Voici venir vos dernières histoires de l’année 2021. Vous allez vous régaler à leur lecture, chers amis. On part en Ecosse. Accrochez vos ceintures, on va décoller…

Voici vos textes de la proposition d’écriture N° 117.

Je vous en souhaite une belle lecture.

D’Annie

C’est décidé je vais écrire un roman. Ça me titille depuis longtemps. Désir profond mais difficile à réaliser. Pour commencer je me contenterai peut-être d’une nouvelle. J’essaye ?

A la fin du confinement pour ce satané COVID qui veut soi-disant décimer les humains, je suis allée en Ecosse pour voir Alexandra. Je n’avais pas pu la voir à Noël dernier, toujours à cause du COVID. Les frontières étaient fermées. Pourtant j’aime l’hiver en Ecosse, le vent, la neige, les tempêtes, les fantômes dans le brouillard. J’ai pas tout ça à Paris.
Le dépaysement avec Alexandra est total. Elle est un peu brindezingue et j’adore. Elle a siégé au parlement écossais et elle milite pour l’indépendance de l’Ecosse. Les discussions sont animées. C’est un puits de culture et d’originalité, une avocate pour défendre les émigrés, une mangeuse de grenouilles quand elle vient en France et une force de la nature au tir à la corde ! Elle descend directement, c’est sûr, des combattants écossais de Culloden contre les Anglais. Quand je lui rends visite, on fait le pèlerinage.
D’abord, le château d’Inverness, tout rouge sur sa colline. Photo. Je fais des photos de tout ce que je vois, ou presque. C’est pour feuilleter facilement les souvenirs. Ensuite village de Culloden. Photo. Et manoir. Photo. On pourrait y dormir mais c’est cher et Alexandra a été plumée par ses plaidoiries gratuites pour les pauvres émigrés. Quant à moi, je n’ai pas le budget d’une américaine en vacances.
On va là-bas avec sa vieille Merck comme elle dit. Merck veut dire Mercédès. On emmène le chien, sorte de terrier écossais qui a le poil raide comme un paillasson et des moustaches qui lui servent de garde-manger. C’est un fouineur et parfois même un fouisseur.
Au manoir, on a déjà assisté à un spectacle de danses écossaises dans le parc. Petites jupettes sautillantes, bombardes et cornemuses. Je me mets toujours près de la scène pour admirer les genoux. Pas des danseuses bien sûr. Ça fait rire Alexandra qui prétend que c’est un fantasme des Françaises et que je ne veux pas voir seulement les genoux. Je proteste.
Bref, en septembre dernier, nous sommes donc parties en pèlerinage sur le champ de bataille de Culloden. Promenade parmi les tombes, déchiffrage des pierres tombales dans la plaine et on a perdu cet idiot de clébard. Il s’appelle Meg. C’est peut-être une chienne. Cette toupie nous a fait tourner en bourriques. Elle est immense la plaine de Culloden ! On a tourné, on a viré : « Meg par ci. Meg par là ! » Et pas de Meg ! On est retournées au village, on a enquêté. Personne ne l’avait vue. Enfin, à la tombée de la nuit c’est elle qui nous a retrouvées, toute fière, avec un bel os dans sa gueule moustachue ! Oh ! Scandale ! Dans un cimetière ! On a décidé que c’était certainement l’os d’un anglais mais je crois bien que c’était du poulet.

J’arrête pour aujourd’hui. Sauf que c’est pas un roman et pas vraiment une nouvelle. Je suis partie en Ecosse dans les châteaux, les danses en jupettes et les chiens fox-terriers (au fait ça prend un s ou pas ?). Echappée au village au bord du Ness et dans la bataille anglo-écossaise.
Noël approche. Pas d’hiver en Ecosse pour moi . Je ne verrai pas Alexandra qui a remplacé sa Merck par une américaine. Il parait qu’elle ne vaut pas la Mercédès sur la neige. Meg est morte et ne chasse plus le poulet. Quant à moi, je ne suis pas contente de mon histoire bâtarde, ni roman, ni nouvelle. C’est plutôt une chronique. Je pleure, je peste, je m’invective. Encore un échec, un désir inassouvi.
Silence.
Au fait ! Et si j’écrivais des chroniques ?


De Michèle

LE CONCOURS

La semaine prochaine avec Leonard, mon lévrier afghan, je pars en Ecosse pour un concours canin. Nous sommes prêts depuis 2 jours.
C’est la bonne saison, l’hiver est enfin terminé, la température remonte après les 4 semaines de neige abondante du mois dernier qui a fichu en l’air certains rendez-vous pour Leonard, avec sa toiletteuse, son kiné et le dresseur qui m’aide pour son maintien et sa chorégraphie.
Brice, ce fabuleux artiste/dresseur, lui a appris quelques pas de danse et des séances étudiées d’obé rythmée. C’est fabuleux de voir les poils voleter comme une chevelure de femme, quand mon amour de chien tourne sur lui-même.

J’ai décidé de partir en voiture, car il est impossible que Leonard voyage en soute, et l’avion le fatiguerait.
Comme je parle Anglais couramment, ce sera plus facile par la route.
Je m’installe au salon, avec le N° d’inscription de Leonard. Il me reste à peaufiner mon voyage.

KELSO concours canin au centre d’animation
N° 45, Leonard (Lévrier Afghan de 4 ans)

Samedi 22 Mars, de 10h à 12h – 1ere sélection
Samedi 14h à 16h – demi-finale
Dimanche 23 mars de 10h à 12h – finale suivie d’un brunch

J’ai déjà réservé 5 nuits au Ducan House, une maison géorgienne 3 étoiles qui accepte les chiens et à 3 km du château des étages du XVIIe que je souhaite visiter.
Je fouille sur internet pour en savoir plus sur cette petite ville de Kelso, qui se situe au bord d’une rivière. Ça me paraît fabuleux de faire ce voyage. La brochure raconte que Walter Scott, célèbre écrivain écossais dit que c’est « le plus beau village d’Ecosse ».

Walter Scott? Ce nom me dit quelque chose, je cherche dans ma bibliothèque et bien sûr je trouve rapidement. C’est lui qui a écrit le roman « Ivanhoé » qui a inspiré un film et tant de séries.

Il me reste à retenir une nuit à mi-chemin, car de Caen à Kelso, j’ai 14h de route dont 1h30 jusque Cherbourg, 4h sur le ferry où je pourrai me reposer. J’ai déjà pris le billet pour jeudi soir. 7h ensuite entre Portsmouth et Kelso. Je constate que je dois passer par Manchester.

Je n’hésite pas, Je file voir ma voisine, une Américaine qui a vécu 5 ans à Manchester avec son mari anglo-américain, il n’y a pas si longtemps. Elle me donnera des adresses.
Je souhaiterais une nuit tranquille dans ce coin-là. Et mon voyage sera bouclé.

