La proposition d’écriture N° 115 vous a permis de voyager, de raconter des souvenirs, de revivre des instants magiques.

Rien que pour ça, l’écriture, c’est magique!

Voici vos textes. Je vous en souhaite une belle lecture.

De Françoise V

Dimanche – 13 juillet 1980

Cette photo me fait souvenir d’une vue que j’ai pu admirer en grimpant le versant du dôme de la Lauze. Un souvenir du « dépassement de soi » que je n’oublierai jamais.

C’est avec beaucoup d’enthousiasme que nous nous préparions pour une randonnée afin d’atteindre le sommet du dôme de la Lauze, sommet des Alpes françaises.
Luc, Jean, et Pierre m’avaient convaincue que je serais capable de grimper avec eux jusqu’au Dôme de la Lauze. Le refuge étant réservé, nous partîmes le samedi matin en direction du refuge de la Selle. Avec sac à dos remplis à craquer, bâtons et chaussures montantes, gourdes et sourires, nous aurions pu présenter la couverture en page-photo de « Alpes magazine ». Mais nous n’étions pas médiatiques….

J’étais la novice du groupe. Luc était handicapé de la hanche mais se débrouillait bien pour adapter son pas et son rythme : un vrai montagnard aguerri. Pierre était le pro de la bande. Habitué à l’alpinisme depuis plus de 20 ans, il se sentait fort et s’attribuait le rôle de grand frère et conseiller. Jean, mon copain du moment, m’avait encouragée et poussée jusqu’à ce que j’accepte de partir avec eux. Une aventure pour moi se profilait.
Jamais de ma vie je n’avais dormi en refuge et grimpé si haut « Dame Montagne ».
Mon équipement flambant neuf affichait mon inexpérience, mais cela n’avait pas d’importance pour moi, je rayonnais de bonheur de me dépasser, de réaliser un rêve et surtout, surtout de faire des photos là-haut à 5 h00 du matin, au lever du jour. Jusqu’à présent, l’aube dont j’avais bénéficié se limitait au-dessus de la ville, en été. Cette expérience se rangerait pour moi dans des souvenirs à ne plus jamais oublier. A 18 ans, on peut se permettre de rêver, n’est-ce pas ?

Nous voilà donc partis, à rythmer nos pas, à souffler régulièrement, à admirer le paysage dont nous étions témoins de plus en plus haut au-dessus des villages, au-dessus des arbres, au-dessus des alpages. Une féerie de nuances de verts, de silhouettes rocheuses, de lignes d’horizon changeantes, en courbes ou en pic, de taches blanches dessinant les premiers glaciers au loin. Les cris des marmottes nous prouvaient bien que nous étions chez elles ! L’air pur commençait à nous griser, à nous donner soif.
« Une pause s’impose » annonça Pierre. La troupe apprécia ! Moi surtout ! En nage, je ne pouvais qu’aimer ce ralentissement en plein soleil de juillet. Jean riait de me voir dans cet état…. Luc compatissait ayant lui-même des difficultés. Pierre proposa de grignoter des fruits secs au bout de 2 h de montée. Pas de long moment à discuter, juste un instant pour « respirer à plein poumons» et pour froncer les sourcils en portant nos regards loin, très loin afin d’en prendre plein les yeux.

Tout a une fin, et nos longs efforts devaient bien cesser. Le refuge se profilait ! Pierre nous guida pour nous installer en nous présentant au gardien du refuge. Le dortoir présentait 8 couchages sur deux étages. Un vrai clapier, pensais-je ! On ne m’a pas fait naître lapine pour vivre dans une ferme, me dis-je. Avec un peu de recul, je m’installais avec Luc, Pierre et Jean. Nos sacs de couchages étaient alignés d’un bout à l’autre de la pièce, comme des sardines en boîte. Jean s’installa à ma droite et Luc se mit à ma gauche. J’étais calée entre les deux gaillards qui riaient de me voir un peu étonnée de cette installation. La soirée fut vite faite. Le repas simple était à réchauffer : potage lyophilisé, jambon pâtes, fromage, pomme. Et … au lit. Le petit déjeuner devait se faire à 3h30 pour un départ à 4h sous la lampe frontale. Se coucher à 9 h ne présentait aucun problème pour moi, j’étais épuisée de fatigue. Une longue nuit devait être réparatrice de nos efforts. A minuit, un bruit de tronçonneuse se fit entendre. Dans mon sommeil et à demi réveillée, mes pensées flottaient dans l’air : « Tiens, ils tondent déjà la pelouse ? » quand je réalisai que la tondeuse était Luc qui respirait en mode « moteur ». Je le poussai pour faire cesser l’engin… mais peu d’effet. Tout de suite après, Jean à ma droite, en profitait pour exercer son nez en faisant entrer et sortir l’air tel un avion à réaction. Coup de coude à droite, coup de coude à gauche aucune réaction des garçons, ils ronronnaient en toute quiétude. J’étais plutôt en « mode pingouin » essayant d’écarter mes ailes pour réveiller mes voisins tout en essayant de me faire une place pour ne pas finir compressée …. Sur la paillasse. Un vrai challenge ! Mais qui donc aurait supporté cela ? Les heures passaient sans pouvoir me réendormir. 3 heures 30 ! Le réveil sonne. Les gars s’étirent en baillant. Pas besoin de bailler pour moi, juste à sauter du lit pour m’habiller. Les petits déjeuner furent vite avalés, pas de temps à perdre, nous avions 2 heures de marche devant nous pour voir le soleil se lever. Mon appareil photo était prêt à fonctionner, prêt à saisir la minute qui serait pérennisée définitivement grâce à cette merveilleuse invention qu’est la photo argentique. En route ! Pierre engagea ses pas en avant, suivi de Luc et de Jean. Je fermais la troupe. Plus nous montions, plus je sentais cette douce sensation d’endormissement. Une impression de vivre sur un nuage, dans une boule de coton, que sais-je encore…. Une impression de dormir tout simplement, et en outre, de dormir en montant mécaniquement le sentier qui devait nous mener jusqu’au sommet. Je suivais en baissant la tête, suivant la lumière frontale de mes amis, en avançant tel un automate. Au bout d’une heure de marche, encore tout endormie, le spectacle des rougeurs du matin nous nargua. Nous n’avions pas encore atteint le sommet. Une féerie de rouge, orange, de blanc léger au loin derrière les montagnes. Un monde de clair-obscur, de feu réchauffait nos regards émerveillés. Je réalisais à ce moment-là, qu’il fallait sortir l’appareil photo en me dégageant de mes gants illico-presto. Les doigts gelés malgré leur protection n’arrivaient pas à enclencher le bouton pour la prise. L’appareil était bloqué aussi.
« Mais il est gelé, tu ne vois pas ? » m’alarma Jean. On essaya bien de décoincer le mécanisme mais pas moyen. Mon vieil appareil argentique de 1980 était endormi à tout jamais. Il ne se réveilla jamais, l’altitude l’avait tué. Mes photos n’ont jamais été prises. Seules les images uniques du spectacle sont restées dans ma tête encore ensommeillée. Aucune photo ne remplaça la chaleur du paysage flamboyant au loin dans le froid des hauteurs. Et c’est bien pour cela que j’ai pu raconter cette histoire.

