Pour cette proposition d’écriture N° 42, il fallait jouer avec les mots “NOUVEL AN”, proposition suggérée par Martha, une fidèle supportrice du blog. C’était de circonstance!
Entre des poèmes acrostiches ou d’autres incrustés dans une histoire, vous aurez le choix de lecture.

Je vous souhaite une belle lecture.

Voici vos textes: 

De Lucette de France
 
Nobles et roturiers ne sont pas sur le même piédestal
Occupants des châteaux venus de leurs aïeux, modeste logis pour les autres
Victoria est l’arrière- petite-fille d’un roi européen toujours en règne
Emma est la bûcheuse qui travaille pour payer ses études
Larmoyer ne sert à rien, au contraire ça nous rend fort
Accuser la vie d’être injuste, oui sans doute, mais il y a toujours pire
Naïve dans un monde qui ne nous ressemble pas
Naturelle dans mon milieu, rempli d’amour et de sincérité
 
 
D’Annick de France
 
Les nains de plastique qui tentaient courageusement de scier la bûche sont rangés dans un tiroir du buffet. Les guirlandes pailletées d’or qui ornaient le sapin ont regagné leur carton. C’était les premières fêtes de fin d’année ensemble pour cette grande famille recomposée. 
Viviane et Etienne sont lessivés : recevoir tous leurs enfants et petits-enfants, faire plaisir à chacun n’a pas été de tout repos.
Heureusement qu’ils s’aiment !
Viviane secoue une dernière fois une boule neigeuse à laquelle elle tient particulièrement, avant de l’emballer soigneusement. Alors qu’elle a été manipulée des dizaines de fois par la” tribu”, seul le socle nacré a été un peu éraflé. Viviane sourit : c’est peut-être aussi ça, le miracle de Noël !
 

De Catherine de France

PRÉDICTIONS 
 
Véronique errait dans les rues de la ville, traînant sa mélancolie sur les trottoirs déserts de ce premier jour de janvier. Elle avait souhaité sortir seule pour prendre l’air, laissant à la maison son mari, Éric, et ses quatre enfants désormais adultes, mais surtout envahissants. Depuis une semaine, elle s’activait aux fourneaux, car étant tous en congés, ils avaient rappliqué tous les quatre, et formaient avec leur père un quintette de choc, dont elle se sentait exclue, ou bien dont elle s’excluait toute seule. Depuis quelques temps, elle se sentait mal dans sa peau, n’avait goût à rien, alors qu’Éric, lui, semblait au meilleur de sa forme. Personne ne faisait attention à elle, cantonnée dans ses rôles de toujours : épouse parfaite et mère attentionnée, accueillante, et toujours soucieuse pour eux. Elle n’avait plus beaucoup de complicité avec eux, celle-ci s’étant étiolée sournoisement avec le temps, sans que personne n’y prenne garde.
Ce jour-là, le dernier grand repas terminé, Véronique, gagnée par la lassitude et un ras-le-bol grandissant, s’était éclipsée, laissant le reste de la famille à ses jeux stupides qui les faisaient rire de bon cœur. Elle ne savait pas pourquoi elle avait perdu depuis longtemps sa faculté de rire. Au fur et à mesure de sa déambulation, elle croisa de plus en plus de gens, jusqu’à ce qu’elle arrive sur la Grand Place, où bruissait une foule assez dense, attirée par la fête foraine. Elle décida de traverser ce haut lieu, souhaitant être contaminée par l’ambiance festive, les odeurs de gaufres et de pralines grillées, les musiques tonitruantes et les frayeurs hilarantes des gens sur des manèges de folie.
En face de la grande roue, une file bien sage s’allongeait devant une construction foraine futuriste, en forme de soucoupe volante. Elle s’enquit auprès des gens pour savoir ce qu’ils attendaient. On lui répondit que c’était pour les prédictions 2020 du Grand Maître du Temps. Tous semblaient impatients d’entrer à leur tour. On lui expliqua aussi que le Grand Maître du Temps faisait les meilleures prédictions, et que tout ce qu’il disait se réalisait vraiment dans l’année. En d’autres temps, Véronique aurait haussé les épaules, ironisé lourdement, et plaint ces pauvres naïfs, victimes volontaires d’un charlatan arnaqueur, dénoué de scrupules. Mais, ce jour-là, elle eut envie de prendre son tour dans la file. Plus elle approchait de la soucoupe volante, plus elle distinguait les écritures, sur un panneau à droite de la porte. Y était inscrit :
                                   LES PRÉDICTIONS 2020
                                                      du 
                                GRAND MAÎTRE DU TEMPS
                                par l’écriture automatique
                                                     20€
Pour vingt euros, elle ne risquait pas grand-chose. Quand les gens ressortaient, ils avaient un papier à la main qu’ils ne quittaient pas des yeux. Au moins, ils ressortaient, c’était déjà ça !
Son tour arriva enfin. Avec un peu d’appréhension, elle appuya sur un bouton. La porte de la soucoupe se souleva pour la laisser entrer, puis se referma immédiatement derrière elle. Une voix caverneuse et envoûtante l’invita à s’asseoir : 
« Bonjour, bienvenue chez le Grand Maître du Temps ! Veuillez introduire votre carte bancaire dans la fente prévue à cet usage. Votre compte sera débité de vingt euros ».
Quand elle se fut exécutée, la voix lui demanda de mettre un casque sur ses oreilles et de prendre une feuille à l’en-tête du Grand Maitre du Temps. Sur cette feuille, étaient inscrites verticalement toutes les lettres de NOUVEL AN.
« Prenez le crayon magique devant vous, et prononcez le prénom de deux personnes qui vous sont chères. Ensuite, laissez-vous faire ! »
Véronique prononça les prénoms de ses deux plus jeunes enfants et attendit. Un point rouge très lumineux se posa au milieu de son front, et une frénésie irrésistible s’empara de sa main. Elle se mit à écrire compulsivement : 
 