Je sonne chez Judy, hyper sympa mais toujours déguisée comme un sapin de noël.
« Hello Mélanie, me crie-t-elle de sa cuisine, avec son adorable accent. Viens vite déguster mon Apple pie qui sort du four ».


De Françoise V

Victor rêve d’écrire un roman dans un château. Il a cette chance de connaître Margarette, une Américaine en voyage touristique en France, rencontrée fortuitement à l’Opéra de Paris lors d’un spectacle de danse classique. Une drôle de coïncidence les avait rapprochés lors d’un achat de billet à la réservation au guichet. Leur relation amicale a ouvert les portes d’une invitation en Ecosse, chez la « belle » pour que Victor, écrivain, s’installe quelques semaines afin d’écrire une histoire se déroulant dans une bâtisse du XIV è siècle, un peu à la Shakespeare. L’invitation mise au point, Victor s’apprête à partir la veille de Noël, en plein hiver et sous la neige. Victor est rayonnant, pétillant, impatient de rejoindre la jolie Margarette.
Depuis Paris, il peut profiter de l’Eurostar et c’est parfait pour lui. Il projette une escale à Londres chez sa sœur, pour le réveillon du 24 décembre, avant de prendre l’avion, le lendemain, à 1H15 de Glasgow. Les illuminations de Noël de la ville, lui rappelle son enfance au Royaume-Uni. A l’aéroport de Glasgow-Prestwick, notre jeune homme loue une voiture afin d’atteindre le château de Cawdor, un lieu de mystère pour lui . Ce château n’est pas dans un village comme il l’avait imaginé, mais situé en pleine campagne dans la zone administrative des Highland. Tel un Père Noël sur son traîneau rempli de cadeaux, il file alors durant 3h15 jusqu’à sa destination, en voyant se dérouler les paysages recouverts d’un blanc manteau, un défilé des landes écossaises aux allures de fourrure d’hermine. A la nuit, il aborde enfin le château en question. Des lumières rassurantes se dessinent sur les façades de cette immense bâtisse se présentant telle une maison-tour typique des châteaux en Ecosse.
Victor s’engage sur le chemin gravillonné et se gare devant la grille fermée. Il pousse difficilement le grand portail en faisant grincer les gonds. Un frisson l’envahit, une boule dans sa gorge l’empêche de respirer car il entend au loin les aboiements d’un chien, puis deux dogues allemands surgissent derrière le bâtiment se dirigeant sur lui. Aussitôt, Victor tire la grille sans pouvoir la fermer complètement. Victor panique, se retranche dans son véhicule en sueur pour éviter la morsure des molosses. Les chiens tournent autour de son cabriolet en aboyant et le menaçant. Victor se sent diminué, et dépassé par les évènements. Puis les chiens se calment et retournent au château. Les appels téléphoniques pour Margarette n’aboutissent pas, le téléphone sonne dans le vide, pas de messagerie et donc aucun moyen de prévenir la jeune fille. Même avec son klaxon, Victor perd patience, rien ne bouge et les sons de détresse se perdent dans le silence écossais. Le jeune écrivain rebrousse chemin et se dirige avec regret et colère en direction d’un hôtel à Perth à 2h30 d’ici. Sur l’autoroute, il ressent des crampes conséquence de ses émotions, sa vue se trouble, un vertige lui fait perdre le contrôle de son véhicule. Il heurte et s’écrase contre la glissière de sécurité et c’est le trou noir. Quand il reprend connaissance, il est entouré de blouses blanches à l’Hôpital de Perth. Il voit Margarette se pencher au-dessus de lui, mais ne comprend pas ses paroles et ne peut pas parler. Cette impression d’enfermement est insupportable. De nombreuses semaines le laissent dans un état végétatif. On le rapatrie à Paris. Margarette est encore à ses côtés, souriantes lui tenant la main. Il a repris connaissance et entend ses mots. Des mots doux, le rassurant qu’il peut compter sur elle. Elle lui narre le pourquoi de son accident, de son échec à l’approche du château. Elle n’avait entendu ni les chiens, ni le téléphone sonner, et n’avait pas été alertée de l’arrivée de sa voiture devant la grande grille… Elle pensait tout simplement qu’elle avait glissé dans le grand escalier se frappant la tête et perdant connaissance avant sa venue. Vivant seule dans cet espace médiéval et des chiens à demeure dans le parc, ce n’est qu’au petit matin qu’elle reprit connaissance, qu’elle réalisa le moment de sa chute en visualisant les appels désespérés de Victor sur son téléphone portable posé sur la table dans le grand salon.
Mais le gourdin retrouvé en bas de l’escalier couvert de son sang…. la questionna.
Serait-ce un nouveau départ pour les jeunes amoureux, avec un roman mystère à la clé, à la façon d’Agatha Christie ?


