Je ne pouvais pas passer à côté de l’horrible attentat commis en France le 16 octobre 2020 contre le professeur SAMUEL PATY sans réagir via mon blog. Je vais donc réagir à ma manière, en bousculant l’ordre du jour prévu.

Je ne saurais ignorer cette barbarie infame commise à l’égard d’un collègue enseignant. Je ne peux ignorer l’obscurantisme, cette gangrène des temps modernes, qui se propage au fil des jours dans les différentes strates de la société et de la population dans divers pays du monde.

De tous temps, la littérature a joué un rôle dans la société. Tout le monde sait que les écrits des philosophes du XVIIIe siècle ont abouti à la Révolution Française de 1789. Les idées, transmises par les mots, portent et rien ne pourra les arrêter!

Cette même littérature peut aussi jouer un rôle dans le sentiment national, qu’il soit français ou appartenant à un autre pays.

Relever le défi de la liberté d’expression

La voix des écrivains ne saurait se déprécier au bénéfice du confort et de la facilité. Beaucoup d’entre eux, à travers le monde, ont cédé devant la facilité, notamment pour s’acquérir un plus large public.

Le défi à relever est de taille: ayons ce courage d’écrire sur ce que nous souhaitons. Osons dénoncer par nos mots et nos histoires les travers de nos sociétés.

Ecrire doit être l’expression d’une parole libre contre le pouvoir. Contre tous les pouvoirs. Contre ceux qui veulent nous museler et qui pensent détenir un certain pouvoir. Contre ceux qui essaient de nous transformer en moutons. Contre ceux qui veulent nous imposer leurs idées obscures appartenant à un temps passé et révolu!

La liberté d’expression, ça existe! N’en déplaise à tous les redresseurs de torts qui proclament autre chose!

Ecrire, c’est s’engager

Ecrire, c’est une forme d’engagement non violente, une forme de désobéissance civile contre certains gouvernants, contre certains qui pensent détenir un quelconque pouvoir et en abusent!

La liberté d’expression, c’est exercer son esprit critique à tous les âges face aux diverses “leçons de morale”, émanant de toutes parts.

Les mots nous forcent à grandir et à reconnaître nos propres démons. La langue représente un pouvoir. C’est contre cela que certains s’octroient le droit de soumettre ou de tuer les autres. Personne ne pourra rien contre les mots que nous écrivons! Ils sont libres et voguent vers leur destin!

En leur temps, les geôliers de Nelson Mandela ont essayé de soumettre sa personne pendant de si longues années. Mais, dans sa tête, les mots reliés à l’espoir, à la liberté résonnaient tous les jours. Jamais ils n’ont pu lui ôter ce pouvoir, ce qui lui a permis de survivre!

NELSON MANDELA

Ecrire pour lutter

Nous avons tous en nous une soif de savoir. Alors, si certains obscurantistes ferment des écoles dans certains pays, ils ne pourront jamais enlever l’envie d’apprendre et de jouer avec les mots pour exprimer notre pensée. Ils ne pourront jamais nous enlever les mots qui font réfléchir!

Ecrire permet de lutter contre les guerres, la cupidité, la bêtise oh combien présente actuellement à tous les niveaux, les murs des prisons intérieures que certains veulent ériger et contre la superficialité!

Avec les mots, nous ne devons jamais renoncer! JAMAIS! Ne succombons pas au silence que certains veulent nous imposer! N’acceptons pas les muselières auxquelles ils essaient de nous contraindre pour nous faire taire!

Ayons l’audace et le courage d’élever nos voix au nom de toutes celles et de tous ceux qui ont été étouffées! N’ayons aucune hésitation à nous engager grâce aux mots!

Les mots peuvent peindre la vie, aussi pénible soit-elle, aussi tragique soit-elle! Nos écrits, à travers le monde, sont un portrait vivant de nous-mêmes! Une phrase bien tournée a le don de choquer, ou de séduire, en tout cas, de nous sortir de notre torpeur!