Nuage vaporeux et léger, l’espoir sera
Outil de douceur pour contrer un
Urticaire psychosomatique géant dû aux mauvaises ondes médiatiques 
Vianney abandonnera son travail ennuyeux
Eva partira pour une nouvelle aventure
Louvoyer ne leur sera plus permis
Arbitrer les empêcherait d’oser
Néophytes dans un monde nouveau ils seront
 
Elle s’arrêta d’écrire sans l’avoir décidé, ni avoir le temps de prendre conscience de ses écrits, et la voix reprit :
« C’est terminé ! Si vous souhaitez recommencer, mettez votre carte bancaire dans la fente prévue à cet effet. Votre compte sera débité de vingt euros. Sinon, au revoir et bonne année. »
Grisée par cette expérience hors du commun, Véronique n’hésita pas une seule seconde et rejoua avec les prénoms de ses deux aînés. Le même processus s’enclencha et elle écrivit :
 
Nougat probable d’une vie nouvelle, la mutation sera d’abord
Orage puis le calme viendra et on verra
Usine après usine les ouvriers se résoudre à lâcher prise
Valentine épousera les finances de son mari
Erwan refusera tout compromis et s’expatriera
Larmoyer ne servirait à rien
Agir sera nettement plus positif
Néfaste pour tous serait la stagnation
 
Envoûtée par la machine, Véronique rejoua une dernière fois en osant donner, avec un peu de réticence, son prénom et celui de son mari. Et voici ce qu’elle écrivit en automatisme : 
 
Nervosité empoisonne le foyer
Ombre projetée sur un destin commun
Utilité d’ouvrir les yeux
Véronique découvrira la maîtresse 
Eric mentira avant de se repentir
Lézarder les fondations du couple éviter
Abattre la rivale ne pas risquer mais lutter pour l’emporter
Nébuleux le futur proche verra une éclaircie finale
 
 Au bout de trois essais, la machine congédia Véronique qui se retrouva complètement hébétée à l’extérieur de la soucoupe. Un seul mot traversait son esprit : INCROYABLE ! Dans un petit square au bout de la Grand Place, elle s’assit sur un banc pour relire ses trois papiers, écrits de manière automatique de sa propre main, puis resta un long moment songeuse. Enfin, elle plongea sa main dans son sac pour en extraire son petit carnet et un stylo. Sur une page vierge, elle écrivit à la verticale les lettres de son prénom, puis se lança dans sa prédiction personnalisée et conscientisée, fil conducteur de sa vie à partir de cet instant : 
 