D’Abdelilah

EMILY EN ECOSSE

Emily Brown, jeune américaine, étudiante en musicologie à l’université de Wisconsin, est une grande férue de la musique celte, notamment de la cornemuse qu’elle découvrit à l’âge de huit ans . Elle fut émue jusqu’aux larmes lorsqu’elle assista à l’enterrement de son oncle, capitaine tué en Irak, à qui on rendit hommage sous les sonneries de cet instrument extraordinaire qui procure à la fois une sensation de plaisir et de mélancolie profonde.
Plus tard, elle eut un grand amour pour l’ECOSSE à travers des romans dont les événements se déroulent dans ce beau pays, comme « au cœur de l’Ecosse” de Stéphane Bern” et ” Le château périlleux” de Walter Scott, entre autres.
Pour les besoins de sa thèse ,elle décida d’entreprendre un voyage dans ce pays pour découvrir de près sa nature, sa culture, ses traditions ancestrales , sa cuisine et surtout sa musique celte.
Elle venait de divorcer après un mariage tumultueux. Elle était encore sous le chagrin et pensait qu’une telle évasion pourrait suturer ses blessures. Elle réserva sur internet un billet d’avion pour Edimbourg et quelques nuitées à l’hôtel . Elle choisit de voyager en hiver vu que les billets sont moins chers à cette période. En plus, elle tenait à y passer Noël. Elle espérait y vivre le dépaysement et une aventure insolite . Elle confia son chien à ses vieux parents qui durent accepter sa garde après moult négociations.
L’avion atterrit à l’aéroport d’Edimbourg après huit heures de vol. Emily sentit de la joie teintée d’une petite peur; c’était son premier voyage en dehors de son pays. Elle sauta dans un taxi qui l’emmena directement à l’hôtel. Elle était complètement usée mais fit quand-même quelques efforts pour se doucher et tomba raide sur son lit.
Le matin, on lui servit son petit déjeuner constitué de harengs fumés, de flocons d’avoine, d’ œufs au plat et du pain-hamburger, dans le balcon qui surplombe une grande place couverte de neige et entourée de petits commerces et bars rustiques. Elle s’apprêtait à prendre des photos lorsqu’elle entendit une voix qui murmurait: ” avez-vous demandé le consentement des gens en bas?”.
C’était le locataire de la chambre voisine qui s’ouvrait sur le même balcon. Voyant qu’elle était contrariée, il se pressa de s’excuser : “Désolé, je plaisante ” et en lui tendant la main, il se présenta: “Darren”. “Enchantée, moi c’est Emily”, Il rétorqua en souriant: “à votre accent, on dirait que vous n’êtes pas du pays, vous devez être américaine?” “Bingo! bien vu! Je suis américaine et je viens en Ecosse dans le cadre de ma thèse de doctorat sur l’Ecosse et la musique celte et vous?”. “Moi, j’habite à LINLITHGOW, un village à trente kilomètres d’ici. On prépare le mariage de ma sœur, qui aura lieu le jour de Noël même, ainsi on fêtera les deux à la fois. Si vous acceptez de vous joindre à nous, nous en serons honorés. A propos, je suis guide touristique et si vous avez besoin de mes services, n’hésitez pas.” “Je suis bénie de Dieu! Et si on commençait tout de suite!”. Il lui fit découvrir Edimbourg et ses merveilles puis il l’invita à manger le HAGGIS, plat national écossais et à goûter du scotch écossais. Ils se plurent vite comme s’ils se connaissaient depuis longtemps. Le soir, avant d’aller se coucher, Emily surprit Darren par un baiser furtif sur la bouche, qui le laissa insomniaque toute la nuit.
Le lendemain DARREN arriva à convaincre Emily de l’accompagner dans son village où elle fut reçue avec méfiance et réticence vu qu’ils sont réfractaires aux autres cultures. Emily assista quand-même au mariage, on lui prêta des habits traditionnels pour participer à la dance des HIGHLANDS.
Darren accompagna EMILY dans tout son périple écossais. Il lui avoua son amour auquel s’opposa farouchement sa famille mais il lui promit de la rejoindre bientôt.

De Michel

Rêverie

Elle rêvait enfant d’un château en Espagne
De paysages d’hiver, de neige en montagne
Se voyait quitter son village en montgolfière
Alimentait de romans son imaginaire
Pour devenir une star, une Américaine
Mimais pas de danse sur musiques lointaines
Des airs celtiques d’Irlande ou même d’Écosse
S’évadait par toutes ces chimères de gosse
D’un milieu de misère, d’une vie de chien
Priait que Père Noël soit homme de bien.


De Patricia

Roman dans les Highlands

La jeune femme, Américaine de naissance, s’était installée à Glasgow, en Écosse, il y a une dizaine d’années. Elle avait choisi ce pays, cette région, pour écrire son premier roman. Les plaines sauvages, au milieu des brumes, chevauchées par des pur-sang en liberté, tout n’était que beauté et passion.
Sa première fiction, une jolie comédie romantique, se situait dans un modeste village du nom de Kurkhill, niché dans les Highlands. La petite municipalité d’à peine plus de six cents habitants abrita, le temps d’une sympathique histoire, les héros rêveurs et sensibles de la jeune romancière.
Elle s’imprégna énormément des émotions et des sensations provoquées par cet environnement féérique et mystérieux.
Ce premier récit eut tellement de succès qu’elle décida rapidement d’en écrire un nouveau, et choisit de rester dans les Highlands et de placer l’histoire dans le château d’Eilean Donan. Cette demeure du XIIIe siècle, monument emblématique du pays, était une somptueuse bastide pleine de charme, située sur une île où se rejoignaient trois lochs, et reliée au continent par un petit pont de pierre.
La première fois que la jeune femme se rendit dans la forteresse pour repérer le lieu et s’en imprégner, le paysage était recouvert d’un épais manteau de neige. Elle décida de situer l’histoire de son roman en hiver, dans la période de Noël, propice aux bons sentiments et aux rencontres étonnantes.
Ce jour-là, telle Alice à la poursuite du lapin blanc, son chemin croisa celui d’un petit Border Collie, véritable chien de berger d’origine écossaise, réputé pour sa grande intelligence.
Attirée par l’animal, elle se laissa entraîner autour du château ; elle se lança à la découverte d’un lieu incroyable, époustouflée par la beauté et la féérie qui se dégageaient de l’ensemble verdoyant, au milieu d’une eau d’un bleu profond et sous un ciel ensoleillé et parsemé de gros nuages blancs. Elle avait définitivement trouvé le site de son prochain roman.
Elle visita ensuite l’intérieur du château, et cette promenade au fil des salles dans lesquelles des meubles et des objets d’époques étaient exposés lui fit l’effet d’un véritable plongeon dans le passé. Elle choisit alors de situer son histoire, non pas à notre époque, mais quelques siècles auparavant.
Son nouveau conte se terminerait certainement par la valse des héros, au centre de la grande salle de danse du palais…
Et ils se marièrent et vécurent heureux…

De Jacques

Noël sous la covid n’a pas été chaleureux. Nos petits enfants étaient loin mais pas loin en même temps à environ 1 Km de la maison. Ils ne pouvaient pas venir et nous ne pouvions aller les voir non plus. Mon amour et moi avons passé un petit Noël devant le foyer à trinquer de bulles en bulles en nous préoccupant de la soirée dans l’autre maison. J’avais préparé un bon souper (dîner) que nous avons arrosé d’un Cantine Due Palme Selvarossa Salice Salentino Riserva pour nous parler de voyage : les Pouilles ou l’Écosse. Ces deux territoires trottant dans nos têtes depuis quelque temps. Puis, 2021 est arrivé, puis le mois de mars.

C’était le 6 mars. Cette soirée qui avait si bien commencé s’est transformé en cauchemar. Des verres se sont brisés, des cris, des pleurs… la perte de contrôle par une jalousie maladive. La perte de confiance d’une douche de coups, loin des boulevards et de ces grandes rues où se dispersent les cris de la violence. L’inévitable peur. Vivre encore et encore, ces jours Vénus de bières et de vins à grandes gorgées de réminiscences et d’accusations de toutes sortes sont trop douloureux après les folies de mars. Nous avons eu tellement peur de la perdre. Confiance en l’avenir, c’était comme entendre ce blues de Tami Neilson Don’t be afraid en attendant qu’elle sorte de tout cela. Lentement, les semaines passent et les failles de la discorde s’estompent. Elle retourne auprès de lui presque sereine. Nos cicatrices se sont presque refermées, toujours sensibles.

Nous devons oublier, nous devons changer d’espace. L’oubli nécessaire présageant notre départ vers un ailleurs désormais plus calme. S’agit-il d’une renaissance suite à la désillusion? Certes, le couvert de déception qui accompagne notre voyage de dépaysement devrait nous servir d’épanchement.

