Il ne s’agit aucunement pour moi de vous proposer de vous transformer en journaliste et de réécrire des articles. Non, bien évidemment. Il convient, à partir d’un fait divers, d’inventer une histoire. Il est évident que d’emblée, j’ai volontairement écarté tous les faits divers tragiques et meurtriers. Je tiens à rester résolument optimiste dans mes choix et dans les histoires que j’écris. J’ai d’ailleurs plutôt sélectionné, au fil de mes lectures,  des thèmes qui peuvent, parfois, prêter à sourire.

J’ai chiné à gauche et à droite, dans la presse locale, sur Internet -grand vivier d’histoires sortant de l’ordinaire- des débuts d’histoires que je trouvais intéressants pour la réécriture. C’est un moyen -parmi d’autres- pour trouver un début à une histoire quand vous sentez que votre imagination vous fait défaut. En tout cas, la page blanche vous fuira, à coup sûr!

Le but est toujours avant tout de prendre du plaisir et de s’amuser à inventer!

Dans cet article, j’ai donc créé des histoires à partir de certains faits divers trouvés au hasard de mes recherches, au fil des mois. Je me suis concentrée sur de belles histoires d’amour, pour donner du baume au coeur de toutes et tous, en ces temps parfois troublés et pour chasser la morosité de l’hiver qui s’installe.

Si vous souhaitez lire plus de théorie concernant les faits divers, je vous renvoie au premier article sur cette thématique.

 

Créer un cadre au fait divers

 

Créer un cadre permet de situer l’histoire et de la développer à partir de là. Pour les trois faits divers suivants, inventez un événement, le lieu, le temps, les causes et les conséquences.

 

Par exemple, pour le premier fait divers “début d’incendie au collège Notre dame”.

 

 

L’événement sera la panique au collège pour 400 collégiens. Le lieu sera à Brest. Le temps sera en février 2015. Les causes seront un four trop vieux dans les cuisines. Les conséquences: les élèves ont tous évacué les différents bâtiments de l’enceinte et ont attendu dehors. La neige est arrivée, fait très rare dans ce coin de Bretagne. Magie pour ces jeunes, pour lesquels cela devient un événement exceptionnel.

A partir de là, nous pouvons dérouler une histoire, en insérant les détails inventés. Ce sont les détails que vous inventerez qui fera que votre histoire ne ressemblera pas à un article de fait divers.

 

Deuxième exemple: voleurs arrêtés à la gare”.

 

 

L’événement: charivari à la gare ferroviaire. Le lieu: la gare de Provins. Le temps: été 2000. Les causes: collectionneurs de galets le long des rails. Les conséquences: traffic arrêté. Visite chez ces collectionneurs d’un genre particulier, ressemblant quelque peu au Facteur Cheval.

 

Troisième exemple: il sort indemne de sa cabine décapitée”.

 

 

L’événement: le grutier reçoit le haut d’un immeuble de douze étages en construction sur la cabine de sa grue. Le lieu: le quartier de La Défense à Paris. Le temps: octobre, saison des pluies et vent fort. Les causes: un début de tempête s’abat sur la capitale. Les conséquences: le marathon du grutier pour descendre quatre à quatre les marches exigües de son engin. Il était entrainé, il avait déjà participé à de nombreux marathons dans le monde, dont celui de New York.

 

En matière d’histoire, tout est possible. L’imagination n’ a pas de limite théoriquement. Les seules limites sont celles que vous vous imposez. La réalité des faits a souvent plus de force que notre propre imagination.

Vous trouverez, dans la suite de cet article, trois histoires inventées à partir d’un fait divers.

 

Il demande sa femme en mariage sur grand écran

 

 

Joël était amoureux de Rébecca depuis plus de dix ans. Ils s’étaient rencontrés dans un célèbre fast-food américain, quand ils y travaillaient le weekend pour se faire de l’argent, leur condition d’étudiants ne leur permettant que très peu de folies au quotidien.