Vivre l’instant présent et en apprécier les saveurs, mais surtout vivre
Etre en harmonie avec soi-même pour retrouver l’harmonie avec les autres
Retrouver le goût du bonheur 
Oublier les tracas stériles et se concentrer sur les vraies valeurs de la vie
Nourrir son esprit et son cœur
Instituer la positivité comme moteur de vie
Quitter son air de vaincue et redresser la tête
Utiliser son bon sens pour analyser lucidement toute situation
Ecouter son cœur et aimer encore et toujours
 
Véronique referma énergiquement son carnet, un beau sourire aux lèvres. Une page venait de se tourner, elle en était certaine. Charlatan ou pas, le Grand Maître du Temps lui avait permis de renaître et de retrouver l’énergie et la pétulance d’autrefois. Elle était maintenant maître de SON temps, et c’était à elle décrire sa propre histoire à partir de maintenant. Le cœur léger et débordant d’amour et de vie, Véronique rentra chez elle avec un entrain dont elle ne se sentait plus capable depuis longtemps.
 
 
De Caroline de France
 
Un poème
 
Joue le rêve de ta vie.
Court, court toujours,
A la recherche de l’inconditionnel amour,
Mais n’oublie pas qui JE SUIS;

JE SUIS vous,
JE SUIS nous,
JE SUIS le TOUT.
 

De Laurence de France
 
« Je te présente mes vœux de bonheur pour 2020 ».
 
« Mais, qu’est-ce que je suis en train d’écrire à ma tante Martine ; elle a perdu son mari l’an passé. Je ne peux pas décemment lui souhaiter le bonheur, mais au moins d’aller mieux », se dit Amandine, en pleine corvée d’écriture de ses cartes de vœux.
Elle le faisait machinalement, par obligation d’une certaine tradition, inculquée par des parents soucieux de l’étiquette et des apparences. Elle n’y trouvait aucun plaisir, plutôt une perte de temps et une perte d’argent, car les timbres et les cartes de vœux coûtaient chers désormais.
Alors, Amandine se dit que plutôt que d’écrire des platitudes à tout le monde sur le même modèle qu’elle prenait d’ailleurs sur internet, elle pouvait au moins faire l’effort d’imaginer un petit poème pour chaque personne concernée par la carte. Histoire de personnaliser un peu et d’ajouter de la fantaisie dans cet exercice fastidieux.
Elle n’aimait pas écrire, et encore moins par obligation. Son idée était intéressante, mais elle allait devoir se creuser les méninges pour être plus ou moins originale.
Elle se lança, inspirée, pour sa tante Martine, ce qui lui prit un certain temps :
 
 « Noie ton chagrin, ma tante, dans les souvenirs heureux
Ouvre-toi de nouveau à la vie, tu le peux
Utile aux autres tu es depuis toujours
Vois une autre route devant toi, c’est possible
Envie tu auras de nouveau
Liberté tu retrouveras un jour
Associée au mot joie
Naissance nouvelle tu auras. »
 
Amandine était fière d’elle comme jamais. C’était malgré tout plaisant de se creuser la cervelle pour créer un texte qui ferait assurément plaisir. Dans sa famille, ils étaient tous manuels, et la lecture et l’écriture ne faisaient aucunement partie de leurs loisirs. Elle découvrait que quelque chose de nouveau s’infiltrait en elle.
Elle poursuivit avec la deuxième carte adressée à ses grands-parents maternels :
 
« Nuée d’amour éternel pour vous deux
Oubliez tous vos soucis
Ultra beaux souvenirs vous avez
Vagabondage dans vos têtes et dans vos cœurs
Eternité vous aurez
Lumière vous diffusez à vos proches
Amour durable, beau et doré
Nacrée est votre vie comme des perles de Tahiti ».
 