De Patricia

Coucher de soleil en Croatie

Nous sommes arrivés à Orasak en début d’après-midi, fourbus d’avoir conduit plusieurs heures durant sur les routes escarpées longeant la mer Adriatique, mais heureux, car démarrait notre deuxième semaine de croisades à travers la Croatie. De belles journées en perspective s’annonçaient encore pour le plaisir de nos yeux et de nos papilles…
Orasak est une petite commune située à quelques kilomètres de Dubrovnik, perchée sur les hauteurs, au milieu des vignes et d’une végétation luxuriante. Il faut monter en voiture, impossible de faire le trajet à pied. Au détour d’un premier virage en épingle à cheveux, quelques commerces, l’épicerie indispensable, le bar, une terrasse, et c’est tout.
Il faut grimper encore quelques centaines de mètres, dans des ruelles étroites, longées de propriétés toutes plus belles les unes que les autres, cachées derrière d’épais murs de pierre blanche érodée par les vents et les embruns de la mer en contrebas.
Puis, nous arrivons à Druskovic Apartments. « Apartments » c’est ainsi que les Croates nomment les hébergements de type gites ou chambres d’hôtes. Nous concernant, nous entrons dans une ravissante maison, à flanc de coteaux, composée d’une agréable pièce à vivre, de trois chambres, deux salles de bain, mais surtout d’une magnifique terrasse avec vue sur la grande bleue. Cette terrasse est immense, elle doit faire au moins cent mètres carrés. Elle est encadrée de plusieurs arches blanches, aux jolies formes arrondies, à
travers lesquelles, nous pouvons admirer la belle Adriatique et l’île de Kolocep, sous un ciel azur immaculé… Nous imaginons déjà le superbe coucher de soleil que nous aurons ce soir !
Notre hôte nous indique une petite route que nous pouvons emprunter à pied afin de nous rendre à Trsteno, commune limitrophe possédant un arboretum bien connu puisqu’il est le
lieu de tournage de la célèbre série « Game of Thrones ».
Nos enfants, passionnés par cette saga, s’empressent de nous pousser vers le chemin en direction de Zaton. Il nous faut marcher presque une heure toutefois pour arriver au fameux arboretum, célèbre pour son majestueux platane, six fois centenaire, se dressant à l’entrée du parc, et enfin immortaliser la vue d’une scène d’anthologie de la série.
Mais déjà le soleil décline et son ombre se reflète, lumineuse, sur la mer grisonnante de cette fin de journée.
Quand nous rentrons à notre « apartment », notre somptueuse terrasse nous ouvre les bras sur un coucher de soleil féérique et rougeoyant, dont on ne se lasse pas.
Que du bonheur !

D’André
La marche dans le vallon

Le soleil avait déjà gagné le col et les brumes ne tardèrent pas à envahir la vallée.

– Nous sommes partis trop tard.
=-A qui la faute ? Qui ne retrouvait pas son blouson ?

Récrimination ou excuse ? La réponse s’était perdue dans les sapins de la forêt, qui entourait le sentier. A peine visible entre ces arbres noyés dans le crépuscule, le sentier se montrait sournois à l’approche de la nuit. De gros blocs arrondis semblaient jaillir des versants. Souvent couverts d’une épaisse couche de mousse, ils se confondaient avec les buissons, dont les branches fourchues s’accrochaient aux épaisses chaussettes des randonneurs. Ripant sur ces blocs, les chaussures détachaient des plaques de ces mousses, si épaisses qu’elle étouffaient jusqu’au bruit qu’accompagnait ce faux mouvement.

Ces retardataires marchaient malgré tout d’un bon pas. La lumière ocrée de cette fin de septembre laissait voir les sommets pointus des grands conifères se découpant encore dans le ciel, donnant l’illusion d’une certaine clarté dans le sous-bois. Partis depuis peu, la fatigue ne se faisait pas encore sentir. Seuls les moins aguerris ressentaient déjà les à-coups des brusques changements dans la nature du terrain.

Au bout de quelques heures, le ciel avait pris une teinte violette, amalgamant dans une même masse lugubre troncs et feuillages de cette forêt avec les sommets émoussés des alentours. Plus ils s’avançaient, plus les cimes semblaient se refermer sur eux. Cette forêt semblait ne pas vouloir finir. Les arbres semblaient se resserrer ; les branches les plus basses, indistinctes, décoiffaient insidieusement les randonneurs au passage. Le sentier lui-même disparaissait progressivement lui aussi. Seuls quelques espaces laissés terreux par le piétinement des marcheurs, jalonnaient la piste. Chacun tentait de sauter dans ces plaques dégagées en une imprévisible marelle.
Cette maigre piste n’allait d’ailleurs pas tarder à s’estomper. Chacun se calait sur une respiration, le contact d’un sac à dos, le froissement d’un blouson. Le sol avait perdu sa consistance ; il n’offrait plus une rassurante solidité. Le pied s’enfonçait dans une matière dont on ne pouvait découvrir la nature, végétale, minérale ? Pourtant, celle-ci ne tarda pas à se manifester. Les chaussettes devenues moites laissaient passer progressivement l’eau glacée d’un ruisseau. Les chaussures pataugeaient désormais dans un courant silencieux.
La petite troupe comprit que ce torrent devenait leur seul fil conducteur. Le suivre permettrait à coup sûr de rejoindre le refuge. Le bruit de l’eau giclant hors des chaussures était devenu le guide de cette équipée qui marchait maintenant depuis des heures. L’abattement succédait à la hâte d’aboutir.

Progressivement, les blocs qui jalonnaient ce torrent se firent plus rares. Les pieds ne trébuchaient plus sur les irrégularités du sol. L’invisible surface s’arrondissait devant eux en un glacis herbeux.
Dans le paysage, ce n’était plus l’extrémité pointue d’un sapin, ni la masse émoussée d’un sommet qui s’offrait dans le ciel à la vue des randonneurs mais la forme géométrique, réconfortante, d’un toit annonçant la fin de leur laborieuse progression.

De Luc

Souvenir du siège de Sarajevo, un lever du jour sur la montagne de Bjelasnica montagne qui culmine à 2067 m


Un matin, à cinq heures, alors que la nuit ne va pas tarder à céder la place à la lumière, assis seul, tous les sens en éveil, je m’imprègne de ce spectacle dans ce contexte particulier du siège. Sous Bjelasnica, une mer de nuages s’étale, de laquelle sortent quelques points hauts des collines enserrant Sarajevo. La distance à la ville amortit le bruit du canon qui est quasi permanent, et le transforme en une rumeur lointaine, sourde et diffuse. Y a-t-il vraiment la guerre ? Ce moment de joie intense que tout alpiniste gardera pour toujours dans son cœur va se produire. À l’est, la clarté se fait de plus en plus nette et les nuages prennent des teintes irisées qui s’étalent du rouge vif au marron sombre presque noir, dans un dégradé continu d’est en ouest. Alors, le soleil perce la couche et apparaît déformé du fait de la distorsion de la lumière traversant l’atmosphère. À cet instant, j’aperçois dans la direction de l’astre du jour deux « bateaux » chevauchant à vive allure cette mer de nuages calme. Enfin, je distingue leurs silhouettes surmontées de leurs doubles dérives caractéristiques. Il s’agit de deux F14 de l’US Navy qui convergent vers ma position, point caractéristique connu de tous les aviateurs de la coalition. Arrivés au pied de la montagne, ils l’escaladent en patrouille serrée au plus près du relief. J’ai tout loisir de les regarder monter vers ma position. L’un des avions me survole de quelques mètres, tandis que le second passe en dessous dans le petit col qui est à ma droite en contrebas. Je peux voir très distinctement les casques de l’équipage de l’aéronef lancé à vive allure. Heureusement que je me suis levé, dire que j’aurais pu rater un tel spectacle, qui restera gravé en moi à jamais. Je ne peux m’empêcher de penser à ma chère maman à laquelle j’ai dit, que j’étais en Italie. Si elle pouvait imaginer « l’enfer » qui est le mien. Je sais que ce genre de réflexion peut choquer, mais c’était bien mon état d’âme à ce moment, confronté à un double spectacle de beauté de la nature au lever du jour et de merveille technologique, le tout dans un environnement de guerre.

