La proposition d’écriture N° 54 tournait autour d’un outil de jardin. Que c’est reposant d’évoquer les jardins, car ceux qui ont la chance d’en posséder un, savent aussi bien que moi, le bienfait que cela nous procure.Cette semaine, entre un sécateur killer, un jardin envahi, un cadeau un peu envahissant, un râteau à double sens et une cabane à outils ouvrant sur des souvenirs, vous allez être gâtés!Je vous souhaite une belle lecture. Voici vos textes:


De Lucette de France

Un groupe d’outils pour le jardin


Au printemps c’est vraiment le moment d’y penser…
L’année dernière ma petite-fille se promenait dans les allées de mon jardin, avec un panier en bois pour chercher les œufs de Pâques. J’entends encore ses cris de joie, dès qu’elle en découvrait. Je l’ai filmée, du haut de ses 3 ans, un beau souvenir qui nous donne toujours le sourire.
Ce panier en bois est de sorti depuis quelques temps. Avec une faucille, un sécateur, une binette, des gants. Tout est prêt. Ils n’attendent plus que moi…
Bon, je vais commencer par quoi ? Tiens, tout compte fait, je vais fleurir ma terrasse de rosiers en pots, ça c’est très facile, agréable et ça ne demande pas beaucoup de temps. En plus un bonheur assuré quand je m’y prélasse avec son parfum enivrant qui m’aide à m’assoupir. Ça s’est fait…
Je regarde dans tous les sens, à la sortie de l’hiver, la tâche est colossale. De la mousse sur le salon de jardin en pierre, des herbes (dites mauvaises) envahissent ma belle allée recouverte de gravillons, du liseron qui insiste à ne pas vouloir me laisser tranquille tout au long de la saison. Des tailles de branches de romarin, de sauge. Désherber la ciboulette tellement goûteuse bientôt dans les salades de tomates. Le thym qui reprend vigueur après un hiver bien arrosé, le laurier sauce devenu bien trop haut.
Allez courage ! Je vais commencer par retirer les petites graines d’herbe dans l’allée. A genoux, de ma main droite j’écarte les gravillons, de ma gauche j’attrape la tige minuscule, et hop ! Dans mon panier en bois. Au bout d’une heure à quatre pattes, je me relève, « aie mes reins » … Et bien là, je vais couper les branches mortes du romarin, de la sauge. Leur taille sera pour plus tard, les abeilles butinent, laissons-leur un peu de jouissance dans des fleurs non polluées. Déjà plus de 2 heures que je crapahute, je me retourne en me demandant « Mon Dieu combien de temps pour tout nettoyer ! »
Le lendemain, j’attaque avec ma faucille tous les grosses touffes d’herbe envahissantes qui viennent de chez ma voisine ne profitant de sa maison que deux fois par an. Quand elle arrive, elle fait « le tour du propriétaire » pour voir si tout va bien. Et bien « NON », chère voisine, j’en ai marre de vos grosses branches qui dépassent de votre jardin. J’en ai marre de toutes vos herbes qui pullulent, votre regard les effleure à peine, et la corvée est pour moi. J’en ai marre de votre noisetier qui déverse chaque année des brouettées de feuilles. J’en ai marre de vous le dire, de vous le répéter par courrier ou de vive voix pour faire le nécessaire. J’en ai marre que vous fassiez la sourde oreille. J’en ai marre que ma vie soit perturbée avec tout le travail supplémentaire que me donne votre laisser-aller. Chaque printemps, je peste contre vous, vous m’agacez au plus point, et vous, vous vous pavanez. Votre devise est sans doute « Les chiens aboient, la caravane passe ». Méfiez-vous des boomerangs…
Bon, assez râlé. Le lendemain matin, me voilà fraîche et disposée à remettre un coup de collier. Je reprends ma cueillette dans l’allée, mon panier se remplit doucement, et je finirai tout aussi doucement dans quelques jours. Quelle cueillette! J’en suis à mon huitième panier c’est long, mais c’est beau… Quand mon dos me dit « STOP », je l’écoute en prenant ma binette, quel merveilleux outil, j’aime m’en servir devant mon portail. Que d’herbe, que d’herbe !!!. Je veux que ce coin souvent oublié, soit aussi « clean » qu’ailleurs, par respect pour le facteur qui m’apporte mes factures et mes impôts. Rien que pour ça, si je pouvais je lui déroulerais un tapis rouge. Merci facteur…
Et voilà encore une matinée de passée.
De thym en romarin, de tailles en désherbage, d’énervements en émerveillements, de mal de dos en satisfaction, trois semaines sont passées…
J’admire l’effet recherché. Je souris, je me félicite, je longe mon allée, et que vois-je ? Ah non! A peine fini, que déjà le liseron pointe à divers endroits ses feuilles bien vivantes qui me font envisager ses racines profondes, qui elles aussi taquinent ma « décontraction » apparente devant cette calamité annuelle…
Conclusion : faire et défaire, commencer et recommencer, si je veux profiter, mes manches je dois retrousser…

