elle va savoir que j’ai vendu le “super chapeau tresse” qu’elle m’avait offert. Que lui dire ? Et si je lui racontais que je suis endetté jusqu’au cou. Non, ça ne marchera pas. Mais je ne l’aimais pas ce chapeau, de toute façon, mais si je lui dis, elle n’est pas prête de me sauter au cou de sitôt. Oh mince, la voilà. Je n’ai rien préparé, elle arrive trop tôt, tant pis, je respire à fond, et je dis-lui la vérité, on verra bien.

  • Valentine, j’ai quelque chose de très important à te dire.
  • Je t’écoute, Denver.
  • Bon, il faut que je te dise que j’ai vendu, le “super chapeau tresse” que tu m’avais offert. Je t’avais remercié, par politesse, mais je ne l’aimais pas du tout. Je ne veux pas cacher mon cou, je l’assume, je le trouve beau. Ou tu m’aimes comme je suis ou on ne va pas plus loin dans notre relation. Voilà, c’est dit ! Il souffla un bon coup.
  • Très bien, pas de soucis ! Avec l’argent de la vente, ça te dit de se faire un resto en amoureux!
  • Euh oui ! Bonne idée ! Mais! C’est tout ? Tu n’es pas fâchée, tu n’es pas en colère.
  • Non.
  • Oh ben, ça alors ! Moi qui croyais que tu allais me tordre le cou !
  • Pourquoi te tordre le cou ? Ce serait dommage, il est si beau. Denver, sache que je t’aime comme tu es. Je ne veux pas te changer. Je le trouvais rigolo, je pensais te faire plaisir, c’est tout !
  • Je t’aime, ma Valentine.
  • Moi aussi, je t’aime. Sache une chose, mon cœur, j’apprécie sincèrement que tu m’aies dit la vérité. Pour cela, je te remercie, beau cou !

De Lucette

Comme tous les mercredis, je prends le bus pour me rendre à un rendez-vous tellement important pour moi, puisque je vais serrer ma fille Marthe dans mes bras. Elle m’a été arrachée suite au divorce d’avec sa maman, qui a tout fait auprès de la justice pour qu’elle me soit enlevée. Je me suis battu comme un tigre, non je dirai plutôt comme « un papa » pour qu’enfin la vérité éclate. Alors, pensez-donc, que pour rien au monde je manquerai mon bus du mercredi à 8 heures…
A cette heure-là, malgré le va et vient des usagers, chaque détail nous interpelle. C’est pourquoi ce jeune homme d’une vingtaine d’année, un galurin posé sur la tête, sur lequel pend une tresse, m’interpelle. J’en ai souvent vu avec un ruban qui le décore, mais que fait cette tresse imposante à cet endroit ? Lui seul le sait, sans doute un signe de ralliement qui m’échappe…
Un « titi » parisien déluré tire sur sa natte, ni une ni deux, une dispute éclate, les noms d’oiseaux volent, personne n’ose intervenir. Tout le monde se méfie de ce qui pourrait arriver si la situation s’aggrave. Au bout de dix minutes, le calme revient, car l’homme au chapeau, est parti s’assoir puisqu’un voyageur vient de descendre.
Je continue mon périple vers le bonheur, presque deux heures de trajet, et me voici au café de la rue Gambetta, je prends un petit noir en attendant de voir ce grand sourire qui va illuminer ma journée. Il fait gris, c’est une journée d’automne, un crachin persistant plombe l’ambiance. Pour moi, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il fasse soleil, au fond de moi je suis toujours gai comme un pinson. Tiens, elle est en retard de huit minutes, pourvu qu’elle vienne. Marthe a maintenant 18 ans, les années noires sont derrière nous, rien n’est trop beau à chaque retrouvaille. Je ne roule pas sur l’or, pour être heureux ce n’est pas l’opulence qui compte, mais plutôt savourer chaque instant par de petits gestes affectueux, des mots simples et sincères, partager un film, manger dans un bistrot qui est notre lieu favori ou plus simplement un hamburger.
Ah ! te voilà enfin… « Papa arrête de t’inquiéter, le métro avait de retard, c’est tout » …
Marthe lui demande le programme de la journée? Ça, c’est une surprise, tu te laisses guider sans poser de question. Nous voilà dans le métro, après quelques stations on arrive dans le hall de la gare Saint Lazare. Avec des yeux étonnés, elle regarde autour d’elle, et d’un seul coup elle s’excuse et se dirige vers un homme que je vois de dos, mais son allure me rappelle quelque chose. Il est en pleine conversation avec un type bien sapé contrairement à lui. Marthe s’approche, elle serre la main « du snob » et prend dans ses bras le grand dégingandé, enlace ses mains autour de son grand cou, en l’appelant par son prénom « Alban, que fais-tu là ». J’hallucine, c’est le mec au chapeau à tresse.
Elle m’a oublié, les rires et les sourires fusent entre eux, je dois la ramener à la réalité, car on doit prendre un train. Je m’approche, à ce moment- là, son pote lui conseille de remonter le bouton supérieur de son pardessus, à cause des courants d’air de ce hall, et le froid de l’extérieur. En m’excusant, je dis à Marthe de se préparer à passer un weekend tous les deux en Normandie. Elle exulte, « cachotier, pourquoi ne m’as-tu rien dit » ?
Le train est annoncé dans 15 minutes. L’ambiance entre eux trois est joyeuse, moi, je me tiens à l’écart. L’ami salue Alban, et les voilà tous les deux avec des regards qui en disent long sur leur relation.
« Quelle coïncidence, me dit-elle, de le retrouver ici. En fait c’est mon petit ami depuis plusieurs mois, je voulais te le présenter dans quelques semaines, le destin en a décidé autrement, alors je te présente ‘Alban’. »
Nous nous dirigeons vers Deauville, je fais un peu « la gueule » car Alban est du voyage. Elle me l’a quasiment imposé et je n’ai pas su dire NON…
Après 48 heures de douceurs et de réjouissances, nous voici sur le retour, et cet Alban, je dois dire, m’a scotché. Il fait de brillantes études, est très posé et délicat. Marthe a été surprise par ce voyage, mais que dire de moi, agacé au départ de chaperonner cet inconnu et de le voir embrasser ma fille. Ça fait mal de s’apercevoir que notre fille est devenue une « femme ». Malgré tout, dans la vie on doit faire face à toutes sortes de sensations, et bien là j’ai été servi.
Conclusion : Il faut toujours se garder de juger à la première apparence, d’ailleurs qui est-on pour juger ?…