Joël avait tout de suite flashé pour cette jeune fille brune, grande, se tenant très droite, l’oeil pétillant, dotée d’un sourire enjoliveur de surcroît. Il était tombé amoureux d’elle au premier regard. Mais, il avait mis du temps à l’approcher ou à lui lancer quelques oeillades de séduction. Il n’osait pas approfondir la relation et préférait se concentrer sur la fabrication de ses hamburgers.

Mais, à la fin de l’été, leur relation était devenue officielle et officialisée pour les familles des deux tourtereaux. Ils se plaisaient, se complétaient bien. Leurs études finies, leur diplôme de professeur en poche, ils avaient décroché leur premier poste dans la région de Bordeaux. Ils étaient heureux, entrevoyaient l’avenir radieux et projetaient leurs plans à tout va pour les prochaines années. Mais, jamais le mot ‘mariage’ n’avait été prononcé jusque-là. Chacun, de leur côté, avait souffert du divorce difficile de leurs parents respectifs. Ils avaient peur d’aborder le sujet et de casser cette relation pure entre eux par un vulgaire papier signé devant le maire.

Pour célébrer leurs dix ans de rencontre et pour marquer le coup, Joël eut une idée un peu folle, qui lui était venue un matin de farniente. Il n’en avait dit mot à personne, mais il avait bien cogité son affaire. Il avait décidé de faire les choses en grand. L’amour de sa vie le méritait bien et le valait bien. Il avait décidé de demander Rébecca en mariage, purement mais pas simplement. C’était trop facile de se mettre à genoux le soir de la Saint-Valentin. Trop classique. Cliché usé par le temps. Un voyage vers une destination romantique, Venise par exemple avec ses gondoles, trop couru aussi. Joël considérait toute autre demande comme ringuarde aussi, comme faire sa demande avec une coupe de champagne et un bouquet de roses rouges, comme un dîner aux chandelles.

Trop peu pour lui.

Comme il était passionné de cinéma, il avait décidé de tourner une petite vidéo avec son portable, de monter lui-même son film et de payer pour le diffuser le soir prévu au cinéma sur le grand écran de la salle 1. Rébecca était toujours d’accord pour le suivre dans les salles obscures et de visionner toutes sortes de films. Elle apprenait beaucoup à suivre son chéri et à écouter ses commentaires et analyses cinématographiques.

Le soir venu pour la GRANDE occasion, le couple d’amoureux se rendit au cinéma de leur quartier, fidèle à leurs habitudes. Puis, au milieu des publicités, la demande en mariage arriva. Rébacca ne comprit pas de suite ce qu’il se passait exactement. Puis, l’information montant lentement à son cerveau, elle fut visiblement surprise et émue au delà du possible. Elle n’en croyait pas ses yeux ni ses oreilles, et tout lui tournait. Elle ne savait plus où elle se trouvait, tant l’émotion la submergeait.

Bien sûr, Rébecca n’hésita pas une seconde pour prononcer le “OUI” magique qui nouait leur amour plus que jamais, sous les applaudissements des cent-vingt spectateurs présents, aussi émus que la future mariée.

 

 

La bague de fiançailles perdue dans une bouche d’égout à New York

 

 

Tom, un Britannique de trente ans avait décidé de demander Nelly en mariage lors de leur prochain voyage à New York, prévu de longue date et préparé avec soin. Les deux amoureux avaient souhaité fêter dignement leur passage dans leur nouvelle appellation de trentenaire, entre eux deux, loin de leur famille, pour une fois.

C’était aussi la première fois qu’ils allaient fouler le sol du continent américain. Ils en rêvaient depuis des années. Tom avait tout prévu. Il avait acheté une magnifique bague de fiançailles, une topaze de la couleur des yeux de sa future femme. Il avait mis le prix et en était très fier. Il était fébrile à l’idée de faire sa demande officielle à la femme de sa vie.

Bien installés dans la fameuse Big Apple, un soir, ils décidèrent de se rendre à Times Square, pour vivre cet endroit le soir, quartier tellement affairé, carrefour mythique, véritable lieu de pèlerinage pour touristes, où des millions d’entre eux se croisent. C’était à priori un endroit trop fréquenté et trop anonyme pour faire sa demande en mariage. Mais, Tom en avait décidé ainsi. Il comptait sur la magie de ce symbole new-yorkais, sur la réputation de ce spectacle incroyable de jeux de lumière des différentes enseignes.