De Catherine de France (hors sujet)

Il faut qu’on parle !
Alors là, ce n’est plus possible ! Il faut vraiment qu’on parle ! Tu n’as pas l’air de vouloir comprendre la situation : ici, c’est MON domaine, MA cabane ! Comment faut-il te l’expliquer ? Il faut que je mette une pancarte : PRIVÉ, DOMAINE RÉSERVÉ ? De toute façon, je suis à peu près sûre que tu ne sais pas lire ! Je pensai pourtant avoir été assez claire, la dernière fois qu’on s’est vus. Les yeux dans les yeux, je t’ai demandé de déguerpir, j’ai même été obligée d’utiliser la manière forte ! Tu croyais que je ne verrais pas ce que tu as fait dans mes tiroirs ? Il a fallu que je nettoie tout, ça sentait vraiment mauvais. Non ! Je n’ai rien contre toi, ni ceux de ton espèce ! Non, je ne te veux aucun mal : c’est juste un problème de territoire ! Chacun chez soi, et ici, c’est chez moi ! Je t’ai chassée et tu as eu le culot de revenir : tu croyais peut-être que je ne m’en rendrais pas compte ! Tu sais, on ne me la fait pas : j’ai l’ouïe fine et il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre où tu te cachais. Je sais reconnaître le bruit d’un grignotage, surtout quand ça vient de mon stock de papier ! Oui, je sais, j’en ai beaucoup, je ne l’achète pas, c’est de la récup’. Oui, je peux bien partager, ça ne me pose aucun problème : tu prends et tu emportes ailleurs, ce n’est pas compliqué à comprendre ! Au lieu de ça, tu persistes à squatter mon domaine ! Effrontée ! Quoi ? Tu étais là avant moi ? Que nenni ! J’étais déjà là l’été dernier, alors que tu n’étais sans doute même pas née ! Tu as eu tout l’automne et tout l’hiver pour profiter des lieux, alors, maintenant, je te le demande encore poliment : DEHORS !!! Je sais que la trêve hivernale a été repoussée, mais ce n’est pas une raison. Au printemps, je reviens toujours dans ma cabane pour travailler : ici, c’est mon atelier ! Comment ça, ce n’est pas important ? Toi, c’est plus important ? Tu dois assurer la pérennité de ton espèce ? Qu’à cela ne tienne : tu peux … mais ailleurs ! Regarde autour de toi : tu as le local à tondeuse, tous les champs autour, et puis les voisins aussi ! D’ailleurs, ce n’est pas vraiment prudent de rester là : nous avons une chatte, redoutable chasseresse. Chez les voisins, pas de chat ! Tes petits seraient bien mieux protégés ailleurs ! Parce que je suis sûre que c’est ça que tu prépares : un nid pour tes petits! Tu vas m’en faire une douzaine qui vont me courir dans les pattes ! Non, je n’ai pas peur des souris : tu as bien vu, la dernière fois, on s’est regardées les yeux dans les yeux ! Même pas peur … même pas trop peur ! C’est que tu coures trop vite , et que ça m’affole : c’est pour ça que je crie !
Allez, on fait un deal : à partir d’aujourd’hui, je viens dans ma cabane deux heures maximum. Quand j’arrive, tu pars, ou tu dors, mais surtout, TU NE BOUGES PAS ! Je ne veux ni t’entendre, ni te voir. Si, par malheur, tu avais une progéniture, explique bien notre deal ! Bon, j’espère que tu as bien compris, sinon, plus de cohabitation. Ah, mais ! C’est quand même encore moi qui commande ici : à bon entendeur, salut !

