Comme cela fait du bien de vous relire! Trois semaines durant, cela m’a manqué. Le repos vous a fait du bien.

J’en profite pour accueillir de nouveaux auteurs qui ont bravé leur peur et ont osé écrire et envoyer leur texte.

L’audace pourrait devenir un trait de 2021, qu’en pensez-vous?

Faites comme eux: faites de l’écriture une habitude régulière et envoyez-moi vos textes, même s’ils n’ont pas de rapport avec la proposition d’écriture en cours!

La proposition d’écriture N° 85 nous amenait vers une entrée de propriété quelque peu majestueuse, mais un brin vermoulue. En tous les cas, ces piliers cachaient du mystère…

Voici vos textes:


De Bernard

Sur ce chemin caillouteux
Passer le portail de fer
Entre rêve ou enfer
Je me sens bien fiévreux

Franchir ses deux piliers
Et entrer sous ces branches
Où tous les arbres penchent
Pour cueillir un passé

Puis franchir ce tunnel
Joliment arboré
De feuilles vertes et dorées
Qui abritent la venelle

Qu’allons-nous découvrir
Quand viendra la clarté
Une clairière jardinée
Où nous prendrons plaisirs

De Catherine DG

Le papillon,
Bombe fragile,
Danse dans l’ouragan

De Lucette

Que se passe-t-il derrière ce portail? 


Je suis passée maintes et maintes fois devant étant enfant, je me demandais à chaque fois qui pouvait se cacher derrière ce portail enfoui par la verdure, avec une impression d’abandon.
Tantôt je courais ayant une appréhension, j’y voyais des ombres diaboliques qui me voulaient du mal, surtout s’il faisait noir en hiver. Là, je ne demandais pas mon reste, car mon instinct de peureuse me disait de fuir.
S’il faisait beau, ce portail grand ouvert dans la journée m’incitait à entrer pour découvrir les hôtes de cet étrange domaine. Les occupants étaient énigmatiques « à mes yeux ». Lui, c’était le Monsieur du Castel, et elle, c’était la comtesse excentrique. Enfin, c’étaient les gens du village qui les nommaient ainsi…
Ils étaient tellement mystérieux, que les langues de vipères disaient qu’il s’y passait des choses étranges qu’ils devaient cacher.
Vous savez, le « il paraît que… ». L’un disait qu’une vieille femme y était enfermée dans une pièce sans fenêtre inaccessible sur l’extérieur, mais que la nuit, quand la lune brillait de mille feux, il entendait des gémissements, des appels au secours. C’était vrai qu’il était le plus proche voisin, mais aussi le plus bavard du village. D’autres affirmaient que Le Monsieur du Castel était très courtois et très généreux avec les dames et les enfants. De là à dire que les maris étaient méfiants, c’était peu de le penser. Quant aux comploteurs, eux faisaient entendre à toute la population de bien surveiller les enfants, parce que… « j’ai entendu dire que… ». Etait-ce Dracula, un espion, une ancienne fille des rues, rien ne leur était épargné. Tous les maux du village venaient de chez eux.
Etaient-ils au courant de toutes ces médisances colportées sur eux, personne ne le savait, car rien ne changeait dans leur comportement quand on les croisait. Toujours un sourire de Monsieur, et des airs un peu fantasques de Madame, mais ô combien aimable avec les commerçants et ses riverains.
Ayant fini mes études d’éducatrice pour enfants handicapés, me voilà sollicitée pour un entretien avec ces châtelains. Je ne comprenais pas, que me voulaient-ils ? Jétais fidèle à l’horaire indiqué, et c’était le cœur battant que j’attendais dans le hall, accompagnée de mon frère. On ne savait jamais???
Madame arriva la première, un grand sourire illuminait son visage. Aussitôt, mes sens furent en alerte. Elle voulait me soudoyer en me séduisant, que nenni j’étais sur mes gardes. Bien serrée contre mon frère, je me triturais les mains qui transpiraient, je ne trouvais pas de mots pour répondre à ses amabilités, et à nouveau la porte s’ouvrit… Une jeune fille d’environ 20 ans arriva dans un fauteuil roulant poussé par Monsieur. Lui, toujours aussi pimpant et avenant, après les salutations d’usage nous parla de Léopoldine venue au monde trop tôt. C’était un bébé prématuré d’une grande fragilité puisqu’elle avait vu le jour à 6 mois à peine de grossesse. Les docteurs leur avaient dit de ne pas trop s’attacher à elle, car elle ne survivrait sûrement pas.
Etant catholique, lui, sa femme et toute la famille avaient prié pour qu’elle reste auprès d’eux. Sa femme avait vu de nombreux médecins pour arriver à serrer un enfant sur son cœur. Le destin lui avait apporté Léopoldine et quoiqu’il arrive, comme presque toutes les mères, elle allait se dévouer corps et âme pour que sa fille soit la moins malheureuse possible.
J’acceptais donc la mission qu’ils me demandèrent, la distraire, l’occuper, la promener, l’intéresser. Jusqu’à maintenant me disaient-ils, elle était presque toute l’année dans un établissement spécialisé pour jeunes adultes, et elle en revenait pour les vacances.
Maintenant à 18 ans, elle ne pouvait plus rester, d’où cette offre. Cette jeune fille était tellement lumineuse malgré toutes ses difficultés à parler, à manger, à se mouvoir que j’acceptais sans réfléchir.
Cela faisait maintenant dix ans que j’étais dans cette magnifique famille. A mon contact, Léopoldine avait fait de grands progrès. De mon côté, j’étais maman d’un bébé que cette famille acceptait pour leur plus grande joie. Ils nous gâtaient à en être gênant, pas possible de refuser, ils le faisaient avec leur cœur.
Conclusion : la méchanceté, le venin, les doutes et les calomnies de tous ces pervers étaient générés par la jalousie, puisque mes patrons jamais ne se plaignaient, sachant tout ce qui se disait dans leur dos. Ils continuaient à semer la bonté et la délicatesse et peut-être qui sait qu’un jour les mesquins les verraient enfin sous leur vrai jour..