De Michel

Image du passé

Ma fille, je n’en doute pas, a voulu me faire plaisir en m’apportant l’agrandissement d’un paysage pour l’accrocher au mur de ma chambre, face à mon lit. Bien sûr elle ne pouvait pas savoir. Comment aurait-elle pu deviner ce que représentait pour moi cette vue d’un coucher de soleil flamboyant en montagne ? J’ai tellement de photos sur mon ordinateur de mes différentes randonnées.
Il y a quelque temps elle m’avait dit :
– Tu n’as pas envie d’avoir d’autres photos ici?

Elle est adorable, toujours à l’affût de ce qui pourrait me faire plaisir. Était-ce un sentiment de culpabilité de sa part ? Son insistance parfois m’irrite un peu, mais je sais que ça démontre toujours d’une bonne intention.
Que pouvais-je répondre d’autre :

– Tu sais, j’ai déjà celles de mes petits-enfants, cela compense leurs absences.
– Je regarde souvent tes photos sur l’ordi que tu m’a confié.
– Confié n’est pas vraiment le terme approprié ma chérie, tu sais bien qu’ici c’est définitif, alors dis plutôt donné.
– Papa, tu sais que l’on ne pouvait faire autrement !
– Je ne te reproche rien ! Simplement tu connais mon amour des mots justes, j’ai essayé de te le faire partager dès ton plus jeune âge. Je devine que pour toi ce n’est pas anodin d’employer ce verbe « confier », comme si c’était une parenthèse. J’en comprends la raison mais je t’en prie, arrête de me ménager. Alors dis-moi, ces photos ?
– Je les regarde quelquefois. Tu partais souvent seul pendant de longues périodes. Celles que tu nous envoyais permettaient de te suivre, de partager la passion de tes marches solitaires. En les visionnant, je retrouve le bonheur de périodes passées, je me souviens de toi heureux ensuite de les commenter.
– Je ne suis pas certain que cela puisse avoir maintenant le même effet sur moi.
– Tu n’en veux pas quelques tirages ?
– Bon, si cela peut te faire plaisir, mais une seule suffira.
– Je t’amène le portable la prochaine fois, nous choisirons ensemble.
– Ce n’est pas la peine, choisis-toi, je te fais confiance.

Quand je l’ai vu accrocher cette photo, j’ai eu du mal à masquer mon émotion.

– Ça ne te plaît pas ?
– Si, bien sûr que si.
– On ne le dirait pas, tu as l’air contrarié.
– Pas du tout mais comme tu le disais toi-même, cela me replonge dans le passé.
– C’était le but non ?
– Oui mais, à quoi bon …

Je l’ai ensuite remerciée, ne voulant pas lui dévoiler l’effet que la vue de ce paysage avait sur moi.

De Nicole

Corentine de l’aube au crépuscule

Aujourd’hui serait un beau jour.
« L’aube semble prometteuse » songe Corentine.
Elle vient sur le promontoire et se tient à la rambarde.
Comme tous les jours.
La brume s’effiloche. En bas la mer, les vagues frisottent d’écume.
Bientôt sa couleur d’étain se transformera en un beau gris-vert.
Corentine, les sens en éveil, guette.
Un froissement d’ailes, des petits cris de joie, à peine audibles, les fées apparaissent, petites, vêtues de robes diaphanes à la dentelle moussue.
C’est l’heure où elle viennent faire leurs ablutions.
Elles saluent Corentine, leur fidèle visiteuse.
Seul un coeur pur pouvait apercevoir ces petits êtres.
Elle partit remplir sa journée des tâches quotidiennes.
Entre chien et loup, assidue, elle reviendrait toute vêtue de noir avec sa coiffe de mariage bien amidonnée.
Son bel époux Lénaïc, son soleil avait disparu en mer.
Depuis quarante ans, elle vient l’attendre.
Le promontoire, le lieu de leurs rencontres amoureuses, l’endroit où ils échangèrent leur premier baiser, était un lieu sacré.
De l’aube au crépuscule, toute sa vie défilait.
Un matin à l’aube, les fées vêtues de lumière, l’emmèneront retrouver Lénaïc dans les étoiles.

De Lisa

Inspiré de la chanson de « le soldat » de Florent Pagny

A l’heure où le soleil se couche
Au pied de cette dune
A sa chère tendre Elise
Il pense qu’à lui écrire
La chaleur le terrorise
Il a peur de mourir
Il ne pense qu’à elle

Mais il n’est qu’un soldat
Mais surtout il reviendra
Il sera bientôt là
Et elle le chérira

A l’heure où cette guerre est un mystère
Le troufion est sur ses gardes
Pour éviter les pièges
La chaleur le terrorise
Il a peur de mourir
Il ne pense qu’à elle

A l’heure où la mort est son allier
Il sait qu’il vient de quitter sa bien-aimée
Il repense à sa chérie
Dans ce sable très chaud
Avant son dernier souffle
Tout simplement

Mais il n’est qu’un soldat
Mais surtout il reviendra
Il sera bientôt là
Comme une âme. Voilà !

A sa chère Elise
Il aimerait lui avouer
Que la vie est injuste
Et leurs cœurs vont être enterrer
Il sait qu’il vient de mourir
Au coucher de cette Dune
Il reviendra dans ses rêves
Pour dire à son coeur qui l’aime

Mais il n’est qu’un soldat
Mais surtout il reviendra
Il sera bientôt là
Comme une âme. Voilà !

De Catherine

Crépuscules d’ailleurs

La voiture sillonne l’autoroute à travers l’obscurité épaisse qui tarde à quitter le territoire à cette heure très matinale. Pas de circulation : un vrai boulevard à la lueur de nos phares.
Passé Montluçon, un brouillard dense s’invite par intermittences, provoquant des exclamations de soulagement à chaque éclaircissement, alors que le jour peine à se lever. Et puis, soudain, l’aube apparaît dans toute sa splendeur, enflammant d’orangés et rosés les monts arrondis qui profilent leurs silhouettes encore sombres sur un horizon flamboyant. Une image de toute beauté !
Aurore ou crépuscule, difficile de les distinguer, hormis par les horaires et la direction du déplacement, orientale pour notre équipée : mêmes origines, mêmes rougeoiements, mêmes contrastes, même intensité hivernale, même ressenti de bonheur…
Cet instant sublime imprimé durablement en nous, nous voici arrivés à destination : le Salon du Carnet de Voyages de Clermont-Ferrand, pour la durée d’un week-end enchanteur. Enchanteur, il le fut, par des rencontres multiples avec les voyageurs carnettistes, des projections de voyages à la rencontre des autres, des ateliers nous projetant dans les aspects plus techniques du carnet de voyages et des expositions.
Un lieu pour rêver des ailleurs osés par d’autres, pour décrypter l’univers artistique propre à chaque croqueur de vies, pour s’imprégner d’univers lointains, pour éclairer son quotidien d’une autre lumière. Lumière ! Les lumières qui ramènent à la beauté de notre aurore du jour. Ah ! Ils ont dû vivre de si belles aurores et de si magnifiques crépuscules dans ces lointaines contrées avec lesquelles nous partageons la lumière du dieu solaire, tantôt chez eux, tantôt chez nous, chacun son tour, règle universelle de la fraternité.
Crépuscules ouzbèques, laotiens, marocains, libanais, ghanéens, canadiens, péruviens… et même parisiens ou ligériens, à tout instant, quelque part dans le monde, des hommes et des femmes vivent le même crépuscule, prémisse d’une nuit qui engendrera ensuite une magnifique aurore. Et en même temps, des hommes et des femmes venus d’ailleurs en rencontrent d’autres pour des temps de vie partagés. Belle image à garder de ce week-end hors du temps, mais ancré dans le plaisir d’aller vers les autres.