De Catherine de France

Edwardine


Il ne faut surtout pas que le mot me traverse l’esprit, sinon c’est fichu ! Si je fais le tour du jardin, comme ça, mine de rien, et qu’en plus il fait beau, ce qui favorise et prolonge mon séjour sur les lieux, il ne faut absolument pas que mon regard soit accroché par une branche qui dépasse ou une fin de floraison arbustive. Parce que, et c’est instantané, le mot arrive, comme une explosion dans ma tête, et c’est irréversible. Impossible de lutter : mes pieds prennent la direction de l’appentis, mes mains ouvrent la porte, mon dos s’incline, mes mains, elles encore, le saisissent, le caressent, mes pieds font volte-face et me ramènent vers l’endroit à l’origine du mot fatidique.
Je ne puis dire pourquoi, la veille, au même endroit, avec le même regard perçant, je n’avais pas du tout enclenché ce mécanisme mental : détection – mot ciblé – action. Qu’est-ce qui fait que je peux basculer, à un cheveu près, soit dans le « ne rien faire », soit dans « le faire à tout prix »? Qu’est-ce qui déclenche en moi cette fièvre ? J’ai beau réfléchir, je ne vois pas : la lune, peut-être, ou bien une disponibilité d’esprit à cette minute précise, libérant assez d’espace dans mon cerveau pour faire place à son nom.
En tous cas, ma mise en action ne laisse pas indifférent autour de moi. Je deviens alors la terreur du jardin, et je vois soudain mon compagnon perdre sa sérénité. Pourtant, ce que j’ai dans les mains ne devrait pas provoquer ce frisson : ce n’est qu’un vulgaire sécateur ! Ma main, fermement refermée sur lui, enserre ses formes ergonomiques. C’est important, l’ergonomie, pour ce genre d’outil : ça permet un travail efficace…et inéluctable… et dans la durée… J’éprouve une certaine délectation à faire coulisser le bouton de sécurité qui permet l’ouverture de la mâchoire de fer, constituée de deux lames : une, immobile, grosse molaire crénelée longue de quatre centimètres, sur laquelle vient se jeter, par pression de ma main, une incisive géante de même longueur, mais effilée et acérée pour mieux trancher. Pris en étau entre ces deux mandibules impitoyables, le végétal trépasse, sectionné par écrasement entre le marteau affûté et l’enclume crénelée. Ce qui permet l’articulation des lames, hormis le gros rivet central qui les rend solidaires, c’est un ravissant croissant argenté, fine feuille de métal enroulée sur elle-même, à la manière de la célèbre viennoiserie, qui permet, par un effet de ressort, l’écartement, puis le rapprochement des deux poignées que ma main épouse parfaitement, dans la pression comme dans le relâchement.
Armée d’un tel outil, je suscite le malaise dans mon entourage : « Aïe, aïe, aïe ! se dit-on, Ça va y aller ! » Il est vrai qu’alors je ne suis plus tout-à-fait moi-même : je deviens soudain Edwardine, la petite sœur du très célèbre « Edward aux mains d’argent ». Je suis saisie de la même fièvre compulsive que lui, rien ne peut m’arrêter : je coupe, je taille, je recoupe, je retaille encore, et encore, et encore… Je suis une coiffeuse de génie, dont la fébrilité est à la mesure de son immense talent !
Aux jérémiades du style : « Ça peut aller comme ça, c’est bien, ça suffit ! », j’oppose un implacable : « Mais non, tu verras, ça va lui faire du bien ! L’année prochaine, il sera encore plus beau ! ». Ou bien : « Il ne faut pas le laisser monter trop haut, après il sera ingérable ! » ; Ceci dit, on peut admettre que je n’ai pas tout-à-fait tort, mais il est vrai aussi que, dans l’immédiateté, il faut s’habituer au résultat quelque peu… dénudé, et qu’il faudra un peu de temps pour que, finalement, l’effet soit valorisant. Comme dans l’art contemporain, c’est la démarche qui compte, non ?
Bref, tout ça pour dire que les diverses tentatives de freinage autour de moi restent vaines. Je ne m’arrête que quand l’œuvre est aboutie, à mes yeux d’artiste capillaire… et visionnaire, ou alors devant la masse de branchages qu’il faudra évacuer ensuite, ou bien tailler en menus morceaux pour faire du paillis. Alors là, à nouveau, mon ami le sécateur entre en piste et s’en donne à cœur joie, soulageant ainsi les arbustes malmenés qui peuvent respirer jusqu’à l’année suivante, même époque. Car mon activité ravageuse est cyclique et revient tous les ans, comme la tonte des moutons : c’est dans l’ordre des choses !
Une fois le chef-d’œuvre accompli, je tourne les talons et repars direction l’appentis, pour offrir au sécateur un repos bien mérité : celui du guerrier après la bataille. Et moi, gonflée du sentiment du devoir accompli, je vais soigner cette petite ampoule que je sens gonfler entre le pouce et l’index : la preuve que j’ai bien travaillé !