Tom et Nelly se trouvaient là, au milieu de cette foule d’anonymes, hypnotisés par le décor ambiant. Ils levaient la tête de tous les côtés, ne sachant plus par où regarder. Le spectacle s’offrait à eux. Instant magique, où le temps n’existait plus.

Il avait abandonné l’idée de faire sa demande sur un des panneaux publicitaires. Trop onéreux. Tout à coup, Tom se mit à genoux. Nelly crut qu’il s’était fait mal et était déjà prête à l’aider pour se relever, quand elle entendit une formule à laquelle elle ne croyait plus: “veux-tu devenir ma femme?”.

Au moment de donner la bague à sa future femme, Tom ne trouva plus la petite boîte. Instants de panique totale. Il était complètement désarmé, en pleurs. Il avait perdu la bague, là à New York. La scène romantique qu’il avait imaginée ne se déroulait pas du tout comme prévu. Nelly, prise elle aussi par son émotion, avait déjà dit oui, en se jetant au cou de son désormais fiancé, en lui susurrant à l’oreille sur un ton amoureux que la bague n’était pas indispensable.

Le voyage s’était terminé cahin-caha sans la précieuse alliance, Tom ayant éprouvé les plus grandes peines du monde à se remettre de cette mésaventure. Ils étaient rentrés à Bristol, prêts à débuter les préparatifs pour la future cérémonie, prévue six mois plus tard.

Mais, c’était sans compter sur le zèle des employés de la ville qui ne dort jamais. Des employés de l’entretien des égouts avaient trouvé une bague, l’avaient remise à la police. Les agents de la NYPD prirent alors des photos de l’objet, comprenant de suite que celui-ci avait de l’importance pour quelqu’un. Ils publièrent un bref article sur les réseaux sociaux avec tous les clichés pris, afin de retrouver les deux amoureux.

Le stratagème fonctionna grâce aux nombreux partages des internautes, se relayant pendant quelques jours. Tom et Nelly reçurent un matin un twit avec la photo de leur bague, ne croyant plus la retrouver un jour de toute façon. Le maire de New York leur offrit le biller aller-et-retour pour venir récupérer leur bijou si précieux, ayant appris que les amoureux allaient se marier cinq mois plus tard. Une cérémonie officielle et digne de ce nom fut organisée par les autorités de la ville. L’information fut relayée dans de nombreux pays.

Cela arriva trois jours seulement avant Noël. Tom et Nelly remercièrent Twitter et la magie de Noël, qui opérait encore une fois.

 

Un vétéran américain retrouve son amour de jeunesse en France

 

 

Cette histoire est une petite histoire dans la Grande Histoire. Rien ne serait arrivé s’il n’y avait eu la Deuxième Guerre mondiale et le Débarquement en juin 1944 en Normandie.

Kurt et Arlette se rencontrèrent effectivement en juin 1944. Kurt, jeune soldat américain engagé dans les G.I pour délivrer l’Europe des maux qui l’avaient fait sombrer, débarqua, comme des milliers d’autres, sur une plage de Normandie. Omaha Beach, plus précisément. Il échappa au carnage de ce terrible Jour J, le 6 juin 1944, qui marqua le premier jour de la bataille de Normandie, opposant les forces alliées aux troupes allemandes de la Wehrmacht.

Quelques jours plus tard, Kurt se trouva affecté au village du cantonnement américain, Colleville-sur-Mer.  Les soldats américains furent accueillis en héros, et pavanèrent sur leurs chars, offrant aux jeunes du chocolat, des chewing-gums et autres babioles auxquelles les jeunes Français n’avaient pas accès après cinq années de dures privations et d’occupation.

Kurt se trouvait en haut du char, saluant la foule délirante, si heureuse d’être enfin délivrée du joug de l’envahisseur nazi. Il trônait et il finit par apercevoir une jeune fille, plus timide, qui attendait, mais qui ne participait pas à la liesse générale.