Puis le temps du retour est arrivé, dans le jour déclinant. La voiture reprend la route vers l’Occident, jusqu’au moment tellement magique où le crépuscule embrase de mille feux notre horizon de moins en moins vallonné. Décidément, c’était un week-end sous le signe de la lumière ardente, entre lever et coucher du soleil, aller et retour de notre quotidien à l’insolite d’une merveilleuse parenthèse.

De Claude

Des finitions

Le soleil se lève sur Grenoble. De ma chambre d’hôtel, j’aperçois le massif du Vercors qui sort lentement de la brume. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Tout à l’heure, je participe au championnat francophone de mots croisés. Comme disent mes amis (et concurrents) québécois, j’ai des papillons dans l’estomac, c’est-à-dire un trac fou. Impossible de prendre le petit déjeuner pourtant fort appétissant.

Pour me calmer, je feuillette un dictionnaire pour faire le plein des sens. J’aurais surtout aimé être plein d’aisance. Je m’inquiète: vais-je tomber sur des mots que je n’ai jamais croisés? J’y suis! La salle me paraît immense et chacun attend avec impatience la distribution des grilles.
Au bout d’une heure sur le gril, je crois que je tiens mon «3vertical». Ma grille est complète à présent. Est-ce moi qui vais enfin avoir le dernier mot, le mot de la fin?
Il me faut vérifier rapidement les définitions qui m’ont amené à le trouver, ce fameux mot de huit lettres, et confirmer ainsi que c’est la bonne réponse. Alors, voyons…

Illustre l’académie : tatoueur. Oui, si l’on veut faire peau neuve !
Arrive souvent au dernier acte : notaire. Croque-mort était trop long !
Ne s’abaisse jamais devant quelqu’un d’important : strapontin. J’en reste assis !
Héroïne pure : Blanche Neige. Cela me fait penser à un nain gras.
Opération boursière catastrophique : émasculation. Ouille ! A la corbeille !
Souvent folle pour ceux qui regardent : dépense.
Une citation me revient à l’esprit : « Une femme a des pensées pour un homme jusqu’à ce qu’il ait dépensé pour elle. »
Un examen auquel on est sûr de se faire étendre : psychanalyse. Je dirais que c’est une tentative de Freud.
Moins cher quand il est droit : piano. D’accord ! Et savez-vous comment on fait cuire un poisson dans un piano ? On fait do, ré, la, sol…

Dans un état de fébrilité avancée, je fonce soumettre mes solutions aux juges installés sur une estrade, au fond de la salle. Une lecture attentive du jury s’ensuit. J’attends dans l’angoisse. Enfin, un juge se lève et, solennellement, me déclare champion de France.
Alors que le public, debout, m’applaudit à tout rompre, je remarque la mine déconfite et dépitée de mes concurrents, qui justement, je l’ai appris plus tard, butaient sur ce même mot en huit lettres.
Si le verbicruciste voulait mettre les cruciverbistes en difficulté en proposant cette définition, il y a réussi, au-delà même de ses espérances!
Soudain, je me sens fier, fier comme un paon, fier d’avoir persévéré sans jamais avoir douté de mes possibilités, fier d’avoir surmonté mes échecs précédents, des places d’honneur principalement.
Je ressasse la définition qui m’a permis de triompher. «Vide les baignoires et remplit les lavabos»: n’était-ce pas énigmatique?
J’avais d’abord évidemment pensé à « plombier », mais cela ne coulait pas de source, car le mot devait commencer par un « e » et se terminer par un « e ». Un euh, en fait … Et puis, n’aurait-ce pas été trop simple pour un concours de ce niveau ?
Le mot, c’est « entracte » ! Un entracte dont j’ai bien besoin pour réaliser que je vais bientôt représenter la France au championnat du monde des cruciverbistes francophones. Il ne faut pas que je me fasse griller par mes adversaires. Parce que là, je vais devoir affronter les meilleurs mondiaux ! Mais j’en ai quand même déjà battu un certain nombre.
A l’idée de détrôner le champion du monde canadien (Ottawa que je m’y mette !), des gouttes de sueur perlent à mon front. Devant ce public passionné, je pleure d’émotion en levant la coupe. En ai-je trop fait ? Ma vue se brouille. D’autres définitions de cette grille plutôt hermétique reviennent tourmenter mon esprit : c’est en échouant qu’il devint célèbre : Noé ; ou prélude à une partie de billard : anesthésie ; matière à réflexion : miroir ; et : pot sur le « feu » : chrysanthème.
Ah ! Les mots croisés ! C’est le plaisir des sens, en haute définition ! Pourtant, tout en savourant ma victoire, j’ai la vague impression qu’il me manque une case !

De Michel

L’odeur de l’enfance

« Quand viens-tu me voir ? » Cette phrase, ma grand-mère me l’a envoyée par texto, plusieurs fois.
C’est vrai, il est temps de lever le pied, cela me ferait du bien et j’ai très envie d’aller la voir, il y a si longtemps que je délaisse ma famille. Je pose 5 jours de RTT.
Le mercredi suivant, je pars pour la campagne Aveyronnaise. 300km pour écouter la musique classique que j’ai aussi abandonnée. Je suis heureuse en m’approchant de la ferme. GrandMA est déjà sur le pas de la porte à me tendre les bras.
« Quel plaisir de te revoir ma chérie, viens vite, entre, je t’ai cuisiné tout ce que tu aimes ». Je souris en sentant l’odeur de l’enfance qui me caresse les narines avec volupté.
J’embrasse ma chère grand-mère en la faisant tournoyer dans mes bras. Je lui accroche un lapis lazuli autour du cou, une pierre que j’ai choisie pour elle, chez mon gemmologue favori.
Je retrouve ma chambre abandonnée depuis presque 2 ans. J’ai honte en pensant à ce laps de temps, et si heureuse de retrouver l’odeur de la maison, la vivacité de GrandMa, l’espace et la nature.

La soirée est un véritable bonheur pour les papilles et le coeur. A 23h, je me suis affalée dans le lit sans demander quoique ce soit.
Vers 4h30, je me retourne plusieurs fois dans mon lit, sans pouvoir me rendormir. C’est quoi ce bruit ? Je tends l’oreille et je reconnais le chant de Gaston, le coq. Je l’avais oublié celui-là…..grr
Malgré ce désir de me rendormir, j’ai finalement choisi de déguster un chocolat chaud.
Je descends avec légèreté, pour éviter de faire craquer le plancher et l’escalier.
Dans mon pyjama en pilou, le mug entre les mains, le plaid sur les épaules, je m’aventure dehors.
Les bruits et l’odeur de la nature me ravissent le coeur, l’esprit et les sens. Mais au bout de quelques minutes je grelotte un peu… « Il fait frisquet ». Je rentre chercher un second plaid, puis retourne m’installer, sur le banc, dans la fraîcheur de l’aube.

Je me régale avec ce chocolat prêt d’hier soir par GrandMa que j’ai juste réchauffé. Il est délicieux, sucré, épicé à point, et devient sublime, accompagné d’une de ses fondantes madeleines au citron.
Je rêvasse, je m’abandonne, je ne pense pas au boulot !!
Gaston reprend régulièrement sa chanson qui me fait rire ! Entre temps, je profite des bruits matinaux. J’entends les branches craquer, le léger souffle du vent dans les feuilles, les oiseaux qui démarrent leurs vocalises.