De Caroline de France (proposition d’écriture N° 53)

Il est 7h00, je me réveille doucement. Je prends le temps de m’étirer comme mon chat sait si bien le faire. Un pied hors du lit et je tire le rideau. Super, il fait beau, le soleil brille, une belle journée s’annonce. Mon regard virevolte en suivant les moineaux qui vont et qui viennent devant ma fenêtre. L’un d’eux se balance sur la boule de graines que j’ai accrochée au prunier, quel joli spectacle. Les tourterelles sont aussi au rendez-vous, j’entends leurs roucoulements dans ma tête. Cette mélodie me plonge dans mon enfance, je me sens bien. Les pétales de fleur du prunier se promènent avec le vent, on dirait qu’il neige. A mon grand étonnement, je m’aperçois que non, ça n’est pas ce que je crois, c’est bien la neige qui tombe. Le vent augmente ainsi que la neige, le ciel est gris, maintenant j’ai froid. Les oiseaux ont pris la poudre d’escampette. Ils ont laissé la place à Mousse, mon coquin de chat. Je l’appelle souvent “mon petit estomac sur pattes”. En effet, il ne pense qu’à manger, manger, manger. Je l’aperçois au pied de l’arbre. Non, mais je rêve, voilà qu’il grimpe pour attraper la nourriture des oiseaux. Il est en équilibre sur une branche, je le vois avancer minutieusement, petit pas par petit pas. Et crac, mon chat dégringole, il prend peur et disparaît de la circulation. J’espère qu’il ne s’est pas blessé.
Au loin, sur le chemin, j’aperçois une silhouette. La quantité de neige m’empêche de discerner la progression de cette masse intrigante. Je suis obligée de patienter pour découvrir qui arrive. Ah, c’est un cheval, il n’est pas seul, il a un bonhomme sur le dos. Super, c’est le facteur, je vais pourvoir me plonger dans la belle et douce lettre de mon cher mari. Depuis le temps que j’attends ce courrier. Je sens déjà le parfum qu’il aura déposé délicatement sur l’enveloppe. Je dévorerai les lignes pleines d’amour et de tendresse qu’il sait si bien m’écrire et que j’aime tant. Le facteur est là, tout près, mais flûte il ne dépose rien dans ma boîte aux lettres. Chat alors, je suis déçue. Bon, je descends boire un petit café, au moins ça me réchauffera l’estomac.

De Nicole de Belgique


Vue sur jardin 

Comme mon frère jumeau, une année entière retourné sur une dalle de béton, dédaigné, oublié, sensible à l’humidité qui pénètre à coeur.
L’été passé, retrouvailles avec la chaleur de mon lieu de naissance, de mon hérédité féconde en artistes depuis le Moyen-Âge.
Cyan grisé couleur de la mer si proche dans mon souvenir.
Ventru mais pas trop.
La vieille dame, cerbère du jardin commun, vient de me retourner, petits cailloux, terreau, billes d’argile, mon frère et moi avons reçu en pitance un magnifique buis taillé encore vert tendre.
Bien sûr encore des années à supporter l’odeur un peu âcre, genre pipi de chat, qui accompagnera la croissance lente de la plante.
Néanmoins, je préfère cela au vide et à l’oubli.
Rejeton sans noblesse acheté à la Foire aux poteries de Vallauris lors d’un de ses voyages, je vois arriver avec le printemps et mes compagnons et compagnes de terre vive.
Cette année, j’ai du Pot…

De Françoise V de France

Présentation


Traverse de fer et dents recourbées, manche en bois mais pas d’antiglisse.
Allées vertes, gravillonnées, massifs, bordures… je ratisse.
Contre mes dents sonnantes, petits et gros cailloux se désistent.
À mon goût de l’ordre, jamais rien, oh non, ne résiste.


Saynète

Thomas et Ludo sont frères, dans la vingtaine.
En amour, ils font les coqs, rivalisent
– c’est de leur âge.
Un soir, l’un revient blême, mutique ;
l’autre, un peu amoché, en nage.
On est si fiers à cet âge ;
ils s’évitent, c’est logique.