De Catherine

La curiosité…

A cette heure-ci, le bus est toujours bondé : les gens s’entassent comme ils peuvent, maintenant leur équilibre de manière aléatoire. Mais je sais aussi que quelques arrêts plus loin, le bus se videra comme par magie, et alors, on pourra mieux respirer.
Voilà, ça se passe comme je l’avais prédit. Un gros flot descendant laisse la place à deux ou trois entrants, dont un jeune homme au long cou, coiffé d’un chapeau bleu canard orné d’une tresse orange, rappelant la longue tresse de cheveux qui balaye l’arrière de son par-dessus couleur terre de sienne brûlée. Il monte dans le bus avec une telle prestance qu’on ne peut que le remarquer, d’une part parce que son élégance détonne dans ce véhicule populaire, et d’autre part parce qu’il émane de lui une grande séduction. Il lance un regard circulaire pour détecter une place assise et se déplace énergiquement vers celle qu’il pouvait penser libre puisque seulement occupée par les pieds du voyageur situé juste en face.
Un pourparler s’engage, sans doute pour demander à la personne de libérer le siège, mais celle-ci fait la sourde oreille, malgré les injonctions puis les vociférations du jeune homme qui, de guerre lasse, cède et se dirige vers une autre place, au fond du bus. Il affiche maintenant une moue boudeuse et un visage contracté qui lui fait froncer les sourcils et mordiller sa lèvre inférieure. Même contrarié, il a beaucoup de charme, et les jeunes femmes présentes dans le bus n’y sont pas insensibles, si j’en crois les regards furtifs vers l’arrière du véhicule.
Gare Saint -Lazare : c’est là que je descends et je constate que mon séduisant compagnon de voyage aussi. Il descend la rue à la rencontre d’un homme bien de sa personne lui aussi, qui le salue avec grand enthousiasme. Il apprécie en connaisseur l’accoutrement du premier, mais, d’un doigt insistant sur le bouton du haut de son pardessus, marque une légère désapprobation sur celui-ci. La couleur du dit bouton ne conviendrait-elle pas à l’ensemble ? Faudrait-il mieux le remonter de quelques centimètres pour que le col soit mieux ajusté ? Je ne saurais dire ce qu’il se passe, mais le jeune homme au long cou ne semble pas le moins du monde perturbé par les remarques de son ami. Une pirouette finale pour faire admirer la martingale surmontée de la longue natte brune, et je sens les deux en accord sur la note générale. De concert, les deux acolytes continuent de descendre la rue en devisant joyeusement, puis s’arrêtent à un coin de rue et attendent.
La curiosité est un vilain défaut, je le sais bien, mais c’est plus fort que moi, et je m’intéresse de très près à la vitrine du magasin le plus proche d’eux.
Deux limousines avec plaques diplomatiques et vitres teintées arrivent et s’arrêtent près d’eux. Les deux hommes se tapent dans la main puis se séparent, s’attribuant chacun un véhicule. J’ai juste le temps de voir une jolie silhouette de femme mûre dans la première voiture, mais vu les salamalecs de mon jeune homme avant de monter dans la sienne, nul doute qu’il ne sera pas seul non plus.
Alors donc, une telle élégance ne pouvait être destinée qu’à une rencontre de haut rang, avec au minimum un contrat de séduction ? Mon petit prince enchapeauté serait-il un gigolo au service de dames en mal de « compagnie »? La petite souris curieuse stoppera là son enquête et devra courir pour ne pas rater son train, car elle a oublié de partir à point !

