Avec ses 300 millions de locuteurs dans le monde, dont 235 millions de locuteurs quotidiens, la langue française est aussi la deuxième langue étrangère apprise dans l’Union européenne et les pays latino-américains après l’anglais, la troisième langue des affaires et du commerce, la quatrième langue sur Internet, la cinquième langue la plus parlée dans le monde.

La langue française se porte plutôt bien donc. Elle demeure la principale langue véhiculaire dans de nombreux pays marqués par une hétérogénéité de cultures, de dialectes et de langues régionales.

La langue française est la plus parlée après le mandarin, l’anglais, l’espagnol et l’arabe. La langue de Molière rayonne encore à travers le monde. Mais, ce rayonnement met aussi la langue face à de nouvelles responsabilités.

Les défis à surmonter

La langue française doit se transformer et devenir une langue plus moderne, plus résolument tournée vers le futur, n’en déplaisent aux puristes et détracteurs de tous bords. La langue française ne doit pas devenir une langue morte!

Il est évident que la langue française subit de nombreuses inflexions, des apports d’anglicismes à outrance, entre autres. Mais, pour se développer, il est aussi important que notre langue soit chahutée, car elle doit, indéniablement, s’adapter à son époque pour éviter son déclin.

Dans son livre, “Le français malmené, et alors?”, Jean-Loup Chifflet essaie de montrer que certains puristes font beaucoup de bruit pour rien en s’indignant haut et fort. Ce n’est pas en restant figé derrière des règles et des principes d’un autre âge que nous permettrons à la langue française de survivre.

Selon ces mêmes puristes, la langue française souffrirait d’être dénaturée, aliénée et même colonisée. Nous devrions plutôt nous réjouir qu’elle puisse évoluer et continuer de nous réserver quelques belles surprises.

Notre langue est loin de s’appauvrir ou d’être diminuée. Au contraire, elle s’enrichit entre autres, grâce à l’argot et à la langue de banlieue, comme on dit. Bien sûr, la langue française a été et est revigorée par des jongleurs de mots, tels que Georges Perec, Raymond Queneau ou Raymond Devos ou le groupe de l’Oulipo.

A mes yeux, ce sont plutôt les prétendus moralisateurs de notre langue qui la maltraitent à force de règles complexes et incomprises, à force de réformes surréalistes.

Je prêche plutôt pour une langue française décomplexée, s’ouvrant à toutes et tous, à toutes les cultures. Que va-t-il se passer autrement? Le français finira par s’atrophier en restant une langue rigide, et on finira par la tuer. Les puristes veulent garder la langue française dans un carcan pour la surprotéger et de ce fait, l’emprisonner. A quoi bon? Pour quels résultats et quelles conséquences?

La langue française est une langue inventive. Elle l’a toujours été. Elle le sera toujours. Pourrions-nous, de nos jours, parler le français comme il y a cent ans? Comme au XIXe siècle? Comme au temps de Molière? Nous ne pouvons pas parler le français comme il y a cent ans. C’est un fait certain!

Le français doit s’adapter aux changements de son époque et s’ouvrir à plus de pratique, au lieu d’accorder une place trop grande à la théorie.

L’évolution du français

Au fil des années, nous avons vu les expressions telles que “hôtesse de caisse” plutôt que caissière, “non-voyant” plutôt qu’aveugle, apparaître dans notre langage quotidien. Le français, pour désigner certains métiers ou certaines catégories de personnes, utilise de plus en plus de périphrases.

Nous voyons croître aussi les néologismes et les anglicismes. Bien sûr que nous devons nous battre contre l’invasion des anglicismes, notamment dans les médias. Le combat est sans doute perdu d’avance, l’anglais étant la langue du numérique et la langue de la mondialisation.

La mondialisation de la société implique l’instauration d’un langage commun dans les domaines techniques, informatiques et commerciaux. Nous avons accepté certains anglicismes de longue date, comme les mots “weekend, jogging”. Ce sont des ouvertures linguistiques intelligentes, entrées et admises dans le vocabulaire français.

La langue utilisée dans les banlieues, le langage SMS ne sont pas des régressions de la langue française, mais une évolution. Qui ne plaît pas à tout le monde. C’est dommage et c’est tant pis!

Il convient de trouver le juste milieu entre le français du quotidien et le français littéraire. De part mon expérience professionnelle, je peux dire que le français littéraire est largement incompréhensible pour la plupart des lycéens en ce début de XXIe siècle. Le sens voulu par les auteurs classiques leur est nébuleux, avec nombre de mots inconnus de leur part.

Si d’aucuns souhaitent perpétuer la grande langue française littéraire, avec tous ses atours, mais aussi toutes ses difficultés et règles rigides, il est fort à parier que de moins en moins de gens feront l’effort, au fil du temps, d’apprendre le français de par le monde.

Le défi de taille est d’admettre toutes les formes de français, pour faire bouger la langue. Toutes les langues doivent bouger pour survivre! Il en va des langues comme des humains! La langue française n’est pas fixée et ne se fixera pas. Le jour où elle se fixera, elle mourra.

Le français n’est pas une langue figée

Il existe une commission d’enrichissement de la langue française.

Voici le site Internet de cette commission:

https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Langue-francaise-et-langues-de-France/Politiques-de-la-langue/Enrichissement-de-la-langue-francaise/Le-dispositif

Cette commission publie un rapport annuel que vous pouvez télécharger sur le site ci-dessus.

Sur ce même site issu du gouvernement français, vous avez une partie nommée “FranceTerme“. En fouinant sur le site, vous pourrez aussi télécharger le dossier “La langue française est vivante et, elle aussi, suit la mode!”, par exemple. Vous avez d’autres possibilités de téléchargement, si cela vous intéresse.