Dans la nuit, Thomas n’y tenant plus : « Dis-moi, Ludo, pourquoi es-tu si mal luné ?
– C’est rien, rien du tout. Et toi, au fait, cette bonne grosse bosse violette au front ?
– Tu vas te moquer Ludo…
– Dis quand même.
– Je me suis payé un râteau !
– Ho ! Alors, toi aussi !
– Hein ? Que veux-tu dire ?
– Ben, tu sais, la caissière blonde que… que j’aurais… enfin juste pour l’inviter…
– à prendre un café et plus si affinités, j’ai compris Ludo !
– Heu… oui. Sauf que j’ai pris un râteau.
– Ah. Dur-dur, j’te comprends, frangin.
– Mais toi, Thomas, tu as donc rompu avec Céline ?
– Quoi ? Oh, tu n’y es pas du tout. J’ai réellement reçu le manche d’un râteau en pleine gueule, en marchant sur ses dents redressées. Le père de Céline est incorrigible, il laisse toujours traîner ses outils, comme s’il voulait que je me mette aussi à ratisser son jardin. Tu parles ! J’ai bien autre chose en tête…
– Ça, c’est sûr.
– Dis-moi Ludo, et la fille que tu voyais l’an passé…
– Bof… Et puis non, son père est jardinier.
– Ah ouais… le coup du râteau, ce serait trop bête.
– T’inquiète, Thomas, j’ai pas dans l’idée de me caser.
– Ça ne me caresse pas non plus dans le sens du poil. Même avec deux ans de plus. Mais demain, je vais à la Foire des Bonnes Affaires. T’es partant ?
– Cool !… ça marche.
– Alors bonne nuit, Ludo. Je mets le réveil à sonner. On partiRA TÔT. »

De Caroline de France

Mes chéries, regardez comme elle est “magnifique”.
Ce que je préfère chez elle, c’est sa longue robe noire fort rectangulaire qui descend jusqu’à son point d’appui. Même en hiver avec ça, elle n’a jamais froid, vous pouvez me croire. Elle mesure 85 cm de haut et 40 cm de large, un beau morceau la miss.
Je peux la basculer, surtout, si je le souhaite la déplacer. Quand je la promène, c’est quelque chose. Tout le quartier est à sa fenêtre pour admirer le spectacle. Le défilé marche comme sur des roulettes. Il y a des connaisseurs dans le coin, je vous le dis. Enfin, j’espère quand même que je ne vais pas me la faire piquer. A une époque, elle a failli être tatouée. Bon le tatouage, c’était juste un ou deux chiffres seulement. Mais ça nous branchait pas les dessins décoratifs dans la famille, on a abandonné l’idée.
Sinon, la cerise sur le gâteau c’est son « top ». Il est assorti aux volets de la maison, franchement quel régal pour les yeux, c’est un bonheur au quotidien, rien que ça. Imaginez sa couleur, plus verte que verte avec ses petits reliefs bien soignés, c’est parfait vraiment.
Néanmoins, le seul bémol c’est son parfum. Je ne suis pas du tout fan. Vraiment ça frôle la catastrophe par moment. Mais ne soyons pas trop exigeantes, ça n’est qu’une simple poubelle 😉

De Laurence de France

Serfouette, binette, pane à écorcer, racloir, serpe, seringue bruineuse, houe, fourche, râteau, semoir, batte à semis, bêche, brouette, serpette, cisaille, cordeau, croissant, faucille, faux, gouge à asperges, greffoir, grelinette, sarcloir, sécateur…Quelle liste impressionnante d’outils se trouve dans l’atelier de mon grand-père !