De Marie-Josée

Le jeune homme de l’autobus


Ce jeune homme côtoyé dans l’autobus,
Je le retrouve gare St Lazare
Et vous n ‘allez pas me croire
Quelque chose me pousse à le suivre mordicus

Pour quelle raison, je ne sais pas !
Est-ce à cause de son accoutrement, de son long cou,
Du bouton de son pardessus décousu,
De la tresse qui se balance du côté gauche, du côté droit ?

Sans hésiter il se mêle à la foule masquée
Faisant fi des codes qui règnent ici
Comme s’il venait d’une autre galaxie
Comme un échassier qui avance dans un marais.

Ignorance, bêtise, provocation ou courage
Certains s’écartent, d’autres le montrent du doigt
Un hurluberlu qui marche de guingois
Ce n’est pas tolérable, ce n’est pas sage.

Il n’a pas peur, c’est sûrement un extra-terrestre
Braves gens, il faut le dénoncer
Policiers il faut le verbaliser
Dans le droit chemin, il faut le remettre.

Il ne semble pas respecter les gestes barrières
N’est –il pas conscient qu’un méchant virus circule
Faisant des morts comme la pire des canicules
Obligeant ceux qui l’ont croisé à faire un test PCR.

Ne pense-t-il pas aux personnes âgées qui meurent
Aux hôpitaux qui sont saturés
Aux soignants qui sont fatigués
Ignore-t-il qu’il y a péril en la demeure.

Il s’arrête devant un immeuble qui ne paye pas de mine
Entre par une petite porte cochère
Je le retrouve dans une salle sans lumière
Seul sur une estrade comme Robinson sur son île.

Il écarte les bras, récite des poèmes, des calembours
Pour des sièges occupés de fantômes endormis
Il continue à déclamer, il salue, il sourit
Même s’il n’a que l’écho de sa voix en retour.

Aux personnes âgées, aux enfants malades, il y pense tous les jours
Avant il allait dans les foyers, les hôpitaux et les écoles
Il illuminait leur quotidien avec des notes et des paroles
Avant que des savants agitent le drapeau rouge et verrouillent tout à double tour.

Comme rien ne dure, la vie reprendra ses droits
Lui aussi pourra à nouveau jouer devant des milliers
Il lui suffira de courir acheter un parapluie troué
Alors avec son long cou, son pardessus, sa tresse au chapeau il enchantera.

Les applaudissements résonneront à nouveau
Les bars et les restaurants seront remplis
Les magasins vendront leur fourbi
Les avions emmèneront autour de la planète les badauds.

Bientôt tout le monde sera vacciné, protégé, immunisé
Tout sera presque comme avant, ce sera le bonheur
Il manquera juste ce petit je ne sais quoi, cette saveur
Que rien ne pourra remplacer, un petit air d’insouciance et de gaité.

Le jeune homme que j’avais suivi, de liberté était le synonyme
Je l’ai quitté lorsqu’il a enlevé son costume
Il ne restait que le long cou d’une silhouette masquée qui foulait le bitume
Fini la tresse au chapeau qui se dandine, il a rejoint la foule des anonymes.