De Christelle

Mystérieux château.


Depuis la mort des derniers propriétaires, le château de Landon n’avait jamais trouvé preneur. Leur fille, Sophie y était morte sans raison apparente à l’âge de 20 ans. Une enquête fut diligentée mais la police n’arriva à aucune conclusion et pencha pour un suicide. La jeune fille fut enterrée dans le sous-sol de la petite chapelle.
Les habitants du village pensaient qu’il renfermait une malédiction. En effet, une autre femme de l’arbre généalogique était décédée jeune.
Chloé, en vacances dans la région, traîna son ami Hugo pour visiter la propriété. Arrivés devant le portail, il s’ouvrit automatiquement : étrange ! Le chemin était à peine visible tellement il était encombré par les feuilles des arbres qui le bordaient : c’était comme une sorte de tunnel feuillu et étouffant. Ils arrivèrent enfin dans une clairière.
Ils aperçurent le château délabré : une vitre cassée, plus de volets. Une impression désagréable les envahit, un malaise indéfinissable.
Ils montèrent les trois marches abîmées qui menaient au perron. Ils frappèrent à la porte avec le vieux heurtoir en forme de main. Personne.
Ils firent le tour du château, des buissons les griffaient.
Ils se trouvèrent entourés d’une sorte de brume. Le crépuscule était là et l’obscurité semblait les happer. La peur les envahit.
D’une fenêtre s’échappa une forme allongée d’un bleu clair. Elle s’élança dans le ciel. Un fantôme ! cria Chloé.
Hugo ne dit rien, il chercha une lampe de poche dans sa sacoche. Saisissant Chloé par le bras, il lui dit : « viens on s’arrache ! ».
Les deux jeunes gens peinèrent à ressortir du domaine. Ils suivirent le petit halo de lumière produit par la torche.
Une fois de retour chez eux, alors que Hugo se taisait, Chloé commença à imaginer qu’ils
avaient vu le fantôme de Sophie.
Ce qui était sûr, c’était est qu’ils ne retourneraient pas fouiner dans la propriété.

