Pour s’individuer, Eric-Emmanuel Schmitt a choisi l’écriture. Pour devenir soi, cela marche très bien. Mais, il faut réaliser un chemin de vie pour véritablement voir ce qui nous fait vibrer, ce qui provoque infiniment du désir en nous et essayer de construire une vie en évitant ce qui nous repousse, en construisant sur ce qui nous enchante, ce qui nous plaît et nous passionne.

Le célèbre écrivain dit qu’il faut du temps pour découvrir la passion qui éclairera notre destinée, qu’il faut aussi accepter toutes les dimensions de la vie, traverser les jours avec joie ou marcher sur le chemin de la simplicité.

Augmenter l’estime de soi avec l’écriture

Le grand conseil préconisé par tout le monde, c’est de s’accepter tel que vous êtes, vous, tout simplement. Il est vrai que ça paraît facile sur le papier. Certaines et certains d’entre nous vont mettre une vie entière pour y parvenir. C’est vrai…

Pour vous accepter, il faut aussi accepter vos pensées, vos émotions, vos ressentis, vos souvenirs et vos sensations, votre corps, même si tout cela fluctue en fonction de vos conditions de vie et votre âge. La liste pourrait être encore plus longue. Ce que je sais avec ma pratique personnelle, mieux on se sent avec soi-même, moins on se met la pression.

Du coup, paradoxalement, on peut accomplir plus de choses. C’est là que l’écriture a son rôle à jouer.

Pour celles et ceux qui, par exemple, ont du mal à accepter leur corps, avec ses qualités, mais aussi ses défauts, je vais partager avec vous une expérience un peu particulière, qui pourrait vous aider à vous accepter et vous aimer davantage.

Je vous propose un exercice d’écriture grâce auquel vous prendrez du recul sur vous-même, sur la perception que vous avez de votre corps. Cet exercice a pour but de vous aider à prendre conscience que votre corps est non seulement beau, mais qu’il est aussi fortement utile.

Pour une fois, avec cet exercice, vous allez écrire ce que vous n’avez peut-être jamais osé écrire! Le but est donc de rédiger une lettre à votre corps, pour le remercier, pour le complimenter.

Dans cette lettre, vous écrirez tout ce que vous pouvez ressentir de positif vis à vis de votre corps, les raisons pour lesquelles vous l’aimez, ce qu’il vous permet d’accomplir et de réaliser. Vous pourrez ensuite aussi parler de vos défauts, mais en les acceptant, en relativisant et en prenant conscience qu’ils sont finalement insignifiants.

Si vous êtes en train de vous dire que vous n’avez rien de positif à écrire, ne vous pressez pas et reportez l’exercice à plus tard. Rien ne presse: il faut vous sentir prêt!

Ensuite, si vous en avez le courage et la force, vous pourrez lire votre lettre à voix haute, juste pour vous-même. Prenez votre temps, faites-le quand vous serez prêt! Je reste persuadée que ce drôle d’exercice peut vous faire vivre une belle expérience avec vous-même.

Je vous rassure, le confinement de longue durée n’a pas entamé mon esprit, qui demeure toujours aussi sain! Je ne suis pas non plus en train de vous vendre une méthode magique, car aucune n’existe. Je vous propose simplement un exercice d’écriture de développement personnel!

S’inventer avec l’écriture sur soi

Ecrire sur soi est une activité assez à la mode, dont on entend pas mal parler. Quand vous commencez à écrire sur votre vie, les mots que vous allez coucher sur le papier peuvent vous étonner, voire vous ébahir. Vous pourriez vous trouver devant une réalité qui va vous surprendre, peut-être vous effrayer.

Votre plume peut aller plus loin que ce que vous pensiez au départ. Elle ne suit pas forcément une pensée construite et structurée. Si vous vous laissez aller librement à écrire sur vous-même, votre plume dépassera votre inspiration première pour vous faire entrer dans une bien étrange expérience.

En écrivant sur votre vie, vous allez revivre des situations que vous avez vécues personnellement, heureuses ou malheureuses. Vous allez écrire sur votre histoire de vie, qui sera forte en émotions diverses.