De Marie-Laure

Pour être repéré sur un quai de gare

Raymond observe dans un autobus, un jeune homme au long cou, coiffé d’un chapeau orné d’une tresse au lieu d’un ruban, à une heure d’affluence. Le jeune homme échange quelques mots assez vifs avec un autre voyageur, puis va s’asseoir à une place devenue libre.
Un peu plus tard, Raymond rencontre le même jeune homme devant la gare Saint-Lazare à Paris en grande conversation avec un ami qui lui conseille de faire remonter le bouton supérieur de son pardessus.
Raymond n’a pas réellement saisi le fil de la conversation, d’ailleurs était – ce seulement en français, il ne peut le confirmer. Toutefois, il comprend cette injonction de remonter le bouton du pardessus, car le compère semble insistant et il appuie sa phrase d’un geste sans équivoque. Le jeune homme s’exécute sur le champ et ainsi fermé, son pardessus dissimule quasiment tout son cou. Voilà qui intrigue Raymond, y aurait – il à cet endroit un signe distinctif qu’il faudrait cacher à la vue du moindre quidam ? Serait – ce un signe de ralliement à une confrérie ? Et pourquoi donc cette tresse qui orne son chapeau ? S’agit-il d’ailleurs de vrais cheveux ?
Il aurait pu choisir de passer son chemin, mais le voilà bien trop intrigué Raymond. C’est une évidence à l’instant présent, il va consacrer cette journée de congé à tenter de résoudre ces énigmes. Entre Hercule Poirot et le Da Vinci Code, le voici tout émoustillé. Il a l’intime conviction que cette journée va lui réserver encore de sacrées surprises. Raymond a toujours sur lui un petit carnet dans lequel il note la pensée du jour, le titre d’un roman à acheter, une adresse à ne pas oublier. C’est de sa plus belle écriture qu’il consigne les premiers éléments de cette enquête : bus 28, lui était dans le bus depuis la Porte de Clichy, mais il n’a remarqué le jeune homme que depuis l’arrêt Pont Cardinet, alors qu’il y avait eu cet échange énervé avec un autre voyageur, était-il monté avant ? Ne négliger aucun détail, scrupuleusement noter tous les indices. Homme d’une trentaine d’années environ, à l’allure élancée, tenue vestimentaire plutôt disparate. Chapeau orné d’une tresse, façonné dans un cuir souple et de belle qualité. Bien vissé sur la tête, avec ses larges rebords, il dissimule les yeux du jeune homme. Son pardessus enveloppe sa frêle carcasse. Son long cou aux veines saillantes apparaît comme un trait d’union fragile entre ses épaules et sa tête.
Raymond complète ces informations en précisant que le temps d’une brève rencontre, un ami visiblement plus âgé et qui lui n’a aucun signe extérieur qui interpelle, lui demande de mieux fermer son pardessus. Cela dissimule son long cou, mais fait aussi apparaître le bouton supérieur du manteau qui lui est loin d’être banal. De là où il se tient, Raymond voit bien les détails sur ce gros bouton, il y a une croix, un compas et des feuilles, peut-être des épis de blé. Ce jeune homme porterait- il les insignes de la Grande Loge de France ? Non, ce n’est pas possible, car personne n’affiche son appartenance de la sorte. Ce doit être une fausse piste, il y aurait un autre cercle qui aurait presque les mêmes symboles ? Très intriguant, Raymond fera des recherches sur le Net plus tard, car là il ne perd pas une minute et lui emboîte le pas. Cet échange sur le parvis de l’horloge de la gare Saint – Lazare n’aura duré que quelques minutes. Ce n’est pas une rencontre où l’on se tombe dans les bras avec effusion, non, plutôt une sorte de rendez-vous où il y a un échange d’informations.
Voici notre jeune homme planté aux pieds du panneau qui indique les arrivées des grandes lignes, il sort de sa poche un stylo, écrit sur sa main, puis tourne les talons. Mince, il n’y a là aucun indice probant à consigner dans son carnet. Alors Raymond, tout en gardant ses distances, le suit sur le boulevard Haussmann. Il s’arrête maintenant devant les vitrines des Galeries Lafayettes, qui en cette période sont colorées et animées de peluches et automates en tout genre. Une ribambelle d’enfants s’émerveillent, lui est planté là, au beau milieu des enfants, le voilà qui sourit franchement. Il est maintenant détendu et prend tout son temps pour passer en revue chaque vitrine. Apparemment, personne ne scrute son chapeau, il passe complètement inaperçu au milieu de cette foule. Raymond n’en croit pas ses yeux, il s’ était imaginé une sorte d’agent double, une mission top secret et il observe maintenant un homme qui visiblement s’amuse et prend du bon temps devant les automates d’un temple de la consommation.
A n’en pas douter, quelque chose cloche et Raymond décide de ne pas lâcher l’affaire. Il restera à l’affût le temps qu’il faudra, son « enquête game » ne peut s’arrêter là !
De temps en temps, le jeune homme regarde sa montre, c’est un indice se dit Raymond, il y a bien une notion de rendez-vous, ce temps de lèche vitrine n’est pas anodin, voilà qui lui rebooste le moral. Après une bonne trentaine de minutes, le jeune homme rebrousse chemin en direction de la gare. Il marche d’un pas décidé vers le quai 13, jette un coup d’œil à sa montre et se plante à un point stratégique où aucun voyageur ne peut le louper. Les passagers descendent petit à petit du train et au milieu de la cohue deux femmes se dirigent vers lui. L’une a un certain âge, elle est blonde et présente très bien. Elle a un gros bouton avec une croix et un compas, bien en évidence sur son col de tailleur. L’autre femme, bien plus jeune, petite brunette, porte un chapeau avec une tresse et lui adresse un timide sourire. Cette situation un peu incongrue, où deux femmes qui ne semblent pas se connaître, avancent d’un pas décidé vers le même homme, ne semble pas perturber nos protagonistes, mais interpelle Raymond toujours en embuscade. Ces trois-là échangent quelques propos un peu timides et empruntés, puis se dirigent ensemble vers un café en face de la gare.
Dans un petit coin du troquet, ils retrouvent l’ami qui maintenant laisse lui aussi apparaître ce même bouton sur son col. Il est assez mal à l’aise, se lève pour saluer ces dames. Tous les quatre commandent un petit noir, le temps est comme en suspend.
Le jeune homme et la petite brunette prennent congé, le sourire qu’ils affichent maintenant est bien plus cordial, il y aurait même un brin de complicité entre ces deux-là ! Ce départ semble soulever la chape de plomb qui planait et voilà que l’ami entame une conversation visiblement plus engagée. Il sort de sa poche un plan de Paris. On dirait qu’il a prévu tout un programme de visite avec la belle blonde !
Raymond doit se rendre à l’évidence, son enquête prend fin ici, il est un brin déçu car il s’était fait tout un film, tous ces signes distinctifs n’étaient affichés que pour repérer une âme sœur hameçonnée sur Tinder ou un quelconque autre réseau ! Mais bon il y avait peut-être une belle romance qui s’ouvrait pour ces quatre-là ! A cette idée Raymond sourit, il s’installe à une table, commande un demi et décide d’écrire la fin de l’histoire dans son petit carnet.