De Catherine G

Urbex


Deux énormes pilasses en pierre taillée, chacune surmontée d’une boule de pierre, encadrent un vieux portail en fer forgé tout rouillé. D’ailleurs, il ne ferme plus, son grand âge ayant eu raison de sa résistance. C’est bien là, on y est ! C’est comme sur la photo. Alors, à nous l’inconnu !
Comme tous les dimanches, nous allons découvrir un spot interdit, et surtout, en principe, abandonné. On attend ça toute la semaine : entre adeptes de l’urbex, on s’échange des tuyaux, les bons endroits à investiguer: usines ou entrepôts désaffectés, anciennes mines interdites au public, châteaux abandonnés… C’est ça qui nous fait vivre : violer l’interdit tout en étant respectueux du lieu, juste en prendre plein les yeux, et donner libre cours à notre imaginaire. Toute la semaine, on est fébriles, vibrant de l’impatience d’un enfant attendant le passage du Père Noël. Une fois le lieu repéré sur une carte, dans la voiture, on essaye d’imaginer ce qui nous attend. Puis, arrivés sur place, on marque un temps d’arrêt, partagés entre curiosité et adrénaline.
C’est ce moment de bascule que nous sommes en train de vivre, Alex et moi. Une fois le portail passé, nous savons que nous irons jusqu’au bout du périple, mais avant de franchir le pas, il y a le petit génie de la moralité qui nous bloque un court instant, conscients que nous allons commettre un « viol », un interdit, ce qui est contraire à notre éducation. Violation de la propriété d’autrui, violation de l’intimité de quelqu’un, entrée par effraction… la liste est longue de nos méfaits potentiels, mais nous sommes sauvés, du moins à nos yeux, par nos propres règles de conduite : ne rien dégrader, n’entrer que si une ouverture le permet sans la créer nous-même, ne rien emporter, juste se comporter en promeneur du dimanche, visitant un musée interdit mais abandonné.
Voilà ! Le point de bascule est dépassé et nous franchissons la grille, empruntant un long chemin de terre qui devrait déboucher sur notre quête du jour. Beaucoup de verdure : arbres, arbustes, puis des ronces qui tentent d’envahir notre route. Un kilomètre plus loin, enfin, nous découvrons un magnifique vieux manoir, à la façade quelque peu abîmée, mais très digne dans sa majesté déchue. Je croise le regard d’Alex : il ressent la même chose que moi. Cet endroit nous plaît au premier regard, comme si on pouvait envisager d’y vivre, pourtant, on n’a encore rien vu.
Nous décidons de faire le tour de la bâtisse et tombons en arrêt devant la « merveille des merveilles » : une gigantesque verrière accolée au bâtiment principal, annoncée par une énorme marquise arrondie rappelant le style Art Déco de certaines stations de métro parisiennes.
Un seul son sort à cet instant de notre bouche : « Ohhhh ! ». Quelle beauté ! Quelles dimensions ! Moins grandes que la serre tropicale du Jardin des Plantes, c’est sûr, mais immense en proportion du manoir ! Et quelle chance : sous la marquise, la porte de la verrière est entrebâillée. Avec beaucoup d’émotion, la main dans la main, nous pénétrons sous cette voûte de verre et prenons vraiment conscience de l’espace. Pas besoin de parler. D’ailleurs, on ne sait pourquoi, on ne se parle jamais pendant nos explorations : on partage des yeux et on vit pleinement l’instant présent. La parole se déliera dans la voiture, au retour. Des carreaux, transparents ou opaques, colorés ou non, dessinent une ambiance graphique, jouant avec les variations du soleil qui dessine au sol des taches de couleur. Ce devait être un jardin d’hiver, ou une orangerie, parce que c’est d’autant plus vaste que c’est vide et haut. De sa destination initiale, seuls les lierres venus du proche jardin serpentent sur les dalles et sur les montants métalliques, jouant une partition musicale de verdure sur une incroyable portée de verre.
Nous sommes subjugués par ce lieu, surtout moi. Je sors mon appareil photo et flashe à tout va, jouant avec les reflets de la lumière naturelle. Alex a trouvé une porte qui accède à l’intérieur du manoir, et en commence l’exploration. Moi, je ne veux pas aller plus loin : j’ai trouvé mon graal de ce jour, et ne peut m’en séparer si vite. Je traque l’angle de vue, je zoome des détails, je joue avec les effets graphiques… Je ne peux m’arrêter. Cet endroit m’a envoûté, alors je veux le faire entrer tout entier dans ma mémoire, même si aucune photo ne pourra jamais traduire ce que je ressens, ici et maintenant. J’entends Alex ouvrir des portes et grogner sur les dégâts occasionnés par des visiteurs malveillants, ou des squatteurs occasionnels, mais ma curiosité reste ciblée sur ce magnifique jardin d’hiver dont je me sens être l’hôte privilégiée.
Le soleil m’enveloppe d’une douceur chaleur et je finis par m’asseoir par terre : je tire mon carnet de dessin de mon sac à dos et continue mon exploration avec mon crayon, qui trace inlassablement l’objet de mon émerveillement, en remplissant ainsi plusieurs pages. Quand Alex réapparaît à la fin de son périple exploratoire, en me voyant ainsi occupée, il comprend que ce n’est pas la peine qu’il m’invite à le suivre dans le manoir. Il s’assoit près de moi , attendant qu’arrive la satiété du dessin.
Puis, à regret, nous quittons cet endroit insolite et exceptionnel, perdu en pleine campagne, au milieu de nulle part, et que nous ne reverrons sans doute jamais. Mais nous y avons si bien voyagé qu’il nourrira notre cœur d’exotisme et de bonheur pendant longtemps, sous le doux nom de « la verrière enchantée ».