Au bout d’une petite heure, je sens une présence à mes côtés.
« Tu fais comme moi ? Chaque matin, en buvant mon chocolat, je viens profiter du lever du soleil qui me donne de l’énergie. »
Je me colle contre ma grand-mère, elle a tellement raison. Nous profitons ensemble du spectacle grandiose de l’horizon qui semble s’embraser. Phoebus fait son apparition pour réchauffer nos membres engourdis. Dans la lumière naissante, je sens cette envie de bouger « Maintenant une bonne douche bien chaude et même si je n’ai rien contre Gaston, la nuit prochaine, je mettrai des bouchons d’oreilles !!».


D’Abdelilah

A l’approche de la grande fête du mouton que les musulmans appellent “Aïd al adha”, Mouloud se réveilla tôt le matin pour se rendre, comme convenu, à la petite ferme de son gendre Allal pour y dénicher un bel ovin qui allait être sacrifié le jour j. A l’aube, les villageois vaquaient déjà à leurs occupations. Mouloud devait choisir son bélier avant que Moha ,le berger d’Allal, emmène le troupeau paître dans la montagne. Il le ramenait à la bergerie au crépuscule . Amina ,la compagne de Moha ,assistait à la scène en riant et en affichant un air débile. Elle était d’ailleurs suivie par un psychiatre depuis longtemps .Mouloud ne cessa pas de la contempler et de la dévisager. Stupéfait et intrigué, il se demanda comment cette femme aux traits occidentaux avait pu atterrir dans ce bled ingrat. Elle ne ressemblait en rien aux gens du pays avec ses yeux bleus, sa peau très blanche et ses cheveux lisses. Il s’adressa alors à son gendre Allal : “Amina devrait avoir un ancêtre Européen, elle n’a rien d’une Arabe » .
C’est ainsi que Mouloud mit la puce à l’oreille de son gendre. Après le départ du berger vers la montagne, sa femme alla traire les vaches. Les deux lascars s’infiltrèrent dans leur chambre. Une vieille valise en carton ,sous le lit, attira leur attention .Lorsqu’ils l’ouvrirent, ils y trouvèrent une liasse d’anciennes lettres et un acte de mariage au nom de Radia zitouni qui n’est autre que la propre mère d’Amina avec un certain Andreas Fulko. Cet Allemand avait rencontré Radia lors d’un voyage à Marrakech il y avait trente ans. Il était tombé follement amoureux d’elle. Il finit par l’épouser. Six mois après, elle tomba enceinte. Andreas était tellement heureux qu’il rentra précipitamment en Allemagne pour entamer la procédure du regroupement familial. Mais, il eut un grave accident qui le contraignit à rester longtemps alité . Il ne cessa pas de correspondre avec sa bien-aimée en attendant la guérison. Le destin en a voulu autrement. Radia mourut pendant l’accouchement . La petite Amina fut confiée à sa grand-mère qui rendit l’âme lorsque Amina avait dix ans. La pauvre orpheline ne cessa alors de traîner d’une maison à une autre comme domestique qui endurait tous les genres de maltraitance jusqu’au jour où elle atterrit dans la petite ferme de Allal.
Ce dernier se rendit à l’ambassade d’Allemagne où il déposa une requête, en présentant les documents retrouvés dans la valise en carton, pour enquête en faveur d’Amina . Un mois après ,la bonne nouvelle tomba. On put retrouver Andreas Fulko; un vieil homme malade, certes, mais encore lucide . Il fut très heureux de renouer le contact avec sa fille à qui il choisit de donner le nom d’ERIKA. Son passeport Allemand ne tarda pas à venir.
Moha le berger était tenu à l’écart de toute cette histoire. Allal fomenta avec sa femme Latifa un plan diabolique. Ils incitèrent Moha à partir travailler en LIBYE sous prétexte qu’il n’avait aucun avenir dans ce bled-là. On lui donna une somme d’argent alléchante et on lui paya même le billet d’avion.
Après son départ, ils confièrent les deux enfants d’Amina à leur tante paternelle qu’ils amadouèrent avec quelques billets puis ils isolèrent Amina à l’abri des regards indiscrets, dans une chambre de leur maison citadine .Ils se mirent d’accord pour divorcer provisoirement afin qu’Allal épouse Amina pour rejoindre l’Allemagne, d’autant plus que ses trois enfants furent renvoyés, tous de l’école faute de bons résultats .Alors ,on les fit passer pour les enfants d’Amina et on fit passer Latifa pour sa tutrice et soignante. Ils eurent tous un visa pour entrer en Allemagne. Ils eurent par la suite la nationalité. Amina rencontra pour la première fois son père Andréas qui fut très heureux de voir enfin le fruit de sa belle histoire d’amour qui fut malheureusement avortée par des circonstances qui le dépassaient. Il n’aurait pas le temps d’en profiter davantage; il rejoignit l’au-delà à la suite de graves complications respiratoires.
Amina, ou plutôt ERIKA, fut admise dans un hôpital psychiatrique. Mais, elle devait être prise en charge par la famille Allal qui était installée à Frankfurt. La pauvre y endura tous les sévices et l’ingratitude.
En rentrant de Libye ,Moha fut choqué de ne pas trouver sa concubine. Il alla porter plainte contre Allal l’accusant d’avoir détourné sa femme mais sa demande resta sans suite faute de preuves; Amina n’était que sa concubine.
Il récupéra ses enfants chez leur tante .On le voyait souvent faire la manche en leur compagnie dans les cafés et les souks. Il fit une mauvaise dépression qui lui fut fatale. Sa santé se dégrada rapidement et il finit par mourir quelques mois après.
Les pauvres enfants d’ERIKA furent recueillis dans un orphelinat . Ils ne verraient jamais leur maman qui mourut deux ans après son arrivée en Allemagne.


N.B. A part les noms que j’ai changés, toute l’histoire est authentique.