De François

En ce matin de janvier au milieu d’une foule serrée, dans ce Paris gris et brumeux, Xavier B* est dans le bus, à sa place, la feuille de route apprise par cœur, pas d’erreur.
Entrent ses collègues vêtus comme lui, vestes sombres à l’ancienne mode parisienne,
Reconnaissables entre eux, faire équipe et passer inaperçu, chapeau mou, sans ruban, marque de leurs insignes discrets du bureau MI6.
Il y a des bousculades à chaque descente, des épaules bousculées, des mains qui fouillent.
C’est l’occasion. La poche est vidée. La première étape de l’opération L’S s’achève.
Et attendre l’arrêt indiqué pour restitution. Les visages se décontractent, les râleurs s’éloignent.
Simplement ne pas se faire remarquer, l’ennemi descend, il ne s’est aperçu de rien.

Deuxième étape, aller au rendez-vous, la ville grouille d’agents, on ne lui veut pas que du bien. Elle est dangereuse cette ville et Xavier B doit se méfier de tout le monde. Puis…

Suivre la rue de Rome, l’indication est claire, obéir aveuglément, ne pas déroger aux ordres.
Travailler dans l’ombre, éliminer proprement, sans laisser de trace,
Yan C* attend sous la grande horloge de la gare Saint-Lazare, faire le contact, il s’adresse à lui.
La phrase « Tu devrais faire mettre un bouton supplémentaire à ton pardessus. » est prononcée, il s’agit bien du même bureau, le dossier est donné, fin de l’opération L’S.

  • Les noms ont été changés pour leur sécurité

De Laurence D

Il était temps, le train partirait dans quelques minutes. Sa rencontre imprévue avec Charles devant la gare Saint Lazare l’avait arrêté dans sa course. Ils ne s’étaient pas revus depuis leur weekend à Londres l’été dernier. Ils s’étaient dit quelques banalités. Au moment de se quitter, Charles lui avait conseillé de remonter le bouton supérieur de son pardessus. Quel drôle d’idée ! Que reprochait-il aux boutons de son pardessus ? Pff… Il aimait son ami mais il aimait également sa veste, achetée à la friperie pas loin de chez lui. Une aubaine à ce prix –là ! Il pouvait supporter d’avoir le bouton supérieur pas vraiment à la bonne place. Qu’importe ! Ce matin il avait rendez-vous peut être avec le rôle de sa vie : il avait été retenu pour un casting d’une nouvelle série qui se déroulait dans la ville du Havre. L’histoire se déroulait pendant la seconde guerre mondiale, on lui proposait de faire des essais cet après-midi. Son pardessus correspondait tout à fait à la période et au jeu d’acteur qu’on attendait de lui. Sa photo sur son book avait retenu l’attention des producteurs. Blond, grand, élancé, il avait ce charme un peu désuet d’un autre âge. Une allure aristocratique renforçait encore son personnage. Il savait utiliser son physique avec diverses tenues parfois un peu excentriques ou hétéroclites dénichées par ci par là : une redingote, qu’il portait en soirée, un costume trois pièces Prince de Galles réservé aux grandes occasions, mariage ou soirées mondaines, un blouson à la James Dean avec casquette pour les rencontres galantes. Une vraie gravure de mode qu’il entretenait soigneusement. Il avait conscience que ses tenues vestimentaires contribuaient à son élégance. Il connaissait toutes les friperies proches de chez lui, il n’avait de toute façon pas les moyens de faire autrement pour s’habiller. Ces maigres cachets reçus pour une publicité ou une apparition dans un téléfilm lui rapportaient de quoi ne pas mourir de faim.
Justement aujourd’hui, c’était peut-être la chance de sa vie. Le train s’ébranla. Il espérait partir vers le succès. Toutes ces années de galère avaient –elles été laissées sur le quai à Paris ? Il voulait y croire. Il remonta le col de son pardessus, se cala contre la fenêtre du compartiment et ferma les yeux.