De Marie

Le Chemin

Qui aurait pu imaginer que par deux fois, ce petit chemin allait faire basculer la vie de Sophie Charlotte ?
La première fois qu’elle l’emprunta, elle fut éblouie comme dans un rêve. Un domestique avait ouvert les deux grilles de la propriété et les deux colonnes blanches en pierre de tuffeau surmontées d’un pommeau de granit semblaient lui souhaiter la bienvenue. C’était au printemps, en avril, dans ce petit chemin qui sentait bon la noisette et qui la conduisait au château, les jeunes feuilles vert tendre bruissaient au gré du vent, les oiseaux lui donnaient leur aubade. Oui Sophie Charlotte paraissait heureuse, il faut dire que le matin même, elle venait d’épouser un vieux conte de vingt-cinq ans son aîné. Il lui avait promis monts et merveilles. Ce n’était pas l’amour fou mais elle s’était laissé séduire après une déception amoureuse, un amour de jeunesse qu’elle avait vécu avec passion.
Sa vie au château était réglée comme du papier à musique, il n’y avait jamais d’imprévu, elle ne pouvait recevoir ses amies car la demeure était très isolée. Il est vrai pourtant qu’elle était servie comme une princesse, rien ne lui manquait, elle n’avait qu’à lever le petit doigt et elle obtenait bijoux, toilettes et tous les biens matériels qu’elle désirait. Elle avait même reçu en cadeau deux adorables toutous, Ric et Rac pour combler son ennui. Mais en fin de compte, elle n’avait plus aucune envie, tout était trop simple. La jeune fille qu’elle était avant, fougueuse et pleine d’énergie n’avait plus à se battre et dépérissait. Ttout était morne dans sa vie, même le portail de l’entrée avait noirci, la végétation du petit chemin ne sentait plus la noisette, elle était devenue touffue, inquiétante, transformée en forêt noire sans soleil, sans vie. Que lui importait la fortune, elle avait envie de se retrouver tout simplement.
Le beau conte vieillissait, il devenait acariâtre et prenait sa jeune épouse pour sa servante. Leurs désaccords étaient flagrants jusqu’à ce jour où, dans un excès de rage ou jaloux de sa jeunesse, il osa lever la main sur elle. C’en était trop, la décision était prise, elle allait le reprendre ce petit chemin mais dans l’autre sens. Et lorsqu’un jour, un domestique laissa la grille ouverte, sans avoir besoin de sonner, elle se sauva et reprit le chemin de sa vie vers la lumière. Elle allait retrouver ses espoirs et ses rêves d’avant, retrouver ses amis, la musique qui lui avait tant manqué, mais surtout sa liberté d’être, elle qui rêvait de gravir des montagnes. Elle allait retrouver le goût de l’effort qu’elle avait oublié, elle allait devoir se battre et retrouver son énergie et éprouver le plaisir de savourer l’instant présent, de se sentir vivante tout simplement.
Loin de toute dépendance, loin de toute soumission, la vie est une belle aventure, attention de ne pas se tromper de chemin mais il n’est jamais trop tard pour faire demi-tour, me confia Sophie Charlotte. Elle me rappela cette si jolie phrase de Paul Claudel ‘’ quand on croit que tout est perdu, il y a toujours un rouge gorge qui se met à chanter’’.