Kurt eut le coup de foudre. il descendit de son char pour aborder la demoiselle. Il avait quelques vagues notions de français, qui lui permirent de se débrouiller pour entamer la conversation. Elle s’appelait Arlette, et Kurt trouvait ce prénom plutôt joli, prononcé avec son fort accent américain. Ils tombèrent vite dans les bras l’un de l’autre; lui, follement amoureux, elle, ayant besoin d’être consolée après les pertes de son frère et de son père.

Ils étaient jeunes, ils étaient beaux, ils avaient la vie devant eux. Mais, entre eux, il y avait toujours la guerre. Leur idylle dura les deux mois de l’été. Une idylle passionnée, tant par leurs différences que par le contexte. Ces moments de bonheur ne furent plus bientôt que des souvenirs car Kurt fut appelé sur le front de l’Est en septembre. Les adieux furent déchirants et ils se promirent de se revoir, dès la guerre finie.

Ils ne se revirent plus jamais, comme agit si bien le destin quand il se mêle d’amour. Kurt, à la fin de la guerre, n’eut pas l’occasion de revenir en Normandie. A l’époque, on ne voyageait pas aussi facilement que maintenant, et cela avait un coût, surtout pour un simple employé des postes. Il se résolut à vivre sa vie, à fonder une famille dans son pays natal, mais sans jamais effacer de sa mémoire le souvenir de sa belle Arlette.

La jeune fille de l’époque construisit aussi une famille, sans jamais néanmoins oublier son beau ténébreux américain. C’était son secret, elle n’en parlait à personne, mais elle vivait avec. Cela l’aidait à traverser les jours sombres qui suivirent la fin de la guerre.

Kurt eut de nouveau l’occasion de se rendre en Normandie, à l’occasion de la célébration du soixante-quinzième anniversaire du Débarquement de Normandie, relayée par toutes les télévisions du monde. Quelques mois auparavant, Kurt avait engagé un détective privé pour retrouver la trace d’Arlette. Ce qui fut fait. Coup de chance, Arlette était toujours en vie, veuve de surcroît, toujours aussi pétillante.

Les retrouvailles eurent lieu au domicile d’Arlette, en compagnie de ses enfants et de sa descendance, pour immortaliser cet événement, 75 ans après leur histoire d’amour. Ce fut avec une émotion intense que les deux anciens tourtereaux se retrouvèrent. Leur regard était toujours le même. Malgré leur séparation forcée, leurs sentiments étaient restés intacts comme au premier jour.

Kurt séjourna chez Arlette pendant les célébrations, mais dut repartir aux Etats-Unis, en promettant de régler toutes ses affaires dans son pays pour venir rejoindre au plus vite sa dulcinée, en l’assurant que cette fois-ci, il reviendrait!

 

En guise de conclusion

 

Je confirme que partir d’un fait divers peut aider à écrire et pousse à l’écriture. Cela devient réelleement une base sur laquelle tout un chacun peut s’appuyer. C’est une technique d’écriture dont se servent très souvent les écrivains.

En ce qui concerne mes histoires dans cet article, le fait divers m’a servi de base, comme la toile d’une broderie. J’ai ensuite brodé autour en dénouant les fils au fur et à mesure. Il convient ensuite de choisir l’angle que l’on souhaite pour écrire son histoire, trouver le narrateur pour construire le récit.

Par ailleurs, sachez que le fait divers a été étudié par de nombreux chercheurs, tant d’un point de vue historique que sociologique. D’un point de vue littéraire, le fait divers est reconnu comme un genre rédactionnel, comme un procédé de rhétorique. D’un point de vue linguistique, il est reconnu comme un procédé informatif.

Le fait divers en soi est un objet d’enseignements multiples et riches. Donc, vous pouvez aisément choisir les faits divers qui vous séduisent le plus et écrire.

Alors, n’attendez plus une seconde, à vos plumes!

 

 

 

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

1 commentaire

lucette smits · 12 novembre 2019 à 16 h 00 min

Que de belles histoires on peut écrire à partir d’un article qui nous a touchés…

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