L’envol, nous nous accrochons l’un à l’autre comme un monolithe. Nous nous enfonçons dans un doux confort. Un peu de Cabernet Sauvignon danse en nous. Nous sommes partis vers 21 h. Il fait noir dehors. En dedans, l’éclairage est feutré, quelques-uns lisent, d’autres regardent un des films au programme. Je tente de dormir un peu en écoutant le jazz d’une Américaine dont j’ai oublié le nom. Mon amour est là, tout près, et regarde aussi un film : Malcolm & Marie ou je ne sais quoi.

Peu à peu le ciel, tel un collier de perles, amuse l’air de sa blancheur pareil à un cadeau de pureté contre la colère. La descente vers la piste est comme d’habitude douloureuse pour mes oreilles, j’ai hâte de sentir le choc du sol et des pneus. Après 9h de vol, il y a une urgence de sortir de l’avion et récupérer les bagages à main n’est pas une mince affaire. Pourtant, le pire est à venir : récupérer les valises et affronter la cohue. Je fais comme tout le monde, je fonce, je cogne une de nos valises contre quelqu’un, je m’excuse tout en me disant : tasse toué calvaire! — je suis un gentil, mais il ne faut pas exagérer l’encombrement.

Enfin, le voyage commence… L’Écosse. La route vers le Old Waverley Hotel à Édimbourg semble prendre une éternité. Nous y voilà. L’entrée dans le hall se fait dans une euphorie mesurée. L’ascenseur puis la chambre. Sans attendre, nous nous couchons pour récupérer du décalage. Après une ou deux heures d’un sommeil bien mérité, nous sommes prêts à aller nous promener dans ville. Ouvrir la fenêtre pour faire une sorte de tour de ville; voilà le vacarme de la rue se fraye un chemin dans la chambre comme le vent d’hiver. L’engelure enveloppant les conversations, les rêves, les chansons, les boiseries, l’odeur des meubles et les souvenirs. Nous entrons dans un autre monde calfeutrant ce que nous laissons derrière nous.

Nous avons laissé l’hiver québécois pour le climat océanique. Nous avons pris l’avion sous la neige à ‑35˚ C, l’écart de température rend le pays presque chaud. Après nos promenades quotidiennes, il faut voir un peu de pays.

Un bus nous attend pour nous amener dans une ville du nord. Après plusieurs minutes de routes dans la magnifique campagne écossaise, le temps s’est figé dans le temps des murs. Les baguenaudes dans cette ville labyrinthe dominée par les ruines de la gloire d’un château est tout à fait extraordinaire. Nous nous installons à la terrasse chauffée d’un café, je commande une Brewdog Punk IPA et Jacinthe un verre de vin rouge un Cabernet/Shiraz The Musician Majella. Nous discutons de nos prochaines sorties et de bien réserver les bus.

Je m’apprête à lire un roman drôlement choisi considérant notre fuite hors du temps: L’homme qui pleure de rire. De son côté, Jacinthe sort sa tablette pour envoyer des messages aux enfants. Une femme entre avec son chien, un canasson pas trop laid qui semble habituer aux gens, car il vient nous voir sans crainte. La dame nous affirme que son chien est inoffensif. Il branle la queue comme si nous nous étions vus la veille. Je sors mon calepin pour me remémorer l’événement et décrire la dame. Alors, je passe un merveilleux moment entre ma lecture, mes notes et la conversation Facetime de Jacinthe.

Nous avions réservé avec Booking.com un petit hôtel pour passer la nuit, tout en gardant notre chambre à Édimbourg. Nous soupons dans un petit restaurant recommandé par l’hôtelier. Pour moi, c’était du bœuf Aberdeen-Angus et du boudin noir de Stornoway pour Jacinthe.

Le lendemain, nous reprenions le bus pour aller visiter un autre village pittoresque. La campagne verte d’humidité est miraculeuse. Chaque journée s’ouvrait dans le brouillard, cette grisaille annonçait généralement la pluie… pas grave, les impers et les bottes de pluie suffisaient à nous assurer du bonheur de se retrouver elle et moi loin de tout, sans responsabilité, sauf de se préoccuper de nous-mêmes.

Le retour à la maison nous stresse un peu, nous l’espérons harmonieux et sans oppression. Nous verrons bien.


De Lucette

Ah ! les vacances, la neige, les restos, le ski, les amis, la famille. Que de bons souvenirs et de bons moments en perspective…
La voiture est bondée, les trois enfants, coude à coude bien installés avec leur ceinture de sécurité, les chaînes sont dans le coffre, le ravitaillement bien calé, et surtout notre « petit chien » labrador coincé à l’avant avec sa maîtresse. Et en route…
On quitte la région parisienne, à peine une centaine de kilomètres avalés et déjà, on se sent revivre loin du métro, boulot, dodo.
Les enfants dorment d’un œil, au bout de 2 heures, première halte pour le repos et boire un bon café qui va m’aider à garder les yeux ouverts.
On repart, trop de chahut derrière, on impose le silence, ils finissent par se rendormir. On alterne la conduite quand il fait jour, car la nuit il n’y a que Georges qui conduit. Lui, est plus sûr que moi, et nous conduira à bon port sans problème.
Dans la matinée, moi, Louise, je suis au volant, et nous voilà dans un embouteillage monstre. La neige est tombée en abondance, et rien ne va plus, il faut installer les chaînes. Quelle galère ces chaînes quand on n’a pas l’habitude. Un aimable agriculteur d’un village de l’Isère est venu à notre hauteur. Les chaînes installées, on le remercie , et on continue malgré une grande fatigue…
Bien ragaillardis, nous ne sommes plus très loin maintenant, nous arriverons en début d’après-midi. Les sandwichs sont avalés, un chocolat chaud nous a tous réchauffés. L’été, on galère avec la chaleur quand on part en vacances, là, c’est l’hiver et ce n’est pas mieux, mais dans le sens opposé, car nous nous sentons comme des glaçons…
Enfin, nous voici arrivés, nos propriétaires nous ont gâtés en nous recevant avec des boissons chaudes et des gâteaux qui sont faits maison. Nous pénétrons dans notre studio, et là, c’est une merveille, un sapin est illuminé. On n’a pas oublié que nous allons fêter pour la première fois « Noël » en montagne nous cinq seulement. Ça promet de bonnes rigolades, des énervements aussi, puisqu’il y a deux galopins qui sont novices avec les skis…
La veillée de Noël, nous nous offrons un beau moment de détente dans un restaurant typique, avec une grande cheminée qui sent le bon bois qui crépite. Il n’y a pas que la cheminée qui crépite, dans les yeux de nos marmots, les pupilles scintillent de bonheur, de malice et d’étoiles…
Après un délicieux repas, nous rentrons pour voir si le Père Noël est passé ? Eh oui, il est encore passé pendant notre absence. Il a mangé les gâteaux et bu le vin qui l’attendaient. Sacré Père Noël, il est malin, on ne le voit jamais…
Tous hilares devant les cadeaux, les enfants se donnent la main, dansent pour remercier ce Père Noël qui les a encore beaucoup gâtés…
Après une journée harassante pleine de rebondissements, je m’allonge en attendant le sommeil qui ne vient pas. Je me lève à pas feutrés, je prends mon roman, m’installe sur le canapé et me voilà partie en Ecosse. C’est passionnant, dans l’intrigue on retrouve un château hanté. Et comme de bien entendu, je sens les « esprits malins » qui me tournent autour, j’ai peur, mais je ne peux pas lâcher ce roman. Je sens une torpeur m’envahir et là un drame s’y passe, une riche américaine vient d’y être assassinée, donc, toutes les personnes présentes sont suspectées et ont interdiction de partir, car l’enquête démarre…
Georges, inquiet de ne pas me trouver au lit, vient à ma recherche, il est 3 heures du matin et me trouve endormie comme un bébé, avec le livre grand ouvert posé sur ma poitrine…
Je vous raconterai la suite la prochaine fois, quand je l’aurai terminé…
En attendant bonnes fêtes à tous ceux qui me liront, bonne santé et à l’année prochaine… 
De Dominique