De Marie-Françoise

Les fées

C’est l’histoire d’un petit homme, tout laid, des yeux étranges. Il vit depuis toujours dans la forêt, tout le monde a peur de lui.
Souvent, il est seul, parfois, des libellules viennent le voir, et elles volent tous autour de lui, un soir se promenant seul, il arrive.
Devant un grand portail qui est grand ouvert, une grande allée, c’est beau là-bas, il n’y a personne et il rentre, il marche. lI marche, puis fatigué, il arrive devant une maison, il y a de la lumière, partout. Il frappe et la porte s’ouvre, une jolie fée en le voyant hurle, il a peur et s’enfuit, mais les autres fées font une ronde, autour de lui
_Qui es-tu ?
_Surpris alors il dit « je vous fais pas peur ? ».
_Non pourquoi ?
_Je m’appelle Vilain, personne ne m’aime, je vis seul dans la forêt.
_Nous, on habite dans cette maison, on est des fées, nous aussi on a pas d’amis.
_Oui, mais vous êtes jolies et joyeuses.
_Moi, je suis moche.
_Ne dites pas cela, disent-elles, viens avec nous, entre.
Puis, arrivé, une fée pas comme les autres lui dit : « je suis leur marraine, un peu comme une maman, elles sont mes enfants. »
_Notre maison est grande, reste avec nous, si tu veux.
_Vous êtes d’accord les filles ?.
_Oui, oui, vivons tous ensemble, nous avons besoin d’un petit homme, comme toi, pour nous aider.
Et depuis, Vilain vit, heureux, parmi les fées.

De Nicole

Aventure rouge

La vieille grille du Domaine de Mauvoisin est ouverte. Bizarre.
La vieille baronne ne sort plus de chez elle depuis longtemps.
Au village, on l’appelle “la sorcière Mauvoisin”.
Seule Maria, la servante, possède la clef et je viens de la croiser à l’épicerie.
Depuis l’enfance, je m’habille rouge défi. Pour braver le loup. Même pas peur.
J’ai pris le contrepied des contes lus aux enfants.
J’ai fait de ma vie une aventure, remplie d’aventures.
Curieuse, je m’engage dans le chemin, les arbres arborent leur feuillage de printemps
et me font une haie d’honneur, leur fragrance est enivrante.
En face, le château bien moins impressionnant que dans mon enfance lorsque je me cachais derrière le grand-chêne pour espionner la baronne.
Pour prouver aux copains que je n’étais pas poltronne, à chaque fois je ramassais des glands, preuve de ma présence sur les lieux.
Maintenant, tout est décrépit, la peinture des portes, des châssis, des volets écaillée des herbes folles poussent entre les pavés disjoints.
A la porte entrouverte, la baronne de Mauvoisin, vieille dame grande, sèche, décharnée, vêtue de violet intense me guette.
“Viens, entre «dit-elle “Je t’attendais depuis si longtemps.
Dans le salon, une flambée odorante, deux canapés, une table basse, un seau à glace, deux flûtes et du Champagne.
“Pour fêter ton retour”. “J’ai suivi ta carrière de reporter, tes voyages, tes livres.
J’ai toujours admiré ta hardiesse, ta curiosité et ta constance rouge”.
“Oui, la vieille sorcière que je ne suis pas”. “Jeune fille, j’ai accouché sous X, ma famille, ma lignée etc. Ce fut le malheur de ma vie” “Ma fille, ta mère, je l’aimais. L’institutrice du village, progressiste de l’école laïque et républicaine et ton père, un inventaire de talent ». Voici venu le temps de la “réparation”, mon notaire a établi mon testament, tu seras mon unique héritière. A charge pour toi de faire renaître le domaine.
Cela fait trente ans maintenant que grand-mère est morte.
Peintures neuves, jardins, potagers bios, grande maison communautaire tournée vers l’avenir.
Le Domaine de Mauvoisin est devenu le Domaine de Bonvoisin.
Ma dernière aventure.