Je ne sais pas à quoi correspond la fonction de la plupart de ces outils de jardinage, mais je sais qu’il s’en servait pour cultiver son immense potager et s’occuper de son jardin. C’était un autre temps, un temps où les anciens jardinaient, non pas pour leur plaisir, mais pour se nourrir ! Je sais que mon grand-père n’a jamais mis les pieds dans un supermarché pour manger. Il aurait préféré mourir sur place ! Tant de lumière, tant de bruit, payer pour manger ! Bien sûr, ma grand-mère achetait ce qu’ils ne produisaient pas.
Le reste, ça venait de leur potager, de leur verger, de leur poulailler, de leurs élevages de lapins ou de moutons, de leur cuisine, puisqu’ils faisaient tout par eux-mêmes. Ils avaient passé leur vie à ça. Nous, les jeunes, on les prenait pour des fous, des culs terreux, des anticapitalistes…On ne comprenait pas leur démarche et leur façon de vivre. On les pensait ringards, d’un autre temps, hors de leur temps, d’une autre époque, qui ne correspondait en rien à la nôtre.
La nôtre, c’est quoi : faire les boutiques, sortir une carte bancaire pour régler nos achats, suivre une mode frénétique, mettre nos vêtements pendant trois mois, et puis, pschit… on s’en débarrasse comme de vulgaires chiffons, alors que ma grand-mère a toujours porté les mêmes vêtements, cousait elle-même ce dont elle avait besoin, raccommodait le moindre petit trou. Rien n’était inutile, tout pouvait servir. Ils ne jetaient rien. Ce qui fait que l’atelier de mon grand-père était une caverne d’Ali Baba pour nous enfants, recelant des trésors dont on ne connaissait ni les noms ni les usages. L’atelier de ma grand-mère, c’était aussi comme une grotte aux secrets : des bouts de chiffon par-ci, des boutons par-là, des mètres, un mannequin bien élimé qui était aussi vieux qu’elle, où trônait une machine à coudre d’un autre temps.
Quand j’allais passer quelques jours de vacances chez eux l’été, j’étais active ; j’allais chercher le lait dans la ferme voisine, j’aidais la grand-mère à écosser des haricots verts. Une tâche fastidieuse dont je ne comprenais pas l’intérêt. Je m’essayais à la fabrication du pain, de gâteaux. Je revenais chez moi toujours ragaillardie, mais je perdais vite mes couleurs à la ville au bout de quelques jours.
J’aimais passer du temps avec le grand-père au jardin, voir les légumes pousser. C’était magique quand je me levais le matin et que j’allais découvrir que les concombres de la veille étaient bons pour la récolte, que les tomates encore un peu vertes de la veille rempliraient mon estomac pour le déjeuner. Je bavais à l’avance.

Cette vie était simple. Ma vie était compliquée.
Cette vie était saine. Ma vie était polluée.
Cette vie était heureuse. Ma vie était larmoyante.
Cette vie était campagnarde. Ma vie était citadine.
Cette vie était calme. Ma vie était bruyante.
Cette vie faisait rêver. Ma vie faisait pleurer.

La mort de mes grands-parents m’a laissée orpheline de mes souvenirs d’enfance. J’avais gardé, tout au fond de moi, la nostalgie de ces moments de bonheur passés à la campagne. Alors, pour retoucher aux outils du grand-père, pour renifler les tissus de ma grand-mère, j’ai racheté leur maison.
Non pas pour y passer quelques jours de vacances pour me dépolluer de ma vie citadine stressante. Pas du tout. Non, pour y VIVRE ! Pour renaître. Pour changer de vie. Je vis désormais en Haute-Loire, loin de tout et ça me va. J’ai tout modernisé, fait quelques changements dans cette maison du bonheur et je savoure, en pensant avec délice et douceur à mes aïeux, cette vie qui s’ouvre à moi désormais.
Ce n’est pas la petite maison dans la prairie. C’est mieux que ça ! C’est ma maison dans les Causses ! Je vis heureuse, entourée de mes chèvres, qui œuvrent pour que je fabrique mes petits fromages que je vends au marché. Je vis chichement, mais ça me va. Je goûte au silence retrouvé, aux petits plaisirs de la vie qui n’existent pas dans une grande ville. Rien de ma vie d’avant ne me manque. Bien au contraire. Je vis de ce qu’offre mon potager, mon verger et mon poulailler.
J’ai changé de vie, je suis heureuse, et je me sens LIBRE !  

Je tiens à rendre aussi cette rubrique participative: si vous avez des idées de propositions d’écriture, pensez à me les envoyer via le blog et je les proposerai de temps à autre.
Chaque semaine, vous recevrez une proposition d’écriture, pourquoi ne pas vous lancer? Il n’y a que le premier pas qui coûte…
Chaque proposition est un jeu de créativité.
Laissez-vous guider par votre intuition, votre imagination, votre envie d’écrire!
C’est un jeu de créativité.
Laissez filer vos idées, laissez les mots sortir tels qu’ils sont tout simplement ; c’est tellement mieux et spontané !
Ecrire, c’est se sentir libre.
Ecrire, c’est la liberté d’imaginer.
Créer demande du courage !
J’ai hâte de lire vos créations!

Pensez à m’envoyer vos créations dans la rubrique “me contacter” de mon blog, La Plume de Laurence.

https://www.laurencesmits.com/

Créativement vôtre,

LAURENCE SMITS, La Plume de Laurence


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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