Traçons notre chemin sur la surface avec les mots! Bien sûr, la prose a un prix qu’il faudra payer! Peu importe, car nous savons trouver les mots nécessaires pour soigner les maux qui nous étreignent!

Les possibles de l’acte d’écrire

Tout un chacun peut modifier le monde par ses écrits. L’écriture offre toujours d’immenses possibilités. Mais, un artiste doit avant tout rester LIBRE, quel que soit son art!

C’est le rôle de la littérature: offrir cette liberté à travers les mots! Alors, soyons clairs: lire et écrire sont donc des actes politiques. Tout écrivain digne de ce nom parle du monde qui l’entoure dans ses livres.

Prenons l’exemple de William Shakespeare, datant du XVIe siècle. Son art ne s’est jamais séparé du politique de son temps. Prenons l’exemple de Stephen King, dont les livres font frémir d’horreur ses lecteurs. Dans chacun de ses romans, il choisit une thématique, pour mieux dénoncer les travers de nos sociétés.

William Shakespeare

Stephen King

Tout dans l’état actuel du monde peut nourrir des romans ou des poèmes. Nous écrivons parce que nous pensons! Donc, à ce titre, chaque écrivain détient une responsabilité par ses écrits.

Chaque écrivain ouvre des portes pour ne pas les refermer. La littérature peut beaucoup. C’est la meilleure réponse à apporter à la folie ambiante et aux temps sombres qu’on veut nous faire subir pour nous faire peur et nous asservir!

Ecrire suppose de poser des questions et non d’apporter sans cesse des réponses. Nous pouvons écrire sur les gens qui souffrent. Il y en a tellement de par le monde! Nous pouvons écrire pour parler des gens. Car ils ont besoin de la littérature pour survivre! Nous devons les aider!

L’écriture comme un acte de résistance et la lutte

L’ancienneté et l’intensité du rôle politique de la littérature ne sont plus à démontrer. Ce rôle a nourri et nourrit encore d’importants débats. Les écrivains prennent position et leur littérature leur permet de s’engager en politique.

Quel est le rôle politique d’un écrivain?

Quand Toni Morrison dénonce dans son roman “Home”, la condition des Noirs aux Etats-Unis, son livre devient un acte politique. Elle y dénonce la violence de la guerre de Corée qu’un citoyen américain Noir a subie. Dans ce récit, Toni Morrison explore la violence sous toutes ses formes: politiques, raciales et familiales dans l’Amérique des années 50. Problématiques toujours aussi actuelles!

Toni Morrison

N’oublions pas non plus le rôle que la littérature a pu entretenir avec la politique, notamment avec l’Affaire Dreyfus en France à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Cette affaire a ébranlé le pays! Nous pensons bien sûr au célèbre article “J’accuse” d’Emile Zola!

Emile Zola

Notre période contemporaine semble plutôt marquée par le retrait des écrivains de la sphère politique. Victor Hugo, au XIXe siècle, s’est illustré dans l’opposition au Second Empire au nom d’une définition haute de la politique. Il est devenu, pour cette raison, un emblème de la IIIe République en France, qui a pris la suite de Napoléon III.

Victor Hugo

Au XIXe siècle, Charles Baudelaire ou Gustave Flaubert n’ont pas hésité à parler de la liberté de l’écrivain à s’affranchir du commun. Ils ont choisi la poésie pour l’un et les romans pour l’autre pour conquérir cette sacro-sainte liberté.

Charles Baudelaire
Gustave Flaubert

La littérature est donc un espace de position, de relations et de pratiques. Les prises de position de l’écrivain peuvent être revendiquées comme un élément constitutif de son rôle et de sa position même au sein du champ littéraire.

Certains écrivains sont reconnus pour avoir pris des positions politiques radicales. Citons l’exemple de Louis Aragon, qui s’est mis au service de ses propres convictions politiques, en l’occurrence au service du Parti communiste français.