De Marie-Laure

Juste être là


C’est un dimanche de grisaille où le ciel est lourd et semble tout couvrir d’une chape de plomb. Il est de ces dimanches où l’on n’a même pas envie de quitter le pyjama ; de ces jours de repos où les heures s’égrènent entre café, livre, musique, peut – être un jeu en famille en fin de journée, mais ce n’est même pas sûr.
Dans ces moments que l’on pourrait qualifier de cocooning, chacun vaque à ses petites occupations, à son rythme.
Dehors les premiers flocons s’échouent sur la baie vitrée. A l’intérieur on se croise, on échange quelques mots, quelques sourires, mais au fond tout se passe comme si chacun était dans sa bulle.
Après un brunch à rallonge, plongée dans sa revue, Thérèse avait décidé de faire un peu de tri dans ses photos. Classer, trier, archiver, ses amies lui avaient dit que bien souvent la retraite démarrait par ça. Reconnaissant son caractère peu organisé, pour ne pas employer un autre mot, au vu de la tâche qui l’attendait dans quelques mois, prendre un peu d’avance ne serait pas du luxe, pensait – elle.
Confortablement installée au salon, la boîte à chaussures, réservoir de clichés oubliés, sur les genoux, Thérèse s’attela gentiment à sa tâche. Très vite, l’objectif de tri tomba aux oubliettes car à chaque photo, elle plongeait dans ses souvenirs.
Son époux observait de loin, guettant une probable pointe de mélancolie, il savait bien depuis toutes ces années de vie commune, comment fonctionnait sa dulcinée. Mais aujourd’hui, point de morosité affichée, Thérèse avait le sourire aux lèvres, un de ces sourires qui n’a pas vocation à être partagé, comme un sourire intérieur.
La fameuse boîte contenait les photos des années 80, autant dire des années mémorables qu’elle avait dévorées à pleines dents. Elle avait en main une photo d’un coucher de soleil en montagne. Photo qui pourrait sembler banale, car qui n’a jamais photographié un coucher de soleil, que ce soit en altitude, en bord de mer ou autre ; tout photographe amateur s’y est essayé à maintes reprises dans l’espoir du cliché parfait. Certes. Mais en plus de la beauté des couleurs, du cadrage parfait, cette photo la replongeait dans ses années de fac.
Cette année-là, avec sa bande de potes, ils avaient décidé de passer l’été en montagne, sac au dos, à marcher dans la vallée de l’Ubaye. L’insolence de leur jeunesse les avait poussés à envisager même quelques cols, avec nuit en refuge. Ils avaient calé leurs randonnées successives pour passer la nuit des étoiles au sommet. Admirer la voie lactée dans un milieu si protégé serait leur récompense.
Dire que Thérèse était sportive, ce n’était pas un adjectif qui lui collait aux semelles, hormis pour le shopping ou un petit tour de lac. Elle avait conscience qu’elle manquait d’entraînement et dès le mois de décembre, elle avait commencé son entraînement, en extérieur si le temps le permettait, dans les escaliers de son immeuble par mauvais temps et en soirée. Objectif : gravir d’une seule traite les 14 étages puis enchaîner la descente. Le chronomètre viendrait en temps et en heure, il n’était pas question d’emblée de battre un record, juste d’augmenter sa résistance à la montée et contrôler son souffle.
Aujourd’hui, elle se remémorait combien ce projet avait été ambitieux, car oui elle avait eu bien du mal à suivre et plus d’une fois, elle s’était demandé ce qu’elle faisait là. Sa place n’était -elle pas plutôt à découvrir une ville, ses ruelles, son architecture, ses musées ? Mais il était hors de question pour elle de perdre la face vis à vis du groupe, alors elle s’était accrochée, parfois en râlant un peu quand même car les pauses lui semblaient toujours trop courtes. Les moments de découragement finissaient toujours par céder face à tant de beauté sous ses yeux, elle en prenait plein les mirettes. C’était comme si elle avait exhumé ses peurs et ses pensées limitantes, elle le savait, elle allait y arriver !
Quelle grande victoire lorsqu’elle s’était assise, adossée à un rocher pour admirer le fascinant spectacle du coucher de soleil. Oui, des couchers de soleil, elle en avait vu des tas, mais celui – ci avait une tout autre saveur. Elle se trouvait là, muette, il lui semblait qu’ elle faisait corps avec le rocher… peut-être même avec la montagne … peut-être même avec l’univers. Cela peut sembler prétentieux, et pourtant, c’était la première fois qu’elle se sentait si vivante, comme faisant partie intégrante de l’univers. Elle était là, assise, elle ressentait plus qu’elle ne voyait. Elle était là à la bonne place, au bon moment. Elle n’avait pas cherché de mots pour traduire son émotion à ses acolytes.

Aujourd’hui encore, toutes ses émotions vibrent à la simple vue de cette photo, c’est comme s’il y avait eu une inscription à même son corps. Ce jour, elle ne cherchera pas de mots pour partager ce ressenti avec son compagnon de vie. Cela lui appartient au plus profond de ses entrailles.
Elle ne remettra pas cette photo au fond de la boîte à chaussures, ni même en bonne place dans un album, non. Elle glissera cette photo dans sa table de nuit, tout près d’elle et de ses rêves, car elle a l’intime conviction que l’arrêt sur image de ce jour n’est pas anodin … alors elle en prendra grand soin.

De Marie-Josée

Sauvetage


Gypsy commence à émettre de petits grognements, signal infaillible que c’est l’heure de faire une pause. Réveillée par la chienne, Emilie émerge d’un sommeil fractionné par les arrêts et redémarrage de la voiture. Elle se frotte les yeux et demande, encore à moitié endormie :
« On est arrivé ? »
« Presque » lui répond sa maman Marie. « On va s’arrêter, le temps de prendre un café, de grignoter quelque chose et de laisser gambader Gypsy ».
Le jour commençait à peine de poindre et le paysage avait changé. Les sommets des montagnes perçaient la brume et le ciel se teintait de pourpre et d’or.
« Ce n’est pas souvent, qu’on a l’occasion de prendre le petit déjeuner dans un tel décor ! » s’exclama Gilles, le papa d’Emilie.
« C’est le cas de le dire ! D’habitude à cette heure-ci, je me retourne dans mon lit et je roupille jusqu’à midi », bougonna son frère Bastien. « D’ailleurs, je n’aime pas la montagne. J’aurais préféré faire du camping avec mes potes en bord de mer plutôt que m’entasser en famille dans un chalet pourri ».
Le ton était donné. Ça promet pour l’ambiance des vacances. L’aire de l’autoroute était déserte. A peine la portière ouverte, Gypsy s’élança dans les bosquets en bordure du parking. Emilie le poursuivit et ils disparurent tous les deux.
« Emilie, Gypsy revenez ! » appela Marie.
« C’est pas possible ! grommela Gilles : « Bastien, va les chercher » ordonna-t-il sur un ton qui n’admettait pas de réplique. Bastien s’exécuta et au bout de quelques minutes ils revinrent tous les trois. Emilie avait un petit chat et une poupée en porcelaine dans les bras.
« Regardez, ce que Gypsy a trouvé ! Je crois que le petit chat a mal à la patte ».
Marie le caressa et son instinct maternel se réveilla illico : «Pauvre bête ! Sa patte à effectivement l’air d’être cassée et il a sûrement faim. Je n’ai pas de lait mais j’ai encore un peu de jambon » dit-elle en allant fouiller dans la glacière.
« On ne va quand même pas l’emmener, tout le monde sait que chien et chat ne font pas bon ménage. » lança Bastien.
« Il a sûrement été abandonné. Je m’en occuperai » déclara Emilie.
« D’accord pour le chat, mais la poupée direction poubelle. » décréta Gilles.
«Non ! » hurla Emilie. « La poupée a aussi été abandonnée, même si c’est un objet, elle a une âme et moi je sens qu’elle est triste. » dit-elle en la serrant contre elle.
« N’importe quoi, t’as fini de raconter des conneries » se moqua son frère.
« Ce ne sont pas des conneries » se défendit-elle, « je l’ai lu quelque part, je ne sais plus où, mais je suis certaine que c’est vrai ».
«Âme ou pas, arrêtez de vous disputer » intervint Marie, « on ne va pas quand même pas prendre racine ici. Allez c’est parti. Tout le monde en voiture, les grands, les petits, le chien, le chat… et la poupée ».
Grâce au GPS, ils trouvèrent le chalet de location sans encombre et s’y installèrent.
« Le petit chat ne va pas très bien » constata Marie, « il faudrait l’emmener chez le vétérinaire pour qu’il examine sa patte ».
« Il faudrait aussi lui trouver un prénom » renchérit Emilie « que pensez-vous de Lucky ? Il a eu de la chance que nous l’ayons trouvé ».
« Plus que moi qui me retrouve dans un coin perdu » ironisa Bastien.
« Il y a un vétérinaire pas très loin d’ici » dit Marie en feuilletant les documents d’infos. « On y va tout de suite, inutile de laisser souffrir Lucky plus longtemps et ce sera l’occasion pour vous de découvrir les alentours. »
Heureusement, ce n’était pas l’affluence des grands jours, la salle d’attente était vide, seuls quelques aboiements leur parvenaient de la porte capitonnée. Une jeune fille accompagnée d’un labrador qui boitait fit une entrée remarquée. Emilie attira de suite sa sympathie en lui racontant la mésaventure de Lucky. Elle essaya d’obtenir quelques informations à propos de la pathologie du chien mais ce fut leur tour avant qu’elle n’obtienne une réponse. Bastien resta dans la salle d’attente prétextant qu’il ne voulait pas gêner inutilement le vétérinaire par sa présence. Le chat soigné, il ne restait plus qu’à s’occuper de la poupée. Emilie la lava avec soin, lui remit du vernis rouge sur les ongles et lui mit une robe empruntée à ses autres poupées.
« Te voilà, à nouveau présentable » lui dit-elle, « il ne reste plus qu’à te trouver un nom. » A sa grande surprise elle lui répondit :
« J’en ai déjà un, je m’appelle Bella, mais si tu veux tu peux m’en donner un autre, cela ne me dérange pas. »
« Bella, c’est parfait. » A ces mots, Marie entra dans la chambre et lui dit :
« Pique-nique et baignade, ça te va pour la première journée, à moins que toi aussi tu sois devenue une passionnée d’escalade comme Bastien ? J’ai l’impression que le passage chez le vétérinaire n’a pas uniquement fait du bien à Lucky ».
« Je sais. J’ai remarqué qu’il est de bien meilleure humeur depuis » dit-elle en rigolant, et on peut aller se baigner sans lui.
« Au fait, tu parlais à qui ? », lui demanda Marie.
Elle éluda la question en disant :
« Tu as sûrement mal entendu ! Je vais préparer mes affaires. Ce sera la première sortie de Lucky et Bella. Gypsy et moi veilleront sur eux et nous ne les abandonnerons pas dans les bosquets au bord du lac. »