De Laurence

La maison au fond des bois

Cela faisait un petit moment, plus de trois ans en fait, que nous pensions à acheter une maison. Nous n’en avions jamais visitée pour une bonne raison : nous n’avions pas les moyens.
Mon compagnon, Jonathan, avait un travail stable, en CDI. Mais, de mon côté, je venais de m’installer en tant qu’artisan, travaillant les luminaires en papier japonais, et aucune banque n’envisageait de me prêter de l’argent sonnant et trébuchant sans la garantie de quelques années de recul sur la viabilité de mon entreprise. Ça, c’est ce que je croyais.

Pour acquérir la maison de nos rêves, nous nous mîmes à imaginer que nous la possédions déjà. Ainsi, nous ressentions à l’avance la satisfaction de notre rêve devenu réalité, sans être tout à fait réel. Nous étions sûrs qu’une opportunité se présenterait à nous, alors que nous ne visitions aucun bien et que nous n’avions pas encore pris rendez-vous avec un agent immobilier.

Forts de notre réalité virtuelle, nous décidâmes de commencer à visiter des maisons avec un budget fictif correspondant à ce que nous imaginions pouvoir rembourser dans les quinze ou vingt années à venir. Nous contactâmes donc deux agents immobiliers, répondant ‘oui’ à toutes leurs questions sur notre solvabilité. Nous enchaînâmes les visites, mais aucun bien ne nous convenait.

Mais, de temps à autre, ma petite voix intérieure me parlait à l’oreille pour me dire : « tu ne vas vraiment pas bien ma pauvre fille ; supposons que demain une maison te plaise, tu vas faire une offre, alors que tu n’as pas un sou ? ». Comme rien ne nous plaisait, je faisais taire mes doutes assez vite.

Un jour, à la sortie du travail, je rencontrai par hasard l’un des agents immobiliers, qui me proposa la visite d’une maison qui serait bientôt mise en vente, dans un état lamentable, mais avec un jardin immense et une vue superbe. Il hésitait toutefois à me la proposer, car elle était hors budget. Il ignorait que nous n’avions pas de budget tout court. Ressentant un léger frisson, je lui répondis que j’allais appeler mon ami et que nous serions sur place dans vingt minutes.

Nous suivîmes l’agent sur un petit chemin de terre un peu éloigné du centre, sur les hauteurs du village d’Aiguèze dans le Gard. Un endroit où nous n’étions jamais venus. Nous gravîmes à pied une allée bordée de châtaigniers. Le village s’étendait à nos pieds dans une magnifique vue dominante, encadrée d’arbres et des falaises environnantes. L’entrée était majestueuse et féérique, comme dans les entrées des vieux châteaux dans les contes. Deux piliers en pierres vermoulues, recouverts de lierre, se dressaient face à nous, nous invitant à fouler l’allée de terre se perdant dans les arbres touffus. Quel charme ! Un charme d’antan, se prêtant à la rêverie.
La maison s’élevait au milieu des arbres, bâtie à flanc de falaise avec un verger regorgeant d’arbres fruitiers et de fleurs. Cette maison était littéralement nichée dans les arbres.
Je regardai mon compagnon et un regard nous suffit : nous étions arrivés chez nous.