De Bérengère

Loin de mes habitudes je suis bougon ce matin.
Un mal qui me ronge, un tourment mal guéri.
Trop tard pour prendre soin de ma plaie brûlante.
Haut le cœur, mon ignoble et long cou crache ses cendres.

Il a beau être chaud et élégant mon pardessus d’hiver vert olive, de même pour mon beau chapeau violet â tresse, rien ne pourra effacer ce trou puant qui me hante.

Et à quoi bon remonter le bouton du haut de mon pardessus, ce n’est pas primordial pour moi. Il a eu beau dire mon ami, on n’a pas su accorder nos violons.

Reprendre mon chemin tristement, dandinant ma tête comme un dindon blessé.

Qui suis-je ?

Je me nomme Pierre bourdon. Et je suis l’homme au pardessus du livre de Raymond Queneau, mais vous m’aviez reconnu n’est-ce pas ?
J’habite le quartier St Lazare et je vais de ce pas chez moi suite à mon rendez-vous matinal chez mon docteur.
Je décide de passer par le square Marcel Pagnol, sous l’ombre glaciale de tous ces arbres centenaires, pour aller pleurnicher devant la fontaine “tu ne boiras pas de mon eau” car elle n’en a pas ! A la place, des vasques fleuries où mes larmes coulent.

J’habite tout près et je marche d’un pas glissant et lent. Mes bras, mes poignets et mon cou se balancent, ils battent doucement la mesure de mes enjambées, suivant l’humeur de l’instant.

Je mets à 9h55 la clé dans la serrure, et tout doucement j’ouvre en quatre interminables temps le rideau de fer de ma boutique de la rue Saint Rome.
Là, je ressors et je m’accorde comme tous les visiteurs du quartier, une trêve musicale devant mes plus beaux bijoux qui ornent ma vitrine.

Car oui je suis….

Obligé à contrecœur et à contretemps d’accrocher la pancarte “Fermé” !

Ne pas travailler est ma lourde peine. Sur l’ordre de mon médecin, je dois prendre soin de moi, minutieusement, harmonieusement, amoureusement pour remettre au plus vite, sous mon cou fétiche, des violons qui ne demandent qu’à vibrer, tout comme moi.

Car j’ai une passion, mon métier de….. Luthier, mais vous le saviez aussi n’est-ce-pas ?

De Claude

LE COU DU PÈRE FRANÇOIS

Coup de froid sur la France, annonce la météo. Le temps est à la neige.
Sous le coup de midi, je m’attable dans un restaurant chic de l’avenue des Champs Elysées. Bien au chaud derrière la vitrine du restaurant, j’observe tout en déjeunant, le spectacle de la rue qui ne manque jamais de me distraire et même de m’étonner.
Prenez cette jeune fille dont je ne vois pas les traits derrière son masque, mais qui doit être jolie et qui doit laisser dans son sillage des effluves de son parfum. Elle semble pourtant vêtue de guenilles : elle porte un jeans déchiré aux genoux et une veste étriquée qui est loin de cacher sa généreuse poitrine (mais est-ce à dessein ?). Une nouvelle mode, peut-être ?
Ou ce jeune homme, la trentaine, affublé d’un couvre-chef bizarre, et dont le cou me semble démesurément long. Il ne porte pas de masque, délit qui tombe sous le coup de la loi. Il a un cou lisse, en fait, un cou fin (on ne peut pas nier l’évidence) qui contraste avec son nez gros.
Mais ce qui me surprend le plus, c’est qu’il ne cherche pas à le cacher par une écharpe par exemple (ce serait tout à fait approprié par ce froid de canard), particulièrement en ces temps de pandémie où l’on nous recommande à longueur de journée, d’éviter le cou vide !
Bon, je ne voudrais pas m’attarder là-dessus, mais sans être un cou tordu, c’est un cou laid, un moche cou pour tout dire ; rien à voir avec un cou de Grâce.
Il porte en bandoulière une sacoche de cuir marron. Trader ? Représentant ? Journaliste ? Je n’en ai pas la moindre idée.
Mais en le voyant, il me revient d’un coup à l’esprit, ces vers de La Fontaine, cet homme affable :
« Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où,
Le Héron au long bec emmanché d’un long cou. »