La mise en récit de votre vie peut faire ressurgir certains fantômes planqués tout au fond de votre mémoire et de votre esprit. Si vous désirez vous lancer dans une telle écriture, il va vous falloir vous laisser aller à vous-même, pour accepter que vos propres barrières tombent, pour aller chercher en vous-même, au fin fond de ce labyrinthe intérieur où se cache le monstre apprivoisé de votre désordre intime, ce qui vous a construit au plus profond de vous.

En écrivant sur votre vie, vous n’écrivez pas un roman. Cela consiste à mettre en mots des rencontres, des moments marquants, des souvenirs heureux ou pas. C’est aussi écrire ce qui se vit, ce qui se ressent et bien souvent ce qui s’éprouve.

Pour raconter cela, tout le monde est capable. Il suffit de laisser votre plume aller ENFIN là où elle désire vous mener. L’écriture vous permetrra de vous inventer seulement si vous êtes prêt à lâcher du lest, à laisser vos idées préconçues de côté, à oublier les règles d’écriture pour ressentir la liberté que permet ce long et lent ‘travail’ sur vous, comme un accouchement tant voulu et attendu.

Seul le récit vous permettra de vous laisser aller à vos émotions, car il met en lumière ce qui a été primordial dans votre vie, dans vos rencontres avec les autres. Le geste d’écriture encre les pensées et ancre votre parcours de vie.

Les pages écrites deviennent alors le miroir de votre vie, ce miroir de l’intime, se dirigeant vers les profondeurs troubles d’un être intérieur souvent caché et tapi et remontant à la surface, par votre entreprise.

Justement, l’écriture non cadrée, non pensée, non structurée n’en est que plus belle, car vous vous êtes abandonné à elle. Il ne faut pas ‘savoir’ écrire pour se lancer dans un récit de vie, car c’est moins le récit formel que le conte de votre vie qui importe dans cet exercice d’écriture.

De la page blanche au récit, il n’y a donc qu’un pas, cette première goutte d’encre posée sur le papier, cette première trace, qui peut vous paraître aussi immense qu’impossible, mais faire ce pas, passer cette étape, se révélera être une richesse telle qu’il en deviendra difficile de vous arrêter.

Cette expérience d’écriture, j’en suis convaincue, vous aura construit d’une certaine manière. Ecrire, c’est mettre à distance. Le récit de vie permet cette écriture réflexive, qui vous permet de questionner, encore et encore. Le récit de vie agit comme un révélateur sur soi, car votre écrit c’est vous, il vous ressemble, vous vous y êtes engagé à fond, avec vos tripes.

Ecrire pour se sentir libre de penser

D’emblée, soyons clairs: si la liberté n’existe pas, alors la créativité se tarit! Il faut mettre en place les conditions pour écrire en se sentant libre:

  • être seul
  • se donner du temps
  • se créer un lieu à soi
  • se sentir apaisé

Etre libre d’écrire, ne serait-ce pas alors peut-être s’affranchir? S’affranchir de l’autre, du temps, des lieux…s’affranchir de soi! C’est aussi peut-être accepter qu’il n’existe aucune autre véritable liberté que celle que vous vous accorderez.

Laissez votre esprit s’évader, brisez ces murs que vous vous êtes imposés: il n’y a plus que vous face à ces phrases que vous allez coucher sur le papier! Réinventer un monde de mots, c’est peut-être ça la liberté?!

Ecrire vous permet de dire les choses, de faire état de ce qui se passe dans votre tête. Le papier ne vous jugera jamais. Vous pouvez tout murmurer à l’oreille de votre papier! Ecrire, c’est voir plus clair aussi.

Quand vous écrivez, vous vous sentez libre: libre d’inventer qui vous voulez être, qui vous souhaitez voir apparaître. Tout est possible, sans aucune barrière. Ecrire, c’est une bouffée d’air, une porte de sortie quand tout devient morose.

Pouvoir créer des univers, des personnages impossibles, offrir une sensation de joie, de force et de liberté incroyable qui déteint ensuite sur le réel. Grâce à l’écriture, vous pouvez vous sentir libre dans un monde qui ne l’est pas tant que ça!

De toutes les manières, penser rend libre. Mais, il faut aussi s’écarter des chemins de la pensée prédominante, d’une vie matérialiste d’accumulation inutile. Il en faut peu pour se sentir vraiment libre: nul besoin de beaucoup d’argent ni de beaucoup de confort.

Les pensées et autres inquiétudes qui vous assaillent entravent également votre liberté. Ces pensées limitent votre liberté. De toutes les façons, pour se sentir libre, il convient d’être d’abord vous-même.