Nous repartîmes ce soir-là sans avoir visité la maison, mais pourtant fermement décidés à l’acheter. Le lendemain, nous visitâmes l’intérieur : une maison vide et inconfortable, dans laquelle on entendait « ploc, ploc ». Il avait plu dans la matinée ! Les arbres nous tendaient les bras, et le soir même, nous écrivions une lettre de proposition d’achat à hauteur de notre faux budget, soit vingt mille euros en-dessous du prix de vente. Notre pronostic fut déjoué : nous ne pensions en aucun cas que notre offre serait acceptée au bout de deux semaines.

Dans la foulée, le propriétaire étant pressé, nous signâmes le compromis avec une clause suspensive en cas de refus de prêt. Nous pouvions acquérir la maison de nos rêves sans aucune idée du moyen pour y parvenir.
Devenus superstitieux par la force des choses, nous retournâmes à la maison des bois en catimini pour y déposer deux gris-gris personnels dans le jardin : une mèche de cheveux incorporé dans un médaillon et un masque en bois. Le lendemain, parfaitement détendue, je croisai mon banquier à la sortie du travail. Il évoqua les nouvelles offres de prêt concernant mon espace professionnel pour l’améliorer et l’aménager. Je pris illico presto rendez-vous dans la foulée. Je venais d’imaginer transférer mon activité au rez-de-chaussée de la maison des bois et d’en acheter ainsi une partie pour mon activité professionnelle.
Une semaine plus tard, je reçus une offre de prêt pour un tiers du prix de vente. Contre toute attente, ce fut la banque de mon compagnon qui bloquait tout le projet. Le montant emprunté dépassait sa solvabilité. Nous étions revenus au point de départ.
Le repos du weekend aidant, nous nous mîmes à élaborer des stratégies, trois semaines après la signature du compromis. Jonathan possédait une vieille maison à lui qui était entièrement à retaper. Il décida de la mettre en vente sur le Bon Coin, en l’état.

La maison nécessitant tellement de gros travaux, nous ne misâmes pas un sou sur cette vente. Nous commencions imaginer perdre la maison des bois. Le lendemain matin de cet état de désespérance, Jonathan reçut un coup de téléphone : quelqu’un souhaitait visiter sa maison le soir même. Une vieille dame avait un fils maçon, qui voulait s’engager dans les travaux.
Deux jours après, ils signèrent. Nous confirmâmes notre propre achat trois jours avant la date d’expiration du compromis.

Un mois plus tard, nous étions dans notre maison des bois, prêts à nous lancer dans des travaux homériques et heureux d’être enfin chez nous ! Cette maison était pour nous et nous étions pour elle !

De Patrick

« Alors Monsieur Débrizel, vous pouvez nous dire, au lieutenant Dilly Bronx et à moi-même, ce que représente cette photo et pourquoi vous y tenez tant alors que l’on vous a trouvé assis à côté de la victime en train de marmonner des phrases incohérentes et surtout avec cette photo dans les mains que l’on a eu du mal à vous retirer ? ».
« Monsieur Débrizel, connaissiez-vous Monsieur Norcil, la victime ? ».
« Monsieur Débrizel, répondez au lieutenant Dilly Bronx ! ».


Le psychologue de la PJ, voulant faire sortir de son mutisme le sieur Débrizel, tenta d’expliquer la dite photo en lui suggérant des images, des souvenirs ou ressentiments qui le sortiraient de son refus de parler et de coopérer avec la police car l’heure était grave pour lui, étant le principal suspect.
Le psy continua son discours en décrivant cette fameuse photo.

« Alors que voit-on sur cette photo : deux poteaux qui supportent un grand portail ouvert, un charmant chemin qui traverse le portail ; il va où ce chemin ? Et il vient d’où ? Concentrez-vous, faites un effort Débrizel ».


Avec opiniâtreté, le psy continua la description de la photographie.