Haggis

– On n’y voit rien, même avec les essuie-glaces.
– Et avec le jour qui tombe, sur cette route sinueuse qui borde le loch, il faut rester concentré !
– C’est de la neige fondue tout l’heure, ça va glisser. Faut éviter de se retrouver nez à nez avec le monstre du Loch Ness à la sortie d’un virage …
– Ah! Ah! Tu crois qu’il s’aventure comme nous sur les routes ?
– Oh je disais ça, mais ça pourrait aussi bien être un traineau volant tiré par six rennes et son aurige en manteau rouge !
Lambert, crispé sur son volant, ses sens en éveil, se demandait bien pourquoi ils avaient choisi de venir passer Noël dans un endroit aussi sauvage, une sorte de fin des terres. Avec le temps qui s’annonçait, ils allaient rester à l’intérieur au coin du feu avec un bon roman.
– Attention ! …. Hurla Benoît, il nous fonce dessus !
Ebloui, Lambert bondit hors de ses pensées et fit une embardée in extrémis. Il serrait sa droite depuis un bon moment pour éviter de se retrouver au milieu de la route dans un virage. Ils n’avaient rencontré aucune voiture depuis un bon moment dans ce paysage du bout du monde et il avait fini par oublier qu’ils étaient en Ecosse et roulaient consciencieusement à droite. Benoît n’y avait pris garde non plus, sans doute absorbé par les perspectives de leur avenir proche.
– Ouf ! Excuse-moi, une inattention !
– Qui a failli coûter cher !
Respiration. Le silence se fit à nouveau dans la voiture et ils observèrent le spectacle improbable que dévoilaient les phares virage après virage. On avait quitté le lac et un halo de lumière se distinguait peu à peu derrière la colline. Ils arrivèrent à un village, faiblement éclairé et carrément désert.
– “Duffleton” enfin ! Je ne l’avais pas imaginé comme ça. Des gens habitent-ils ici ? Un chien traversa la route et disparut entre deux maisons. Chez nous, dans les villages, les chiens aboient à l’approche d’un étranger animé par l’instinct de protéger ses maîtres et leur patrimoine … ou bien son territoire. Chien silencieux … le flegme britannique, sans aucun doute.
– Il faut d’abord chercher l’auberge pour récupérer les clés du gîte qui est à côté. Cherchons, tournons…!
Qui va bien pouvoir nous renseigner?
-Ah! Regarde, c’est là, s’écria Benoît alors que Lambert regardait de l’autre côté, toujours attentif à rouler à gauche.
Effectivement, trois fenêtres éclairées laissaient penser que de la vie existait à l’intérieur. Ils garèrent la voiture sous l’unique lampadaire de la placette en espérant pouvoir différer leur déménagement de bagages le temps de prendre l’ambiance et boire une bonne bière.
Ils pénétrèrent dans l’estaminet, envahis tout à coup par une bouffée de chaleur observable par la buée qui embrumait les vitres. Les gens ici étaient dans un cocon, loin des contingences de l’hiver qui frappait au dehors, absorbés par leurs conversations animées, tournant à peine la tête, l’air dérangé, à l’entrée des deux voyageurs dans le pub … certainement en raison du courant d’air qu’ils avaient poussé au dedans!
Une musique afro-cubaine emplissait la salle, ajoutant à l’ambiance et motivant certainement les quelques mètres carrés qu’on apercevait au fond à gauche vraisemblablement réservés à la danse les soirs de fête.
L’hôtesse, grande blonde, la quarantaine vint vers eux, souriante.
– Good evening, We have booked the cottage next to your hostel on behalf of Lambert Piquemal !
– Ah! Nice to meet you Mr. Piquemal, you are welcome! Je parle une petit peu français. Bienvenou ..! My name is Marina. So, we will go out now pour vous faire visiter, si vous voulez.
– Comme vous voudrez. Cependant, nous avons fait une longue et difficile route. Et il pleut beaucoup dehors. Serait-il possible de dîner chez vous auparavant ?
– As you like. Ne vous inquiétez pas, demain il fera beau. Vous pourrez même visiter et vous promener dans les allées du château. Please, installez vous … at this table, it’s better!
Elle alla leur chercher deux cartes qu’ils consultèrent sans grand enthousiasme. Comme souvent lorsque l’on découvre des plats exotiques inconnus ou simplement dont la traduction n’est pas évidente si l’on excepte les steacks, salads et french fries … Ils attendirent donc son retour.

– Avez-vous ce que nous appelons en France un “plat du jour” ?
– Oui, bien sûr. Ce soir c’est du Haggis. C’est typiquement écossais. Je crois que vous appelez ça de la “panse de brebis farcie”.
– Ah! Oui, j’ai entendu parler s’exclama Benoît … Il parait que c’est assez spécial!
– Certainly, il faut goûter cela une fois dans sa vie!
– D’accord un haggis pour moi !
– et pour moi aussi et deux bières s’il vous plaît.
Elle alla s’affairer, commander en cuisine et ramena les deux bières.
Lambert et Benoît prirent alors le temps de décompresser et de réaliser qu’ils étaient enfin posés, en vacances. Marina qui était très accueillante leur avait glissé les images d’une Ecosse ensoleillée pour le lendemain. On verrait.
Aux deux tables à côté, les discussions allaient bon train. Tous deux avaient beau être de bons anglophones, ils ne comprenaient strictement rien à ce qu’il se disait dans un accent encore inconnu d’eux. Pire que Boris Johnson et Jean Lassalle réunis! Mais Marina, elle, était très compréhensible. Elle revint avec les assiettes fumantes et odorantes. Spectacle ! Des Chinois auraient aussitôt fait une photo des assiettes avec leur smartphone tellement c’était particulier.
– Puis-je vous poser une question?
– Sure … ask it!
– vous avez un anglais que nous comprenons très bien, alors que nous ne comprenons pas toujours les gens, ici !
– Oui, in fact, je suis une américaine. Mes ancêtres habitaient ce pays et lorsqu’ils sont décédés, j’ai inherited de l’auberge. So, je suis revenue de Californie et être chez moi !
Le reste de la soirée fut occupé au Haggis et à ce que l’on pouvait en dire, puis après la prise de possession du cottage, à le digérer … toute la nuit!