Emerveillez-vous des petites choses, et écrivez là-dessus, même si l’on rit de vous. Les autres essaieront toujours de vous emprisonner dans un carcan, surtout si vous prenez de l’âge ou si vous vous écartez du chemin tracé d’avance!

En inventant des histoires, vous aurez la liberté de tout savoir sur vos personnages, accéder à leur vie secrète, sur ce qu’ils ressentent, leur façon de penser. Quelle incroyable liberté que celle d’écrivain!

Ecrire pour tenir debout

Ecrire, c’est mettre d’une certaine façon sa propre vie en scène. Les mots aident à tout défier: la vie, la mort, la torture, la guerre, l’abandon…L’écriture peut devenir un sacré outil de libération de la vie intérieure. Chercher, puis trouver les mots permettent d’éprouver sa force de résistance.

Ce travail sur la langue auquel se soumettent tous les écrivains met fondamentalement le corps en jeu, et ainsi, peut devenir source d’apaisement. Ecrire, c’est un corps à corps avec la langue, qui provoque une certaine forme de catharsis.

Dans le camp de concentration de Buchenwald pendant la Deuxième Guerre mondiale, les déportés récitaient des poèmes d’auteurs de nationalités différentes, pour se sentir libres. Parfois, ils les hurlaient pour couvrir le bruit des bottes.

Robert Desnos, emprisonné dans le camp de concentration de Terezin en Tchécoslovaquie, à la veille de sa mort, continuait à semer la poésie autour de lui, une poésie vivante et populaire, comme on sème la bonne parole.

Des survivants de ce camp ont raconté qu’aux tous derniers jours de sa vie, Robert Desnos errait dans le camp en déclamant ses poèmes, en faisait écrire et en composait. De tout temps, il avait cru dans la capacité des mots à nous garder vivants, même si parfois il peut leur arriver de mentir par compassion!

Robert Desnos

La littérature, la poésie, tout comme la musique étaient tout simplement une réponse immédiate, agissante à l’injustice et à l’horreur de la guerre. C’était -et c’est toujours- une façon de se sentir vivant envers et contre tout.

Peu avant sa mort, voici la lettre que Robert Desnos a écrite à sa femme, Youki, son Amour, comme il l’écrivait avec un A majuscule:

Leçon de vie, de mort? Leçon de mots!

Ecrire pour devenir soi

En écrivant, vous devenez réellement vous-même, mais aussi quelqu’un d’autre. Ecrire, c’est un décentrement, car vous vivez au travers des personnages que vous inventez. Ecrire, c’est aussi une déconstruction extrême, car vous entrez dans un autre monde, créé par vos soins.

Mais, écrire, c’est surtout un instant de plaisir extrême et spécial. Nous avons une liberté totale dans les écrits que nous biffons, que nous ne publions pas souvent. Ecrire peut toucher tout le monde!

Ecrire, c’est aussi une expérience spéciale ouverte à toutes et tous. L’art d’écrire n’est pas réservé aux écrivains. Peu à peu, par notre écriture, nous évoluons, nous changeons, nous nous découvrons. Au diable le regard des autres!

Ecrire est un acte fondamental. Certes, nous écrivons à partir de notre petit point de vue. Nous exerçons la faculté du langage dans la solitude, mais une solitude peuplée de voix qui s’expriment, des voix qui ont aussi parlé par le passé.

Ecrire, c’est une catharsis. Avec les mots, nous pouvons faire une grande purge en nous, vous l’aurez compris, mais aussi dans le monde. C’est important et vital de le faire.

Ecrire, c’est aussi purifier le langage, car les mots savent se montrer dangereux. Ils deviennent parfois des bombes à retardement, comme les écrits des philosophes du XVIIIe siècle qui ont mis du temps à se propager, mais qui ont abouti à la Révolution Française de 1789.

Ecrire ne nécessite rien d’autre qu’un stylo et des feuilles. Ou un ordinateur. Ecrire imprime notre marque, avec nos mots choisis: c’est déjà ça! Expert ou pas en écriture, tout le monde peut s’y mettre, même si certains experts s’en offusquent! Tant pis pour eux!

