Chaque semaine, je publie les textes que mes chers lecteurs et lectrices envoient via le blog.

La proposition d’écriture N° 12 était la suivante:

“Je vous propose de jouer avec des mots de la même famille.
Vous allez choisir un des 5 sens (vue, ouïe, toucher, goût, odorat) et vous chercherez entre 10 et 20 mots en rapport avec le sens choisi.”

 

Voici vos textes:

De Lucette de France

Hier il pleuvait, aujourd’hui il pleut, il y a une semaine pareil, des « gouttes » d’eau aussi grosses que des agates.
Ce matin mon linge voltigeait au vent léger, voilà une averse, je suis « dégoûtée », je n’ai plus qu’à l’ « égoutter »…
Demain toutes mes fleurs seront ravivées, mes légumes seront heureux, mes arbres quant à eux, «s’égoutteront » de ces multitudes de perles en forme de « gouttelettes » bénies à certain moment, attendues pour tous les peuples. .
Leurs pétales éclateront de toutes leurs couleurs, les arbres tendront leurs branches, mes légumes nous supplieront de les « déguster » tant ils sont tendres et frais.
Je les vais les cuisiner avec amour, mais, je n’oublierai pas d’inviter mes proches. Ce sont des «goûteurs » avertis, de fins « gastronomes », de vrais « gourmets ».
Pour les modestes chefs que nous sommes, nous avons de l’appétit, et apprécions la « dégustation »
de tous les plats typiques de chaque pays.
Les apéritifs à l’espagnole, toutes les spécialités de chaque contrée française, c’est une vraie frénésie « gustative » qui affole nos palais…
Il y a un comité du goût, qui initie de plus en plus de jeunes enfants à la diversité des goûts sucrés, salés, surets, acides.
Tous les goûts sont dans la nature…

De Laurence de France

L’inquisition

Aline acheta sa maison à la campagne, conformément à son rêve. Auparavant, elle avait vécu dans une petite bicoque défraîchie qu’elle louait en ville, le temps d’économiser en vue de son achat. Elle avait eu pour voisins des gens espionnant tous ses faits et gestes, les visages des gamins collés au grillage observant tous dès que la petite famille bougeait.

C’était insupportable. Elle avait pris soin de se trouver une maison avec des voisins éloignés, sans vis-à-vis direct en tout cas. Aline ne supportait plus les voisinages intrusifs et elle n’envisageait pas de parler à quiconque, encore moins de copiner.

C’était une solitaire Aline, et elle avait besoin de calme pour se reconstruire moralement et physiquement après une rupture douloureuse. De plus, elle souhaitait offrir un espace verdoyant à ses enfants, qui avaient besoin de se poser au calme, après ce qu’ils avaient eux aussi enduré.

Papiers signés chez le notaire en mars. 95.000 euros à rembourser en quinze ans. Fierté d’avoir réussi. Les ennuis semblaient derrière elle.

Mais, c’était sans compter avec son nouvel environnement. Elle ne s’était pas souciée de savoir qui étaient ses voisins lors de ses visites. Elle ne les avait pas vus. Ils vivaient derrière la haie qui séparait leur maison de la sienne, en contrebas. Une futaie bienvenue qui empêchait tout regard.

Ce qu’Aline ne savait pas lors de l’achat, c’est que le père de ses voisins habitait à deux pas et que le voisin s’y rendait à toute heure de la journée pour y travailler. Il était producteur de céréales. Ses hangars se trouvaient sur la propriété de son père, juste après le virage.

Elle ignorait également que c’était un voyeur professionnel. Elle s’était vite rendue compte que lorsqu’elle recevait du monde chez elle, il passait, repassait dans la rue afin de guigner et de profiter du spectacle qui s’offrait à lui sous ses yeux.

Il convient de dire que cet homme n’avait aucune distraction, qu’il ne sortait jamais et qu’il ne recevait personne chez lui. Il vivait avec sa femme et son jeune fils, en sauvage et avec une façon de vivre digne des années d’avant guerre. Aline ne supportait pas ce genre d’individus. C’était une femme joyeuse, dynamique, toujours lancée dans des projets divers et variés.