De Marie-Josée 
Le joueur de cornemuse

Vin chaud ou bière de Noël ? Sonia aurait répondu vin chaud sans hésitation avant que son voyage en Ecosse n’en fasse une adepte de bière même en hiver. Elle avait découvert cette région de la Grande-Bretagne à travers ses lectures et brûlait d’envie de s’y rendre pour de vrai. L’occasion s’était présentée de façon inopinée. Une de ses connaissances avait dû renoncer au voyage qu’elle avait prévu et Sonia s’était proposée de la remplacer avec enthousiasme. Elle révisa son anglais mais glissa néanmoins son dictionnaire dans le sac à dos au cas où (c’était avant les portables et Google)
Quelle aubaine ! La voilà partie pour une semaine de randonnées à travers les Highlands.
Côté météo et paysages, elle ne fut pas déçue. Des montagnes et des lacs balayés par un vent parfois glacial, des abbayes et des châteaux, vestiges d’une autre époque, émergeaient de temps à autre de la brume et disparaissaient aussitôt.
Flanqué de son chien Buddy, le guide semblait sortir tout droit d’un roman de Walter Scott. Il était intarissable quand il s’agissait de raconter des légendes. Chaque amas de pierres avait une signification et en l’écoutant, on s’attendait à voir surgir un monstre marin des nombreux lacs. Elle en prit plein les yeux et les jambes et elle s’était laissée imprégnée par l’atmosphère que dégageaient ses paysages fabuleux. Le dernier jour, la neige était tombée transformant ces sommets austères en dômes saupoudrés de sucre glace. L’étape était particulièrement rude, l’ascension d’un sommet des montagnes Munros lui avait coupé les jambes. Buddy la réconfortait de deux trois coups de langue en échange de quelques caresses dont elle avait l’habitude de le gratifier chaque matin. Le guide motiva les troupes en leur promettant une soirée d’adieu mémorable. « Génial » se dit Sonia, « une soirée à boire des bières et écouter des légendes, non merci, je m’en passerai, après dîner j’irai illico me coucher ».
Après 7 heures de marche, ils arrivèrent enfin au village et la perspective d’une douche bien chaude était devenue synonyme de Graal. Son intuition semblait se confirmer, le ‘’haggis ‘’ servi au repas ne l’emballa guère. Elle ne mangea que la purée de pommes de terre et de navets. Le plateau de fromage aux noms évocateurs comme le Crowdie, le Caboc ou le Larnak blue la fit revenir à de meilleurs sentiments. Sa bonne humeur disparut à nouveau quand une Américaine en mal de compagnie et qui visiblement n’en était à sa première pinte de bière, s’installa à côté d’elle. Agacée, elle l’écouta d’une oreille distraite et son anglais approximatif ne facilita pas la communication. L’entrée imprévue d’un joueur de cornemuse mit fin au brouhaha des conversations et dès les premières notes, Sonia fut comme transportée dans une autre dimension.
Des hommes aux allures rustres venaient se détendre dans le pub ‘’ The dark cat’’ après une dure journée de travail. La consommation avait sensiblement augmenté depuis que, la fille du propriétaire y était serveuse.
« Bonnie, encore une pinte par ici. Et une autre par là. » Les commandes fusaient de toutes les tables et l’aubergiste se frottait les mains chaque soir en comptant la caisse. Chacun essayait d’attirer les faveurs de la jeune fille, mais elle esquivait toutes les avances jusqu’au jour où Kenny, un joueur de cornemuse entra dans le pub avec ses compagnons de régiment. Elle fut immédiatement séduite par sa fière allure, son langage raffiné et son costume coloré qui tranchait avec les guenilles et les manières rustres des paysans. Subjugué par la beauté de Bonnie, il devint également un habitué. Elle s’attardait à sa table, buvait ses paroles quand il lui racontait les batailles auxquelles il avait participé, provoquant ainsi la jalousie des autres clients. Ils s’en plaignirent auprès de l’aubergiste et étaient prêts à payer davantage les pintes en échange des faveurs de Bonnie. L’appât du gain lui fit interdire à sa fille de s’approcher du joueur de cornemuse, c’est lui qui le servirait dorénavant. Il ordonna à Bonnie d’être plus avenante et moins farouche lorsque l’une ou l’autre main s’égarerait sur son corsage. Le changement d’attitude de Bonnie et l’audace subite des manants intrigua Kenny. Il avait bien remarqué le regard désespéré de Bonnie qui implorait son aide. Il interpella l’aubergiste en lui demandant des explications mais celui-ci le fit jeter dehors. Kenny fit le gué le lendemain et lorsque l’aubergiste s’absenta, il réussit à parler à Bonnie. Elle lui raconta à chaudes larmes comment son père tentait de la prostituer et son désespoir de ne pas pouvoir y échapper. Il lui avoua son amour et lui proposa de l’emmener loin d’ici. Il l’attendrait derrière la maison à la fermeture du pub. Elle parviendrait bien à s ‘éclipser pendant que l’aubergiste compterait la recette. Elle se montra docile envers les clients toute la soirée à la grande satisfaction de son père et attendit avec impatience que le dernier soit parti pour rejoindre Kenny. Elle n’avait pas remarqué la présence de l’un d’eux qui cuvait sa bière à l’ombre du porche et qui s’empressa d’avertir son père de sa fuite. A ses mots, l’aubergiste entra dans une colère noire. Il n’allait pas la laisser partir maintenant que ses affaires marchaient si bien. Il saisit une hache et se lança à leur poursuite, nul doute qu’ils tenteraient de passer la nuit au château situé sur les hauteurs du lac où était basé son régiment. A bout de souffle il s’arrêta un instant et vit deux silhouettes au milieu du lac. Sa rage lui donna des ailes. Il s’élança à son tour sur l’étendue blanche qui scintillait sous l’éclairage de la lune et il réussit à les rattraper. A sa vue, Kenny ordonna à Bonnie de traverser et de l’attendre de l’autre côté. Les deux hommes se battirent avec acharnement et sous leur poids la glace se rompit. Ils se débattirent dans l’eau glacé mais blessé par un coup de hache, Kenny sombra et disparut. L’aubergiste parvient à se hisser hors de l’eau mais transi de froid, il renonça à traverser et poursuivre sa fille. Il se dit qu’elle reviendrait bien maintenant que son amoureux était au fond du lac. Impuissante, Bonnie avait assisté à la disparition de Kenny et un profond désespoir l’envahit. Elle s’élança sur le lac, voulant le rejoindre quand une licorne blanche apparut à ses côtés.
« Belle demoiselle, ne pleure pas, ton amoureux a été accueilli par les nymphes qui le soigneront. Monte sur mon dos, je t’emmènerai dans mon royaume, invisible aux yeux des hommes, au-delà des montagnes. Là-bas tu le retrouveras, sur l’île aux mille couleurs. » Réconfortée, elle s’agrippa au cou de la licorne et ils disparurent dans la brume. L’aubergiste attendit en vain le retour de sa fille. Sans elle, les clients désertèrent le pub et dans ses oreilles résonnait sans fin le son d’une cornemuse.
Quand la musique s’arrêta, Sonia sortit de sa torpeur et reprit ses esprits. Le guide leur présenta son frère Mike, joueur de cornemuse à ses heures perdues. Un groupe de musiciens le rejoignit et la fête commença. Envolée la fatigue, oubliée l’Américaine, évaporée la mauvaise humeur, elle s’abandonna à la magie de l’instant. Mike l’initia à une danse écossaise et ils ne se quittèrent plus de la soirée. Elle trouvait en lui quelque chose de familier qu’elle ne pouvait pas s’expliquer, comme si elle le connaissait depuis toujours.
Bien calée dans son siège, elle ferma les yeux quand l’avion décolla. La nuit était longue et courte à la fois. Une immense vague de plénitude l’envahit. Etait-ce dû à la bière qui coulait à flots, aux danses endiablées, au son de la cornemuse, à Mike qu’elle ne reverrait pas ? Elle ne le saurait jamais.