De Karine

Mon amour,

Tous les jours, quand je me réveille entre 2h30 et 5h30 du matin, je caresse ton oreiller que je n’ai pas réussi à enlever. C’est toujours la même taie, je ne l’ai pas changée. Je n’y arrive pas. Je ne dors pas dessus, elle ne sent plus ton odeur, avec le temps… mais elle reste là, comme toi, qui reste dans mon cœur.
Chaque matin de très bonne heure, j’écoute, je guette encore le bruit de ta respiration, comme chaque soir d’ailleurs. Je n’entends rien, évidemment, mais j’écoute, inlassablement tous les jours, j’écoute, je veille.
Chaque jour, dès potron-minet, je regarde dehors. Au chant du coq que j’imagine, car habitant à Créteil et travaillant à Paris, le chant du coq, on ne l’entend pas. Quel dommage ! Mais, lorsque le gris sombre progresse lentement au profit du gris clair, à cet instant même, lorsque la clarté blanchâtre précède le jour naissant, quand les premières lueurs du soleil levant commencent à blanchir l’horizon, je scrute, au loin, toutes les silhouettes que je peux apercevoir, des fois que je t’aperçoive, ne serait-ce qu’une minute, qu’une seconde, je serais si heureuse de te voir, ne serait-ce qu’une fois, à l’aube.
Puis, l’aube disparaît, pour laisser sa place à l’aurore et quand le soleil se lève enfin, le jour commence et la journée passe.
Depuis ton départ, les journées ont passé. Les premiers temps, j’étais en balade et au cimetière la plupart du temps, mais ça, tu le sais. Je venais discuter, ou être juste à tes côtés, au calme, près de toi. Cette parcelle de terre que j’ai fleurie avec amour de mes petites mains, où j’ai mis ta photo. Tu sais, la photo que j’ai prise en 2018, juste avant que l’on sache définitivement que tu étais malade. On était au restaurant en Bretagne et tu m’as dit : “Je t’aime, ma grenouille !”, juste avant que je fasse ce beau cliché souriant.
Je venais me détendre, me ressourcer auprès de toi, sur cette parcelle, dont on est les propriétaires, nous qui avons toujours été locataires, on est devenu propriétaires ! Cette parcelle, est devenue mon havre de paix, notre jardin d’amour à tous les deux. Le monument est enfin arrivé en septembre, le jour de mon anniversaire, quelle délicatesse ! Tu as dû t’en apercevoir, quand ils ont tout revôcher, pour les travaux de ta nouvelle demeure, comme tu disais ! Tout le monde la trouve belle, cette tombe paysagère. Les lettres blanches qui dévoilent ton nom et tes dates, ça a de la gueule, tu sais !
Puis, depuis septembre, j’ai repris le boulot, je viens toujours, mais un peu moins souvent, car j’ai moins de temps, et l’hiver le cimetière ferme plus tôt, il est déjà fermé quand je rentre du travail. Alors, je viens les week-ends, les jours de repos, où juste avant la fermeture, quand j’arrive à finir plus tôt. Mais tu es toujours avec moi, même si je ne suis pas avec toi physiquement au jardin de notre amour.
À la brunante, comme diraient les Québécois, à la nuit tombante plus traditionnellement, tu es encore plus présent que dans la journée. C’est comme à l’aube, c’est un instant où je te sens, où je te respire. Le soir au crépuscule, j’allume des bougies, pour te dire, je suis là. Pour te dire que tu peux suivre la lumière, que je serais toujours là pour toi, que je t’attends. Ces bougies, c’est l’amour que j’ai pour toi dans mon cœur et qui y restera toujours. Chaque soir, à cet instant, je souhaite comme à l’aube pouvoir te serrer dans mes bras, te sentir, t’entendre, te respirer, t’embrasser. Mais je sais bien que c’est qu’une envie, qu’un souhait, qu’un désir, qu’un rêve et je sais bien que jamais je ne te reverrai, jamais je ne serais à nouveau dans tes bras ni entre chien et loup, ni à l’aube, car il y a un an, le 6 décembre, tu es arrivé au crépuscule de ta vie, et moi par conséquent à l’aube d’une nouvelle.
Tu me manques, mon amour.
Certes, tu n’es plus là où tu étais, tu es là, dans cette urne, dans cette parcelle mais pour moi, tu es partout, là où je suis. Partout, c’est vrai, et tout le temps. Dans ma vie, au boulot, dans le métro, dans mes balades, dans mes repas, dans mes tee-shirts qui sont les tiens pour certains, dans ma musique, sur les photos dans l’appartement, dans mon écriture, dans mes séances avec mon psy, dans mes discussions, dans mes voyages, dans mes rêves, dans mes silences, dans mes souvenirs.
Au fur et mesure que le temps passe, la douleur s’estompe très légèrement et laisse place à la culpabilité, à avoir éventuellement passé une heure ou une partie de la journée sans souffrir de ton absence. Je me reconstruis comme je peux, en travaillant sur moi, pour continuer à avancer comme tu l’aurais voulu. Cette année, je me suis inscrite au billard français, et je kiffe. C’est un peu une échappatoire à ma douleur, c’est mon instant à moi. Toi, tu avais le rugby. De temps en temps, il m’arrive de parler de toi, évidemment, mais j’essaie le plus possible, que la salle soit mon endroit, rien qu’à moi. Ce n’est pas pour cela que je t’oublie ou que je ne t’aime plus, mais j’ai besoin de décompresser, de m’autoriser à vivre sans toi, pour me reconstruire. Avec le temps, je sais que la culpabilité va s’estomper, et que les souvenirs seront toujours présents, mais moins douloureux, c’est ce qu’on appelle faire son deuil, je crois.
Dans tous les cas, je t’aime, je t’aimais, et je t’aimerai toute ma vie. Je t’aime de tout mon cœur et de toute mon âme. Tu es et tu resteras mon petit bonhomme à moi, mon bébé, mon amour éternel. Que ce soit au crépuscule à l’aube, ou bien à l’aurore, tu as illuminé ma vie, mon cœur pour toujours.