Elle recevait souvent chez elle un ami de randonnée âgé, vivant seul et appréciant sa compagnie et celle de ses enfants. Ils passaient toujours de bons moments de rigolade ensemble.

Occupée à préparer le repas pour ses invités un dimanche, elle n’avait pas entendu la conversation entre son père et le voisin. Ce dernier s’était approché du portail de la propriété et s’était permis de poser des questions :

« A qui est la voiture immatriculée… ? » avait demandé Noël, le voisin inquisiteur.

« C’est un ami de ma fille ! » répondit sans arrière pensée le père d’Aline.

« Il est pas un peu vieux pour elle, non ? » avait osé le surveillant en chef du quartier.

« Mais, en quoi ça vous regarde d’abord ? », s’offusqua le vieil homme. « Elle fait ce qu’elle veut et monsieur Jean est son ami, rien de plus ! » rétorqua le père en toisant l’homme qui se tenait devant lui.

Il mit fin à l’entretien inquisiteur en tournant les talons et en rapportant les propos à sa fille. Celle-ci, outrée comme il se devait, interdit à tout le monde ne serait-ce que de dire bonjour à ces gens-là et de les ignorer pleinement, et de ne plus même braquer les yeux sur eux. Elle savait par expérience que ce genre d’individus ne cause que des ennuis. Ca furète partout, ça fixe des yeux sans raison, ça guette à tout va, ça surveille à toute heure, ça lorgne en tous sens.

Un mois d’installation et ça commençait bien. Aline se sentait maudite avec ses voisins.

Fallait-il qu’elle vive dans un ermitage pour trouver la paix ? Pourquoi les gens agissaient ainsi ? S’ennuyaient-ils tant dans leur vie qu’ils éprouvaient le besoin de s’emparer de la vie des autres pour mieux la contrôler ou parce que leur vie à eux n’offrait aucun intérêt ?

Elle décida de surnommer son voisin Œil de lynx, comme pour mieux exorciser cet environnement de fouines. Ça la faisait sourire. Elle resterait chez elle, fermement décidée à ignorer ces gens-là et à vivre pour elle.

 

De Laurence (pour un article de mon blog)

 

Je suis myope depuis ma plus tendre enfance, c’est à dire que j’ai une vision faible de loin. Je ne risque pas d’avoir une vue perçante comme les félins, encore moins de devenir nyctalope comme mes chats. Voir avec ses yeux est un bien précieux. Notre regard est le reflet de notre âme: que nos yeux soient bleus, marrons, verts ou gris, ils font ressortir ce qui se trouve à l’intérieur de nous. Mais, nous pouvons aussi envoyer un regard noir, comme un signe à l’autre qu’il nous a fait du mal, par exemple, ou que nous sommes en colère. Mais, quel sens incroyable que la vue: admirer un panorama à couper le souffle, suivre des yeux un enfant qui joue, contempler son jardin, s’adonner à la photographie pour garder une trace d’un beau moment de vacances. Mais, les yeux peuvent aussi faire rejaillir le mauvais d’une personne: celle-ci peut alors épier ses voisins, loisir qui ne coûte rien, mais oh combien pénible pour celui qui subit. On peut tout aussi bien contrôler avec le regard, de manière bienveillante ou en jouant au petit chef. Le pire est d’espionner, vouloir voler ce que l’autre a créé. Un coup d’œil, et hop, voilà un secret bien gardé dérobé pour en faire profiter d’autres, au détriment du créateur.

Mais, tout est visible, pour qui sait prendre le temps de regarder!”.

 

De Michèle

 Quel est le sens le plus important ? Quel est celui dont je pourrais le mieux me passer s’il devait ?

La Vue ?
Je ne pourrais plus contempler le coucher ou le lever de soleil, le ciel étoilé, la pleine lune, le vol des papillons autour de mon rosier ou la coccinelle posée près de mon bol. Ne plus me repaître des couleurs d’une toile, du sourire de mes enfants, du jeu complice clin-d’oeil avec ma petite fille. Je ne pourrais plus peindre, écrire, lire. La seule chose possible serait « être en garde à vue » en cas de bêtises. Je me contenterai de visualiser, d’intérioriser dans un regard intime. J’aurais l’impression d’être invisible. NON C’est tout vu, j’ai besoin de mon regard.