De Catherine

A l’eau de rose

Je m’accroche, je m’accroche, mais franchement, c’est bien parce que je n’ai rien d’autre à faire, et aussi parce que je n’ai vraiment rien de mieux à me mettre sous la dent. La bibliothèque de Tante Agathe regorge de livres de ce même acabit. C’est bien ma veine ! Tout ce que je déteste ! En même temps, je n’avais qu’à pas oublier d’emporter le mien !
Ce roman est d’un ennui et d’une platitude ! Le vieux truc à l’eau de rose où tout est bouclé d’avance. Dès la première page, on devine où ça va nous mener. Scénario classique pour ce genre de littérature. Les seules variations d’un livre à l’autre sont les lieux, les noms et occupations des personnages, et la saison. Le reste, la pseudo-intrigue, a toujours le même fil conducteur.
Allez, je suis trop bonne : je vous fais le pitch pour vous allécher un peu! C’est l’hiver. La neige tombe drue, rendant plus difficile la circulation autour de ce merveilleux petit village du Nord de l’Ecosse. On approche de Noël et les rues sont décorées de mille guirlandes qui scintilleront dès le soir venu. Une grosse voiture, une Américaine large comme une péniche, s’arrête sur la Grand Place. Il faut bien ça pour un véhicule pareil ! Une jolie brune emmitouflée dans un manteau trop léger pour la saison en descend et se dirige vers l’unique pub qui se prépare à la divine prochaine fête. Elle commande un Earl Grey et s’enquiert d’un hôtel. Le brave cafetier est désolé car il n’y a pas d’hôtel dans un si petit village. Il faut faire encore trente kilomètres pour en trouver un, en espérant qu’ils aient encore des chambres libres, ce qui n’était pas gagné avec l’approche de Noël. La jeune femme se désespère, mais pas longtemps, car un magnifique étalon … euh… pardon ! gentilhomme s’approche d’elle et lui propose de l’héberger dans son immense château où il y a plusieurs chambres disponibles. Elle se montre gênée, minaude et tergiverse un tantinet, puis finalement – ô surprise ! – accepte la proposition après avoir précisé qu’elle avait un petit chien qui l’attendait dans la voiture. Bien sûr, Lui adooore les chiens. Ils partent de concert vers le château perché sur la lande blanchie par la délicate danse des flocons.
Je ne vous dis pas la suite. Ce serait affreux pour vous que je dévoile cette histoire à laquelle on ne s’attend pas du tout. Moi, j’ai ma petite idée, mais je dois poursuivre ma passionnante lecture. Je suis impatience d’en connaître la fin. Séduction ? Amour ? Rupture? Re-amour ?…
Finalement, non ! Je vais prendre un magazine. Voilà : « Nous Deux » ! Le top du top, pour changer d’univers ! Décidément, Tante Agathe ne varie pas beaucoup les plaisirs !


De Claude  Dans l’ancienne Calédonie
Pat Mac Aroni, une Américaine qui vit à Chicago avec pour unique compagnon son chien, un Scotch-Terrier du nom de Whisky, décide un beau jour, d’aller en Ecosse où elle a vécu une partie de sa jeunesse. Elle va y retrouver sa vieille tante Moïra Mc Donald et ses cousins Sean et Eliott avec lesquels elle a passé des Noëls inoubliables. Nous sommes en décembre et pour dire skier, elle se rappelle avec émotion les rudes hivers écossais et ses vacances à la neige sur les pentes du Ben Nevis, le point culminant des îles britanniques dans les monts Grampians.
Dans l’avion qui l’emmène à Glasgow, elle se trouve assise, (signe du destin ?) à côté d’un riche propriétaire terrien, avec lequel elle engage une conversation à bâtons rompus pendant tout le voyage. Pat est jolie. John est charmant… et veuf, ce qui ne gâte rien. Un vrai gentleman. Un Lord, d’ailleurs.
John appartient au clan des Mac Adam qui compte dans son arbre généalogique d’illustres personnages, parmi lesquels des ministres et des scientifiques de renom.
Avant de se quitter, Pat et John ne manquent pas, évidemment, d’échanger leurs numéros de portables.
Pat reverra sa famille avec plaisir mais son emploi du temps sera très vite monopolisé par John qui, entre autres délicates attentions, organise, en son honneur une belle fête dans son château qui se trouve sur les hauteurs d’un village moyenâgeux près de Glasgow. Pat est impressionnée car le panorama est à couper le souffle ! Imaginez une forteresse médiévale, une masse de pierres grisâtres émergeant d’un champ couvert de neige immaculée !
John possède aussi des hectares de terres où il cultive des petits pois rouges (tout le monde sait qu’en Ecosse, les petits pois sont rouges, n’est-ce pas ?), qu’il prend plaisir à écosser lui-même lorsqu’il n’est pas absorbé par la gestion de ses affaires.
Les choses ne pouvant s’arrêter en si bon chemin, Lord Mac Adam épouse Pat, car il en est fou amoureux, par un beau jour d’été. On festoie, on multiplie les verres de contact, on danse. Et sans problème, Pat retrouve les pas de la gigue et du ceilidh qu’elle avait beaucoup pratiqués quand elle était plus jeune.
On pourrait penser à un roman à l’eau de rose, mais hélas, nos amoureux ne connaissent pas le bonheur parfait, peut-être parce qu’ils n’ont pas, comme dans les belles histoires, beaucoup d’enfants.
John n’hésite jamais, pourtant, à mettre la main à la pâte. Mais la nature a ses exigences.
Pat n’est pas nouille et ils sont tous deux ravis au lit, mais comment éviter que l’âge de Pat ne l’amène aux pauses ?
Lord Mac Adam finit par se lasser.
Après dix ans de vie commune, il se sépare de son épouse, bien qu’elle l’eût imploré de façon déchirante : « Ne me kilt pas ! ».
En guise de compensation, il lui offre tout de même son château (en thé hanté ?).
Elle ose alors lui poser la question qui lui brûle les lèvres depuis tant d’années, car elle a toujours eu peur d’y voir débouler un fantôme.
– Ne vous affolez pas, my dear, je n’ai jamais vu un fantôme depuis que je suis ici.
– Et cela fait combien de temps ?
– Environ trois siècles. 
De Nicole