Ta grenouille d’amour.

De Lucette

Aurore a 16 ans, cette année elle passe ses vacances avec un groupe de copines, loin des parents. Ça promet…
Pensez donc, huit grands jours à se dorer au soleil, guettant du coin de l’œil sans trop de provocation des « touches » qui eux aussi voudront se payer de beaux souvenirs…
Les voilà parties à l’aube vers le 10 juillet. Toutes les quatre sont fébriles, et heureuses à la fois. Julie a son permis depuis 6 mois, les autres plus jeunes ne l’ont pas. Toutes inconscientes, elles sont ensemble pour s’amuser et elles vont s’amuser.
Au bout de deux heures, Julie s’arrête pour faire une petite sieste, les phares en face ont eu raison de ses yeux. Elle demande un peu de calme, oui mais tenir tranquilles les 3 autres, c’est un autre pari. Elles se disent des blagues, rigolent, chahutent, Julie se repose superficiellement, la fatigue ne la quitte pas, elle se restaure, bois un café, et les voilà reparties direction Saint Jean de Luz.
Huit heures de route pour accéder à l’ultime rêve demande de la patience, les 3 autres passagères n’en peuvent plus. Deux se prennent la tête pour rien, ce qui énerve Julie, qui elle, est aux commandes depuis plus de 6 heures maintenant. Elle leur demande de se calmer, du coup, elles boudent, et enfin le silence… Les deux rivales finissent par sommeiller, la voiture s’arrête, toutes hébétées, elles ouvrent les yeux, et ouf ! Un grand sourire illumine leurs jolis minois, elles sont arrivées. Elles sortent tout l’attirail du coffre, une tente est à monter…
Aucune ne sait comment s’y prendre, elles font le tour du camping, et découvrent des gars beaux comme des dieux. Elles demandent de l’aide, et c’est avec grand plaisir qu’ils acceptent. Mais le problème, c’est qu’ils ne sont que trois. En deux temps trois mouvements, la tente est montée, Julie les invite à prendre un jus de fruits « bien chaud ». Chacun sourit benoîtement, des yeux se baissent, d’autres défient les regards. Il y a dans le groupe, des blagueurs, des timides, des sans-gêne, en fait, ils représentent le panel de l’humanité.
Des rapprochements se font vite, on sent que des couples sont déjà en phase au bout de quelques heures, oui mais !!!, 4 filles et trois garçons, laquelle sera lésée ?
Les yeux dans les yeux, pour un couple Maud et Jean, ça sent le flirt, effectivement. Aurore et Juliette ne sont pas en reste, ce ne sera pas leur première conquête…
Julie, elle, fait office de sérieuse, elle n’aime pas trop la drague. Elle se sent complexée avec ses quelques kilos en trop. Du coup, avec son sourire mi-figue mi-raisin, elle fait semblant de bien le prendre. Mais le soir, quand chacun s’éparpille avec son coup de cœur, elle, elle reste seule en ruminant qu’on ne l’y reprendra plus.
Les jours se passent en s’étirant pour Julie, et trop vite pour les autres couples.
Le 3ème jour, une grosse colère éclate entre elles. Du fait que Julie se trouve « célibataire », les 3 autres ne prennent pas part aux courses, au lavage, à la cuisine, et là, trop c’est trop. Ça pète dans tous les sens. Julie est accusée de faire la tête, alors que c’est elle qui gère tout. Ce soir c’est la soupe à la grimace…
Tous les amoureux ont décidé de se retrouver, la plage est immense, des coins et des recoins un peu partout pour laisser le champ libre à leurs promesses futures, leurs serments de jeunes amoureux. Il est 21 heures, ils contemplent le coucher de soleil, toutes ces couleurs qui se noient dans l’océan, c’est sublime. Avec comme décor, les Pyrénées qui pointent leurs nez là-bas tout au fond. Ce moment est à couper le souffle. Des courageux se baignent en fonçant dans les vagues qui les font rouler, les ramenant sur la plage. Quel décor de rêve…
Chaque couple a décidé de rentrer vers une ou 2 heures du matin. Sur le coup de 22 heures, ils sont dérangés par des portières qui claquent. Au fil du temps, une voiture, puis deux, puis dix, puis des centaines. Ils se demandent ce qui se passe, et enragent à cause de ces intrus qui ne respectent pas leur intimité…
Ils sont tous restés bien tapis dans leurs cachettes respectives rageant de colère. Ce qui devait être une soirée idyllique, se transforme en supplice d’avoir à partager « leur plage » avec des indésirables.
Le temps passe, personne ne bouge, bien au contraire, quand soudain ils entendent un coup de feu, là, ils ont peur et en même temps, ils voient le ciel qui s’illumine de toutes parts.
Ils étaient tellement absorbés par leurs amourettes qu’ils avaient oublié que c’était le feu d’artifice du 14 Juillet justement ce soir-là.
Bon gré mal gré, ils applaudissent quand même, et tout penauds, rentrent dans leurs tentes avec le goût d’inachevé, car demain c’est le grand départ. Eh oui, la semaine se termine et c’est la mine renfrognée que Julie reprend le volant.
Ah ! c’est sûr que l’ambiance du retour n’est pas du tout celle de l’aller. Il y a eu des vérités qui blessent, et c’est fâché qu’elles se quittent…
Julie jure en elle-même « Plus jamais ça » ! Mais elle sait maintenant que le temps ne fait pas perdre des amis, il fait comprendre qui sont les vrais. C’est vrai aussi, que les déceptions ouvrent les yeux et ferment les cœurs. 


Poème d’Adrienne Rich, « Dédicaces », proposé par Françoise T (hors proposition d’écriture)


Je sais que tu lis ce poème
tard, avant de quitter ton bureau
avec l’unique halo jaune vif de sa lampe et sa fenêtre qui s’assombrit
dans la lassitude d’un immeuble noyé de silence
longtemps après l’heure de pointe. Je sais que tu lis ce poème
debout dans une librairie loin de l’océan
par un jour gris de début du printemps, de minces flocons chassés
à travers les espaces immenses des plaines autour de toi.
Je sais que tu lis ce poème
dans une chambre où tu as dû supporter trop de choses
où les draps traînent en anneaux inertes sur le lit
et la valise ouverte parle de fuite
mais tu ne peux pas partir encore. Je sais que tu lis ce poème
alors que la rame du métro ralentit et avant de grimper en courant l’escalier
vers un nouveau genre d’amour
que ta vie ne t’a jamais permis.
Je sais que tu lis ce poème à la lueur de l’écran de télévision
où des images silencieuses défilent en tressautant
pendant que tu attends le bulletin sur l’intifada
Je sais que tu lis ce poème dans une salle d’attente
de regards noués et dénoués, d’identité avec des inconnus
[…]


Merci à toutes les autrices et à tous les auteurs de ces textes incroyables. Vous nous avez gâtés comme d’habitude!

Allez, encore 2 propositions d’écriture avant la trêve de Noël et des confiseurs! Je vous attends au rendez-vous!

D’ici là, portez-vous bien, faites attention au froid qui sévit et surtout continuez à prendre soin de vous par les temps qui courent!

Belle semaine créative à vous!


Créativement vôtre,


Laurence Smits LA PLUME DE LAURENCE


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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