Louis Aragon

André Malraux a acquis la reconnaissance littéraire en même temps qu’il s’engageait publiquement comme intellectuel “libre” dans l’entre-deux-guerres. Puis, il a mis ses compétences intellectuelles et oratoires au service du gouvernement gaulliste, au sein du RPF (Rassemblement du peuple français), le parti du Général de Gaulle, comme ministre des Affaires Culturelles de 1959 à 1969).

André Malraux

Pour qu’un écrivain, et plus largement les intellectuels, puissent prétendre parler de politique en invoquant des causes et des valeurs, il leur faut auparavant en acquérir le droit dans leur travail d’écrivain et la reconnaissance du public.

Jules Vallès a écrit contre la Commune de Paris de 1870-71 dans son roman, “L’insurgé”.

Jules Vallès

André Gide a dénoncé le colonialisme dans “Voyage au Congo”.

André Gide

Les prises de position publiques, les pétitions, les articles de presse, les interviews, les conférences, la participation à des mobilisations collectives et les soutiens divers comptent parmi les principales modalités pratiques de cette politique littéraire.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, Louis Aragon, Paul Eluard ou Maurice Druon se sont engagés dans la résistance tout en continuant à écrire tandis que d’autres encore, comme René Char, ont arrêté de publier pendant l’occupation allemande.

Qu’ils le veuillent ou non et quoiqu’ils fassent, les écrivains sont rattrapés par la politique, d’une manière ou d’une autre.

En guise de conclusion

Notre période contemporaine voit beaucoup d’écrivains se désengager de la prise de position politique. On ne saurait les en accuser. Les raisons sont plutôt à chercher dans les transformations des conditions de production et de diffusion de la littérature.

La concentration de l’édition, le rôle croissant des grands médias, et en particulier de la télévision ou des réseaux sociaux, ou encore la concurrence accrue entre les auteurs, ne favorisent pas nécessairement, loin s’en faut, la critique politique.

Il faut également en chercher les raisons dans les transformations des conditions générales d’engagement politique, de politisation et d’énonciation du politique caractérisant notre époque.

Si les écrivains sont moins politisés à notre époque, c’est que l’offre politique à leur disposition s’appauvrit, se brouille et devient terne, pour ne pas dire ridicule parfois, selon ses représentants.


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

3 commentaires

Patrice Bernardo · 27 octobre 2020 à 10 h 09 min

Je ne suis pas d’accord avec vous quand vous dites que l'”offre” politique est plus terne actuellement. Au contraire, on aurait bien besoin que les intellectuels dénoncent les dérives racistes par exemple qui sont de moins en moins décompléxées . Le covid nous montre , s’il en était besoin, vers où nous pousse le capitalisme éxacerbé dont la seule idéologie est le profit le plus rapide possible au détriment de l’humain : ces “politiques” sont à dénoncer radicalement et les intellectuels ont actuellemnet autant de boulot que V.Hugo, Aragon etc… On a besoin de nouveaux “J’accuse” et d’un aéropage de penseurs pour réécrire le programme du CNR ! L’offre politique est immense !!!

    Laurence Smits · 27 octobre 2020 à 10 h 17 min

    Quand j’ai écrit cela, je ne pensais pas qu’à la France Patrice. Vous m’excuserez d’insister, mais il existe une ‘offre politique’ bien terne dans certains pays dont je ne citerais pas les noms sur mon blog. J’estime que les intellectuels se font moins entendre qu’auparavant, ou qu’on ne leur laisse pas la possibilité de le faire! Les intellectuels ont effectivement beaucoup de travail, mais tous les citoyens sont concernés et peuvent réagir en leur nom pour combattre toutes les dérives, capitalistes, racistes et autres. Ce n’est pas que l’affaire des intellectuels. Le combat politique est immense, mais l’offre politique est peu intéressante! Elle est à redéfinir pour se réinventer!

lucette smits · 27 octobre 2020 à 14 h 07 min

Au moins, ton texte fait réagir, et ça que l’on soit d’accord ou pas, ça fait réfléchir et avancer…

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