Ecrire est un acte fondateur pour les humains que nous sommes! Ecrire est la meilleure thérapie qui aide à vivre et à comprendre, car elle est simple et accessible, n’exige pas d’outils particuliers. Nous pouvons tous pratiquer cet art, car cela permet de réfléchir à notre vie, pour devenir qui nous sommes réellement.

Ecrire n’est pas simplement une technique que l’on apprend et que l’on applique ensuite. Ecrire, c’est NOUS! Ecrire permet de prendre le pouvoir sur notre vie!

Ecrire permet de prendre confiance en soi, de se respecter. En écrivant, vous oserez penser que tout est possible.

Où que vous soyez dans le monde, lectrices et lecteurs de ce blog, qui que vous soyez dans la société et le pays dans lequel vous habitez, ne vous résignez pas, n’abandonnez pas! Si vous lisez ce blog, c’est que mes articles vous touchent et que l’écriture est en vous!

Alors, ayez le courage de vous remettre en question, de bousculer vos idées bien établies, ayez le courage d’entreprendre et de considérer l’écriture comme la plus belle des aventures.

Vous verrez alors que vous êtes beaucoup plus libres que vous ne le croyez. Qui que vous soyez, quel que soit votre âge, quelles que soient vos ressources matérielles, votre sexe, votre origine et votre situation sociales, vous pouvez affronter, par l’écriture, des difficultés qui vous paraissaient insurmontables.

En écrivant, vous pouvez changer de destin. Jacques Attali a proposé un mot pour cette attitude: le “devenir-soi”.

En guise de conclusion

Par l’écriture, nous pouvons magnifier la réalité, la sublimer en fabriquant des poèmes ou en racontant des histoires dans lesquelles des personnages naissent, pour devenir légitimes.

L’écriture possède des pouvoirs insoupçonnés, magiques. L’écriture fait partie intégrante de la création. L’écriture est une façon d’étendre les capacités de notre cerveau.

Plus on écrit, plus on a d’idées. Plus on a d’idées, plus les connexions se font dans notre cerveau. Plus les connexions se font dans notre cerveau, plus la quantité d’informations devient importante. Notre cerveau a cela de magique: plus nous créons, plus nous allons avoir d’idées!

Nous pouvons donner vie à ce que nous voulons à travers l’écriture! Le simple fait d’écrire peut complètement transformer une vie! Je le confirme, car c’est mon cas!


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

6 commentaires

Nicole Leclercq · 26 mai 2020 à 11 h 49 min

Ecrire, une découverte de soi. Des mots, des phrases, des choses jaillissent de nous,
nous étonnent souvent, oui c’est moi qui écrit cela… Du plaisir de vivre encore.
Quelle chance que vous existiez Laurence…
Nicole

lucette smits · 26 mai 2020 à 15 h 10 min

Comme l’écrit Nicole Leclercq “quelle chance que tu existes” Tout ce travail pour que chaque semaine on puisse se poser les bonnes questions. C’est c’est sûr que si on avance dans notre “moi” c’est grâce à ton blog, donc à toi. Je tire ma révérence pour la femme que tu es…

    Laurence Smits · 28 mai 2020 à 21 h 52 min

    Mais je suis devenue la femme que je suis grâce à vous, mes parents, alors MERCI A VOUS!

Rousset maryse · 26 mai 2020 à 16 h 58 min

Merci tout simplement.
Votre article me donne vraiment envie d’écrire ” le journal de ma vie”. Je ne sais pas pourquoi je repousse toujours cette activité au lendemain. Le plus dur c’est de se lancer (pour moi).
J’adore votre site.. J’ai toujours aimé le domaine de l’écriture, et de la lecture. C’est ce qui m’a poussé à demander une formation de correcteur-relecteur suite à un licenciement. Actuellement à la retraite, j’ai vraiment envie de laisser “une trace”.
Cordialement.

    Laurence Smits · 28 mai 2020 à 21 h 52 min

    Prenez confiance en vous Maryse et allez au bout de vos envies. Je suis heureuse que mon site vous plaise. Ecrivez pour vous, sans vouloir à tout prix laisser une trace…c’est comme le reste…il n’y a que le premier mot qui coûte…une fois qu’on est lancés, on ne peut plus nous arrêter! On se fixe un tas de barrières pas possibles, mais si on les lève les unes après les autres, on peut arriver à écrire et vous aussi Maryse!

      Rousset maryse · 29 mai 2020 à 17 h 25 min

      Merci Laurence.

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