L’Ouïe ?
J’ai toujours l’ouïe fine, j’entends une aiguille tomber sur le sol. Pour moi, les sons inaudibles sont ceux des langues que je ne connais pas ou ceux d’une musique qui heurtent mon oreille. Mais, je jouis en écoutant un Adagio de Mozart, une Gnossienne de Saty ou plus encore les vibrations d’un violoncelle qui me caressent le tympan, le cœur et l’émotion. NON le rire de mon petit-fils me manquerait trop, ainsi que les bruits délicats de ma campagne. Je ne pourrais que conserver une mémoire meurtrie au creux de ma tête. Je jouerai du piano sans l’entendre. Le côté auditif ne vibrerait plus.

L’Odorat ?
Moi qui étais un Nez dans ce monde de la parfumerie, je tournerais le dos à mon passé. Je ne vibrerais plus sur les saveurs odorantes, salivantes de cuisine, de la vie quotidienne. Plus d’odeur de bébé, de l’amour. Je pourrais toujours avoir du flair, mais je vois comme le nez au milieu de la figure que NON, m’éloigner de mon pouvoir olfactif est impossible, même si relire « le Parfum » de Patrick Süskind pourrait faire illusion.

Le Goût ?
L’éventail est grand avec ces 4 saveurs vitales : sucrée, salée, amère et acide. Mes papilles gustatives réveillent mon plaisir intense. Je suis si gourmande, ce serait trop difficile de perdre cette profonde jouissance. Je garderais au-delà de tout cette possibilité du goût des choses, mais qui n’embellirait pas mon plaisir savoureux de la dégustation.

Le Toucher ?
Je perdrais cinq sensations d’un seul coup : Le contact avec les choses et les autres. La pression disparaîtrait, serrer une main me deviendrait neutre. Caresser la peau me serait étranger. Je ne sentirais plus la différence entre le chaud et le froid. La seule chose intéressante dans cette disparition serait l’absence de sensation de douleur. Je pourrais continuer à toucher le point faible des autres, mais toutes ces pertes me feraient peut-être toucher le fond.

Aucun de ces sens ne peut m’être retiré. Ils me sont nécessaires. L’âge se chargera bien à temps de les affaiblir.
La sensualité est l’imbrication de ces cinq sens, cette sensualité qui me fait vibrer comme si je faisais l’amour à la vie.
Une image que je ne souhaite pas rogner, me vient parmi tant d’autres: Comment pourrais-je vivre sans mon casque qui bulle dans mon crâne les notes vibrantes du violoncelle, fascinant toutes mes cellules, alors que la cuisson d’une tarte au citron explose ses saveurs exquises, ma petite chatte aux poils noirs si doux ronronnant sur mes genoux que je caresse avec volupté, tout en contemplant la lumière déclinante qui joue encore dans les branches des arbres, tout en dégustant avec délectation quelques délicieux chocolats offerts par mes enfants.

 

Poèmes de Lucette

L’épi se dore sous le soleil ardent
Les coquelicots illuminent la nature
Les herbes folles ploient sous la brise
Les libellules si belles, dansent en voletant
Les oisillons piaillent, leur maman assure
Les insectes, les vers, sont sa convoitise
Les friandises de ses « bébés »sont abondantes

 

Poésies de Michelle

A Jeff… Les ruines du passé

Tu es comme une couleur
A la fois dure et tendre
Je m’en prends à mon cœur
De ne plus te comprendre

Les larmes trop souvent
Visibles ou invisibles
m’entraînent dans leurs tourments
Pourtant tout est possible

Mon désir est plus grand
Que la terre toute entière
Et les quatre éléments
Sont dans ma gibecière

Quand donc poseras-tu
Le ciel bleu sur la table?
Quand donc cesseras-tu
Tes fuites implacables?