Une histoire écossaise

Noël 1985.
Miss Swanson, riche héritière américaine et auteure de romans policiers voyageait en Europe depuis un an déjà.
Elle cherchait un village harmonieux où s’installer.
La barrière de la langue gênait ses contacts sociaux, aussi décida-t-elle de partir en Ecosse.
Avec son chien Treasure, un labrador noir, ils s’installèrent au château « The Torridon », un magnifique hôtel 5 étoiles au bord d’un loch au creux d’une colline.
L’hiver convenait à Barbara Swanson.
Dans ses promenades matinales, le vent balayait ses longs cheveux roux en vagues gracieuses. La pluie jouait des claquettes sur le loch.
Le village était proche et le pub servait un whisky tourbeux 30 ans d’âge qui émoustillait ses neurones toujours en quête de situations et de personnages.
Le soir de Noël, elle resta au pub.
Tout brillait de rouge, d’or et d’argent.
La neige éclairée de lune tombait en abondance.
Un homme se présenta à elle « Roman, puis-je vous apprendre une danse écossaise ? ».
Ils dansèrent jusqu’au bout de la nuit et plus si affinités.
2021.
Noël approche à grand pas, Barbara Swanson et Roman son beau danseur et châtelain de surcroît habitent un château de courants d’air.
36 ans plus tard, ils sont heureux.
« Quelle ironie, s’appeler Roman »pense Barbara.

De Laurence

Enfant, j’aimais m’asseoir au coin de la cheminée tout près de ma grand-mère paternelle, notamment les soirs de Noël. C’était un vrai roman à elle toute seule et je savais qu’elle nous raconterait le soir venu une de ses histoires qui n’appartenaient qu’à elle et dont je raffolais.
Nous voilà partis très loin en Ecosse, terre de nos ancêtres, m’apprit-elle à l’occasion et que j’ignorais. Nous étions dans un petit village enseveli sous la neige. Il faisait un froid de gueux cet hiver-là. Nul ne s’aventurait le long des chemins creux. La température était descendue aux alentours de moins 10 degrés. Seul un pauvre chien aboyait dans la lande déserte. Je frissonnais en l’entendant. J’avais déjà peur à l’avance et je n’osais m’imaginer la suite de cette effroyable histoire…
Lorsque, soudain surgit d’une trouée de lumière surnaturelle un château digne des plus beaux contes de fée. Des multitudes de fleurs blanches scintillantes telles des étoiles au firmament l’environnaient. Sur la fenêtre de la plus haute des tours brûlait une bougie vacillant sous le vent nocturne, mais sans s’éteindre. Elle semblait indiquer la direction à prendre afin de se repérer dans cet enfer blanc. Je marchais à sa rencontre. Les portes s’ouvraient devant moi au fur et à mesure que j’avançais. Je me retrouvais bientôt dans une immense salle, la salle de bal vraisemblablement où des couples de danseurs évoluaient au son d’une musique entraînante et joyeuse. Elle me rappelait une balade entendue il y avait longtemps dans une vieille série américaine passée à la télé qui parlait de cowboys et d’indiens.
Je me mis moi-même à tournoyer de plus en plus vite telle une toupie. Je finis par décoller et m’envolai très loin, très très loin, là où le soleil se couche…
Quand je repris conscience, je me trouvais pelotonné dans les bras de ma grand-mère qui me chantonnait une jolie balade de l’ouest américain et je me mis à ronronner de contentement.

Poème de Zahra Yosry, « Le bonhomme de neige » envoyé par Françoise T (hors proposition d’écriture)

Dans un camion frigorifique
l’homme pense qu’il a vaincu le dictateur
les garde-frontières
l’âne qui a refusé de gravir la montagne
les bandit
les bateaux troués
Il pense que, grâce à une armée d’anges
il les a tous vaincus.

Il réfléchit à son nouveau drapeau
il le préfère sans couleur
il l’accrocherait à la fenêtre de sa nouvelle maison
ou peut-être sur une tente
ou même sur un arbre

Il s’interroge sur la carnation de la liberté
il n’aime pas qu’elle soit nue
ou blanche
car le blanc se salit vite
Il l’imagine argentée
comme sa faim
comme sa soif
comme sa lune qui guide sa longue aliénation

Et pendant qu’il pense
il se transforme en statue de neige
à côté du sapin
Un enfant enfonce une carotte dans son visage
Pour terminer le décor,
un autre lui place une écharpe et un balai

Devant la statue, un poète s’arrête
un poète s’arrête longuement
il ne sait pourquoi il voulait
mettre une fleur dans sa bouche

Il n’a qu’une cigarette
qu’il allume
et l’idée scintille dans la tête du réfugié
qui attend le premier rayon du soleil
pour qu’un arbre tropical se dresse au Nord
 

Je vous remercie d’avoir fidèlement écrit durant cette année 2021. Je vous remercie du fond du coeur pour votre fidélité et votre engagement. C’est un immense honneur pour moi de publier vos écrits, de semaine en semaine. Je vous retrouverai avec un immense plaisir au début de 2022. 

Belles fêtes de fin d’année à vous toutes et tous qui écrivez pour le blog, à celles et ceux qui ont envie mais qui n’ont pas encore franchi le pas, à celles et ceux qui écrivent déjà mais qui n’osent pas publier.  

Au plaisir de vous lire et de vous relire, ou de découvrir vos histoires pour les nouveaux auteurs. 

Portez-vous bien et surtout continuez à prendre joyeusement soin de vous,  


Créativement vôtre,


Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE  


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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