Le spectacle de la rue ne connaît pas de pauses. Je souris en voyant cette vieille dame très BCBG, à l’élégante toque d’astrakan, qui tient tendrement dans ses bras un bichon frisé. On dirait qu’elle lui parle en marchant.
Rien ne me presse aujourd’hui. Je dois aller chercher un livre que j’ai commandé à la FNAC St Lazare. Le 94 va m’y amener directement.
Mais… Que vois-je ? Qu’entends-je en montant dans le bus ? : l’homme au drôle de chapeau et au long cou que j’ai vu passer tout à l’heure !
Il a l’air très en colère. Courroucé. Apparemment, il a été bousculé sans ménagement, certainement sans un mot d’excuse. Il pousse un coup de gueule et en vient presque aux coups avec un étudiant qui porte un sac sur le dos et s’accroche fermement à sa place assise. Finalement, ce dernier se lève et descend à l’arrêt suivant en fulminant pendant que notre « héron, « héron » (petit patapon) » prend sa place, furieux lui aussi. Aurait-il bu un coup de trop ?
Le « héron » et moi descendons tous deux à l’arrêt : « Gare St Lazare »,
Un homme l’aborde et lui lance un petit « Coucou ! François ! Comment ça va ? ». Je l’entends répondre : « Couci-couça » En le croisant, je remarque que l’homme lui montre le bouton supérieur de son pardessus en lui disant qu’il ne tient qu’à un fil.
J’ai même le temps d’entendre la réponse : « Tu sais bien que je couds très mal ! ». Un peu cousue de fil blanc, cette histoire !
Ma curiosité est aiguisée et comme je n’ai rien de particulier à faire cet après-midi-là sinon prendre livraison de mon livre, je décide d’en savoir plus sur ce jeune homme.
Et sur un coup de tête, je le suis.
Le voilà qui rentre à la FNAC ! Et là, une surprise m’attend.
Une femme d’un certain âge s’approche de lui et se jette à son cou. Sa mère ? Une parente ? Je suis rapidement fixé car la femme qui semble diriger le rayon, s’adresse à une employée vraisemblablement pour l’avertir qu’elle va s’absenter un moment. Et je vois notre couple qui sort du magasin main dans la main, tout en s’embrassant à bouche que veux-tu.
Une couguar (Saint Lazare), je vous dis !
Un quart d’heure plus tard, je les vois rentrer dans une bijouterie et essayer des bagues, sans, c’est mon impression, du moins, se soucier du coût. Puis, je vois la dame de la FNAC rédiger un chèque.
Compte-t-elle lui mettre la corde au cou ? Elle doit penser, en tout cas, qu’il en vaut le coup !
Ils quittent la boutique tendrement enlacée, achètent un gâteau (non, pas un kouglof !) à la pâtisserie qui fait le coin puis vont le déguster sur un banc public, comme tous les amoureux.
Mais je remarque que le jeune homme se retourne souvent pour jeter un coup d’œil derrière lui. Craint-il quelque chose, ou quelqu’un ? Un mari trompé ? Une ex, jalouse ?
Je crois que ce coup-là, il m’a repéré.
Du coup, je fais semblant de fouiller ma sacoche et pénètre dans le couloir d’un immeuble voisin.
Puis, je prends mes jambes à mon cou en sens inverse pour aller chercher mon livre.
J’ai joué au détective pendant une après-midi et cela m’a bien diverti.
A ce couple insolite, je dis : merci…mais je n’ajouterai pas… beaucoup !

De Maddy

Il a pris le bus violet juste parce que il aime la couleur. Ce jeune homme au long cou coiffe d’un chapeau indigo est dans un état de stress immense.
La suite de son séjour à Paris en dépend. Déjà un type, dans le bus l’a réprimandé, il aurait soi-disant marché sur son écharpe bleue qui trainait à terre dépassant du siège.
Puis un de ses amis à St Lazare qui lui ajuste son pardessus vert. Pas forcément bien d’ailleurs …de quoi je me mêle … il a l’air d’un clown …fais-moi confiance, lui dit-il, tu fais provincial …

Jaune est sa chemise, pardessus marron, quel accoutrement …mais lui, il a rendez-vous pour une audition, son rêve va peut-être se réaliser. Il voit la vie en bleu aujourd’hui ..il veut faire du théâtre , du dramatique , du tragique. C’est une chance …ce moment est une chance.
Il a été remarqué par un metteur en scène parisien venu en province.
Une pièce particulière lui a-t-on dit, plusieurs rôles à distribuer …
Ses yeux verts pétillent de joie !!