N’aies plus peur de la vie
Offre moi tes merveilles
Tes peintures, tes défis
Clairs et perpétuels

Tes mains heureuses peindront
le miroir, les reflets
Et exorciseront
Les ruines du passé

Le miel de ton désir
Doit nourrir ton réveil
Multiplie ton plaisir
Reproduit le soleil

Tes caresses paysages
Mes baisers de printemps
Nos automnes plein d’orages
Sont toujours là, présents

Il fallait que je dise
Tout ce que je t’ai dit
Pour que ma peur s’épuise
Et réfléchisse la vie

Je n’sais pas simuler
Pénètre dans mon cœur
L’horloge est détraquée
Mais l’amour donne l’heure

Il est grand temps pour nous
Mets le feu dans ton cœur
Je me bats comme un loup
Qui capture le bonheur

La peur, la haine, la mort
Fruits d’un arbre mutilé
n’atteindront pas l’effort
de mon espoir blessé.

Paix à ton âme

 

“Le Cri Silencieux”

Vivre au-delà de tout

J’écris, je pleure
Je pense, je meurs
Je me bats
Je me débats

La lune a son premier quartier
La lumière diffuse, glisse son nez
Fouille où il ne faut pas
Dans le lit je pense à toi

Le silence de la nuit
Hurle son agonie
Je crie, je meurs
Debout, je pleure

J’ouvre les draps
Je me love
Tu n’es pas là
Je me…
Je…
Te…
Non !

Je ris, je pleure
Je chante par cœur
Je cours…
Vers MOI

 

De Nicole de Belgique

Le goût

 

Gilbert Van Der Camenberg était doté d’un goût très fin, très pointu en matière de nourritures terrestres et il en avait fait un métier.
Il était le critique gastronomique très connu et craint du guide rouge le plus couru.
Depuis un moment cependant,  il avait un problème de taille, l’acidité de son tube digestif l’empêchait de savourer les grands vins, on aurait dit qu’il buvait de la piquette.
Cela nuisait à sa critique.
Que faire de ce défaut? La dernière fois, il avait déclassé un restaurant à cause d’un Château Margaux soi-disant mal éventé.
Et aujourd’hui c’était le pain, il avait l’impression de manger du carton.
Il me reste à m’encanailler, décida-t-il. Il déjeuna dans un Mac Do. Gras et ketchup, enduire sa bouche d’un bouclier. Il sortit de son sac un Château Petrus de 1976 et là, miracle : le goût, la saveur pétrusienne bien présente inondèrent son palais de divines saveurs. Mac Do comme guérisseur, le monde à l’envers. Van Der Camenberg se dirigea direct au “Comme chez soi”, un papier à tirer vite fait.

L’ouie

Entends-tu le bruit du silence ?
Celui qui apaise.
Celui qui rend caduque les mots de haine, ces mots qui encombrent les réseaux sociaux, ces mots insupportables d’arrogance, de bêtise proférés par des minus.
Ces mots qui te font rentrer dans ta coquille.
Un refuge.
Entends-tu alors la musique, celle qui t’emporte, qui t’exalte ?
Entends-tu alors ces mots cadencés des poèmes, des livres ?
Entends-tu alors le rire de l’enfant, l’amitié qui bruisse, la tendresse qui parfois t’intimide ?
Le silence te fait tout entendre…

et un petit dernier

 

La Vue

Ton regard mon amour
Des yeux porcelaine(s)
Et pourtant si menteurs

Ton regard mon amour
Parfois si dur et arrogant
Avant les paroles donne le “La”

Ton regard mon amour
Venimeux
Du venin de l’araignée qui attend son heure
Tapie dans sa toile
Pauvre insecte

Ton regard mon amour
Parfois si doux
Posé sur cet enfant que tu aimes plus que tout

Ton regard mon amour
Suppliant la vie de rester en toi

Ton regard mon amour
Devant la souffrance devenu plus humble
Demandeur des choses que tu as cassées

Ton regard mon amour
Maintenant éteint…

Je vous remercie pour vos beaux textes et magnifiques poèmes.

Je vous souhaite une belle lecture et une belle semaine créative. Peut-être au plaisir de vous lire prochainement!

 

LAURENCE SMITS, La Plume de Laurence

 

 

 

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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