En voici un extrait fort parlant:

Tout le monde pourrait faire des efforts et utiliser des mots ou expressions bien françaises:

La langue française n’est pas une langue figée. Sans cesse, des mots disparaissent, des mots meurent, des mots nouveaux apparaissent. Le monde change, le lexique évolue. Chaque année, dans notre monde dominé par la technique, des milliers de notions et de réalités nouvelles apparaissent, qu’il faut pouvoir comprendre et nommer.

Pour demeurer vivante, une langue doit être en mesure d’exprimer le monde moderne dans toute sa diversité et sa complexité. La langue révèle notre identité et notre niveau social. C’est aussi un facteur d’intégration et de cohésion sociale. L’évolution de la langue passe par la création de nouveaux mots, en corrélation avec l’évolution du monde.

L’avenir de la langue française

Depuis 2014, il y a eu 30 millions de nouveaux locuteurs francophones. La langue de Molière n’est pas qu’une histoire française. Cette croissance du nombre de francophones dans le monde est avant tout le résultat de la croissance démographique qui s’opère principalement sur le continent africain.

Le centre de gravité de la francophonie se déplace de plus en plus vers le sud, offrant à la langue française de longs et beaux jours dans l’avenir. En effet, le français est, avec l’anglais, la seule langue parlée comme langue maternelle ou seconde sur les cinq continents.

La France n’est pas au cœur de la francophonie. A peine plus du quart des francophones sont Français. Comme l’a justement fait observer le président Emmanuel Macron lors de son discours à l’Institut de France le 20 mars 2018 où il a présenté un plan pour la langue française dans le monde et le plurilinguisme : « Nous passons de l’idée ancienne d’une francophonie qui serait la marge de la France à cette conviction que la francophonie est une sphère dont la France avec sa responsabilité propre et son rôle historique n’est qu’une partie agissante, volontaire mais consciente de ne pas porter seule le destin du français. »

La langue française aujourd’hui est une langue mondiale dont le centre de gravité se situe en Afrique. Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, est devenue la première ville francophone du monde.

Autre constat : les francophones sont très majoritairement bilingues ou multilingues. On parle arabe dialectal ou berbère et français au Maroc et en Algérie ; wolof, français et, le cas échéant une ou plusieurs autres langues africaines au Sénégal ; créole et français en Haïti ; arabe, anglais et français au Liban ; luxembourgeois, français et allemand au Luxembourg

51 millions d’élèves et d’étudiants suivent des cours de FLE (français langue étrangère). Cette estimation est à mettre en relation avec celles concernant les autres langues vivantes étrangères enseignées dans les systèmes éducatifs : 16,7 millions (chiffres 2014) pour l’allemand et 14 millions (chiffres 2014) pour l’espagnol, les autres langues, le mandarin, le russe, le portugais, l’italien se situant loin derrière… et l’anglais occupant une position dominante difficile à estimer mais qui s’élève à plusieurs centaines de millions d’élèves et d’étudiants.

Ce fort potentiel de développement du français s’explique par la progression démographique attendue en Afrique, dont la population devrait passer d’1,2 milliard d’habitants aujourd’hui à plus de 2,5 milliards en 2050 et à 4,4 milliards en 2100.

Le français pourrait, selon cette estimation, devenir la 3e ou la 4e langue la plus parlée dans le monde, après le mandarin et l’anglais, et avant ou après l’arabe, et la deuxième « langue du monde ».

En guise de conclusion

Les Français et les francophones dans leur ensemble restent très attachés à leur langue. Souvenons-nous de l’âpreté des débats lors des tentatives de réforme de l’orthographe ! Songeons aux nombreux concours d’orthographe qui passionnent beaucoup de nos compatriotes.

Mais cette passion semble s’éteindre dès que la langue sort des frontières de l’hexagone. Comme si elle n’existait pas au-delà. Peut-être cela tient-il au fait que les Français ne se perçoivent pas comme « francophones » ? Car aux yeux de beaucoup de Français, les francophones, ce sont les autres. Et l’international s’appréhende pour eux aujourd’hui en anglais, tout naturellement, invasion douce oblige !

Quoiqu’il en soit, dans cette « Guerre des langues » qui ne dit pas son nom, « Le français n’a pas dit son dernier mot », comme le souligne fort justement Frédéric Pennel dans un livre qui est paru en 2019 aux éditions François Bourin et dont je vous recommande vivement la lecture.

Frédéric Pennel

Au-delà du français, c’est aussi la diversité culturelle et linguistique du monde qui est en jeu et la question des identités.

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  • Oui_ Laurence je suis tout à fait en accord avec vos propos sur la langue française. elle ne doit pas rester figée, nous ne sommes plus au XVIII siècle ni même au XXème. Je suis pour la diversité culturelle et son immense enrichissement, mon nom en est la preuve vivante. Notre langue a laissé ses traces dans bien d’autres pays,( même si certaines traces ne sont pas très glorieuses) Certain mots y sont toujours bien présents tout comme nous avons adopté certains des leurs. Par contre ce n’est pas pour autant qu’il faille faire du français une langue phonétique au point que notre jeunesse ne sache plus manier les mots et ne sont plus capables d’envoyer un “curriculum vitae” ni un rapport de stage sans une kirielle de fautes d’orthographe. Et là, il n’est pas question de littérature.
    alors oui à l’enrichissement de notre langue mais attention à son appauvrissement qui aboutirait à son déclin.
    Marie

    • Je suis entièrement d’accord Marie. Mais, le défi est de taille pour les générations qui arrivent avec l’appauvrissement de la langue que les jeunes subissent à tous les niveaux. Les media pourraient au moins montrer l’exemple! Ils prennent modèle sur ce qu’on leur propose!

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