Il arrive dans une grande salle, les lumières et projecteurs jaunes et oranges l éblouissent.
Tenez, voilà votre texte, vous avez cinq minutes pour le lire et ensuite je vous appelle.
Prenez le ton que vous voulez.
Ses mains sont moites, la bouche sèche. Il sent le trac qui monte.

A vous, lui dit on en coulisse.
Son corps, au long cou, sa tenue aux couleurs dépareillées, son élégance malgré tout attire le regard et on l’écoute.
Il lit son texte fort et sur un ton enjoué qu’il ne contrôle pas. Rouge, il a chaud. Il est mauvais. Il ne voulait pas déclamer ainsi.

-Parfait, je l’ai trouvé.

-Bravo, vous serez le bouffon du roi, vous saurez faire rire.
-Mais je …. Si, si, je vous le dis vous êtes parfait, vous commencez la semaine prochaine.
-Mais je ……pensais que la pièce était tragique …
-Elle l’est !!! Mais à la cour du roi il y a tous les cas de figures. Si vous pouvez faire rire , et c’est très dur croyez-moi, vous saurez faire pleurer. Alors ???
-Je serai là, la semaine prochaine.
-Bravo et restez tel que vous êtes.
Un gars particulier pour une pièce particulière.

Et c’est ainsi qu’il fit carrière, en débutant par le rire contrairement à ce qu’ il pensait …

De Laurence S

1er homme

« Pourquoi cet homme a un si long cou ?
Il a l’allure d’un gnou !
Que fait-il à la gare
A épier du côté de Saint-Lazare ?
Il est un peu tard
Et on dirait qu’il fume un pétard !
Allons voir de plus près
Ce que cet hurluberlu fait !
C’est quoi ce mec avec une tresse
Sur son chapeau d’abbesse
On dirait un cocodès
Pour sûr pas du côté de Barbès !

Ah, un ami lui parle
Avec un accent d’Arles
Faisons comme si de rien n’était
Sur le quai allant à Rambouillet !
Que de monde, que de monde
Que d’odeurs nauséabondes !
Ah un ami parle au malotru
Qui la panse bien tendue ».

2e homme à un 3e homme

-Remonte le bouton de ton pardessus
Les autres ont un aperçu
De ta grosse touffe de poils
Façon Belle-Etoile !
On ne doit rien voir de toi
Même pas tes doigts !
Tu faisais quoi dans cet autobus
A l’allure d’un omnibus,
Tu devais aller à pied
Sur les lieux à repérer ;
T’aimes pas marcher
Mon pote, va falloir changer
Ici, on n’aime pas les feignasses
Qui se prélassent !
Tu obéis aux ordres
Et aux sous-ordres !
Chez nous, y a pas de contre-ordres
Mais un sacré putain de désordre !

Te retourne pas
Y a un mec pas loin de toi
Qui nous observe bizarrement
Il a pas l’allure d’un diamant
Il nous épie en plus
Avec son chapeau tout vermoulu.
C’est pas net, j’te dis
Y a des coquillettes dans le ouistiti !-

3e homme au 2e homme

Parlons plus bas
Et dis-moi :
Donc, toi tu me suivais
Pour me surveiller de près
Moi, je suivais le lascar
Qui a tracé la route dans la gare
Et l’autre là dépenaillé
Nous épie collé-collé.
C’est quoi ce cirque ?
La piste aux étoiles ?
C’est pas le Graal
Ça commence à être visqueux !
Je dois agir dans l’ombre
Plus ou moins dans la pénombre
Et là, tout le monde nous voit
C’est pas la joie !

Scène

Chacun sort un flingue
Ils sont complètement dingues
Les passants fuient le quai
Apeurés comme des laquais
On entend des coups de fusil
On n’est pas prêt d’être dans le jacuzzi !
Des vociférations parviennent aux oreilles
On se croirait à Marseille !

Coupez, coupez,
On la refait…

Vous devez savoir que vous avez de la chance : vous venez d’assister au 4e tournage de OSS 117, « l’homme qui mangeait des glaces en Sibérie », écrit en vers de surcroît !

La créativité est à l’image d’un plat à mijoter: ça prend du temps, ce cuit tout doucement et enfin, ça se déguste et on en lèche ses babines!

Je vous souhaite une belle semaine créative.

Portez-vous bien et surtout continuez à prendre soin de vous, malgré l’été qui arrive!

Créativement vôtre,

Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE

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Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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