Amandine continua ainsi avec la dizaine de cartes étalées devant elle. Elle prenait goût à écrire avec son stylo plume ces quelques vers. Elle s’appliquait et prenait patience à former de belles lettres. Elle passa son après-midi à transformer une corvée en un réel plaisir. Elle était contente d’elle, comme elle ne l’avait pas été depuis longtemps. Elle ressentit un bien-être après avoir écrit toutes ses cartes, et cela la questionna.
Jamais elle n’aurait imaginé qu’écrire quelques lignes puissent autant la ravir et la combler. Alors, comme pour se lancer une résolution de nouvelle année, elle s’écrivit un poème qu’elle apprit par cœur par la suite et qu’elle se récita comme un mantra quand elle éprouvait un moment de déséquilibre intérieur ou de stress inhérent à son environnement professionnel :
 
« Nage dans la joie
Ouvre-toi à la vie
Utilises tes trésors
Va de l’avant
Eveille-toi au bonheur
Lumière tu seras
Avec la nouvelle année
Naissance nouvelle pour toi tu auras ».

 
De Nicole de Belgique (proposition N° 41- le téléphone sonne)
 
 
Le téléphone sonne en pleine nuit.
Une voix que vous ne connaissez pas vous annonce : « – une voiture vous attend dehors. Montez. Vous ne voudriez pas désobéir. Je vous assure. »
Andrew s’angoisse, de quoi s’agit-il ? Est-ce son passé d’espion qui lui revient à la figure ?
Il est pourtant rangé des voitures depuis quinze ans avec l’accord du MI6.
Il tente d’appeler Miss Nobody, son ancien contact, le numéro est désactivé.
Alors, il laisse un message sur le GSM crypté – les anciens réflexes sont tenaces, de son épouse Siobhan en voyage à New York, lui conseillant de rejoindre leur refuge secret en Cornouailles, sur une des îles Sully.
Andrew et Siobhan ont pris une identité d’emprunt, et, comme patronyme Sommerset un clin d’œil à l’écrivain William Somerset Maugham.
“Rien dans le monde n’est permanent et nous sommes fous de souhaiter que les choses puissent durer”
Il passe son pardessus, les nuits sont fraîches, il sort courageusement.
Deux malabars, costumes foncés, oreillettes, le prennent par les bras et le conduisent devant une Bentley noire, la portière s’ouvre, une voix “montez”.
Il s’installe à l’arrière, près d’un homme coiffé d’un chapeau de feutre, vêtu d’un Burberry, une caricature. ” Morton, nous allons à Vauxhall Cross, Numéro Un vous attend”.
“C’est donc ça” pense Andrew, “ils ne me lâcheront jamais”.
Accueil cosy, thé, scones et Lagavulin, le whisky préféré de Numéro Un.
“Andrew, votre ascendance libanaise, votre maîtrise de l’arabe, votre forme physique, nous avons besoin de vous. Il y a un regain de tensions communautaires, sans parler des rodomontades des Présidents, nous avons peur qu’elles mettent un terme au relatif équilibre actuel”.
“Je fais appel à votre sens du devoir, au vu de votre carrière exemplaire, vous êtes notre homme”.
“Vous serez Nahel Zeimoun, homme d’affaires spécialisé dans les nouvelles technologies.
Votre chambre est réservée au Saïfi Suits. Votre contact vous prendra en charge dès votre arrivée à l’aéroport. Votre avion décolle à Heathrow demain à 16H00, vos bagages sont prêts. La mission devrait durer six mois. Vos instructions sont dans cette farde que vous passerez à la déchiqueteuse de bureau avec l’aide de Miss Nobody qui passera tout en revue avec vous. Qu’en pensez-vous ?”
“Ai-je vraiment le choix ? ».
 
 

Je tiens à rendre aussi cette rubrique participative: si vous avez des idées de propositions d’écriture, pensez à me les envoyer via le blog et je les proposerai de temps à autre.
Chaque semaine, vous recevrez une proposition d’écriture, pourquoi ne pas vous lancer? Il n’y a que le premier pas qui coûte…
Chaque proposition est un jeu de créativité.
Laissez-vous guider par votre intuition, votre imagination, votre envie d’écrire!
C’est un jeu de créativité.
Laissez filer vos idées, laissez les mots sortir tels qu’ils sont tout simplement ; c’est tellement mieux et spontané !
Ecrire, c’est se sentir libre.
Ecrire, c’est la liberté d’imaginer.
Créer demande du courage !

J’ai hâte de lire vos créations!

Pensez à m’envoyer vos créations dans la rubrique me contacter” de mon blog, La Plume de Laurence.

Créativement vôtre,

LAURENCE SMITS, La Plume de Laurence

 

 


 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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