 « Ce chemin côtoie de chaque côté, beaucoup d’arborescences où il devait faire bon se promener ou cacher des secrets, qu’en pensez-vous Vincent ? ».

 Il essaya de le détendre en utilisant un langage plus familier, mais rien n’y fit, Vincent Débrizel resta muet aux requêtes du psy et de la police.
Devant le mutisme total de Vincent Débrizel, le lieutenant Samuel Dilly Bronx s’agaça et s’emporta envers le suspect.

« Gardien, emmenez cet énergumène au bloc, une nuit au frais lui rafraichira peut-être les idées. Débrizel, vous êtes en garde à vue à dater de maintenant. »


Une fois seul dans la cellule, Vincent se mit à penser tellement haut et fort que l’on aurait pu l’entendre parler, mais c’était plus un murmure mélangé de haine et d’amour adressé à la responsable de ce qui était arrivé .
Leur expliquer la photo à ce psy et au flic est chose impossible, ce ne sont que deux pauvres petits terriens bien inoffensifs pour elle.
Elle, c’est La vénérable Airial, outre passeuse de planètes dangereuse et vénéneuse. Mais, avant c’était mon grand amour Ariel De Fonts-Roche, jolie jeune femme belle comme un jour naissant, de petite noblesse charentaise. D’ailleurs, c’est le portail d’entrée de sa demeure, poteaux et portail étaient comme une invitation enivrante et initiatique au délice des amours terriennes car pour moi Ephésien et non terrien, c’était une découverte étonnante et passionnante.
J’avais rencontré Ariel alors qu’elle se promenait sur ce charmant chemin représenté sur la photo. Il cheminait de sa propriété de châtelaine jusqu’au village voisin, il sentait bon ce chemin, longeant différents bosquets aux fragrances diverses et ces champs de blé qui sentaient bon l’été et puis la vigne avec ses futures effluves très odorantes de Cognac.
Evadé de la planète Ephèse pour découvrir la terre , Ephèse est située sur le haut entre les deux V du W de la constellation de Cassiopée.
Je suis arrivé sur terre sur ce chemin, pas loin du fameux portail d’entrée. Au loin, je vis arriver cette sublime apparition d’une terrienne, Ariel, à l’aide de mon translateur intergalactique (depuis j’ai appris plusieurs langues terriennes) j’ai pu entrer en conversation avec elle. Nous avons fait connaissance et nous nous sommes plus assez vite. Nos esprits, bien que de race différente, humaine et inhumain, se sont connectés et enthousiasmés par la joie de fusionner nos cultures et nos âmes.
Sur la photographie, on ne le voit pas car il est caché dans ces grands arbres luxuriants présents dès l’entrée du domaine d’Ariel, là se situe un abri de jardin lové dans cette petite futaie. Il a été le discret témoin de nos amours interplanétaires. Oui, nous nous sommes beaucoup aimés, corps et âmes, malgré nos différences. Je n’ai jamais été plus loin que passer le portail jusqu’au petit abri de nos amours ; je ne connais pas sa demeure. Par prudence, j’habitais dans un petit hameau isolé le Montséger.
Malheureusement, ce bonheur sans égal fut interrompu par l’arrivée d’Ephèse, du chasseur de fugitif Colnir. Je me doutais qu’il me retrouverait un jour, mais pas si tôt. Alors, avec Ariel, nous dûmes fuir.


Vincent Débrizel fut interrompu dans ses pensées narratives par le lieutenant Dilly Bronx «  Débrizel la procureure veut vous voir «.
Vincent devint pale, livide de peur et s’écria «  non je veux pas la voir, pas elle ».

(À suivre)

Quel plaisir de lire vos textes! En ces temps de couvre-feu ou de confinement dans certaines zones, cela fait du bien, tellement de bien!

La lecture et l’écriture sont indéniablement des trésors qu’il nous faut continuer à cultiver!

Je vous souhaite une belle semaine créative, pleine de richesses.

Portez-vous bien et surtout prenez soin de vous!



Créativement vôtre,


Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *